LIVRE DEUXIÈME
nombreux que dans les classes privilégiées de la société, tandis que, dans la prison do Vilvorde, il a régné pendant les années 1802, 1803 et 1804 une mortalité telle, que jamais les hommes, pendant les pestes les plus affreuses, jamais les soldats, pendant les guerres les plus destructives, n’ont été décimés d'une manière plus épouvantable. Sur quatre prisonniers, il on mourut annuellement trois! Ce Üéau, produit d’une administration vicieuse, commença à sévir avec moins d’intensité en 1805, grâce à d’utiles réformes, et, deux ans après, tout était à peu prés rentré dans l’état normal.
ADMINISTRATIONS GOÜV^ERNEMENTALES.
Les documents statistiques offrent un double intérêt ; ils sont utiles à la fois aux sciences et à l’administration. Ce n’est qu’on consultant les éléments du passé que l’homme d’État peut se faire des idées justes sur l’avenir, reconnaître si un pays possède les éléments nécessaires pour réaliser avec succès dos plans projetés, apprécier quelles soqt les lois qui exigent des réformes, et porter des lumières dans une foule do questions importantes.
De la grande extension qu’ont jirise les chemins de fer et les télégraphes électriques, naissent plusieurs pro' blêmes politiques dont nous sommes loin de posséder les éléments de solution. 11 serait difficile de prévoir dès à présent les variations qui auront lieu dans les populations des villes, dans les prix des terres, dans les principaux sièges des différentes industries et on général dans toutes les transactions sociales. On aura peut-être peine à croire, un jour, qu’une simple accélération dans les transports des voyageurs et des marchandises, qu’une rapidité plus grande par les communications électriques, aient pu avoir
(le pareilles conséquences. La vie humaine s’est allongée ; le globe même semble avoir changé ses dimensions, les villes se sont rapprochées ; déjà tout un pays se trouve resserré en quelque sorte dans la banlieue de sa capitale. La civilisation étend son niveau d'une extrémité de l'Europe à l’autre ; ce qu’il y a de caractéristique et de pittoresque s'efface dans chaque peuple, tandis que les locomotives et les télégraphes électriques font chaque jour de nouvelles brèches dans les barrières des douanes, jusqu'à ce qu’ils les aient entièrement détruites (i).
(1) Ces lignes sont écrites depuis un tiers de siècle : voici une preuve bien convaiacante de leur contenu, exprimée par M. J. ‘A. Barrai, à M. Léonce de Lavergne (Journal de rAffriculturet n® 20, mars 1868) : » Vous m'avez adressé une démonstration saisissante du fait trés*grave de la diminution qu'a subie de 1846 à 18061a population de plus de la moitié des arrondissements dans lesquels la France est partagée Dans 185 arron* dissements, il y a eu diminution, et il ne s'est présenté d'augmentation que daus 178. Vous avez fait remarquer que, dans le cours naturel des choses, la population aurait dû monter plus ou moins dans toutes les pailles du territoire, et vous avez ajouté que, sauf on trés*petit nombre de pointa, l'augmentation était générale avant 1847. Il m'a paru utile de développer cette affirmation et d'établir, dans la même forme que le vôtre, un tableau présentant la comparaison de la population par arrondissements en 1826 à 1846. On verra ainsi comment les choses se sont passées dans les vingt années qui ont précédé 1847 et dans les vingt années qui viennent de s'écouler, et qui ont présenté à la fois, comme vous le dites, un ralentissement dans le progrès général et un déplacement des populations agricoles... Il est incontestable, comme le démontrent les chiffres précédents, que depuis un siècle la population s'est à peu près élevée en France dans la proportion de quatre à sept ; mais que l'accroissement n'a pas eu lieu d'une manière régulière, qu’il a subi & deux reprises différentes une sorte de stagnation, une première fois sous le premier empire et dans les premières années de la Restauration, une seconde fois de 1846 è 1856; le mouvement a repris de 1856 À 1861 , pour se ralentir de 1861 è 1866. .. On voit bien ici que, comme contre-partie de la conséquence à déduire du tableau qui le précède, ce dernier force à conclure que l’augmentation des populations se forme surtout dans Iss départements les plus industriels, et particulièrement dans ceux qui possèdent de très-grandes villes, où l'on fait depuis quelques années d'énormes dépenses pour les travaux publics. Ainsi, le déplacement delà population des campagnes vers les villes est surabondamment démontré. •
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