‹ Physique sociale, ouChapitre 213 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

LES DONNÉES RELATIVES A LA POPULATION PEUVENT-ELLES FOURNIR DES RENSEIGNEMENTS SUR LA PROSPÉRITÉ d’üN PEUPLE ?

En cherchant à mesurer la prospérité des peuples, on a souvent fait usage du mouvement de la population. La possibilité de parvenir à des résultats satisfaisants, en suivant une marche pareille, mérite sans doute d’être examinée d'une manière approfondie. C’est une question d’un haut intérêt; mais, je l’avoue, les données seules de la population ne me paraissent pas suffisantes pour la résoudre. Les Influences locales, le climat, les habitudes, les institutions, etc., sont des éléments que l’on ne peut guère négliger en comparant un peuple à un autre ; peut-être le ferait-on avec moins de danger, en comparant un peuple à lui-même pour différentes époques, pendant lesquelles ces éléments n’ont pas éprouvé de variations sensibles (i).

On pourrait s’exposer à des erreurs très-graves, en ne tenant compte que du chiffre des mariages ou des naissances d’un pays. Car, s’il est vrai que le découragement porte quelquefois les malheureux à multiplier de plus en plus, comme en Irlande, et qu’une dégradation morale soit un trô.s-grand stimulant pour les mariages pr<'*coces (2), il peut arriver encore que la mortalitis n’en fasse que de plus grands ravages; et l’un des fléaux les plus funestes pour un peuple, serait de voir ses générations se renouveler avec uuo rapidité qui ne permettrait pas de con-

(1) Je reproduie ici» en grande partie, un article que j'ai inaéré dans la Revue encyclopédique de Paris, pour août 1830.

(2) Voyei un article de M. d'Ivernois, inséré dans la Bibliothèque universelle de Geyiève, mars 1830.

server les hommes utiles. Or, il arrive généralement que les naissances se trouvent réglées par les décès ; c’est-àdire que les pays qui produisent le plus d’cmfants sont précisément ceux où la mortalité est la plus grande. Quand la production se fait au delà des limites réglées par la prudence, la partie la plus faible de la population est la première à s'en repentir ; l’excédant de la population passe successivement du berceau dans la tombe. Si le chiffre des naissances pouvait donc être utile pour montrer le degré de prospérité d’un peuple, ce serait plus particulièrement en le considérant dans ses relations avec la mortalité. ^lais, comme je l'ai dit, le chiffre seul des naissances me paraît ' absolument insuffisant.

J’aurais plus de confiance dans le chiffia; des tlécès, surtout s’il ne s’agit que d’établir une mesure par laquelle on puisse s’assurer si une population a atteint ou dépassé les limites qu’elle no saurait franchir sans se condamner au paupérisme. « Cette mesure universelle, dit M. d'Ivernois, je me flatte de l’avoir trouvée dans le chiffre mortuaire des peuples, par où j’entends celui qui indique si la proportion des décès annuels, comparés au nombre total des vivants, augmente ou diminue (i). Peut-être aurait-on tort de préjuger des résultats ; mais si l’on observe que cette mesure ne change pas dès que le total des vivants reste le même, ainsi que celui des décès, on peut avoir quelques craintes sur sa précision. Une population, en effet, peut rester numériquement la même de différentes manières, et présenter un nombre d’hommes utiles plus ou moins grand, sans que l’on puisse dire pour cela que son aisance demeure aussi la même. Par là, on estimerait en quelque sorte un enfant à fégal d’un homme utile.

(1) De la Mortalité moyenne^ envisagée comme Mesure de Vaisance et de la civilisation des peuples. — Dibliothègue universelle de Genève^ 1831.

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