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LIVRE DEUXIÈME

Plus généralement, les forces de la nature opèrent en même temps que les forces accidentelles; or, le grand art de l’observateur est de savoir faire leur part d’action respective : l’une étemelle pourrait-on dire, parce quelle renaît périodiquement sous l’influence de forces perpétuelles; et l’autre accidentelle, parce quelle entrave accidentellement et de toutes les manières l’action de la nature.

C’est vers la solution de ces deux grandes questions que doivent tendre tous nos etiforts ; il faut savoir assigner l’action employée par la nature et celle qu'exerce l’homme et tous les agents accidentels qui viennent constamment la modifier. La détermination des forces naturelles et l’étude des forces perturbatrices forment l’objet le plus important de la Statistique ou de la Physique sociale. Les hommes de génie qui avaient tant contribué à développer notre système planétaire, avaient très-bien entrevu cette autre physique du globe dont je parle, et ils avaient parfaitement compris qu’elle présente peutêtre plus de difficultés encore que le problème qu’ils s’occupaient à résoudre, puisque aux forces qu’ils avaient à considérer venaient se joindre les forces perturbatrices de l’homme et de la société. Successivement Pascal, Descartes, Fermât, Newton, Huygens, Leibnitz, les Bernouilli, Laplace, Fourier, Poisson, etc., avâient très-bien vu le vaste champ d’études qui s’ouvrait devant eux, et plusieurs même de ces illustrations scientifiques lui ont consacré leurs plus beaux travaux.

Les statisticiens paraissent bien reconnaître aujourd’hui que les chances de mortalité sont plus nombreuses dans les pays manufacturiers que dans les pays agricoles, et dans l’enceinte des villes qu’au milieu des campagnes. Nous en avons eu déjà plusieurs preuves, et nous pour-

3flO QUALITÉS PHYSIQUES.

rions en citer de nouvelles, surtout en jetant les yeux sur l’Angleterre. Mais combien peu il existe déjugés exercés qui puissent en apprécier la véritable valeur !

Dans la Nc'erlaiide, la province la plus agricole est celle de la Gueldre ; la mortalité n’y est que de 1 sur 53,7 individus ; tandis que, dans les provinces commerçantes de la Hollande, elle est de 1 sur 35.

Dans la Helgique, les provinces où l'on compte généralement le moins de décès sont celles de Luxembourg, de Namur et do Hainaut; ce sont aussi des provinces essentiellement agricoles, quoique les deux dernières renferment quelques villes manufacturières.

La France présente des résultats semblables, mais qui pourront paraîtie moins concluants, parce que les départements les plus exposés à la mortalité sont en général les départements manufacturiers ; mais comme ils renfermen), en même temps les plus grandes «lies du royaume, on ne peut distinguer si c’est bien effectivement la profession des habitants ou leur agglomération qui cause l’excès de mortalité.

L’état le plus favorable à l’homme est celui d’une vie régulière, qui produit suffisamment à ses besoins, sans être agitée par les passions ou par le déréglement des villes. Dans la condition agricole, l’homme trouve généralement un état d'aisance ; il ne subit pas , comme dans les pays manufacturiers, les alternatives du superflu et du besoin ; il connaît moins ces deux extrêmes, qui lui imposent des privations ou le poussent à des excès.

La misère, avec les privations quelle amène à sa suite, est une des causes les plus influentes sur la mortalité. Plusieurs statisticiens ont cherché à mettre cette observation en évidence; M. Ben'oiston de Châteauneuf en a donné une confirmation dans une notice intitulée : Sur la

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