‹ Physique sociale, ouChapitre 214 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Pour n’en prendre qu’un seul exemple, si, par une cause quelconque, la mortalité dans un pays florissant venait à frapper plus particulièrement les hommes utiles en épargnant les enfants, le nombre des décès et celui des naissances demeurant d’ailleurs le même, il arriverait infailliblement que cette population, après quelques années, se trouverait détériorée et aurait perdu beaucoup d’éléments de prospérité ; cependant, la perte quelle aurait éprouvée n’aurait été nullement accusée par la mesure employée. • Le chiffre mortuaire resterait le même, et un nombre considérable d’hommes utiles, qui produisaient pour leurs semblables, auraient été remplacés par des enfants improdu ctifs.

11 existe évidemment des relations étroites entre le bonheur d’un pays et les mouvements de sa population ; le tout est de savoir comment les exprimer. On jteut, en effet, envisager la question sous un double point de vue. On peut se proposer, en s’occupant d’un peuple, d’examiner quelles sont les années désastreuses, celles pendant lesquelles il a plus ou moins souffert; ou bien on peut rechercher d’une manière absolue quel est le nombre d’hommes utiles dont il peut disposer; en un mot, quelle est sa force, qui e.st aussi l’un des principaux éléments de sa prospérité. Dans le premier cas, le chiffre des décès pourra presque toujours être employé avec beaucoup de succès, car une année désastreuse est généralement accompagnée et suivie de privations nombreuses, même chez les peuples les plus favorisés, et les privations sont mortelles pour l’espèce humaine. Ainsi, quand on ne saurait pas que l’année 1817 et celles qui l’ont précédée ont été des années de disette pour la Belgique et pour un grand nombre de pays, on le verrait sans peine par le nombre des décès qui a été plus grand que pour les années qui

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précèdent o i qui suivent. Cette mortalité plus grande s’est fait sentir aussi dans les dépèts de mendicité, où elle a presque été double de ce qu’elle avait été précédemment, de même que dans les hôpitau.x et jusque dans les hospices des enfants trouvés.

Quant à la seconde manière d’envisager la question, j’ai cherché à faire comprendre pourquoi le chilfre seul des décès me paraît insuffisant. Il importe, en effet, de savoir non-seulement combien de décès donne une population, mais encore à quel fige ces décès ont lieu. Quelques écrivains ont employé, dans des estimations semblables, les uns, la durée de la vie moyenne ; les autres, la durée de la vie probable, et ils ont chiîrché à établir leur appréciation d’après les changements que subissait l’une ou l’autre de ces valeurs. Mais ici se présente un inconvénient à peu près serablalile à celui que j’ai signalé d’abord : c’est que la durée de la vie probable comme aussi celle de la vie moyenne peuvent avoir une même valeur de différentes manières. Cet inconvénient se fait surtout sentir quand on emploie le nombre qui exprime la vie probable, puisqu’on ne considère, dans le fait, que l’époque à laquelle un certain nombre d’individus de même âge se trouve réduit de moitié : et l’on n’exprime pas si ceux qui sont morts les premiers ont pu se rendre utiles pendant un temps plus ou moins long; on n’établit également rien à l’égard de ceux qui survivent.

En ])renant le chiffi-c qui exprime la vio moyenne ou la moyeime des âges auxquels sont parvenus un certain nombre d’individus que l’on supfiose nés en même temps, on donne aussi la mémo valeur à une année de la vie d’un enfant qui vient de naître et à celle de la vie d’un homme dont les travaux sont profitables à la société.

Il est une difficulté qui se lie aux précédentes et qui

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