‹ Physique sociale, ouChapitre 12 sur 238 · I.IVRE PREMIER · texte numérisé non relu

I.IVRE PREMIER

se placer A càié des plus belles et des plus fécondes que l’oii connaisse.

Les hommes les plus illustres parmi les modernes avaient pressenti son avenir. A la suite des Pascal, des Leibnitz, des Moivre, des Maclaurin, des d’Alembert, des Condorcet, des Ilernoulli, on avait vu Laplace, Fourier, Poisson, Gauss et une quantité des plus grands mathématiciens de nos jours, suivre et développer les traces glorieuses qui leur étaient ouvertes; mais je ne sais quelles difficultés les empêchaient de marcher avec l’activité nécessaire. Je pense, du reste, pouvoir en attribuer la principale cause au manque de renseignement^authentiques, sur lesquels la théorie etU à s’appuyer d’une manière sûre.

C’est ainsi que la mécanique analidique pouvait se créer sans que l’on connût l’expérience ; mais pouvait-on penser ensuite à la mécanique céleste, sans avoir la connaissance de notre système planétaire et sans en avoir reconnu les principaux éléments de grandeur, de mouvement et de poide.

Dans la plupart des phénomènes sociaux, qui dépendent uniquement de la volonté humaine, les faits se passent \ avec le même ordre, et quelquefois avec plus d’ordre encore que ceux qui sont purement physiques (i). C’est cet \ ensemble d’actions qui, déjà, avait vivement étonné les savants occupés du calcul des probabilités ; ils lui avaient même emprunté un grand nombre de leurs exemples les plus frappants. L’observation est difficile, sans doute, surtout si l’on s’adresse au calcul; il faut savoir préciser, en

(l) On peut voir* dans un article que j'ai présenté à la classe des lettres de l’Académie de Bruxelles 'et inséré au Bulletin de la séance du mois de mars 1868, l'étonnante régularité qui existe dans \'Age et Vétat civil des mariés en Belgique, pendant le dernier quart de ce siècle; la régularité des nombres est bien autrement grande que celle qu'on a pu remarquer dans les températures, les orages ou les récoltes des mêmes années,

lOS

THYSIQUE .^OCrALE.

effet, la part d’action qui appartient à la société, et l’estiuier en dehors des forces qui sont [)ureinent de la volonté de l’homme.

Le partage des forces humaines et des forces matérielles qui agissent dans les phénomènes est très-difficile à déterminer, et c’est peut-être ce qui rend la marche de cette science si pénible, et apporte tant de lenteur à ses progrès. Ce qu’il est facile de voir, dés à présent, c’est que les lois du monde matériel changent infiniment plus par les forces de la nature que par l'intervention de l’homme en général, et que, de plus, l’action individuelle de l’homme peut être considérée comme sensiblement nulle (i).

Dès la troisième réunion de X Association britannique à Candjridge (1833), la statistique, dans un pays aussi actif et aussi industriel que l’.Vngleterre, ne tarda pas <à prendre le rang qui lui est dil. L’Anglais, ce peuple ingénieux, comprit facilement ce qu’il fallait à une pareille science pour marcher d’un pas digne et qui piil conduire à des succès. La statistique ne faisait pas encore partiu de ses travaux; mais par un rapprochement particulier, le hasard y avait réuni quelques hommes dont l’attention avait été plus spécialement tournée vers cette étude; il suffira de nommer Xlalthus, Babbage, llerschel,XVhewell, Drinkwater, Lubbock, Sykes,le professeur Jones, etc. Cette réunion formée d’abord par quelques hommes spéciaux.

(1) Oo dira peut-être que Tesprit d un prince conquérant peut causer des fléaux immeosee; personne ne peut en douter : comme des inondations, comme des tremblements de terre, comme des pestes, des disettes, etc., peuvent en produire également pendant leur existence Ce sont des modifications passagères, des années malheureuses que 1a statistique doit enregistrer,comme lefont la météorologie et l'histoire en général. Encore faut-il observer qu‘un prince n'agit pas comme individu, mais comme représentant de toute une nation qui le met en état d'agir dans des limites plus ou moins larges.

1,1VRE l'REMIEK.

profondément versés dans l’étude des sciences sociales, prit assez de développement pour que, pendant les travaux mêmes du congrès, ce nouveau point de ralliement devint la sixième section de l’Association hritanni((ue. Mais la condition préalable pour admettre la statistique parmi les connaissances humaines représentées à l’Association fut de lu considérer comme science, et de laisser en dehors de ses travaux les spéculations hj'pothétiques et tout ce qui n’avait pas un caractère vraiment positif. C’était la statistique philosophique que l’on voulait, et non la statistique marchant, sans principes et sans règles, à travers des colonnes de chitfres souvent maladroitement réunis (i). Immédiatement après, il se forma des sociétés statistiques à Londres, à Kdimbourg, à fllascow, à Manchester et dans toutes les grandes villes du royaume. Toutefois, le comité de statistique de Cambridge, qui avait pris l’initiative, n’avait été fondé qu’au point de vue scientifique, et montrait assez l’opinion que l’Angleterre s’était formée de cette science nouvelle (î).

(1) Rcjwrt ofthe third meeting of the Britisfi Association for the adran’ cernent of science held àt Cambridge in 1833, page 483. 1 vol. in*8°. Londres, 1834.

(2) C'est à cette époque, en 1835, que Je publiai la première édition do mon ouvrage Sur t'Uommeet le déveioppanent de ses facultés, ou Essai de physique sociale,'‘Z\o\. in-8<>. fin 1846 et 1848, parurent, comme compléments, les deux ouvrages : Théorie des probabilités appliquée aux sciences morales et politiques,^ et l’ouvrage : du Système social ou des Lois qui le régisserit.

Peu après le premier ouvrage, paraissaient les ouvrages suivants : de V Influence des climats sur VHomync, par P. Foissac. 1 vol. in-8", 1837 ; Traité de statistique ou ThéoriedeVéiudeâestois,pss^,‘A.. Dufau ;Paris, 1 vol in-8®, 1840; Solution du problème de la population et de la subsistance, par Ch. Loudon ; Paris, 1 vol. in 8®, 1842; Études d'économie politique et de statistique, par W. M -L. Wolowski; Paris, 1848, 1 vol in 8”; Algemeine BeeMktrrungsstatistik, par M. le D*" Wappaüs, 2 vol. in-8®, 1859 et 1801 ; Leipsig, etc. baron Czômig avait publié antérieurement un ouvrage remarquable qui fut reçu avec plaisir par la science, de même que les iKivrages remarquables de M Rau, un des plus profonds publicistes que renferme aujourd'hui l'Atlemagae.

PHYSlgUK SOCIALE.

Vingt ansaprés, un petit peuple, en suivant cet exemple, osa faire un appel plus génei-al ; le gouvernement belge s’adressa à tous les Etats pour se concerter avec eux et donner plus d’ensemble et plus d’unité aux statistiques des différents pays ; il s’agissait, en effet, d’une science qui les concernait j)eut-éti'e plus encore que les savants. Cette fois, ce n’était point la statistique scientifique (pi’on cherchait à développer, mais plutôt la statistique pratique et gouvernementale. Cette association des congrès statistiques réunit, dès son commencement, des délégués de toutes les nations de l’Europe et de quelques Etats de l’Amérique. Grâce aux dispositions bienveillantes des gouvernements, elle est parvenue à atteindre, du moins en grande partie, le but quelle avait en vue, et elle a tenu ses assises parmi les peuples les plus éclairés. Les villes de Bruxelles, PariSj Vienne, Londres, Berlin, Florence, au nom de leurs gouvernements respectifs, ont successivement îUîcueilli avec distinction les délégués des autres nations; et ces, gouvernements ont témoigné qu’ils appréciaient peut-être mieux encore qtie les membres délégués par eux, les services qu’on pouvait en attendre.

D’autres nécessités se faisaient sentir : on a compris qu’il no suffit pas d’avoir les mêmes documents réunis dans les différents pays ; il faut avoir encore des poids et des mesures uniformes qui soient immédiatement comparables. Tout ce qui tend à simplifier les résultats entre les différents peuples est de la plus haute importance; dès lors les congrès spéciaux, propres à faciliter cette uniformité de résultats, peuvent avoir des avantages et conduire à des simplifications considérables (i). Les tra-

(I) La première n'union eut lieu à Rruxellea, en I8S3; les réunions de Palis et de Vienne se succédéi'ent ensuite a deux années de distance, eu

UVUK l'KK.MlEK. 111

vaux devaient être pureraent numériques; mais on s’aperçut qu'on ne pouvait en distraire ce qui est leur partie principale : il fallait leur donner une direction scientifique et liertoules les parties de l’édifice entre elles. Le premier essai, fait à Londres, fut bien accueilli; mais peut-être le perdit-on un peu de vue à la réunion générale de Berlin. Il a été renouvelé depuis à Florence et il a été admis, à l’unanimité, par les hommes les plus éclairés. A cet effet, l’assemblée générale a créé un comité spécial réservé aux sciences qui forment, en quelque sorte, le couronnement do l’édifice (i).

Ainsi Y Association anglaise et le Congrès statistique, qui voulaient s’isoler d’abord, en ne prenant l’une que la partie

1865 et 1857 : celles de Londres, de Berlin et de Florence ne se firent pins qu’à des intervalles de trois ft quatre ans.

Un mois avant le congrès statistique de Bruxelles, avait eu lieu, dans la même ville, la confêi'ence maritime des différentes nations, sur l'invitation de M Maury, faite au nom du gouvernement des Ktats-Unis d'Amérique. Ces deux congrès se distinguent de tous les autres, en ce qu'ils sont formés par les ffouvernemenis mêmes, qui s'y font représenter par un ou plusieurs délégués, afin d'arriver à mettre de l'unité dans les travaux administratifs de leurs pays et à profiter de tous les avantages que peut produire la science assujettie à un plan uniforme. Les congrès de statistique ont eu générale* ment pour présidents l'un des ministres de l'Etat où ils se rassemblaient. Cependant, malgré leur formation spéciale, les assemblées n’ont pas cru, dès leur origine, devoir se séparer des savants qui, sans appartenir aux administrations, pouvaient donner des renseignements et une direction utile aux travaux.

(1) Au moment où nous écrivous ces lignes, nous recevons de Florence le recueil des solutions affrétées dans la session du congrus international de statistique^ réuni à Florence en 1867, et nous lisons, dés la page 6, concer* nant l'OROANisaTiox des congrès :

« Lk Congrès :

- Considérant l'importance et l'étendue des questions statistiques qui trouvent dans les mathématiques leur base scientifique ;

• Considérant que, chez tous les peuples civilisés, d'illuBti*eB géomètres ont appliqué le calcul des probabilités à ces questions;

« Émet le vécu que, dans les futurs congrès, il y ait une section spéciale, chargée de s'occuper des questions de statistique en rappoil direct avec la théorie des probabilités. «

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