LIVRE DEUXIÈME
maladie quelconque, n’augmente pas la population de notre vieille Europe, du moins directement; mais, ce qui vaut mieux, elle améliore le sort de ceux quelle arrache aux chances de la petite vérole, elle diminue le nombre des aveugles, elle conserve aux individus leur beauté native et elle allonge leur vie moyenne. »
On peut donc regarder comme une véritable conquête des lumières, la précieuse découverte de Jenner. On reconnaît surtout les progrès de la civilisation par le soin avec lequel elle a su écarter tout ce que la société présentait de plus hideux ou de plus misérable : peut-être même une philanthropie peu éclairée a été trop loin dans son zèle ; en cherchant à éviter certains maux, elle en a fait naître d’autres. Rien n’est plus propre à émouvoir notre compassion que le faible enfant qu’une mère, dans la détresse, abandonne à la charité publique ; cependant un excès de commisération peut devenir un encouragement pour le vice, et une véritable charge toujours croissante pour la société.
Il paraît que c’est dans cette crainte qu’on n’a point formé d’hospice des enfants trouvés à Édimbourg (i). On a reconnu combien la mortalité est affreuse dans la plupart de ces établissements, malgré tous les efforts de l’art, qui est cependant parvenu à la combattre avec succès. M. Hawkins, dans ses Éléments de statistique médicale (2), dit que la mortalité, dans l’hospice des enfants trouvés de Dublin, était si grande, qu’elle devint l’objet d’une enquête parlemenüiire : sur 10,272 enfants malades, envoyés à l’infirmerie attachée à l’hospice, pendant 21 ans.
(1) Id Edimburgh an attempt haa been occationally made to fonn a foundling hospital, bût bas failed from the opinion of its injury to morality. (Hawkins, Eléments of medical Statislics^ page 132.)
(2) Page 130.
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qui se terminaient en 1796, on n’en conserva que 45! 10,201 de ces malheureux enfants étaient affectés de symptômes syphilitiques, tandis que, dans les derniers temps, on n’en comptait qu’un seul sur 30. Nous avons montré aussi combien l’art, aidé par une bonne administration, était parvenu’ à diminuer la mortalité dans les hospices de la maternité. Mon but, en parlant de ces établissements, ne peut être sans doute d’en présenter un tableau complet, mais j’ai dô chercher à montrer combien nos institutions politiques et nos établissements philanthropiques peuvent faire varier les degrés de mortalité, quelles que soient d'ailleurs les causes de ces grandes variations. C’est encore par le même motif que je crois devoir jeter un coup d’œil sur la mortalité des hôpitaux des différents pays. Ce sujet épineux peut donner lieu à de grandes erreurs, parce que tous les hôpitaux ne reçoivent pas des malades affectés de maladies également graves et également avancées dans leur période. 11 convient donc d’user do beaucoup de réserve et surtout de ne comparer entre eux que les hôpitaux qui reçoivent les mêmes espèces de malades. Je suivrai à cet égard, pour guide, M. F. Bisset Hawkins, et j’emprunterai les nombres qu’il donne dans ses Éléments de statistique médicale.
En 1685, dans les hôpitaux de Saint- Bartholomâ et de Saint-
Thnmaa, la mortalité était de I snr 7
En 1689, dans l'hépital Saint-Tbomaa 1 aur 10
En 1741 . 1 eur 10
De 1773 à 1783 1 sur 14
De 1783 â 1793 I sur 15
De 1803 a 1813 1 sur 16
D’après le premier rapport de fhôpital Saint-Georges, publié pour 1734, la mortalité était de 1 sur 8; elle était, pour 1825 et 1827, de 1 sur 9.