‹ Physique socialeChapitre 16 sur 244 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

00 a pu réunir au moins ceux des principaux États.

Pour se former une idée de l’importance des résultats et de leur degré de probabilité, il était essentiel aussi d’avoir égard A plusieurs circonstances, telles que la grandeur de la population de chaque pays, le nombre d’années d’observation qu’il était possible d’employer, la valeur des méthodes qui avaient servi au recueillement des nombres, l’exactitude des collecteurs, etc.

Une science, du reste, ne s’improvise pas ; en étudiant la statistique, on retrouve, sur le terrain des connaissances humaines, la trace de ses premiers pas, indécis il est vrai, mais quelquefois assez marqués pour qu’on s’étonne de leuis progrès et de la manière dont ils tendent vers leur but principal.

Dès son origine, cette science a vu naître deux genres de prosélytes : les savants, qui étudient la valeur des faits d’après les données de l’expérience, et les hommes pratiques, qui veulent avoir simplement l’expression de ces mêmes faits, sans remonter aux causes scientifiques qui les ont fait naître et sans apprécier l’énergie de ces causes ni leur mode d’action.

Les premiers connaissaient trop bien la marche des autres sciences pour ne pas apercevoir le secours que devait en recevoir la statistique naissante, et pour ne pas lui hiire éviter le danger de prendre une fausse route. Quelques calculateurs philosophes créèrent les tables de mortalité et celles de population ; et, chose étrange aux yeux de ceux qui ne connaissent point les méthodes analytiques, ce furent surtout les astronomes qui s’en occupèrent et qui, à partir de Halley, en furent les principaux promoteurs dans les différents pays.

Les sciences mathématiques, et spécialement le calcul des probabilités, ont ouvert le chemin à diverses applica-

ns

lions. Bien des questions ont été abordées avant même qu’on eût les éléments nécessaires pour les résoudre par l'expérience. Ces antécédents trop hâtifs ont produit, il est vrai, de nombreuses erreurs; ils ont entravé la marche de la statistique et ont foit tourner des regards inquiets vers le passé, surtout chez ceux qui avaient le plus de confiance dans son avenir.

Dans ces instants diflSciles, des savants de premier ordre n’ont pas dédaigné de porter leur attention sur ce genre de calcul et de lui donner l’impulsion nécessaire. Il lui a fallu peu de temps ensuite pour prendre une place honorable parmi les autres sciences : on a reconnu les services qu’on pouvait en attendre, surtout dans des pays libres, où l’attention se porte naturellement vers les questions sociales les plus importantes.

Sans doùte, parmi les hommes chargés de ces travaux, il s’en trouvera qui ne sauront pas avec la même facilité apprécier la valeur probable d’un résultat, et qui mettront sur une môme ligne des quantités d’un poids mathématique bien différent; mais, si les connaissances, pour le faire, leur manquent, il leur suffira de donner des nombres précis avec les documents nécessaires pour permettre à d’autres l’appréciation de leur travail. Cette dernière partie appartient plus spécialement aux sciences mathématiques.

Le premier but à atteindre est donc de chercher à réunir des nombres essentiellement comparables entre eux et, de plus, comparables entre les différentes localités et les différents peuples.

Il faut, avant tout, s’occuper de la population et de la division territoriale (i), puis considérer plus tard ce qui

(1) LfOrs da congréii de statiitique de Londree, lee membres prdpoede à U

Page 1