‹ Physique socialeChapitre 35 sur 244 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

DÂVXIAPPEHEira DBS qdaut&s phtsiqdes de l'homme.

Le premier pa.s à faire dans la série de nos recherches serait de déterminer l’homme moyen chez les différentes nations. Peut-être nous accordera-t-on la possibilité d'une appréciation pareille pour les qualités physiques, qui admettent directement une mesure ; mais quelle sera la marche à suivre pour les qualités morales et pour les qualités intellectuelles? Comment pourra-t-on jamais soutenir sans absurdité que le courage d’un homme est A celui d’un autre homme comme cinq est à six, par exemple; à peu près comme on pourrait le dire de leur taille ? Ne rirait-on pas de la prétention d’un géomètre qui soutiendrait sérieusement qu’il a calculé que le génie d’Homère est à celui de Virgile comme trois est à deux ? Certainement de pareilles prétentions seraient absurdes et ridicules. 11 convient donc, avant tout, de bien s’entendre sur la valeur des mots et d’examiner si ce que nous voulons est possible, je ne dis pas dans l’état actuel de la science.

mais dans un dtat où la science pourra s’élever un jour.

On ne peut, en effet, exiger de ceux qui s’occupent d’une physique sociale plus que de ceux qui auraient entrevu la possibilité de former une mécanique céleste à une époque où il n’existait que des observations astronomiques défectueuses et des théories nulles ou fausses avec des moyens de calcul insuffisants. 11 importait en conséquence de s’assurer des moyens d’exécution ; il fallait recueillir ensuite avec zélé et persiivérance <les observations précises, créer et perfectionner les méthodes pour les mettre en œuvre, et préparer ainsi tous les éléments nécessaires de l’édifice qu’il s’agissait d’élever. Or, c’est la marche qu’il convient de suivre, je crois, pour former une physique sociale; je pense qu’il s’agit d’examiner s’il y a possibiliti- d’obtenir les moyens d’exécution, et d’aboi-d s’il y a possibilité de déterminer l’homme moyen.

Cette détermination fera l’objet des deux livres qui suivront : nous nous occuperons d’abord de l’homme et du développement de ses qualités physiques; puis, dans le quatrième et le cinquième livres, nous le considérerons sous le rapport des qualités morales et intellectuelles.

Parmi les éléments relatifs à l’homme, les uns sont susceptibles d’une appréciation directe, et les nombres qui les représentent sont de véritables grandeurs; telles sont en général les qualitiis physiques ; ainsi le poids et la taille d’un homme peuvent être mesurés directement, et l’on peut les comparer ensuite au poids et à la taille d’un autre homme. Eu comparant sous ce point de vue les différents hommes d’une nation, on parvient à des valeurs moyennes qui sont le poids et la taille qu’il convient d’assigner ù l’homme moyen de cette nation; par suite, on pourrait dire que l’Anglais, par exemple, est plus grand que le Fran-

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çais et que l’Italieii. Cette manière de procéder est analogue à celle que l’on suit en ])hysique pour déterminer les températures des diflerents pays et les comparer entre elles : ainsi, l’on dira qu’à Paris la température moyenne de l’été est de 18 degrés centigrades, quoique le thermomètre ait été presque constamment ou plus haut ou plus bas que ce point. On conçoit de plus que le rn])])ort qui existe entre le poids ou la taille de l’homme moyen, indigène de l’un de ces trois pays, peut s’altérer par la suite des temps.

Dans certains cas, on emploie des mesures «on matérielles, comme lorsqu’il s’agit d’apprécier la vie moyenne poui‘ une nation désignée ou d’estimer l’àge auquel s’éteint l’homme raoj'en de cette nation. La vie alors a pour mesure le temps, et cette mesure admet tout autant de précision que celles que nous employons au physique.

11 est encore d’autres éléments relatifs à riionime qui no peuvent être mesurés directement, et qui ne sont appréciables que par leurs effets : de ce nombre sont les forces de l’homme. On conçoit qu’il n’y aurait aucune absurdité à dire que tel homme est deux fois aussi fort qu’un autre, pour la pression des mains, si cette pression applkjuée contre un obstacle produit des effets qui soient comme doux est à un. Seulement, il faut admettre alors que les causes sont proportionnelles aux effets, et il faut avoir soin, en mesurant les effets, de mettre les indmdus dans des circonstances semblables. Par exemple, on ferait de graves erreurs en employant le môme dynamomètre de Régnier indistinctement pour tous les indiAudus, parce que la grandeur des mains ou la hautejir de la taille ont de l’intluence, et font que l’on manie l’instrument avec plus ou moins de facilité.

Enfin, on peut employer des mesures de convention,

comme lorsqu’il s’agit d’estimer la richesse, les productions, les consommations d’un pays, et de les comparer à celles d’un autre pays. Toutes ces estimations ont déjà été faites par les économistes avec plus ou moins d’exactitude ; elles n’offrent en conséquence rien qui doive nous paraître étrange.

Il résulte de ce qui précède, que dans la détermination de l’homme moyen, considéré sous le rapport des qualités physiques, la plus grande difficulté consiste à réunir des observations exactes en nombre suffisant pour arriver à des résultats qui méritent quelque confiance.

Nous examinerons d’abord ce qui se rapporte à la vie de l’homme, à sa reproduction, à sa mortalité ; nous nous occuperons ensuite de ce qui tient au développement de sa taille, de son poids, de sa force, et, en général, de ses qualités physiques (i).

(I) Nous avons jugé utile de conserver, autant qne possible, le texte de Touvrage tel quil a été publié d’abord, et de donner plus particuliérement, vers la fin de chaque livre, l’indication des principales recherches qui ont été obtenues depuis. Nous avons suivi cette marche pour différents motifs : on pourra mieux voir surtout quels ont été les pi*ogrés considérables de la statistique pratique dans l'intervalle d'un tiers de siècle environ; et Ton Jugera plus facilement des progrès immenses qui ont été faits pendant un intervalle aussi resserré : on comprendra les variations que les principaux éléments étudiés ont subies, en même temps que les causes qui auront pu les faire varier : on jugera mieux enân de ce qu'on peut attendre encore.

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