‹ Physique socialeChapitre 34 sur 244 · LITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LITRE PREMIER

recounaitre les causes influentes et déterminer le degré do leurs actions respectives. Quelle que soit l’idée qu’on se formera de ces recherches, je pense qu’on me saura gré du moins d’avoir donné, sur le développement des facultés de l’homme, un grand nombre d’observations et de résultats que la science ne possédait pas encore.

Je désire, du reste, que l’on comprenne bien que je ne présente cet ouvrage que comme l’esquisse d’uu vaste tableau dont le cadre ne peut être rempli qu’à l’aide de soins infinis et d’immenses recherches. J’ai donc lieu d’espérer qu’on voudra bien ne juger que l’idée qui a présidé à la composition de ce travail, et qu’on sera moins rigoureux sur l'e.xécution des détails; certaines parties surtout, faute de raah'riaux, n’ont pu être indiquées que d’une manière incomplète ; je n’ai pas cni devoir négliger cependant de marquer la place qui leur convient.

La nature des recherches qui font l’objet de cet ouvrage et l’étudg, du système social ont quelque chose de positif qui doit, au premier abord, effrayer certains esprits : les uns y verront une tendance au matérialisme ; les autres, en interprétant mal mes idées, y trouveront une prétention outrée d’agrandir le domaine dos sciences exactes et de placer le géomètre sur un terrain qui n’est pas le sien ; ils me reprocheront de l’engager dans des spéculations absurdes, en l’occupant de choses qui ne sont pas susceptibles d’ôtre mesurées.

Quant à l’accusation de matérialisme , elle a été reproduite si souvent et si régulièrement toutes les fois que les sciences essayaient un nouveau pas et que l’esprit philosophique, en se jetant hors des antiques ornières, cherchait à se frayer des chemins nouveaux , qu’il devient presque superflu d’y répondre, aujourd’hui surtout qu’elle est dépouillée de fappareil des fers et des supplices. Qui

pourrait dire, d’ailleurs, qu’on insulte à la Divinité en exerçant la plus noble faculté quelle ait mise en nous, en tournant ses méditations vers les lois les plus sublimes de l’univers, en essayant de mettre au jour l’économie admirable, la sagesse infinie qui ont présidé à sa composition? Qui oserait accuser de sécheresse les philosophes qui, au monde étroit et mesquin des anciens, ont substitué la connaissance de notre magnifique système solaire, et qui ont tellement reculé les limites de notre ciel étoilé, que le génie n'ose plus en sonder les profondeurs qu’avec un respect religieux ? Certes, la connaissance des merveilleuses lois qui l'ègleut le système du monde donne une idée bien autrement grande de la puissance de la Divinité, que celle de ce monde qui nous était imposée par une aveugle superstition. Si l'orgueil matériel de l'homme s’est trouvé trompé en voyant combien est petite la place qu’il occupe sur le grain de poussière dont il faisait son univers, combien son intelligence a dû se réjouir d’avoir porté si loin sa puissance et d’avoir plongé si avant dans les secrets des deux !

Après avoir vu la marche qu’ont suivie les sciences à l’égard des mondes, ne pouvons-nous essayer do la suivre à l’égard dos hommes? Ne serait-il pas absurde de croire que pendant que tout se fait d’après des lois si admirables, l’espèce humaine seule reste abandonnée aveuglément à elle-même, et qu’elle ne possède aucun principe de conservation? Ne craignons pas de le dire, c’est une pareille supposition qui serait injurieuse à la Divinité, et non la recherche môme que nous nous proposons de faire.

Pour ce qui concerne la seconde objection , j’essayerai d’y répondre quand il sera question de l’appréciation des facultés morales et intellectuelles de l’homme.

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