INFLUENCE DES PROFESSIONS, DU DEGRÉ DAISANCE, ETC
II n’est guère possible, dans l’état actuel de la science, de déterminer d’une manière précise les différentes chances de mortalité auxquelles l'homme s'expose en se plaçant dans telle ou telle position sociale ; les éléments que l’on a pu réunir pour cette détermination sont encore trop peu nombreux et trop imparÊiitement connus ; cependant ils suffisent déjà pour prouver que l’influence des professions, par exemple, peut faire varier considérablement le degré de mortalité. Il en est de même de l’aisance dont jouit un peuple et de la manière dont il se nourrit. Pour fixer les idées sur ces importantes questions, nous présenterons quelques-uns des principaux résultats auxquels on est parvenu.
Mais nous croyons devoir faire précéder nos observations d’une remarque importante que suggère la théorie des probabilités, si souvent invoquée aujourd’hui, et dont on viole cependant si souvent les principes. Pour qu’un résultat, déduit des nombres que présente l’observation, mérite quelque confiance, il faut nécessairement que les observations employées soient exactes et suffisamment
nombreuses. Le nombre d'expériences nécessaires h un pareil calcul n'est pas le même pour les différents genres de phénomènes, tels que les naissances, les décès, les maladies, les dangers des professions, etc. : il s’en faut de beaucoup ; cependant, aux yeux du vulgaire, les probabilités sont identiques , et la plupart du temps on ne se doute même pas qu'il y ait une différence d’une probabilité à une autre. De là vient la grande discordance que l'on remarque parfois entre les assertions de certaines personnes, qui croient cependant avoir égard à la vérité et à la science nécessaire pour y parvenir. Je ne saurais mieux comparer ces amateurs de statistique et ces appréciateurs de la valeur des résultats qu’à des personnes qui croiraient faire de la musique et en sentir les nuances, tout en frappant constamment et de la même manière' le même instrument de musique, sans être dans le cas d'en connaître les notes et d'en juger les valeurs. Quelque étrange que puisse paraître la comparaison au premier abord, c’est cependant ce qui arrive : peut-on se demander alors ce que valent de pareilles appréciations, produites avec si peu de connaissances?
En général, les phénomènes prennent naissance par deux espèces de forces, exercées d’un côté par la nature, et de l’autre par l’homme ou par des causes accidentelles. Celles produites par la nature sont ou continues ou périodiques, et lai.ssent mesurer leurs effets d’une manière plus ou moins facile; les autres, produites par l’homme ou par d’autres causes accidentelles, n’ont guère de périodicité, . sufhsamment marquée surtout pour développer des effets continus : elles échappent au calcul, et l’on ne peut guère considérer que comme accidentels les phénomènes qu’elles font naître : le calcul donne lieu à des possibilités plutôt qu’à des probabilités mathématiques.