‹ Phytographie médicale (volume 2)Chapitre 17 sur 64 · RHODODENDRON PONTIQUE. RHODODENDRON PONTICUM · texte numérisé non relu

RHODODENDRON PONTIQUE. RHODODENDRON PONTICUM

Rhododendron Ponticum. Wild. Spec. 2. 606. Jacq. Ic.

Plant, rar. t. 78.

(Planche 62.)

Cet arbrisseau , plus élevé que le précédent, se fait remarquer dans nos bosquets par la couleur brillante de ses fleurs. Ses rameaux sont droits, cylindriques, un peu rougeâtres , ornés de feuilles longues de cinq à six pouces, lancéolées, rétrécies à leur base, persistantes , d’un beau vert en dessus , plus pâles en dessous, soutenues par des pétioles courts et épais. Ses fleurs, d’une couleur purpurine ou d’un violet tendre, forment une belle grappe au sommet des rameaux. La corolle est grande , campanulée , divisée à son limbe en cinq découpures profondes. Cette belle espèce a plusieurs variétés qu’on cultive en Europe, et qu’on voit maintenant dans presque tous nos jardins; elle croît en Asie , sur les côtes de la mer Noire et aux environs de Trébisonde.

D’après Tournefort {V ojage au Levant), les fleurs de cet arbrisseau sont malfaisantes ; le miel puisé par les abeilles , sur ces fleurs , donne des vertiges et des nausées. Dioscoride dit aussi qu’autour d’Héraclée , dans le royaume de Pont, le miel, en certains temps de l’année , rend insensés ceux qui en font usage ; ce qu il faut attribuer aux fleurs sur lesquelles les abeilles le récoltent. Suivant Pline , il est des années où le miel

est également vénéneux dans le meme pays : a Ceux qui en ont mangé se couchent à terre , cherchent le frais , ont des sueurs abondantes. Qui edére , abjiciunt se humi, refri gerationem quœ rentes : nam et sudore dijfluunt. » C’est sans doute ce miel malfaisant qui jeta la consternation dans l’armée des Grecs lorsqu’elle vint camper aux environs de Trébisonde. Xénophon raconte que les soldats qui en mangèrent une grande quantité eurent de violentes évacuations suivies de délire. Les moins malades ressemblaient à des gens ivres 5 les autres étaient furieux ou moribonds. On voyait la terre jonchée de corps comme après une défaite. Personne néanmoins n’en mourut, et les accidens cessèrent le lendemain.

Quelques naturalistes pensent que les abeilles avaient puisé ce miel sur l’azalée politique ( azalea pontica, Lin.), plante narcotique et vénéneuse qui croît aussi aux environs de Trébisonde , et appartient à la meme famille. M. Lemaire-Lisan court observe fort bien , dans le Journal de Botanique de M. Desvaux , que les abeilles ne changent presque pas la nature du nectar qu’elles puisent dans les fleurs. Ainsi le miel peut devenir purgatif, astringent , vénéneux , etc. , suivant les plantes sur lesquelles il a été recueilli par ces insectes. Les miels de l’ancienne Colchide, pays fertile en végétaux nuisibles, sont bien différens du miel du mont Hymette, où croissent abondamment la sauge, le thym, le serpolet et autres plantes aromatiques. De meme le miel qui vient de l’ouest et du nord n’est point comparable à celui du Gâtinais et du midi de la France.

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