‹ Physique socialeChapitre 5 sur 244 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pu dire, peut-être avec plus d’exactitude ; Il est un tribut que riiomuie acquitte avec plus de régularité que celui qu’il doit à la nature ou au trésor de l’Etat, c’est celui qu’il paye aucriine ! — Triste condition de l’espèce humaine ! Nous pouvons énumérer d’avance combien d’individus souilleront leurs mains du sang de leurs semblables, combien seront faussaires, combien seront empoisonneurs ; à peu près comme on peut énumérer d’avance les naissances et les décès qui doivent se succéder.

La société renferme en elle les germes de tous les crimes qui vont se commettre. C’est elle, en quelque sorte, qui les prépare, et le coupable n’est que l’instrument qui les exécute. Tout état social suppose donc un certain nombre et un certain ordre de crimes qui résultent, comme conséquence nécessaire, de son organisation. Cette observation, qui peut paraître décourageante au premier abord, devient consolante au contraire quand on l’examine de près, puisqu’elle montre la possibilité d’améliorer les hommes, en modifiant leurs institutions, leurs habitudes, l’état de leurs lumières et, en général, tout ce qui intlue sur leur manière d’être. Elle ne nous présente au fond que l’extension d’une loi déjà bien connue de tous les philosophes qui se sont occupés de la société sous le rapport physique ; c’est que tant que les mêmes causes subsistent, on doit s’attendre au retour des mômes effets. Ce qui pouvait faire croire qu’il n’en était pas ainsi des phénomènes moraux, c’est l’influence trop grande qu’on avait généralement supposée à l’homme dans tout ce qui se rapporte à ses actions.

C’est un fait remarquable dans l’histoire des sciences, que, plus les lumières se sont développées, plus on a vu se restreindre la puissance qu’on attribuait à l’homme. Ce globe, dont il était l’orgueilleux possesseur, n’est devenu.

l’HYSlgUE SOCIALE.

au.\ yeux de l’astronome, qu’un grain de poussière tlottant inaperçu dans l’espace ; un tremblement de terre, une tempête, une inondation, suffisent pour faire disparaître, en un instant, un peuple entier ou détruire l’ouvrage de vingt siècles. D’une autre part, quoique ■l’homme serpble livré à ses propres actions, nous le voyons, tous les ans, payer à la nature un tribut régulier do naissances et de décès. Dans la régularité avec laquelle il reproduit le crime, nous voyons aujourd’hui se rétrécir de nouveau le champ dans lequel s’exerce son activité individuelle. Mais si chaque pas dans la carrière des sciences semble lui enlever une partie de son importance, il donne aussi une idée plus grande de sa puissance intellectuelle, qui a su pénétrer des lois qui semblaient devoir rester à jamais inaperçues ; et, sous ce rapport, son orgueil a tout lieu d’être satisfait.

Ainsi, les phénomènes moraux, quand on observe les masses, rentreraient en quelque sorte dans l’ordre des phénomènes physiques ; nous serions conduits à admettre comme principe fondamental dans les recherches de cette nature, que plus le nombre des individus que l'on observe est grand, plus les particularités individuelles, soit physiques, soit morales, soit intellectuelles, s'effacent et laissent prédominer la série des faits généraux en vertu desquels la société existe et se conserve. 11 n’est donné qu’à peu d’hommes, doués d’une puissance de génie supérieure, d’imprimer une action sensible au système social ; et encore cette action exige-t-elle souvent un temps considérable pour transmettre pleinement son effet.

Si l’action modificative des hommes se communiquait immédiatement au système social, toute espèce de prévision deviendrait impossible, et l’on chercherait vainement dans le passé des leçons pour l'avenir. Mais il n’en est pas

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