LIVRE DEUXIÈME
“ 1“ La mortalité des prisonniers est, en géiKTal, considérablement plus forte que celle des gens libres.
“ 2° Elle est en raison directe de la mauvaise tenue des prisons, de l’état actuel de misère, de déiiûment des détenus, et des privations, des souffrances qu’ils ont supportées avant l'emprisonnement.
- 3” Si l'administration est à peu prèsimpuissante contre les dernières causes, elle peut toujours, avec de l’habileté et de la sollicitude, prévenir les premières, ou du moins les atténuer beaucoup.
- 4" Si, faisant abstraction des différences qui résultent des localités et de la bonne ou mauvaise administration, nous rangeons les prisonniers dans l’ordre suivant lequel s’accroît leur mortalité, ils seront placés comme il suit :
“ Prévenus et accusés;
- Condamnés;
- Détenus dans les dépôts de mendicité.
« 5" Pour apprécier les effets de la salubrité, de l’insalubrité, de la bonne ou de la mauvaise tenue de chaque prison, et les chances différentes de vie des différentes classes de prisonniers, le meilleur moyen serait de déterminer la proportion annuelle des décès, en rapportant ceuxci non an nombre total des détenus, mais à leur population moyenne annuelle.
“ G" L’ignorance du sort des prisonniers, de leurs besoins, surtout des besoins et du sort des plus pauvres d'entre eux, est la cause première îV laquelle il faut attribuer l'excessive mortalité dont il a été cité des exemples. "
Par l'extrôme variation des chiffres dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les hospices des enfants trouvés et de la mendicité, on voit que la mortalité change, d'une année l’autre, avec la rapidité la plus grande et que lois générales de l’humanité n’y sont plus applicables.
DE 1,'eMPLOI de I-A STATISTIQUE DANS LES SCIENCES MÉDICALES.
Rien n’a été plus vivement contestf? (jue l’utililé de la statistique dans les sciences médicales ; et, de la manière dont on en use, il doit en être ainsi.
Quand éclate un de ces fléaux qui portent la destruction parmi les hommes, et qui semblent destinés à mettre en émoi les sociétés médicales, où ils laisseront les dernières traces de leurs ravages ; parmi les médecins, les uns suivent docilement les leçons de leurs prédécesseurs, et les autres tentent aventureusement des voies nouvelles, soit dans un but d'utilité générale, soit encore dans un but d’utilité particulière et pour fixer sur eux l’attention publique. Tous, en général, font de la statistique, mais les uns confient leurs résultats à leur mémoire ; les autres au papier. Ceux qui ont eu le moins de succès se gardent bien de parler de leurs mésaventures ; restent donc ceux qui ont réussi, ou qui croient avoir réussi mieux que leurs confrères.
Parmi eux, il s'en trouve un bon nombre qui ne doivent leurs réussites qu’à des causes accidentelles, et qui trèsprobablement auraient eu moins à se flatter, s’ils avaient été appelés à traiter sur une plus grande échelle. Mais il en est aussi qui ne doivent leurs succès qu’à leur science et à leur sagacité. Or, c’est ici que naît généralement le doute.
Un médecin attribue la maladie à telle cause, et il a raison quant à ce qui concerne les malades qu’il a traités ; un second médecin attribue la maladie à une autre cause, et il a également raison ; mais tous deux ont tort en ce qu’ils ne reconnaissent chacun qu’une seule cause, quand