LIVRE DEUXIÈME
maladie ; et, de l’autre, il faut presque toujours la deviner. Le médecin doit établir une espèce d’enquête, et mettre à l’interrogatoire qu’il fait subir au malade, les mômes précautions que le juge emploie à l’égard du coupable auquel il désire arracher son secret.
Il existe deux genres de difficultés : à côté de la question de thérapeutique, se place celle du diagnostic. La guérison du malade dépend d’un événement composé, savoir : 1° le médecin reconnaitra la maladie ; 2“ il saura le mode de traitement qu’il convient de suivre. Or, on s’est généralement pi'éoccupé de la première question bien plus que de la seconde, et je pense que c'est à tort. Je me permettrai de citer à ce sujet des réflexions très-justes; je les extrais d’un opuscule que m’adressait un ami, qui sait, d’un coup d’ceil philosophique, observer à la fois plusieurs sciences d’observation qu’il cultive avec un égal succès. “ Les questions thérapeutiques, dit-il, ne sont point celles par lesquelles on doit commencer. Je voudrais que le calcul fût appliqué d’abord à des questions de diagnostic ou de symptomatologie. Tels symptômes étant donnés, quelle est la probabilité que le malade est atfecté d’une maladie plutôt que d’une autre, la probabilité de sa durée, de son retour, de son passage à l’état chronique lorsqu’elle est abandonnée aux seules forces de la nature ? Ces diverses questions et beaucoup d’autres une fois résolues, alors je passerais à l’étude de l’influence d’une médication.
Dans cette dernière étude, pour juger avec connaissance de cause des avantages que peut présenter la thérapeutique, il faudrait commencer par rechercher ce que deviendrait l’homme atfecté de telle maladie et abandonné aux seules forces de la nature. Peut-être serait-on conduit à conclure que, dans les cas douteux et difficiles, il vaut
mieux livrer le malade aux forces de la nature qu’aux remèdes de l’art, en se bornant à exercer un régime de surveillance? Les différents genres de traitement ont moins d’influence sur la mortalité qu’on ne le pense généralement. Voici comment s’exprime à ce sujet un savant estimé, le docteur Hawkins : « Un ami prit des notes particulières sur la mortalité comparative, sous trois médecins, dans un même hôpital. L’un était éclectique, le second était pour le système expectant et le troisième pour le régime tonique. La mortalité était la même, mais la durée de l’indisposition, le caractère de la convalescence et les chances de rechute étaient bien différents. » Ainsi la mortalité était la même. Nous pouvons tirer de semblables conclusions des documents des principaux hôpitaux de l’Europe; la mortalité y varie dans des limites assez étroites et dépend bien plus de la tenue des hôpitaux que des moyens thérapeutiques qui y sont employés. D’où semblerait résulter que la science administrative aurait au moins autant d’influence que la science médicale, et l’on conçoit qu’il doit en être ainsi. A quoi sert d’appeler les médecins les plus habiles, si l’on néglige de suivre leurs prescriptions, et si, pendant leur absence, des soins mal entendus ou des imprudences détruisent tout le bien qu’ils auraient pu produire ?
Si je ne craignais d’être taxé d’exagération, je dirais qu’une bonne administration sauve peut-être plus de malades dans les hôpitaux, que la science des médecins les plus habiles. Pour juger de son influence sur la santé des hommes réunis dans de vastes établissements, qu’on examine ce qui se passe dans les prisons ; on y verra la mortalité varier dans les limites les plus larges. Sans sortir même de la Belgique, je trouve que, dans la maison de force de Gand, les décès sont proportionnellement moins