INFLUENCE DE LAQE
De toutes les causes qui modifient la mortalité de l'homme, il n'en existe aucune qui exerce une influence plus grande que l’âge. Cette influence est universellement reconnue, et son appréciation est un des premiers objets dont le calcul des probabilités s'est occupé dès sa naissance (i). La première table de mortalité paraît dater de l’année 1693; on la doit à l’astronome anglais Halley, qui la construisit d’après les documents de la ville de Breslau. Des tables semblables ont été construites, depuis, pour les principaux pays de l’Europe ; cependant il en est peu où l’on ait introduit la distinction des sexes. Les sociétés d’assurances en général continuent à baser leurs calculs sur l’hypothèse que la mortalité est la même pour les deux sexes (î).
Pour étudier la mortalité générale, on a considéré la société dans son ensemble, sans songer à séparer les membres dont elle se compose, et sans se préoccuper de leur position respective. Le problème est pris dans toute sa généralité, comme il convient de le faire, quand on veut étudier le corps d’une manière générale et le comparer aux autres corps sociaux.
Cependant la mortalité dans certaines branches de la société mérite une attention spéciale ; il en est ainsi pour l’état militaire, les classes aisées, les classes ouvrières, etc.
(1) Les premières notions statistiques remontent à des temps recalés : on peut en voir la preuve dans la Bible même, et y trouver des détails sur la grandeur de la population juive et sur la manière dont se pratiquaient les recensements.
(2) Peu de temps après que cet ouvrage eut paru, M. Demonferrand publia, en 1838, des tables de mortalité fort étendues, faisant la distinction des sexes et ayant égard aux dangers des principales classes de la société.
Ces études séparées peuvent conduire à des résultats d’un grand intérêt ; mais elles répondent moins au but que nous nous proposons dans cet ouvrage : elles ne permettent pas de comparer les peuples entre eux et de juger des différences qu’ils présentent. Elles forment l’objet des sociétés d’assurances qui basent leurs spéculations sur des tables spéciales, avec l’hypotbése d’une population d’une mortalité lente ou rapide selon la nature de l’assurance. On s’occupe moins, en un mot, de la rigueur des tables que des avantages des sociétés qui les établissent.
De pareilles tables spéciales offrent parfois de grandes différences entre elles ; tandis que les tables générales des divers pays ont, comme nous le verrons bientôt, des inégalités moins grandes, surtout après les premières années de l’enfance.
On a senti l’utilité des tables; maïs on a souvent laissé de côté la partie mathématique qui devait leur servir d’appui et en assurer les avantages. L’attention s’est fixée particulièrement sur ce que l’on convient de nommer la statistique administrative, la statistique médicale, la statistique commerciale, la statistique financière, etc. : on a môme perdu de vue les principes sur lesquels on devait s’appuyer ; la plupart des nouveaux statisticiens, sans se douter même des difficultés que présente cette science nouvelle, se trouvent parfois dans le cas d’en faire des applications inexactes et d’arriver à des résultats discordants.
Laplace et Fourier, deux esprits des plus éminents de la France, firent, dans ces derniers temps, des ouvrages spéciaux sur cette admirable branche do la science nouvelle : en .\llemagne, l’illustre Gauss n’a pas occupé un rang moins distingué dans cette science : la théorie des probabilités, qui était la véritable base de ce genre de re-