LIVRE DEUXIÈME
nécessaire à un individu de chaque nation pour subvenir à ses besoins.
On aurait tort aussi de juger, parce qu’une nation a une population stationnaire, quelle ne fait aucun progrès. L’état de son industrie et de ses lumières peut s’améliorer d’une manière très-sensible, sans qu’on en trouve de traces dans le chilTre de la population. Cet accroissement de bien-être, toutes choses égales d’ailleurs, a sa mesure dans la quantité de cho.ses que consomme un individu, et dans une répartition équitable des objets qui doivent être consommés. Ce coefficient constant est destiné à jouer un grand rôle dans la théorie de la population : c’est lui qui règle la limite vers laquelle la population tend dans ses accroissements successifs, à peu près comme la limite à laquelle un corps demeure en équilibre dans un- milieu, se trouve réglée par sa densité. En général, quand une population est stationnaire, selon que la consommation de l’habitant augmente ou diminue, on peut dire que la nation s’enrichit ou s’appauvrit.
De ce qu’une population est croissante, il ne faut pas conclure non plus que sa prospérité augmente. Il est nécessaire de consulter d’abord le coefficient constant qui est la mesure du degré d’aisance de l’habitant, comme, en y ayant égard, la population spécifique est la mesure du degré d’aisance du pays. Quand on veut établir des comparaisons entre les peuples, il est de la plus grande importance de consulter la qualité, si je puis m’exprimer ainsi, autant que la quantité.
En général, les statisticiens continuent à employer l’accroissement annuel de la population pour calculer en combien de temps une population doit se doubler, quoique l’expérience vienne presque constamment démentir le résultat de leurs calculs. Cette recherche, qui nous remet
dans l’hypothèse qu’il n’existe point d’obstacle au développement de la population, ne saurait guère présenter d’applications directes dans notre vieille Europe, pas plus que si l’on s’attendait à voir s’accorder avec les résultats de l’expérience ceux que donne la théorie pour la chute des corps dans le vide. Ces sortes de calculs, la plupart du temps, ne sont propres qu’à satisfaire la curiosité, puisqu’ils se font dans une hypothèse qui ne peut se réaliser, à moins de s’en servir dans des limites suffisamment resserrées.
Si un pays, en vertu de la dualisation croissante, prend une impulsion nouvelle et recule, par l’augmentation de ses produits, la limite que sa population peut atteindre, ce sera, dans les circonstances les plus favorables, par une progression géométrique qu’il tendra d’abord à y parvenir ; mais bientôt cette vitesse d’accroissement se ralentira par l’effet des obstacles, et finira par s’éteindre. 11 en est de même pour une population décroissante, mais le mouvement a lieu en sens opposé. L’analyse donne des formules qui expriment très-bien ces différents états.
Les pays les plus heureusement partagés ne nous présentent guère le phénomène d’une population croissante selon une progression géométrique. L’Angleterre cependant nous en donne un exemple frappant, et qui mérite au plus haut degré de fixer l’attention. Après avoir été stationnaire et même rétrograde au commencement du siècle dernier, sa population se mit à croître successivement, en subissant difl'érentes oscillations, jusque vers le milieu du même siècle; elle reçut alors une seconde impulsion et commença à suivre une progression arithmétique. Une impulsion nouvelle plus énergique lui fut imprimée au commencement du siècle actuel, et depuis elle n’a cessé de croître en progression géométrique ; de sorte qu’elle a
LITRE DEUXIÈUB.
passé par des états contraires à ceux par lesquels passe une population qui tend vers une limite où les obstacles vont croissîint. Ici les obstacles ont été en diminuant au contraire, par suite de l’immense progrès de son industrie et de l’introduction de cette quantité incroyable de machines dont les produits représentent une population que l’Angleterre était loin de posséder.
AKNËES. (A.NGLETERBE.)
POPUUTION (1).