ARMOISE ABSINTHE. ARTEMISIA ABSINTHIUM
Artemisia absinthium. Linn. Spec. 1188. DC. Fl. Fr. 3226.
(Planche 66.)
C’est une herbe vivace, dont les tiges rameuses , feuillées, blanchâtres, ont deux ou trois pieds de hauteur. Les feuilles sont alternes , pétiolées , larges , molles , d’un vert argenté , surtout en dessous , très-découpées, deux ou trois fois ailées. Les fleurs sont nombreuses , jaunâtres , disposées au sommet des rameaux en grappes unilatérales et fouillées ; les involucres sont cotonneux, demi-globuleux et pendans -, le réceptacle est garni de poils. Cette plante est connue sous le nom & absinthe, de grande absinthe, à' armoise amère : on la rencontre dans les terrains arides et incultes de l’Europe tempérée.
La grande absinthe exhale une odeur forte , presque narcotique. Ses propriétés actives résident spécialement dans un principe résineux très-amer, et dans une huile volatile qui a la couleur de l’émeraude. Il est peu de plantes dont les vertus soient aussi bien établies. A la ville , à la campagne , partout on connaît l’action stomachique de l’absinthe; et depuis long-temps elle
jouit d’une réputation pour ainsi dire populaire. L’eau , la bière, le vin, l’alcohol, s’emparent de ses principes médicinaux. Ces divers liquides portent sur l’organisme une impression à la fois stimulante et tonique , excitent et corroborent tous les tissus, accélèrent la circulation , augmentent la chaleur animale , provoquent la diaphorèse, etc. Pris avec modération, ils combattent l’inertie , la faiblesse de l’estomac et des intestins , aiguisent l’appétit , favorisent la digestion , dissipent les flatuosités.
Les fièvres intermittentes qui s’accompagnent de symptômes peu graves , cèdent à l’action stimulante et tonique de l’absinthe. J’en ai fait un fréquent et heureux emploi dans les hôpitaux militaires , où nous manquions quelquefois de quinquina de bonne qualité. Assez souvent je la mêlais avec les fleurs de camomille romaine : ces deux plantes réunies ont une vertu fébrifuge très-remarquable.
On a souvent recours aux préparations d’absinthe pour combattre cette langueur cachectique connue sous le nom de chlorose ou pâles couleurs. Elles conviennent spécialement lorsqu’il existe une faiblesse générale, lorsque l’utérus est dans un état d’inertie qui s’oppose aux mouvemens hémorrhagiques. Observons néanmoins que la chlorose qui se manifeste chez les jeunes filles , à l’époque de la nubilité , dépend trèssouvent d’une irritation de la matrice 5 que cet état cède aux remèdes tempérans , aux demi-bains , aux antiphlogistiques-, tandis que l’absinthe, les toniques , les emménagogues, peuvent provoquer une inflammation mortelle. On fait un grand usage de l’absinthe 11. 11
dans le traitement de la leucorrhée ; son action tonique dissipe assez promptement les langueurs d’estomac qui accompagnent cette affection morbifique. Mais nous ferons également remarquer que , chez les femmes d’une constitution faible et en même temps irritable, ces écoulemens muqueux sont rarement exempts d’un état fébrile, d’une sensation pénible, comme douloureuse , dans les lombes et dans la région abdominale ; que ces symptômes , lorsqu’ils se prolongent, sont l’indice de quelque phlogose latente, soit de l’utérus, soit des viscères circonvoisins , et qu’ils contr’indiquent formellement l’usage de l’absinthe, des amers et des excitans.
Les praticiens prescrivent également cette plante dans quelques hydropisies. C’est en ranimant l’action languissante des reins et de tout le système urinaire, qu’elle a quelquefois dompté des anasarques rebelles à d’autres moyens. Le docteur Calés, mon collègue à l’armée des Pyrénées , fut pris d’un œdème universel à la suite d’une maladie ataxique qui l’avait réduit à un état de faiblesse extrême. Après avoir employé vainement les plus puissans diurétiques , il se mit à l’usage d’une forte infusion d’absinthe dans du vin blanc. Ce remède , continué pendant l’espace d’un mois , dissipa entièrement l’enflure et remonta le système des forces. On conseille aussi l’absinthe contre la dyspepsie goutteuse, le scorbut, les affections lymphatiques, etc. Elle a surtout une action très-puissante sur les vers ; mais son emploi devient nuisible quand la diathèse vermineuse se complique de l’irritation des intestins.
On administre rarement l’absinthe en substance;
mais on emploie fréquemment son extrait , sa teinture alcoholique, son infusion aqueuse ou vineuse. On trouve aussi clans les officines un sirop , une conserve, une eau distillée et une huile volatile : tous ces divers produits se distinguent par des facultés plus ou moins excitantes. Le vin d’absinthe est surtout un remède énergique contre l’aménorrhée entretenue par une débilité générale ; on le donne à la dose d’une à deux onces, qu’on répète deux ou trois fois par jour. Le peuple et les charlatans l’emploient dans tous les cas de suppression des règles et des lochies. J’ai vu périr d’une entérite des plus violentes une jeune fille trèsrobuste à laquelle on l’avait administré à haute dose pendant huit jours , afin de rappeler le flux menstruel.
On emploie aussi l’absinthe à l’extérieur -, on en prépare des fomentations , des bains , des fumigations aromatiques. En Angleterre on la substitue fréquemment au houblon, dans la fabrication de la bière ; mais on a remarqué que cette boisson était alors plus enivrante.
Vin d’absinthe. Prenez, feuilles sèches d’absinthe, une once; vin blanc, deux livres : laissez infuser à froid, pendant deux jours, dans un vase hermétiquement fermé. Le vermouth, liqueur stomachique fort estimée, n’est autre chose que du vin de Hongrie dans lequel on a fait infuser de l’absinthe. On en prend un petit verre le matin à jeun, et autant avant le repas.
Teinture d’absinthe. Prenez , sommités d’absinthe , trois gros; sucre, demi-once; alcohol , cinq onces: faites digérer pendant quinze jours , passez et filtrez
la liqueur. La dose est d’une cuillerée à café dans deux onces de vin blanc.
L’extrait d’absinthe de Suisse est encore une liqueur très-excitante où l’on fait entrer plusieurs substances aromatiques , et qu’on colore avec du suc d’épinards.
Toutes ces liqueurs sont recommandées, à petites doses, contre les langueurs d’estomac, les flatuosités , l’inappétence , la chlorose , la suppression menstruelle , etc.
Nous avons assez signalé les dangers de ces médicamens énergiques dans les irritations viscérales , nous n’y reviendrons point 5 mais nous devons avertir ceux qui auraient envie de se faire gourmands , que l'usage habituel des préparations d’absinthe et autres boissons stimulantes engendre des maux sans nombre. Toutes ces teintures si recherchées excitent en effet l’estomac, le rendent plus actif, lui impriment une force nouvelle ; mais cette excitation factice dégénère bientôt chez les uns en une langueur générale*, provoque chez les autres des gastrites , dès spasmes variés , et une mobilité nerveuse qui fait d’un homme une petite femme à vapeurs.
Nous connaissons des littérateurs pleins d’esprit et de verve , mais dans un état habituel de souffrance , qui croient trouver une sorte de ressource dans les liqueurs alcoholiques. Eh bien , un petit verre vous suffit aujourd’hui • demain il vous en faudra deux ; puis il faudra doubler encore la dose , ou bien le gaster, dont vous avez fait un paresseux, refusera toute espèce de service. Ceux qui se livrent aux travaux de l'esprit ne savent peut-être pas que les tiraillemens, les fai-
blesses , les langueurs d’estomac dérivent presque toujours du cerveau, dont l’excitation réagit sans cesse sur les organes digestifs. Laisser reposer l’esprit , agiter le corps , vivre avec tempérance , voilà le traitement le plus rationnel, le plus sûr.
Mais si l’on persiste dans ce pernicieux régime , il n’y aura que les plus forts excitans qui pourront tirer pour un instant l’estomac de son inertie ; il deviendra exigeant , capricieux ; de nouvelles saveurs , des mets extraordinaires ne sauraient vaincre ses dégoûts toujours croissans. Aujourd’hui il demandera de la glace pilée, demain du kirsch ou du madère, un autre jour de l’extrait d’absinthe.
C’est aux hommes intelligens , spirituels , ornement du monde social , que nos conseils s’adressent , et non aux gourmands de profession , classe égoïste, indocile, dont toutes les sensations résident dans le ventre. Ceux-ci n’ont point d’oreilles, ils ne sauraient nous entendre-, leurs entrailles toujours avides, comme dit Sénèque (1), dépeuplent la mer et la terre. Cuisiniers , courez au milieu des feux; étudiez leurs besoins , leurs désirs; aiguillonnez leur appétit blasé! Que le grand et le petit four travaillent sans cesse ; que les vins se multiplient; que les mets se succèdent, qu’ils varient de forme, de goût, de couleur ; et, s’il le faut, quetou-
(1) Je me souviens d’avoir entendu vanter un ragoût fameux , dans lequel un gourmand , pour accélérer sa ruine , avait fait entrer tout ce que les gens les plus fastueux auraient pu consommer successivement à leur table pendant toute une semaine. Les coquilles de Vénus, les spondyles et les huîtres étaient entremêlés d’oursins , supportés sur un plancher de surmulets hachés et privés d’arêtes. (Sénèque, Lettre XCV.)
tes les saveurs soient confondues en une seule ; qu’on allie dans un seul plat ce qui ferait l’ornement de plusieurs services; enfin, que ces gourmands soient rassassiés, qu’ils célèbrent leurs propres funérailles, et que leur destinée s’accomplisse.
Presque toutes les espèces dont se compose le genre artemisia possèdent des propriétés analogues. Elles sont plus ou moins imprégnées de principes aromatiques et résineux , et on les remplace les unes par les autres. Nous ne citerons que les plus remarquables.
Armoise des glaciers (< artemisia glacialis). Cette espèce , revêtue d’un duvet soyeux et brillant , a des feuilles découpées en quatre ou cinq lobes multifides, et des fleurs jaunes , assez grandes , ramassées en bouquet à l’extrémité des tiges. Elle croît dans les Alpes , dans le voisinage des glaciers. Les montagnards lui donnent le nom de petit genipi blanc.
Cette petite plante répand un parfum délicieux. Ses feuilles sont amères et aromatiques; on les prend en infusion pour exciter les sueurs.
L’armoise des rochers ( artemisia rupestris ), porte également le nom de genipi , et possède à peu près les mêmes vertus. Les habitans des Alpes emploient ces deux espèces dans les maladies aiguës , et principalement dans la pleurésie. Cette méthode, dont se plaignait le célèbre Tissot, est évidemment meurtrière dans les inflammations.
Armoise pontique. Artemisia jjontica. On la reconnaît à ses feuilles blanchâtres, soyeuses , finement découpées ; à ses fleurs petites , globuleuses et disposées en panicule terminale. On la désigne sous Je nom de
petite absinthe , d absinthe romaine. Elle croît abondamment sur les bords du Pont-Euxin :
Cana priüs gelido desint absinlhia Ponto.
Ovid.
On la rencontre aussi dans les montagnes du Piémont et dans le Jura. Moins tonique et moins amère, elle est plus stimulante et plus agréable que la grande absinthe , à laquelle d’ailleurs on la substitue. On la cultive dans les jardins.
Armoise du Valais. Artemisia vallesiaca. Elle est toute couverte d’un duvet épais et blanchâtre. Les feuilles sont trilobées , à lanières étroites et linéaires. Les fleurs sont disposées en panicule droite et rameuse; les involucres sont légèrement scarieux, et renferment de trois à six fleurons hermaphrodites d’un jaune rougeâtre. Cette espèce croît dans les lieux les plus chauds des Alpes, dans le Valais , dans le val d’Aoste ; elle est très-aromatique et très-excitante. On la récolte dans son pays natal pour remplacer la grande absinthe , à laquelle on la préfère.
Armoise maritime. Artemisia maritima. Elle est également chargée d’un coton blanc et fin. Ses tiges sont hautes , très-rameuses , garnies de feuilles multifides , à découpures linéaires ; ses fleurs petites , pendantes, nombreuses, d’une couleur jaunâtre, et disposées en grappes terminales. Cette plante croît sur les bords de la mer, depuis la Provence jusqu’en Belgique. Elle est aromatique et d’une saveur amère qui n’est point désagréable. Les Anglais en font un fréquent
usage.
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ARMOISE COMMUNE. ART EMIS IA VVLGARISf
Artemisia vulgaris. Linn. Spec. 1188. CC. Fl. Fr. 1188.
Balb. Fl. Lyon. 1. 382.
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Cette espèce a des tiges hautes d’environ trois pieds, cylindriques, cannelées* glabres, quelquefois un peu velues et rougeâtres. Ses feuilles sont pinnatifides et incisées , vertes en-dessus , blanchâtres et tomenteuses en-dessous. Les fleurs sont rougéâtres et disposées en petits épis latéraux qui naissent dans les aisselles des feuilles supérieures , et qui tous ensemble forment de longues grappes terminales.
On la rencontre dans les lieux incultes, dans les décombres, au bord des chemins. Lorsqu’on froisse les feuilles entre les doigts , elles exhalent une odeur forte et aromatique. M. Braconnot en a obtenu une matière amère annualisée et une huile odorante.
Les anciens , Hippocrate , Galien et Dioscoride avaient attribué à l’armoise une action emménagogue puissante. Les modernes lui ont aussi reconnu une propriété excitante , et beaucoup de médecins y ont encore recours lorsque la menstruation est irrégulière, difficile ou supprimée. Mais nous devons observer que son usage ne peut être utile qu’autant que cet état est entretenu par l’inertie de l’utérus ou par une faiblesse générale. L’armoise agit alors à ]a manière des substances aromatiques, de la camomille, de la matricaire, de l’absinthe et autres végétaux stimulans auxquels on l’associe même afin d’augmenter son action médicamenteuse. Il m’est souvent arrivé de la donner
en infusion avec le safran, et j’ai eu à me louer de ce mélange. On fait infuser une pincée d’armoise et un scrupule de safran dans deux tasses d’eau bouillante, et on donne le matin à jeun cette boisson édulcorée avec du sucre, après avoir fait prendre à la malade un pédiluve simple. On continue ce remède pendant cinq ou six jours, et on le suspend pour le reprendre à lepoque présumée de la menstruation.
Mais l’aménorrhée , suite d’une débilité organique, est beaucoup moins fréquente qu’on ne pense ; elle est bien plus souvent le résultat d’une congestion sanguine, d’une irritation plus ou moins vive, soit de l’utérus , soit des organes voisins -, et alors les véritables emménagogues sont les antiphlogistiques , les saignées générales ou locales pratiquées avec mesure , les bains et une diète en harmonie avec cet état d’irritation.
Une maladie d’une solution autrement difficile , l’épilepsie , a été combattue avec quelque succès , en Allemagne, par l’usage de la racine d’armoise. C’est au docteur Burdach , de Triebel , près de Sorau , qu’on doit cette découverte. Comme nous manquons de méthodes rationnelles pour triompher d’une affection aussi grave, nous ne saurions dédaigner un moyen empirique dont l’expérience a constaté les effets salutaires. M. Burdach recommande de récolter l’armoise en automne , de la faire sécher à l’ombre et de ne la pulvériser qu’au moment de s’en servir. Environ une demi-heure avant l’accès, lorsqu’il peut le prévoir, il donne à un adulte une cuillerée à café ( environ un gros) de cette poudre dans un peu de bière chaude.
Le malade se met au lit, se couvre bien, et boit de la bière légère, très-chaude. La sueur ne tarde pas à s’établir, et le malade sort du lit quand elle cesse de couler.
Le docteur Burdach assure que la première dose procure déjà du soulagement et qu’elle suffit même quelquefois pour opérer une cure radicale. Il faut mettre un jour d’intervalle entre les doses. Des expériences ont été faites à l’institut polyclinique de Berlin, sur dix épileptiques 5 trois furent guéris plus ou moins promptement ; trois furent soulagés, puisque les accès devinrent plus éloignés et plus faibles 5 chez les quatre autres on n’observa aucun effet.
Une femme de quarante-un ans , ayant fait plusieurs campagnes avec son mari, qui était soldat, devint hystérique à la paix , lorsqu’elle fut réduite à un genre de vie sédentaire. Deux avortemens , des chagrins , des inquiétudes, et des désordres de la menstruation, vinrent encore aggraver cet état. Les accès hystériques parurent d’abord avec les symptômes ordinaires, hémicrânie, vomissement, coliques, globe hystérique, évanouissemens , etc. Mais depuis six mois , il s’y était joint des convulsions très-analogues à celles de l’épilepsie, à cette différence près qu’il n’y avait point d état soporeux. Comme chacun de ces accès était amené par un sentiment de malaise et d’agitation, on fit prendre de la racine d’armoise, le 16 avril, à onze heures du soir, au moment où les prodromes d’un accès se déclarèrent. Il s’établit dans la nuit une sueur abondante qui dura jusqu’au matin. La malade ne dormit pas une minute $ elle changea de linge le matin et
se sentit fort soulagée. Cependant, le 17 avril, vers deux heures après midi , elle eut tout à coup un accès d’épilepsie, auquel en succéda un second tout aussi violent , une heure après ; la malade tomba ensuite dans un sommeil profond qui dura jusqu’au lendemain matin. Soixante-douze heures après la prise de la première dose, on en donna une seconde , aussi dans de la bière chaude. Bientôt il s’établit une sueur générale , abondante et fétide , et le matin , un flux d’urine colorée en jaune, mais non sédimenteuse. La malade se trouva soulagée , et au mois de mai suivant , il 11’avait pas encore reparu d’accès. Le 6 mai, elle sortit de l’hôpital. Depuis deux ans, elle jouit d’une santé parfaite et n’a j amais ressenti d’attaque d’épilepsie .
Une fdle de dix-sept ans , épileptique depuis cinq , par suite de mauvais traitemens et de coups reçus sur la tête, avait tous les jours un accès qui paraissait régulièrement à la même heure. Une seule dose d’armoise, qui fut suivie d’une sueur légère , suffit pour la guérir.
Une fille de dix-huit ans était atteinte, depuis deux ans, d’une épilepsie qui s’aggravait sans cesse, de manière qu’on comptait souvent douze accès par jour. Après que la malade eut pris trois doses d’armoise , le nombre des accès se trouva réduit à deux par jour, de courte durée. La malade n’a pas été suivie plus longtemps.
Un homme de vingt-neuf ans , atteint , depuis quatre ans , d’une épilepsie périodique , occasionée par une chute dans l’eau , fut radicalement guéri par deux doses d’armoise.
Un homme de trente-six ans, un peu idiot, éprouvait , depuis son enfance, deux accès au moins d’épilepsie par semaine. Trois doses d’armoise suffirent pour éloigner tellement les accès, qu’il n’en eut plus qu’un seul par mois. Depuis lors, une forte dose, prise par mois, supprima ce dernier accès lui-même.
Une fdle de seize ans fut atteinte d’épilepsie, sans cause connue , à l’époque de la puberté. Elle avait ordinairement un accès toutes les quarante-huit heures. Une seule dose d’armoise la guérit radicalement. (. Journal der praktirchen heiskunde , avril 1 8^4* )
De nouveaux faits, recueillis depuis cette époque par M. Burdach, sont venus confirmer l’efficacité de la racine d’armoise contre l’épilepsie. Ce médecin a observé une différence surprenante entre le nombre des guérisons qui ont eu lieu dans le canton qu’il habite , et celui des succès obtenus dans d’autres endroits. En effet dans son pays, sur vingt malades, deux seulement n’ont pas éprouvé de soulagement notable après l’usage de la racine d’armoise, tandis qu’ailleurs la proportion a été inverse ; ce qu’il attribue à une mauvaise préparation du médicament, lequel n’a pu déterminer cette sueur abondante qui suit constamment son usage. M. Burdach pense que le pronostic et le traitement de l’épilepsie doivent reposer non sur la cause présumable ou sur 1e siège hypothétique de cette maladie , mais sur la considération de ses intermissions ou de sa périodicité. Ainsi, il est une espèce d’épilepsie dont les accès reviennent tous les jours une et même plusieurs fois ^ c’est celle que la racine d’armoise combat avec le plus de succès, et cela d’autant mieux que les convul-
sions sont plus violentes , et que les accès sont assez rapprochés pour que le malade n’ait pas le temps de revenir complètement à lui dans leurs intervalles. M. Burdach ne connaît pas de cas de ce genre dans lequel l’armoise n’ait pas parfaitement réussi.
Une autre espèce d’épilepsie, caractérisée par le retour quotidien de deux accès , un le matin et un autre le soir, se montre surtout chez les enfans de cinq à quinze ans. Les attaques sont peu intenses et s’annoncent par des tiraillemens dans les pieds -, le paroxisme présente les symptômes des affections vermineuses , et les anthelmintiques demeurent sans effet. Cette forme réclame l’emploi de la racine d’armoise , qui ne tarde pas à être suivi d’une diminution dans la violence et dans la durée des attaques , puis de leur cessation complète : on doit après celle-ci continuer eucore le traitement pendant quelques semaines , d’autant que l’armoise ne provoque pas une transpiration aussi forte que dans le cas précédent. La dose de ce médicament peut être portée très-haut chez les jeunes gens qui n’ont pas encore atteint leur quinzième année. Les bains tièdes légèrement aromatisés contribuent à la guérison.
Une troisième espèce , ou l’épilepsie nocturne, est caractérisée par le retour irrégulier des attaques tous les dix ou quinze jours, et ordinairement après minuit -, celles-ci sont annoncées le jour auparavant par une susceptibilité très-grande , par l’abattement , ou, chez quelques sujets, par une grande activité morale, interrompue par un besoin passager de dormir, survenant à des heures où le malade n’en a pas l’habitude. Ce dernier ne remarque pas ordinairement les prodromes dont
il ignore en outre la valeur 5 d’autres fois il la connaît et tombe dans le désespoir. Cette forme , qui s’observe le plus souvent chez les jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans , est plus aggravée , très-momentanément il est vrai , qu’améliorée par la racine d’armoise. Une autre espèce d’épilepsie , que ce médicament modifie à peine , est celle qu’011 observe chez les hommes, et dont les attaques très-violentes reviennent toutes les six ou huit semaines , se suivent à courts intervalles pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures , et sont accompagnées d’une très-forte transpiration.
Les enfans à la mamelle supportent très-bien la racine d’armoise -, 011 ne doit pas être trop réservé à leur égard pour les doses de ce médicament, qui combat avec avantage chez eux toutes les affections spasmodiques plus ou moins semblables à l'épilepsie. M. Burdach assure que dans ces cas l’armoise est réellement un spécifique. Lorsque la vie du malade est en danger, il y joint le musc ou d’autres moyens -, hors cette circonstance , la racine d’armoise suffit et réussit seule , lors meme qu’il existe quelques signes de diathèse inflammatoire.
Il a obtenu de très-bons effets de ce remède chez les jeunes filles de douze à quinze ans atteintes d’accidens épileptiformes qui dépendaient des efforts de la nature pour établir la menstruation. Il avoue néanmoins qu’il n’a pas été aussi heureux chez les femmes plus âgées , lorsque les accidens épileptiques, compliqués d’ailleurs d’aménorrhée et datant souvent de la même époque que celle-ci , étaient survenus après la première menstruation.
M. le docteur Schoenbeck a employé également avec
succès la même racine, à la dose de deux à quatre gros , peu de temps ayant ou immédiatement après l’accès. Un épileptique a été guéri ; et l’état de six autres a été assez amélioré pour n’avoir plus que des accès rares , réduits d’ailleurs à des évanouissemens courts et passagers.