LIVRE DEUXIÈME
sans se créer des besoins factices. Il est à remarquer, comme l’observe très-judicieusement M. de Tracy (i), que le peuple est presque toujours plus riche dans les nations que l’on appelle pauvres que dans celles que l’on appelle riches. Ainsi, il n’existe pas de nation qui renferme plus de richesse que l'Angleterre, et cependant une grande partie de sa population doit subsister des secours publics. Les riches provinces de la Flandre comptent certainement plus de pauvres que le Luxembourg, pays où les grandes fortunes sont rares, mais dont la population vit dans un état général d’aisance, et trouve les moyens de se procurer des bénéfices médiocres et qui ne varient jamais d’un jour à l’autre, comme dans les pays de manufactures. On pourrait en dire autant de la Suisse et assez généralement de tous les pays agricoles.
Selon M. Hawkins, la mortalité pour toute la marine anglaise, dans les différentes parties du monde, sans en excepter même la population des hôpitaux, était, en 1813, de 1 sur 42. Le même auteur pense également que les troupes de terre ont une mortalité moindre encore que celles de la marine.
M. Benoiston de Châteauneuf s’est aussi occupé de rechercher la mortalité de l’armée française, qui diffère de celle du reste de la population, et il a été conduit à plusieurs résultats curieux que je tâcherai d’indiquer sommairement (2). Ce savant admet que la classe privilégiée est celle qui se nourrit le mieux et qui souffre le moins de fatigues; ainsi, d’après les documents de la
(1) Commentaire sur VBsprit des Lois, cbap. XVI.
Essai sur la mortalité de Vinfanterie française {Annales d^Hygiène, tome X, 2* partie). Voyez aussi un mémoire de M. le comte Morozo, Sur ta mortalité des troupes piémontaises, dans les Mémoires de V Académie de Turin.
France, la mortalité du soldat était un peu plus forte que la mortalité générale ; la garde mourait moins que l’armée, et le sous-officier mourait moins que le soldat, dans la garde comme dans l’armée.
Si l’on recherche l’influence des saisons sur la mortalité du soldat, voici les résultats obtenus en France pour les décès de l’infanterie, de 1820 à 1826 :
Saitoni. MoU. I^écrt.
Hiver mars). 4,168
Printemps mai, Juin). 4,182
Été août, septembre). 4,463
Automne (octobre, novembre, décembre). 4^279
Le maximum des décès tombe à la fin de l’été. Mais, sans avoir égard au calcul astronomique qui fixe l’époque des saisons, veut-on seulement déterminer les saisons par leur influence sur l’atmosphère, à l’exemple de plusieurs médecins allemands et italiens, on a le nouveau partage suivant :
.S«UoM. Mois. Décès.
Hiver (décembre. Janvier, février). 3,996
Printemps (mars, avril, mai). 4,357
Été Üv'°i noùt). 4,143
Automne (septembre, octobre, novembre). 4,596
Le maximum des décès n’est plus en été, il arrive en automne. Ainsi, de quelque manière qu’on partage l’année, soit par semestres, soit par trimestres ou saisons, l’intensité de la mortalité atteint son minimum en hiver.
Eu prenant, dans le dernier exemple, les nombres de chaque mois, on trouve deux minima et deux maxima; ces résultats, pour l’état militaire, s’écartent de ceux que donne la vie civile : M. Benoiston de Châteauneuf, du reste.