LIVRE DEUXIÈME
vaccine, les hôpitaux, les hospices, les prisons, etc. ; mon but sera moins de traiter ce sujet à fond que de montrer combien, selon les localités, les nombres peuvent varier dans de larges limites et combien il faut les consulter avec précaution.
Dans la plupart des pays civilisés, il existe sur la vaccine des règlements plus ou moins sévères, qui sont suivis avec plus ou moins de rigueur. Selon M. le docteur Casper et plusieurs autres savants qui ont écrit sur les ravages causés par la petite vérole (i), il paraîtrait que les générations étaient autrefois décimées par ce fléau, c’est-à-dire que le dixième do notre espèce succombait sous son influence. Duvillard avait reconnu (2) : 1“ que, dans l’état naturel, sur 100 individus de 30 ans, on ne compte guère' que 4 individus qui n’aient point été atteints de la petite vérole ; 2° que les deux tiers de tous les nouveau-nés en sont atteints plus tôt ou plus tard ; 3“ que la petite vérole, dans les premières années qui suivent la naissance, fait périr au maximum un enfant sur trois malades ; 4" et que sur sept à huit malades de la petite vérole, d’un âge quelconque, il en meurt un. Tel était l’état des choses avant l’invention de la vaccine; il s’est beaucoup amélioré depuis; cependant, en 1817, 745 personnes moururent encore à Paris par la petite vérole; en 1818, 993; et, en 1822, le nombre alla môme à 1,084. A Saint-Pétersbourg, on comptait également, en 1821, 408 décès par suite de la petite vérole; et à Vienne, 238, en 1822; tandis qu’à Londres, cette dernière année on -produisit 712. La Prusse a été mieux partagée, sous ce rapport, que les autres pays : pendant les deux années de 1820 et 1821
(1) Beitrage, etc » page 193. Plusieurs des détails dans lesquels Je suis entré au sujet de la vaccine, sont empruntés à M. Casper.
(2) Analyse et tableaux de Vinfluence de la petite vérole.
prises ensemble, elle n’a perdu qu’une personne sur 7,204 par suite de la petite vérole, tandis que la France en a perdu 1 sur 4,218, pendant les deux années précédentes. Voici les résultats qu’a présentés la seule ville de Berlin, pendant près d’un demi-siècle :
De 1782 A 1791 inclusivement 4,453 décès.
De 17æ A 1801 4,999 -
De 1802 A 181 1 2,9^ •
De 1812 A 1822 555 -
Le nombre des décès de la dernière période, qui est extrêmement faible en comparaison de celui des années précédentes, serait bien moindre encore sans les chiffres fournis par les années de 1814 et 1815, pendant lesquelles les vaccinations ont sans doute été négligées. Ces deux années ont donné en effet 411 décès par la petite vérole, de sorte que les décès des huit autres années ne s’élèvent qu’à 144. Du reste, ce serait tomber dans une grave erreur, comme le fait très-bien observer M.Villermé (i), de compter comme autant de gagné pour la population, tous les individus vaccinés que la petite vérole aurait enlevés, et tous ceux qui auraient succombé à une maladie dont on les garantit. « Une épidémie ou toute autre maladie dont on se préserve, dit ce savant, supprime bien une cause de mort, mais par cela même la probabilité de mourir des autres maladies devient plus grande. En d’autres termes, eu fermant une porte à la mort, le préservatif d’une maladie ouvre les autres plus larges, en ce sens, si l’on peut ainsi parler, que plus de personnes passent par ces dernières ; ce qui ne veut point dire que la mortalité doive être également rapide.... Far conséquent, la vaccine, comme tout préservatif de maladies épidémiques, même d’une
(l) Des épidémies^ janvier 1833.