‹ Phytographie médicale (volume 2)Chapitre 29 sur 64 · ABNICA DES MONTAGNES. ARNICA MONTANA · texte numérisé non relu

ABNICA DES MONTAGNES. ARNICA MONTANA

Arnica montana. Linn. Spec. 1245- DC. Fl. Fr. 3198.

Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2. 524. Balb. Fl. Lyon. 1. 389.

Düb. Fl. Orl. 913.

(Planche 67.)

Sa tige est cylindrique, légèrement velue, haute d’environ un pied , simple et uniflore; quelquefois elle se divise, et porte plusieurs fleurs. Les feuilles radicales sont oblongues, lancéolées, rétrécies en pétiole-, celles de la tige , presque toujours au nombre de quatre , sont opposées deux à deux. Les fleurs sont grandes, d’un jaune d’or, solitaires à l’extrémité delà tige ou des rameaux. Cette plante croît dans les prairies des Alpes , des Pyrénées , des Vosges, etc. On la trouve aussi aux environs de Lyon , dans les prairies de Pilât , dans la forêt d’Orléans et dans les bois de la Sologne.

L’arnica est un des végétaux indigènes les plus éner-

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giques. Les fleurs et la racine exhalent une odeur vive, aromatique ; leur saveur est âcre et amère. D’après l’examen chimique de MM. Chevallier et Lassaigne, les fleurs contiennent une résine ayant l’odeur de l’arnica ; une matière amère nauséabonde , ressemblant à la matière vomitive du cytise -, de l’acide gallique ; une matière colorante jaune 5 de l’albumine 5 delà gomme et divers sels. (. Journal de pharmacie , juin 18 19.)

Un soldat de la garde royale , tourmenté de palpitations de coeur et d’une agitation convulsive du bras droit , fut mis à l’usage d’une décoction de fleurs d’arnica. Le premier verre provoqua des nausées, et bientôt après une sorte de frémissement général, avec des tiraillemens qui se prolongeaient dans les membres jusqu’à l’extrémité des doigts. Ces phénomènes étaient accompagnés d’une sorte de sensation que le malade ne pouvait exprimer -, les jambes exécutaient aussi des mouvemens involontaires. La poitrine ne se soulevait qu’avec peine 5 les muscles de cette cavité étaient dans un état de contraction fixe qui s’opposait à l’exercice des mouvemens mécaniques de la respiration. (Barbier, Traité de Mat. méd.)

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Les médecins qui se sont anciennement occupés de cette plante la regardaient comme un spécifique contre les contusions, les meurtrissures provenant de chutes graves. Us avaient remarqué que la décoction des fleurs, prise intérieurement , occasionait des douleurs vives dans les parties contuses , des anxiétés, des nausées, des hémorrhagies ; des déjections sanguinolentes , et

quelquefois le délire. (Schut, De viribus arnicas,) Nous ne contestons point les effets salutaires de l’arnica dans quelques affections de l’encéphale à la suite de chutes violentes 5 mais il faut savoir en restreindre l’usage , et surtout s’en abstenir lorsque la dureté du pouls, la chaleur fébrile, l’irritation prononcée de quelques viscères annoncent un état de congestion , une phlogose imminente.

L’impression vive et prompte que cette plante exerce sur l’appareil nerveux a sans doute déterminé quelques praticiens à la prescrire dans le traitement de la paralysie. D’après les observations de M. Collin, elle a dissipé des tremblemens , des convulsions, désaffections paralytiques et autres accidens nerveux. Sous l’influence de ce puissant remède, les malades éprouvaient des douleurs dans les yeux , une sorte de fourmillement dans les membres , des tiraillemens , une chaleur vive , qui étaient presque toujours d’un heureux présage. Observons néanmoins que l’usage de l’arnica n’est point admissible dans les cas d’irritation ou de congestion sanguine de l’encéphale 5 or, la paralysie offre très-souvent ce caractère chez les vieillards d’un fort tempérament. Ce n’est qu’après avoir remédié à la cause primitive par des saignées générales et locales qu’on peut avoir recours à cette plante héroïque.

M. Théodore Martell , négociant , âgé de soixantehuit ans , d’une constitution forte , d’un tempérament lymphatico-sanguin , devint hémiplégique du côté gauche à la suite d’une attaque d’apoplexie. Des évacuations sanguines suivies d’un éméto -cathartique, de l’application successive de plusieurs vésicatoires , etc. ,

avaient débarrassé la tête -, mais les meuve mens involontaires des membres étaient entièrement abolis. Cet état durait depuis plusieurs semaines, et M. le professeur Boyer, qui , dans les premiers jours de l’attaque , avait vu le malade avec moi , avait porté un pronostic défavorable. Peu satisfait des remèdes employés jusqu’alors, je prescrivis à M. Martell une décoction de fleurs d’arnica légèrement sucrée. On lui en donnait trois onces toutes les quatre heures , et on ajoutait à chaque dose deux cuillerées d’une forte infusion des mêmes fleurs. L’usage de ce remède fut constamment suivi de nausées et d’un sentiment d’ardeur à l’épigastre , que quelques cuillerées d’une potion éthérée faisaient promptement disparaître. On continua l’arnica pendant trois semaines , sans en obtenir un amendement sensible; cependant on remarqua peu à peu plus de chaleur dans les membres paralysés. Le malade éprom vait de temps en temps des contractions spasmodiques : d’abord il put remuer faiblement les orteils; ensuite la sensibilité et le mouvement se rétablirent d’une manière progressive dans toute l’étendue des parties affectées. Au bout d’environ trois mois, M. Martell put se promener seul dans sa chambre ; et , peu de temps après , il fut en état de reprendre le cours de ses affaires. Cette observation et quelques autres faits analogues démontrent la puissance médicatrice de l’arnica contre la paralysie , dont la cause réside spécialement dans une atonie nerveuse.

D’après le témoignage de Collin , l’arnica a dissipé des fièvres intermittentes d’une nature grave. Aaskow, Deiman, Voltelen ont également constaté son

action fébrifuge. Stoll a combattu des fièvres quartes à l’aide d’un électuaire préparé avec- les fleurs d’arnica et le sirop d’écorce d’orange 5 il en donnait gros comme une muscade quatre fois par jour. Cette dose excitait une cardialgie supportable*, mais les malades qui en prenaient davantage éprouvaient bientôt après des douleurs violentes d’estomac , des sueurs visqueuses , froides, avec un pouls grand , plein et très-lent. Toutefois l’opium calmait la cardialgie d’une manière aussi sure que prompte. D’après l’observation de Stoll, ceux qui souffraient davantage de l’estomac étaient beaucoup plus tôt guéris. Qui largiores Jlorum doses absumebanty ventriculo graviàs dolebant , sed multo citius sanabantur ex febre. {Rat. med. , pars tertia.) M. le docteur Double a employé avec succès la décoction des fleurs , seule ou légèrement rougie avec du vin, chez deux individus pauvres et attaqués d’une fièvre tierce. Us présentaient, dans le principe, de légers symptômes de complication gastrique , qui devenaient surtout sensibles dès l’invasion de l’accès. Après avoir fait usage, l’un pendant neuf jours, l’autre pendant onze , de la décoction d’arnica , la fièvre a disparu , aussi bien que les symptômes de gastricité. (. Journal général de médecine > tome 24.)

Stoll a beaucoup contribué à répandre l’usage de l’arnica dans le traitement des affections typhoïdes, et personne n’ignore combien les sectateurs de Brown ont abusé de ce médicament énergique. L’illustre médecin de Vienne l’administrait dans les fièvres putrides , lorsque les viscères étaient exempts d’inflammation , ou lorsque celle-ci avait été dissipée, lorsque le pouls

était à peu près naturel, et que cependant le malade était faible, stupide, très-abattu, en proie à un délire sourd, dans un état de somnolence, etc. On a recours à l’arnica dans le traitement des affections muqueuses compliquées d’adynamie et d’ataxie ; elle est particulièrement indiquée lorsque le pouls est petit, faible, tremblotant, avec torpeur et prostration du système musculaire. M. le docteur Mercier, médecin à Rochefort (Puy-de-Dôme) , a signalé ses vertus dans plusieurs cas de fièvre muqueuse adynamique avec suspension de la sécrétion des urines. Ce remède, donné en substance et en décoction , a combattu avec un grand succèsl’assoupissement, la dépression des forces, qui était extrême, et la débilité pour ainsi dire paralytique de l’appareil urinaire. Conférez le 33e volume du Journal général de médecine, page 386.

Mais qu’on ne se hâte point d’administrer l’arnica ; les spasmes, les soubresauts des tendons , les mouvemens convulsifs et autres lésions de la sensibilité ne dépendent pas toujours d’une faiblesse réelle , mais plutôt d’un état trompeur de débilité ou d’une oppression momentanée des forces vitales , qui se montre souvent dans les fièvres adynamiques et ataxiques. Autant ce médicament devient salutaire pour remédiera quelques accidens graves qui se manifestent vers la fin de ces pyrexies , autant son usage prématuré est nuisible lorsqu’il existe un éréthisme général , ou bien une irritation locale qui n’a pas été combattue par des moyens convenables. On doit surtout opposer l’arnica à ces diarrhées énervantes, à ces flux dysentériques opiniâtres qui, dans la troisième période du typhus, me-

nacent d’éteindre entièrement les forces de la vie.

On a recommandé l’arnica contre les toux convulsives , la coqueluche , la dyspnée asthmatique , les catarrhes, la péripneumonie, etc. Il est à peine nécessaire d’observer que ces maladies sont presque toujours marquées , du moins dans le principe , par un excès d’irritation qui doit faire craindre tous les remèdes stimulans. C’est ainsi que l’usage prématuré de l’arnica, dans les affections pulmonaires, peut les convertir en phthisie ; mais , dans l’état avancé des catarrhes , lorsque l’expectoration devient difficile , et que le poumon est surchargé de matières muqueuses , on peut prescrire avec confiance ce remède énergique ; on le donne en décoction ou en infusion avec les espèces pectorales. Cette boisson, administrée à doses nauséeuses, continuée avec persévérance, et secondée par l’application des vésicatoires sur le thorax, a quelquefois vaincu les catarrhes les plus opiniâtres. L’emploi de l’arnica n’est pas moins précieux dans quelques cas de péripneumonie , lorsque les forces vitales sont abattues au point de faire craindre que la crise ne soit imparfaite ou nulle, ce qui arrive fréquemment dans les péripneumonies ataxiques. On administre alors l’infusion ou la décoction des fleurs avec l’extrait de quinquina -, cette composition excite le système général des forces , ranime l’action pulmonaire, et favorise l’expectoration.

Cette plante a été célébrée par Barthez dans le traitement de la goutte. Je pense qu’on peut prescrire l’ar-^ nica , dans quelques affections goutteuses , pour favoriser les sueurs critiques , lorsque la nature paraît choisir ce mode de solution -, mais il faut bien se garder

PH YTOGRAPHIE

d’y avoir recours durant l’irritation de la maladie. Ces sueurs, qu& l’art s’efforce de provoquer par des remèdes excitans , augmentent l’irritation générale-, elles peuvent même , suivant la remarque judicieuse de M. le docteur Double, susciter une attaque d’apoplexie, en donnant lieu à une direction vicieuse des mouvemens vers la tête. Voyez la Séméiologie générale , publiée par ce célèbre praticien , tome 3, page 332.

Enfin le docteur Schiit, qui a longuememt disserté sur l’arnica, lui attribue bien d’autres propriétés que nous passons sous silence ; nous dirons seulement que dans les maladies asthéniques , dans le typhus putride , dans la dysenterie avec prostration des forces et tendance à la gangrène, cette plante, méthodiquement administrée, a souvent produit les plus heureux effets. Tout ce qu’on a pu dire contre l’usage des stimulans ne saurait anéantir les faits recueillis par les médecins les plus distingués de l’Europe. Les antiphlogistiques, si vantés aujourd’hui dans le traitement des fièvres putrides et du typhus , peuvent sans doute être couronnés de succès pendant la période d’irritation; mais, lorsque les facultés vitales et organiques sont frappées d’adynamie , soit par l’effet d’un poison septique , soit par l’abus d’une méthode énervante, persister dans l’emploi des mêmes moyens , c’est vouloir éteindre le dernier souffle de vie.

On donne quelquefois l’arnica en substance, à la dose de dix à trente grains-, mais plus souvent en infusion ou en décoction édulcorée avec un sirop agréable. On emploie les fleurs et la racine depuis un gros jusqu’à demi-once pour une livre de véhicule. L’extrait,

MÉDICAL K

préparé avec les fleurs, se prescrit depuis vingt grains jusqu’à un gros. On peut combiner utilement ces diverses préparations avec le vin , l’éther sulfurique , le quinquina , le camphre , la valériane , etc.

Poudre de racine d'arnica composée. Prenez , racine d’arnica, vingt grains-, camphre, quatre grains. Préparez douze poudres semblables. On en donne une toutes les trois heures , dans le typhus dysentérique , pour combattre la prostration des forces et la tendance à la décomposition des humeurs.

Infusion de fleurs d'arnica composée. Prenez, fleurs d’arnica, racine de valériane, de chaque deux gros. Faites infuser , à vase fermé , dans dix onces d’eau bouillante. Ajoutez à lacolature, eau de menthe poivrée, deux onces -, sirop simple, une once ; éther alcoholisé, un gros ; teinture d’opium , quinze ou vingt gouttes. On administre cette potion par cuillerées , dans la deuxième et troisième période des affections putrides , pour soutenir les mouvemens salutaires de la nature, et remédier à l’état nerveux caractérisé par le désordre et l’affaiblissement des forces vitales.

VALÉRIANÉES. VALERIANEÆ.

Valériane œ. DC.

Hier encore la chaleur était accablante , on respirait à peine. Les pluies du soir et de la nuit ont versé des trésors sur la campagne 5 l’herbe des prés est rafraîchie , et les trèfles étincellent de perles liquides.

Quittons les prairies de Vanvres. Voici les collines

de Meudon , où la valériane sauvage nous appelle

Je l’aperçois déjà toute radieuse , s’élevant comme un trait au-dessus des gazons qui bordent un épais taillis : j’admire les petits bouquets blancs et roses qui ornent sa tête , mélange charmant où la nature a mis toute sa grâce. Une plante rustique se montre à quelques pas de la valériane ; c’est l’euphorbe des bois , distillant aux feux du soleil sa liqueur laiteuse. La pourpre de sa tige contraste durement avec son feuillage : n’y touchez pas, c’est un poison.

Mais quelle odeur suave vient ravir mes sens î Herbe modeste , précieux don de la Providence , je reconnais tes fruits si vermeils, si délicieux, si frais 5 je les vois briller à travers le feuillage qui leur sert d’abri, et je crois les cueillir encore dans les bois des Pyrénées , au bord du torrent, entre les rochers tapissés de mousse. Comme après les fatigues de la journée je savourais leur

ambroisie dans ces hautes régions où l’air est si pur, le ciel si beau! Ineffables souvenirs de mes jeunes années, courses champêtres , études de la nature , doux repos de l’esprit et du cœur, vous me charmez encore à l’automne de ma vie !

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