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profond^iment versés dans l’étude des sciences sociales, prit assez de développement pour que, pendant les travaux mêmes du congrès, ce nouveau point de ralliement devint la sixième section de l’Association britannique. Mais la condition préalable pour admettre la statistique parmi les connaissances humaines représentées à l’Association fut de la considérer comme science, et de laisser en dehors de ses travaux les spéculations lypothétiques et tout ce qui n’avait pas un caractère vraiment positif. C’était la statistique philosophique que l’on voulait, et non la statistique marchant, sans principes et sans règles, à travers des colonnes de chitfres souvent maladroitement réunis (i). Immédiatement après, il se forma des sociétés statistiques à Londres, à Edimbourg, à Glascow, à Manchester et dans toutes les grandes villes du rojmume. 'l'outcfois, le comité de statistique de Cambridge, qui avait pris l’initiative, n’avait été fondé (j^u’au point de vue scientifique, et montrait assez l’opinion que l’Angleterre s’était formée de cette science nouvelle (s).
(1) Report ofthe ihird meetiog of the British Association for the adcancernent of science held at Cambridge in 1833, page 483. 1 vol. in*8®. Londres, 1834.
(2) C'est & cette époque, en 1835, que je publiai la première édition de mon ouvrage Sur tffomme et le développement de scs facultés y ou Essai de phy* sique sociale, 2 vol. in-8<*. En 1846 et 1848, parurent, comme compléments, les deux ouvrages : Théorie des probabilités appliquée aux sciences morales et poUtiques, et lonvrage : du Système social ou des Lois qui le régissait.
Peu après lepremior ouvrage, paraissaient les ouvrages suivants : de Vinfluence des climats sur l'ffotnmc, par P. Foissac. 1 vol. in*8®, 1837 ; Traité de statistique ou Théorie de Vétude des lois, par P.- A. Dutau ; Paris, 1 vol in-8®, 1840; Solution du problème de la population et de la subsistance, par Ch. Loudou ; Paris, 1 vol. in 8®, 1842; Études dféconomie politique et de statistique, par \V. M -L. Wolowski; Paris, 1848, 1 vol in 8®; Algemeine Bevàlkerungsslatistik, par M. le Wappaüs, 2 vol. in-8®, 1859 et 1861 ; Leipsig, etc. Le baron Czurnig avait publié antérieurement un ouvrage remarquable qui fut reçu avec plaisir par la science, de même que les ouvrages remarquables de M Rau, un des plus profonds publicistes que renferme aujourd’hui l'Allemagne.
l'IlVSIQUK SOCIAI.K.
Vingtansaprès, un petit peuple, en suivant cet exemple, osa faire un appel plus général; le gouvernement belge s’adressa à tous les Étals pour se concerter avec eux et donner plus d’ensemble et plus d’unité aux statistiques des différents pays : il s’agissait, en effet, d’une science qui les concernait peut-être plus encore que les savants. Cette fois, ce n’était point la statistique scientifique qu’on cherchait à développer, mais plutôt la statistique pratique et gouvernementale. Cette association des congrès statistiques réunit, dès son commencement, des délégués de toutes les nations de l’Europe et de quelques Etats de l’Amérique. Grâce aux dispositions bienveillantes des gouvernements, elle est parvenue â atteindre, du moins en grande partie, le but qu’elle avait en vue, et elle a tenu ses assises parmi les peuples les plus éclairés. Les villes de Bruxelles, Paris, Vienne, Londres, Berlin, Florence, au nom de leurs gouvernements respectifs, ont successivement accueilli avec distinction les délégués des autres nations ; et ces gouvernements ont témoigné qu’ils appréciaient peut-être mieux encore que les membres délégués par eux, les services qu’on pouvait en attendre.
D’autres nécessités se 'faisaient sentir : on a compris qu’il ne suffit pas d’avoir les mêmes documents réunis dans les différents pays ; il faut avoir encore des poids et des mesures uniformes qui soient immédiatement comparables. Tout ce qui tend à simplifier les résultats entre les différents peuples est de la plus haute importance; dés lors les congrès spéciaux, propres à faciliter cette uniformité de résultats, peuvent avoir des avantages et conduire à des simplifications considérables (i). Les tra-
(I) La première ri UDion eut lieu A Bruxellea, en 1853; les réuniona de Paris et de Vienne ae succédèrent ensuite a deux années de distance, en
MVKE l’RKMlUK.
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vaux devaient être purement numériques; mais on s’aperçut qu’on ne pouvait en distraire ce qui est leur partie principale : il fallait leur donner une direction scientifique et lier toutes les parties do l’édifice entre elles. Le premier essai, fait à Londres, fut bien accueilli; mais peut-être le perdit-on un peu de vue àla réunion générale de Berlin. Il a été renouvelé depuis à Florence et il a été admis, à runanimib;, par les hommes les plus éclairés. A cet effet, l’assemblée générale a créé un comité spécial réservé aux sciences qui forment, en quelque sorte, le couronnement de l’édifice (i).
Ainsi l'Association anglaise et le Congrès statistique, qui voulaient s’isoler d’abord, en ne prenant l’une que la partie
1855 et lfô7 : celles de Londres, de Berlin et de Florence ne se firent plus qu'à des intervalles de trois à quatre ans.
Un mois avant le congrès statistique de Bnixelles, avait eu lieu, dans la même ville, la conférence maritime des différentes nations, sur l'invitation de M. Maur>', fiüte au nom du gouvernement des États-Unis d’Améiique. Ces deux congrès se distinguent de tous les autres, en ce qu'ils sont formés par les goucememmts mêmes, qui s'y font représenter par un ou plusieurs délégués, afin d’arriver À mettre de l'anité dans les travaux administratifs de leurs pays et à profiter de tous les avantages que peut produire la science assujettie à un plan uniforme. Les congrès de statistique ont eu généralement pour présidents l’un des ministres de l'État où ils se rassemblaient. Cependant, malgré leur formation spéciale, les assemblées n'ont pas cru, dès leur origine, devoir se séparer des savants qui, sans appartenir aux administrations, pouvaient donner des renseignements et une direction utile anx travaux.
(1) Au moment où nous écrivous ces lignes, nous recevons de Florence le recueil des solutions arréiéss dans la session du congrès international de statistique^ réuni à Florence en 1867, et nous lisons, dès la page 6, concernant rOftOANlSATION DKS CONGRES :
- Lb Congrès :
« Considérant l’importance et l’étendue des questions statistiques qui trouvent dans les mathématiques leur base scientifique ;
•• Considérant que, chez tous les peuples civilisés, d’illustres géomètres ont appliqué le calcul des probabilités à ces questions;
- Émet le vœu que, dans les futurs congrès, il y ait une section spéciale, chargée de s'occuper des questions de statistique en rapport direct avec la théorie des pi-obabilités. »
PllYSlgUK SOCIALE.
scientifique, et l’autre que la partie pratique, ont .senti ensuite le be.soin de se rapprocher mutuellement, et l’on a tout lieu de croire que ces corps n’auront qu’à s’en féliciter. Espérons qu’il en sera de même de l’économie politique et de la statistique, qui, bien que séparées dès leur origine, se sont toujours regardées depuis avec une espèce de méfiance, et ({ui tendront certainement à se rapprocher, peut-être même à s’unir.
Nous ne pouvons qu’indiquer très-sommairement quelques causes des variations auxquelles on doit avoir l'gard, bien quelles ne soient presque jamais prises en considération. Outre le nombre d’années et la grandeur d’une population, il faut estimer encore les coefficients qui dépendent : 1" de l’Age des conjoints dans le mariage ; 2” de la demeure dans les villes ou les campagnes; 3" de l’inliucnce du genre de viepourles rentiers, les militaires, les commerçants, etc.; 4" de l’intluence des saisons; 5" de l’inlluenco des sexes. On dira (ju’on a égard à la plupart de ces causes influentes; on les distingue sans doute; mais on n’a point recherché le coefficient numérique qui doit respectivement les représenter, ni les variations que ce coefficient peut subir. Ce sont des causes modificatives dont on connaît l’existence, mais dont on ne saurait encore assigner la valeur plus ou moins grande.
Dans les statistiques, la cause d’erreur la plus forte, celle qui rend leur régularité à peu près impossible, tient au manque de précision avec lequel les documents sont généralement recueillis. Peut-on appliquer des corrections mathématiques à des nombres, quand on est persuadé que ces corrections sont dépassées de beaucoup par les erreurs qu’on néglige?
Le premier soin à prendre est de connaître la grandeur des nombres dont on fuit usage. Or, cette partie de la sta-
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l.IVRK PREMIER. 113
tistique est à peine pris»; en considération; il a été impossible d’y songer jusqu’à présent, à cause des dillicultés mathématiques (ju’elle présente. 11 faut séparer soigneusement la nature des Ibiees qui agissent, pour produire le phénomène et savoir en tenir compte. Ces forces nonseulement peuvent être vives ou mortes, comme dans les phénomènes ordinaiim de la mécanique, mais elles agissent encore avec l’impulsion des forces sociales, qui, sous l’influence de la volonté humaine, se modifient en changeant progressivement leur direction et leur intensité. La manière d’agir de ces forces, dans certains jihénoménes, suffit pour faire reconnaître la nature de leur action et pour qu’on puisse en étudier l’origine. Sous ce rapport, la statistique, ou plutôt la physique sociale, aurait un grand rôle à remplir et dépasserait peut-être les difficultés que présente la mécanique céleste.