DE LA CONCEPTION ET DE LA NAISSANCE
L’acte fie la naissance est lift à celui de la conception comme l'etfet est lié à la cause qui le produit : au premier se rattache l'idée de la nécessité, et au second celle d'une volonté libre. Comme d'ailleurs on est généralement porté h perdre fie vue les CJiuses qui ont agi bien antérieurement aux effets qu’on observe, on est peu frappé de la régularité avec laquelle les naissances se reproduisent ; on s’habitue à les regarder comme des phénomènes naturels, auxquels la volonté fie l’homme n'a qu’une faible part. Si l’on remarque l’influence des saisons, des lieux, des années d’abondance ou de disette, etc., c’est plutôt comme agissant sur nos qualités physiques que sur nos qualités morales ; c’est comme modifiant la facilité et non la volonté que nous avons de nous reproduire. Il existe, en outre, une répugnance bien naturelle à regarder notre vouloir comme influencé par des causes physiques.
Quelle que soit, du reste, la nature des causes qui produisent les naissances en plus ou moins grand nombre, avec plus ou moins de régularité, ce qu’il importe de connaître d’abord ce sont les résultats qui eu sonUla conséquence; nous pourrons rechercher ensuite ce qui est le fait de la nature, et ce qui appartient à l’action perturba-
trice de l’homme. .-Ytiii de faciliter cette recherche, nous examinerons successivement comment se produisent les naissances, en ayant égard aux temps, aux lieux, aux sexes, aux saisons, aux heures du jour et aux autres causes qui sont en dehors de l'homme; par là, nous pourrons mieux comparer l’influence de ces causes à celle qu’exerce l’homme, en vertu de sa manière d’ètre et de ses institutions politiques et religieuses.
Remarquons d’abord qu’on a rarement l’occasion de constater l’époque de la conception, et par suite de préciser le temps de la grossesse. La naissance, d’après l’opinion reçue, suit de neuf mois l’instant de la conception ; cependant la ditférence peut ôti’e d’un à deux mois supérieure ou inférieure : de sorte que la naissiuice pour un enfant vivant, ou ayant chance de vivre, peut être de sept à onze mois. Mais de pareils cas extrêmes sont trèsrares. On peut voir déjà combien nos connaissances sont peu étendues, puisque avant même que l’enfant soit au monde, l’ignorance règne sur un fait aussi important. S'il m’était permis de conjecturer avec le peu de renseignements que nous possédons, je serais disposé à croire qu’ici encore s’observerait la même loi qu’on reconnaît dans tous les phénomènes relatifs à l’homme (i).