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pays ont d’habitants, quels sont leurs moyens de subsistance, et les degrés d’accroissement en même temps que les limites qu’ils peuvent atteindre sans danger. Il se présente ensuite la question de savoir comment les populations se composent, si leurs éléments constitutifs sont avantageusement distribués, et contribuent d’une manière plus ou moins efficace au bien-être de l’ensemble. Mais il conviendra d’abord de prendre les choses de plus haut et d’établir, sommairement et d’une manière claire, les idées émises sur la population par les économistes les plus distingués. La population, d’après eux, croîtrait selon une progession géométrique, s’il ne se présentait aucun obstacle à son développement.

Les moyens de subsistance ne se développent point aussi rapidement; et, selon Malthus, dans les circonstances les plus favorables à l'industrie, ils ne peuvent jamais augmenter plus vite que selon une progression arithmétique (i).

Le grand obstacle à la propagation serait donc le manque de nourriture, provenant de la diô’érence des rapports que suivent ces deux quantités dans leurs accroissements respectifs.

Quand une population, dans son développement, est parvenue au niveau de ses moyens de subsistance, elle doit s’arrêter par la prévoyance des hommes ; ou, si elle a

(I) Essai sur le principe de la population, tome page 15, traduction de MM. Prévost ; Genèvo, 1830. Cette loi des accroissements des subsistances peut paraître trés-douteusOf et les idées des économistes sont assez divergentes & ce sujet. W. Senior pense qu'il y a, pour les subsistances, une tendance à croître plus grande que pour la population. (Voyez Two lectures on population, page 49. On peut voir aussi à ce sujet la correspondance entre ce savant et Malthus.) Mac Culloch, dans les notes de l'ouvrage : Sur la richesse des nations, volume IV, page 133, pense, au contraire, que la progression établie par Malthus est trop élevée pour les contrées où les meilleures terres sont déjà cultivées.

le malheur de franchir cette limite, elle s'y trouve forcé- ment ramenée par un excès de mortalité. Les obstacles, dans ce cas, peuvent être rangés sous deux chefs. Les uns agissent en prévenant l’accroissement de la population, et les autres en la détruisant à mesure quelle se forme. La somme des premiers compose ce que l’on peut appeler Yobstacle privatif, celle des seconds l'obstacle destructif (i).

Malthus a analysé avec sagacité les principaux obstacles que la population peut rencontrer à ses accroissements ; il n’a pas déterminé avec moins de bonheur la limite quelle ne saurait dépasser sans s’exposer aux plus grands préjudices. 11 faut l’avouer cependant, malgré les recherches du savant anglais et des économistes qui ont marché sur ses traces, le mode d’action des obstacles n’a point été nettement établi. On n’a point déterminé la loi en vertu de laquelle ils agissent : en Un mot, on n’a pas donné les moyens de transporter la théorie de la population dans le domaine des sciences mathématiques, auquel elle semble spécialement devoir appartenir (2). 11 est résulté de là que la discussion sur ce point délicat n’a pu être complétée jusqu’à présent, et qu’on s’est peut-être exagéré les dangers que courait la société, en ne trouvant pas assez de garanties dans l’action des obstacles contre un mal

(1) Malthue, Essai, etc., page 20, tome Dans la manière de voir que J'ai adoptée, l’obstacle destructif appartient généralement aux forces naturelles, et l'obstacle privatif aux forces perturbatrices de l'homme.

(2) Qu’il me soit permis de rappeler à cet égard les idées que J exprimais en 1827, & l’ouverture d'un cours public d'histoire des sciences. « Il est à remarquer, disais-je, que plus les sciences physiques ont fait de progrès, plus elles ont tendu è rentrer dans le domaine des mathématiques, qui est une espèce de centre vers lequel elles viennent converger. On pourrait même jnger du degré de perfection auquel une science est parvenue, par la facilité plus ou moins grande avec laquelle elle se laisse aborder parle calcul. •

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