‹ Phytographie médicale (volume 2)Chapitre 64 sur 64 · JJ · texte numérisé non relu

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sur les forces motrices. Les vertus contraires de ce médicament tiennent spécialement à la différence des doses et à celle de ses préparations. C’est ainsi que sa qualité irritante est effacée par sa vertu sédative , lorsqu’on l’administre à des doses extrêmement fortes. Pris à des doses modérées, il accélère les battemens du pouls et produit d’autres effets d’excitation. Quand il est donné à une très-grande dose, il affaiblit la sensibilité au point de diminuer extrêmement l’irritabilité du cœur et des artères , dont il rend les pulsations moins fréquentes , de même qu’il diminue alors la fréquence desmouvemens de la respiration. ( Nouveaux élémens de la science de V homme . )

Cabanis prétend que l’opium produit deux effets distincts très-remarquables : l’un , de diminuer la sensibilité -, l’autre , d’augmenter la force de la circulation , et par elle, ou, plus directement encore, par l’état du système nerveux, celle des organes moteurs. C’est uniquement à raison de ce dernier effet que l’opium doit être considéré comme stimulant. Mais , pour accroître véritablement les forces musculaires, l’opium doit être employé à doses modérées : car , à mesure qu’on augmente la dose , l’engourdissement des nerfs augmente lui-même $ et le cerveau , comprimé de plus en plus par l’afïlux extraordinaire du sang , transmet de moins en moins et peut finir par cesser entièrement de transmettre aux muscles les principes d’excitabilité. ( Rapports du physique et du moral de l'homme).

D’après l’opinion du professeur Moreau ( Encyclopédie méthodique) , l’opium , donné à petites doses, produit un premier degré d’irritation. Mais les moyens

d’irritation et d’excitement ne portent pas également sur toutes les parties de l’organisme. L’opium est caractérisé par cette sorte d’affinité élective : il se dirige , se concentre vers le cerveau ; il n’apparaît comme excitant général qu’en donnant momentanément plus de force et d’étendue à l’influence et à la sphère d’activité de cet organe. D’autres médecins, et particulièrement le docteur Barbier ( Traité de matière médicale ), pensent que l’opium exerce une action sédative sur le cerveau , qu’il affaiblit la puissance vivifiante que ce centre exerce sur toutes les parties du corps. Le professeur Àlibert ( Nouveaux élémens de thérapeutique) reconnaît également l’action sédative de l’opium-, toutefois il avoue que ce médicament, introduit dans les voies digestives , manifeste d’abord un effet irritant qui semble être le résultat de son application immédiate.

D’après les expériences de M. Broussais ( Histoire des phlegmasies ), l’opium , appliqué sur des pustules ou sur des boutons rouges , commence par exciter vivement l’activité organique des parties qu’il touche ; mais il engourdit l’instant d’après les mêmes capillaires qu’il avait excités , les resserre et les condense en les engourdissant. Pris intérieurement, l’opium, après avoir excité la sensibilité et la contractilité organiques dans l’estomac , y produit une stupeur de quelque durée , pendant laquelle la sécrétion muqueuse diminue et les oscillations péristaltiques sont ralenties. L’opium a donc en même temps un effet calmant et un effet astringent. Au reste, ce grand physiologiste recommande de ne jamais donner de laudanum lorsqu’il

existe une affection inflammatoire générale , parce que cette diathèse s’alimente de toutes les excitations , quelque légères qu’elles soient.

L’opium , employé à forte dose , ne doit être rangé , d’après le professeur Orfda , ni parmi les narcotiques ni parmi les excitans -, il exerce un mode d’action particulier qui ne saurait être désigné exactement par aucune des dénominations actuellement en usage dans la matière médicale. Employé à petite dose , l’opium paraît borner son action au développement des symptômes qui annoncent la stupéfaction • quelquefois cependant il produit une excitation très-intense , effet qui dépend de l’idiosyncrasie.

Le nouvelle école italienne range l’opium parmi les excitans diffusibles. Suivant le professeur Rolando de Turin, ce médicament agit sur l’excitabilité moléculaire, et l’insensibilité qu’il produit, lorsqu’on l’administre à fortes doses , est le résultat de l’augmentation trop considérable des molécules. C’est ainsi qu’il explique l’assoupissement qui a lieu par son usage. ( Inductions physiologiques et pathologiques. )

Au milieu de ces opinions contradictoires , quelle est celle que le praticien doit adopter pour ne point compromettre le sort des malades confiés à ses soins ? L’observation attentive des phénomènes produits par l’usage de l’opium doit surtout lui servir de guide ; mais, en interrogeant l’expérience , il faut qu’il renonce aux théories vaines et subtiles qu’on a si souvent agitées au sein de l’école. L’opium, introduit en petite quantité dans l’estomac, provoque une excitation prompte, mais passagère. Si l’on réitère la dose , le pouls s’élève,

le visage se colore , l’imagination s’éveille , la respiration est moins libre, les fonctions cutanées sont plus actives 5 et à ces phénomènes succède un sommeil tranquille , ou plus ou moins agité. Administré à grandes doses, il produit une excitation extrême, quelquefois une immobilité universelle, le délire, la stupeur, la sédation de l’encéphale , et la mort.

L’empire de l’habitude, le tempérament, le climat, peuvent néanmoins modifier son action , au point qu'on peut en avaler impunément des doses effrayantes ; et l’on sait que les Orientaux font leurs délices de cette production végétale , qui les jette dans une voluptueuse ivresse et leur fait goûter un bonheur ineffable. Animé par sa vertu stimulante , le Turc brave le terrible appareil des combats et se précipite avec audace au milieu des rangs ennemis. Veut-il signaler ses exploits sur un théâtre moins périlleux, il a également recours à l’influence active de l’opium -, et alors , brûlant de désir et d’amour , il paraît fièrement au sein de son sérail , où , après avoir satisfait ses appétits sensuels, calmé ses irritations érotiques, il s’endort dans les bras de la volupté.

D’après le témoignage des voyageurs , les Indiens ont aussi le goût le plus vif pour l’opium, qui les enivre, leur procure des visions agréables, exalte leur imagination jusqu’à l’enthousiasme , et même jusqu’à la fureur.

Ceux qui veulent tenter quelque action désespérée en avalent de fortes doses -, alors , dans leur ivresse , ils se jettent sur le premier objet qui se présente, sur un homme qu’ils n’ont jamais vu comme sur l’ennemi le plus implacable. Lorsqu’un Indien ainsi enivré d’o-

PH YTOGRAPH1 E

pium court les rues en criant : amok ! amok ! il est proscrit par la loi , et qui que ce soit à le droit de le tuer.

Dans toutes les villes de Perse , il y a des cabarets où l’on vend une boisson faite avec les capsules de pavots, comme l’on vend du vin en Europe. Quand les buveurs entrent dans ces cabarets , ils sont mornes , défaits et languissans; mais après avoir pris deux ou trois tasses de ce breuvage , leur figure s’épanouit , ils se livrent à une gaîté désordonnée, font et disent mille extravagances. Quelques-uns sont à moitié endormis -, d’autres plongés dans une sorte d’extase et d’enchantement • d’autres se pâment de rire en gesticulant comme des maniaques.

Le marché de Theriaki-Tchachissy , près de la mosquée deSolymania, estl’endroit où les amateurs d’opium vont satisfaire leur goût pour ce délicieux poison. Les cafés où les theriaky (preneurs d’opium) ont coutume de se réunir sont distribués sur une grande place. Là ils attendent, sur un banc intérieur, les rêveries qui présentent à leur imagination enflammée les liouris célestes et les jouissances dont elles doivent les enivrer dans le paradis de Mahomet. Le docteur Madden , qui a observé les thériaky, dit que leurs gestes sont effrayans. Ceux qui sont entièrement sous l’influence de l’opium poussent des cris , parlent d’une manière incohérente $ leur visage est en feu, leurs yeux ont un éclat extraordinaire , et l’on aperçoit , dans tout l’ensemble de leur personne, quelque chose de sauvage et de terrible.

L’effet se manifeste ordinairement au bout de deux

heures , et dure quatre ou cinq. Les doses d’opium varient depuis trois grains jusqu’à une drachme. L’affaiblissement moral et physique qui résulte de son usage est une chose effrayante-, mais lorsqu’on s’est livré à cette funeste habitude , il est impossible d’y renoncer. Les thériaky sont misérables et languissans jusqu’au moment où l’heure arrive de prendre leur dose quotidienne -, mais dès que l’influence de l’opium commence à se faire sentir, toutes leurs facultés assoupies se réveillent. Quelques-uns composent, dans cet état, d’excellens vers, adressent aux personnes présentes d’éloquens discours ; d’autres , convaincus qu’ils sont en possession de l’empire , croient que tous les harems de l’Asie sont à leurs pieds.

Le docteur Madden , se trouvant dans un café , voulut essayer sur lui-même l’action de cette substance. Il en prit un grain sans éprouver aucun effet sensible ; il augmenta peu à peu jusqu’à la dose de quatre grains, et il ne tarda pas à éprouver une excitation très-vive. Ses facultés étaient agrandies; tout ce qu’il regardait semblait avoir augmenté de volume. Il ne ressentait pas le même plaisir quand il fermait les yeux. Il se hâta de retourner chez lui , craignant à chaque instant de faire quelque extravagance. « En marchant , je sentais à peine , dit-il , le sol sur lequel je m’avançais ; il me semblait que je le rasais légèrement, poussé par l’impulsion de quelque agent invisible. On eût dit qu’une substance éthérée avait remplacé le sang dans mes veines , et me rendait plus léger que l’air. »

Dès qu’il fut rentré , il se mit au lit. Pendant toute la nuit, son imagination fut absorbée par des visions déli-

eieuses. Le lendemain matin , il se leva avec un violent mal de tête -, il était pâle et tellement affaibli , qu’il fut obligé de rester tout le jour étendu sur un sopha. Ce fut ainsi qu’il expia le premier essai qu’il avait fait des voluptés des thériaky.

Darwin rapporte que dans l’Inde les voyageurs font souvent de longues routes sans se reposer, et sans autre nourriture qu’une petite boule de pâte préparée avec de l’opium , et une plus grosse pour leur çheval.

Nous avons cité dans l’introduction de cet ouvrage l’exemple d’une dame de Baltimore qui s’était habituée à l’usage de l’opium , et qui prenait tous les jours deux onces de laudanum liquide de Sydenham -, cette dose était nécessaire pour ranimer ses forces et son courage , qui disparaissaient avec l’effet du laudanum. Une autre Américaine résidant à Paris , âgée d’environ soixante ans , très-maigre , très-pâle , d une haute taille , d’une constitution nerveuse , prend tous les trois ou quatre jours une once d’opium 5 et elle en consommerait bien davantage , si cette drogue était d’un prix moins élevé. Lorsque sa provision est épuisée, elle est morose, triste , faible, abattue 5 mais une nouvelle dose la rend vive, alerte, et lui fait retrouver son énergie. Elle prend aussi beaucoup de café sans sucre $ toutefois cette liqueur ne saurait remplacer l’opium , dont elle ressent plus efficacement la vertu excitante.

Dans l’état de maladie , l’opium , pris à des doses modérées , calme les douleurs , les convulsions et autres accidens spasmodiques qui dérivent de l’irritation et du trouble du système nerveux. Si, au contraire, les douleurs , les spasmes, sont causés par l’inflammation de

quelque organe , l’opium , loin d’agir comme calmant , exaspère tous les symptômes , et ce n’est qu’après des doses très-fortes , ou souvent répétées , qu’il parvient à émousser et même à détruire la sensibilité, comme cela arrive après l’application immodérée de tout violent stimulus 5 mais alors l’action sédative de l’opium n’est que temporaire 5 et l’on voit ordinairement tous les accidens se renouveler, si toutefois la vitalité des parties n’est pas entièrement anéantie. C’est ainsi qu’on voit quelquefois la gangrène se manifester dans les inflammations où l’on a abusé des remèdes opiacés pour calmer les douleurs.

Ces effets de l’opium sembleraient prouver qu’il possède une action complexe , c’est-à-dire qu’il peut être à la fois excitant par l’action qu’il exerce sur le système vasculaire , et sédatif par l’impression qu’il communique au système nerveux. Cette opinion a été émise par Haller, Murray, Cabanis , Dumas -, et l’observation clinique l’a souvent confirmée. Au reste, le tempérament , l’habitude , le climat , les doses plus ou moins élevées de l’opium , et surtout la nature de la maladie , doivent singulièrement modifier ses effets , et faire prévaloir tantôt son action stimulante , tantôt son action sédative. C’est ainsi qu’un estomac phlogosé ou disposé à l’inflammation ne supporte point ce médicament, qui agit alors par sa propriété stimulante, augmente la douleur et l’irritation.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

De même que toutes les substances énergiques , l’opium a eu des partisans outrés, et en même temps

d’injustes détracteurs. A la pratique téméraire de Paracelse et des empiriques de tous les pays qui en ont fait un abus répréhensible , aux préventions de Stahl , qui l’a frappé d’une sorte d’anathême dans sa fameuse dissertation De imposturâ opii > nous opposerons les éloges d’un grand nombre de praticiens distingués , et surtout les brillans succès de Sydenham. C’est contre les douleurs , les irritations , les spasmes, l’éréthisme nerveux , qu’il faut d’abord invoquer l’influence sédative de l’opium. Lorsque la douleur est violente, continue ou souvent répétée, qu’elle dépend d’une irritation nerveuse plutôt que d’une irritation inflammatoire , l’opium en est le souverain remède ; il la combat d’une manière directe, prompte, et comme spécifique. Les ouvrages de Sydenham, de Sarcone, de Stoli, etc., nous en fournissent de nombreux exemples. Un homme atteint du choléra-morbus éprouvait des vomissemens affreux avec des convulsions violentes , des sueurs froides , et un pouls à peine sensible. Sydenham lui donna vingt-cinq gouttes de laudanum dans une cuillerée d’eau de cannelle. Ce mélange n’ayant point suffi, il le réitéra plusieurs fois , et il augmenta la dose du narcotique jusqu’à ce que l’irritation fût calmée.

M. Vaidy , médecin en chef de l’hôpital militaire de Lille , a reconnu les bons effets de l’opium contre cette maladie d’une manière si évidente , qu’il ne la combat jamais par un autre remède. Dans un cas très-grave, l’application des sangsues à l’épigastre augmenta notablement l’anxiété. Les évacuations avaient continué toute la nuit. Le lendemain matin , le pouls était entièrement déprimé , la peau froide et couverte d’une sueur

visqueuse, le visage d’une pâleur extrême-, les vomissemens duraient encore, et une crampe très-douloureuse se faisait sentir dans une jambe. M. Yaidy prescrivit six gouttes de laudanum dans une cuillerée de potion gommeuse, tous les quarts d’heure, jusqu’à cessation du vomissement. Ce remède arrêta promptement tous les accidens , et au quatrième jour la convalescence était confirmée. {Revue médicale, tome n.)

Nous avons parlé dans notre introduction d’une affection cholérique des plus violentes , provoquée par deux tranches de melon , et qui céda promptement à une assez forte dose de laudanum liquide. Dans tous les cas où dominent une sensibilité vive , une sorte d’éréthisme nerveux , les remèdes opiacés sont en général d’un grand secours-, mais leur emploi devient plus difficile, plus délicat , dans le choléra épidémique, et beaucoup de médecins ont pu s’en convaincre , en i832 , lorsque ce fléau ravageait la capitale. Les uns écartaient soigneusement l’opium comme un médicament dangereux ; les autres, au contraire, en faisaient la base de leur traitement. Dans beaucoup de cas , ce puissant remède calmait momentanément les vomissemens , les évacuations intestinales, les crampes; mais la maladie n’était point domptée , et il fallait une méthode plus large, plus générale, comme l’observent fort bien les rédacteurs de la Gazette médicale de Paris. Le professeur Broussais , qui opposait presque toujours à cette maladie la glace et les saignées générales ou locales, employait cependant , après les évacuations sanguines , les lavemens opiacés pour apaiser la sensibilité du bas-ventre, les crampes, le malaise, l’agitation. « On

en obtient alors, dit-il, un très-grand succès -, mais il n’en est pas de même lorsqu’on les applique prématurément. La quantité de l’opium dépend du sentiment du médecin : il y en a qui ne craignent point ce narcotique. Je ne suis pas de ce nombre, ajoute M. Broussais ; je donne cinq, six gouttes de laudanum dans un demilavement, et je porte peu à peu la dose jusqu’à quarante,, quand le malade est très-convulsé. »

Les médecins anglais sont ceux qui ont le plus insisté sur l’usage de l’opium dans le traitement du choléra , et ils citent de nombreux succès à l’appui de leur méthode. Celle du docteur Robinson nous a paru très- remarquable ; nous croyons devoir la faire connaître à nos lecteurs.

Choléra violent. Sinapisme de deux pouces d’épaisseur, préparé à l’eau bouillante, et appliqué sur la surface antérieure du corps, depuis le cou jusqu’aux chevilles. Lavement préparé avec deux onces de mucilage d’amidon , et quatre-vingts à cent gouttes de laudanum. En même temps que le lavement, on donne deux pilules ainsi composées : opium pulvérisé , trois grains; proto-chlorure de mercure (calomel), dix-huit grains; camphre pulvérisé, douze grains. Faites six pilules égales. On prend une pilule chaque demi-heure jusqu’à ce que les vomissemens cessent et que les spasmes de l’estomac se calment. Cet effet a ordinairement lieu à la quatrième pilule, quelquefois même auparavant; d’autres fois au contraire il en faut davantage. On les casse en cinq ou six morceaux qu’on avale dans une cuillerée d’eau fraîche pure.

Cas moins grave. Lavement ; une pilule d’abord ,

puis une autre chaque demi-heure. Si le sujet est jeune et d’une forte constitution , on essaiera de faire une saignée de quinze à dix-huit onces. Limonade pour boisson , fraîche , mais non glacée -, elle désaltère promptement, et elle est en même temps un des meilleurs anti-émétiques.

Les pilules sont rarement rejetées par le vomissement; elles diminuent l’irritabilité des organes, réveillent les faibles restes de l’action vitale , raniment la circulation, poussent fortement à la peau, qui participe ainsi à la stimulation générale. La moutarde fait sentir alors son influence révulsive , appelle l’irritation de l’intérieur à la surface du corps et le sang dans les vaisseaux cutanés, dégorge ainsi les viscères, débarrasse le cœur et les poumons de l’oppression qui les paralysait. Peu à peu la chaleur et le pouls reparaissent; la soif cesse , et le malade commence à ressentir l’influence de l’opium ; mais cette influence n’est nullement en rapport avec les doses du médicament. L’assoupissement survient bientôt, suivi d’un sommeil profond qui dure ordinairement jusqu’au lendemain matin , si c’est dans la journée que le traitement a été commencé. Pendant le sommeil , on voit se manifester sur tout le corps une douce transpiration qui quelquefois est trèsabondante.

ier degré du choléra. Dévoiement plus ou moins abondant , avec vomissemens. Quelquefois les vomissemens n’ont pas lieu.

2e degré. Vomissemens et diarrhée, face glacée, lèvres bleues, glacées, langue blanche, froide, nez cyanosé, figure d’une teinte bleuâtre , plombée, etc.

3e degré. Choléra -asphyxie. Crampes -, tout le corps glacé , cyanosé *, pas le moindre frémissement dans les artères du bras -, voix caverneuse , cholérique , sépulcrale -, soif dévorante.

Le traitement que nous venons d’exposer a guéri , d’après le docteur Robinson, un grand nombre de cholériques ; il en a arraché plusieurs à une mort imminente. Une fois les carotides ne donnaient aucune pulsation -, il y avait suppression totale de l’urine , évacuations involontaires , crampes violentes , face ridée , glacée , cyanosée , tout le corps raide , sans mouvement, haleine effleurant à peine la main placée devant la bouche , sueur froide, abondante, visqueuse , adhérente à la peau comme une dissolution de gomme.

Malgré les succès de cette méthode, nous ne saurions la conseiller aux cholériques jeunes, vigoureux, surexcités, aux personnes d’un tempérament pléthorique, disposées aux congestions sanguines. Les praticiens attentifs savent bien que l’opium ne calme pas toujours les mouvemens spasmodiques , les crampes , les vomissemens, etc. Cette surexcitation est souvent provoquée par quelque phlegmasie viscérale, et surtout par l’état inflammatoire des organes digestifs : les véritables caïmans sont alors les émissions sanguines, les boissons gommeuses, les topiques émolliens. Au reste, il n’y a pas de symptôme qui ne puisse exiger, suivant les circonstances , des remèdes différens, et cette vérité est généralement reconnue en théorie ; mais il faut avouer que dans la pratique elle ne sert de règle qu’à un petit nombre. Ainsi on a pu combattre tour à tour, et quel-

que-fois avec succès, les crampes, le vomissement, la diarrhée , par l’opium, par les sangsues , parles vomitifs, etc. -, et la cyanose, comme tout autre symptôme, a pu se dissiper tantôt par les stimulans , tantôt par les relâchans.

Mais une méthode qui a prévalu au commencement de l’épidémie , et qui a du faire beaucoup de victimes , c’est la méthode sudorifique soutenue par les médicamens opiacés. Elle pouvait sans doute être favorable à quelques sujets lymphatiques , faibles , inertes , froids , glacés; mais les cholériques robustes, ardens, déjà enflammés , surexcités , qu’on frictionnait de la tête aux pieds , qu’on irritait , qu’on brûlait avec des briques rougies au feu , avec des fers presque incandescens , qu’on étouffait par des vapeurs aromatiques ou sous un amas de couvertures ! oh ! pour ceux-là , il fallait un miracle du Ciel pour les sauver.

Sarcone opposait aux affections pleurétiques dont l’invasion était marquée par une douleur violente , par un éréthisme nerveux dominant , les évacuations sanguines , et , immédiatement après , l’extrait d’opium. Huxham employait ce traitement avec le même succès.

Dans plusieurs cas d’empoisonnemens produits par des champignons ou des substances irritantes, j’ai donné moi-même l’opium à fortes doses , et j’ai dissipé des douleurs atroces, des crampes, des vomissemens, des cardialgies qui simulaient la gastro-entérite. J’ai observé dernièrement une néphrite du côté droit des plus violentes , qui a été combattue pendant huit jours par des saignées locales réitérées, des topiques émolliens,

des bains, des potions huileuses et sédatives. Le malade, d’un tempérament très-irritable , a éprouvé des douleurs horribles pendant les huit premiers jours ; le neuvième jour, elles ont paru s’apaiser, et le lendemain elles avaient presque entièrement disparu. Mais vers neuf heures du soir l’irritation s’est .portée au rein gauche avec une violence extrême. Cette fois j’ai renoncé aux sangsues , et j’ai prescrit une saignée du bras , qui a été pratiquée sous mes yeux par M. Dechastelus , jeune chirurgien attaché au premier dispensaire. Une heure après la saignée, les douleurs étant les mêmes, le malade a pris trente-six gouttes de laudanum de Rousseau en deux doses. Vers minuit , il était déjà plus calme , et le lendemain matin toute sensation douloureuse avait disparu. On a insisté cependant sur la méthode calmante pendant plusieurs jours.

Les douleurs spasmodiques , utérines , intestinales, etc., cèdent également à l’usage de l’opium-, mais il ne faut pas attendre, pour l’administrer, que cet état nerveux soit transformé en phlegmasie. En général, on donne l’opium avec trop de timidité dans toutes ces affections où la douleur domine d’une manière pernicieuse. Administré à faibles doses ou à de trop longs intervalles , il agit comme stimulant, et tous les symptômes s’aggravent; il déploie, au contraire, une vertu sédative, si l’on en donne un ou deux grains toutes les deux ou trois heures.

Camérarius a recueilli un fait qui vient à l’appui de notre opinion. Un homme que de violentes douleurs de tête avaient rendu tout-à-coup aveugle , recouvra promptement la vue, après avoir pris quelques doses

de laudanum qui dissipèrent les douleurs et ramenèrent le sommeil.

J’ai parlé ailleurs d’un homme de lettres sujet à une violente céphalalgie , dont les attaques s’annoncaient par des vomissemens et un spasme douloureux de l’é pigastre. Cette affection nerveuse avait été vainement combattue par divers remèdes, par les bains, le quinquina , l’opium à petites doses , etc. Malgré le peu de succès de cette dernière substance, je lui conseillai d’insister sur son usage , et d’en augmenter graduellement les doses, afin de réprimer l’éréthisme nerveux , qui semblait s’accroître par l’impuissance des moyens qu’on lui avait opposés jusqu’alors. Le malade prit régulièrement pendant l’espace de huit jours, et toutes les vingt-quatre heures, trois grains d’extrait aqueux d’opium. Le neuvième jour, la céphalalgie reparut avec force , et cette nouvelle attaque fut accompagnée de spasmes violens. Le dixième jour, je prescrivis quatre grains d’opium $ et cette dose , augmentée d’un grain tous les deux jours, fut enfin portée à celle de quinze grains. Cette méthode ayant été couronnée d’un plein succès , le malade diminua peu à peu la dose de l’opium , et en cessa tout-à-fait l’usage après deux mois d’intervalle.

On observe des irritations abdominales chroniques qui tiennent à un état de spasme des intestins , et qui se dissipent par l’opium , donné sous la forme de lavemens. M. Chopin cite un fait remarquable où l’application réitérée des sangsues et les bains ne produisirent qu’un très-faible soulagement. La sensibilité de l’estomac était tellement exaltée, qu’il pouvait à peine sup- 11. 35

porter l’alimentation la plus douce. Deux demi-lavemens pris le soir, et contenant chacun un demi grain d’opium , procurèrent un sommeil paisible qui dura toute la nuit. On continua ainsi l'iisage du narcotique , dont on augmenta peu à peu la dose, et tous les symptômes d’irritation s’évanouirent. ( Recherches historiques et médicales sur ï opium. )

L’usage de l’opium dans les pyrexies exige la plus grande réserve. En général, tous les praticiens attentifs ont pu observer qu’il est nuisible dans la première période des fièvres continues, surtout lorsque la diathèse inflammatoire prédomine. Il est également contre-indiqué dans les affection s fébriles déterminées par la phlogose des membranes de l’estomac et des intestins : son application immédiate sur les tissus gastriques augmente la congestion sanguine dans les vaisseaux capillaires, et cette surexcitation peut être suivie de gangrène. Mais lorsqu’on a combattu la cause essentielle et primitive par les adoucissans et les antiphlogistiques , l’opium est très-utile pour calmer les anxiétés précordiales, les inquiétudes, les veilles opiniâtres, les spasmes et autres symptômes qui pervertissent la maladie et en retardent la solution. C’est ainsi que , dans la période nerveuse du typhus , Hildenbrand indique l’opium pour réprimer le délire furieux, la phrénésie , les diarrhées énervantes. Demian , qui le conseille aussi dans la fièvre lente nerveuse, dit qu’il convient surtout dans cette affection particulière des nerfs qui se manifeste par un état d’inquiétude et de crainte, en sorte que le malade ne peut goûter un seul instant de repos. Administré toutes les heures à la dose

cle cinq à dix gouttes , ce médicament favorise Ja transpiration, rend la circulation du sang plus libre, plus égale, dissipe le délire, ranime les forces, et procure un sommeil réparateur. (Christ. Gottl. Demiani Dissertatio de jebre lentà nervosâ. ) Avouons toutefois qu’il n’est pas très-facile de distinguer si le délire, les mouvemens convulsifs qui se manifestent dans le cours du typhus , tiennent à un état nerveux ou à une congestion inflammatoire du cerveau. Lorsqu’on observe ces symptômes ataxiques , et que les forces ne sont pas épuisées , il est plus sage de les combattre par des boissons rafraîchissantes , par l’application des sangsues ou des ventouses scarifiées , par les pédiluves, les topiques révulsifs : on donne ensuite l’opium combiné avec les antispasmodiques , si ces premiers moyens sont insuffisans.

On a préconisé les avantages de l’opium dans le traitement d’une affection cérébrale causée par l’abus des liqueurs spiritueuses , à laquelle on a donné le nom de delirium tremens , parce que le tremblement des mains en est un signe constant. Le docteur Sutton , médecin anglais , rapporte plusieurs observations favorables à ce médicament administré à haute dose. Dans l’espace de six jours, un malade en a consommé soixante-onze grains. Un autre malade affecté de délire avec paralysie prit toutes les trois heures trois grains d’opium 5 le lendemain il put exécuter des mouvemens avec le membre paralysé. Les évacuations sanguines, si utiles dans la plupart des affections cérébrales, ne doivent être employées ici qu’avec la plus grande restriction. Ce n’est que dans le cas de plé-

thore, et au commencement de la maladie, que l’on doit pratiquer la saignée. Immédiatement après , le docteur Sutton conseille de donner l’opium en quantité sulïisante : la tranquillité du malade et le sommeil sont les premiers effets de ce traitement. M. Ehrart a vu deux exemples de tîelirium t remens survenu après la scarlatine où l’opium a eu le même succès. Le docteur Àlbers , qui a également observé cette maladie , conseille de commencer le traitement par la saignée chez les sujets pléthoriques-, il pense aussi que, dans la plupart des cas, on doit débuter par de petites doses d’opium. Un phénomène qui l’a frappé , c’est l’appétit prodigieux que le malade éprouve après ce médicament. (. Nouvelle bibliothèque germanique.)

On trouve dans la Gazette médicale de Paris ( octobre i83^ ) une belle observation de delirium tremens recueillie par le docteur Robert , médecin en chef des hôpitaux de Lan grès.

Un portefaix , jeune encore et d’une forte constitution, est pris de délire avec tremblement des extrémités thoraciques et d’une partie du corps, mais surtout des mains. Malgré les pédiluves, les émulsions, les boissons rafraîchissantes et la diète, le délire augmente. Le malade est dans un état d’angoisse et d’hallucination. L’agitation des extrémités supérieures et même de presque tout le corps augmente ; la face s’altère excessivement. On applique un vésicatoire au bras , et on administre vingt gouttes de laudanum liquide avec autant d’éther sulphurique. Le délire devient furieux -, Je tremblement est violent et continuel. Le malade pousse de grands cris , et cause beaucoup

de trouble dans la salle où il est couché ; toutefois son pouls est presque dans un état naturel. En proie à de fréquentes hallucinations , il croit voir des personnes avec lesquelles il avait eu des démêlés dans un cabaret , quelques jours avant son entrée à 1 hôpital , et , dans cette excessive agitation , il sort de son lit , parcourt la salle , ouvre une des fenêtres, saute dans la cour et se dirige vers une grande porte qui donnait sur la rue , afin de se sauver 5 mais trouvant cette porte fermée , il grimpe après le mur pour atteindre la sonnette , qu’il agite vigoureusement, jusqu’à ce qu’on vienne le reconduire à son lit. A ces désordres cérébraux se joignait la décomposition des traits du visage. Les yeux offraient un aspect extraordinaire , beaucoup plus facile à saisir qu’à décrire.

Le lendemain il y eut une espèce de rémission ; mais le tremblement des extrémités supérieures , l’altération de la face et le trouble des facultés mentales étaient toujours portés à un assez haut degré d’intensité. On avait remarqué pendant la nuit des soubresauts. A raison des accidens de la veille , et en même temps pour prévenir la violence de la réaction qui pouvait avoir lieu, M. Robert prescrivit soixantequinze gouttes de laudanum liquide à prendre pendant la journée , en trois doses , dans une infusion de fleurs de tilleul. C’était principalement durant la nuit que le délire et le tremblement se déclaraient avec le plus de force. Le matin , le malade était plus paisible. Après la potion sédative il éprouva un soulagement marqué 5 il avait pu dormir , et le délire , quoique persévérant, était moins violent, moins verbeux. Quant

au tremblement, il ne paraissait pas avoir diminué. La face , sans être colorée , offrait encore un aspect extraordinaire, avec un mélange d’étonnement et de rire sardonique. Le pouls était un peu serré, lent toutefois et point fébrile. On donna un lavement et cinquante gouttes de laudanum liquide en deux doses , durant le cours de la journée.

La nuit fut moins agitée, et le malade eut plusieurs heures de sommeil. Le délire et le tremblement avaient beaucoup diminué. On administra encore cinquante gouttes de laudanum liquide de Sydenham en deux doses égales. La diète fut moins stricte.

Le jour suivant , M. Robert ne remarqua à la visite du matin qu’un léger tremblement des mains. Les idées étaient beaucoup plus nettes, et le pouls n’annonçait aucun degré de fièvre. On donna des boissons délayantes, des émulsions, et vingt gouttes de laudanum liquide en une seule fois. Enfin il ne restait plus qu’un tremblement des mains imperceptible. Le délire était dissipé, ainsi que les hallucinations. Le sommeil avait été tranquille et prolongé 5 le pouls était lent , et la peau offrait pour la première fois un peu de moiteur. Malgré ces changemens favorables , on donna encore Tingt gouttes de laudanum en une seule dose. Le t ie jour, la maladie parut entièrement terminée, sans laisser apercevoir aucun accident consécutif. La convalescence s’accompagna néanmoins d’une sorte de débilité qui céda à l’usage des toniques.

Les anciens faisaient un fréquent usage de l’opium dans le traitement des fièvres intermittentes. Galien , Alexandre de Tralles, Aëtius, Paul d’Égine , les mé-

decins arabes ont employé la thériaque et autres compositions opiacées. Dans un temps beaucoup plus rapproché de nous, Plater, Rivière, Horst, Ettmuller, Wédel, etc., ont suivi cette méthode avec plus ou moins d’avantage. Toutefois on avait à peu près abandonné l’opium , lorsque Berryat l’a proclamé comme un fébrifuge nouveau dans les Mémoires de V académie des Sciences de Paris , ce qui lui a attiré une critique sévère de la part de Cullen. C’est d’après une série d’expériences renouvelées pendant l’espace de six ans , que Berryat s’est convaincu de l’efficacité de l’opium. Sa méthode consiste à donner, une heure avant l’accès , dix-huit à trente gouttes de teinture anodine de Sydenham dans une demi-tasse d’infusion de petite centaurée : cette dose est pour les adultes. Les enfans de trois à cinq ans doivent prendre cinq, six ou huit gouttes de laudanum 5 ceux de dix à douze ans , dix ou douze gouttes. Une heure après l’administration de ce médicament , le pouls se relève, la peau se détend, s’humecte, et le sommeil survient ; rarement il est nécessaire de le répéter. Un enfant atteint depuis trois ans d’une fièvre double tierce qui avait résisté à tous les remèdes fut radicalement guéri en prenant quinze gouttes de laudanum une heure avant la période du froid. Lind a confirmé les propriétés antifébriles du laudanum surplus de trois cents malades ; mais il veut qu’on l’administre , une demi-heure après le développement de la chaleur, à la dose de quinze à vingt gouttes mêlées avec deux gros de sirop diacode. Lorsque ce médicament ne diminue pas d’une manière sensible les symptômes fébriles, il rend du moins l’apyrexie plus parfaite, et on

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n’a besoin ensuite que de quelques faibles doses de quinquina pour dissiper la fièvre. Ce médecin recommande de frictionner, au commencement du paroxysme, l’épine dorsale des enfans avec la teinture thébaïque mêlée avec suffisante quantité deliniment savonneux. Lorsque ces frictions ne produisent point l’effet désiré, on leur donne, pendant le stade de la chaleur, deux ou trois petites cuillerées de sirop diacode. Pour obtenir une guérison parfaite , il est quelquefois nécessaire de donner des lavemens où l’on fait entrer de l’extrait de quinquina et quelques gouttes de laudanum.

Odier de Genève, le docteur Grégory, M. Hegewisch, médecin àKiel, et quelques autres praticiens, ont adopté la méthode de Lind. Le docteur Hegewisch , qui a observé un grand nombre de fièvres intermittentes , préfère donner l’opium en substance à la dose d’un grain dans la seconde période de l’accès , c’est-àdire lorsque le malade n’éprouve plus aucun sentiment de froid. Le professeur Hallé , dont la perte se -fait chaque jour plus vivement sentir, employait souvent l’opium comme fébrifuge; il donnait le laudanum de Sydenham ou les gouttes de Rousseau avec l’éther ou l’eau de menthe. Cette mixture était administrée au malade au moment même du frisson. Ensuite il augmentait graduellement d’accès en accès la dose de l’opium , jusqu’à ce qu’il eût obtenu l’effet antispasmodique qu’il voulait produire , et que le frisson, diminué d’abord, fût entièrement effacé. M. Guilbert a donné la même potion , et il a vu les symptômes fébriles se dissiper peu à peu pendant les deux premiers

accès. Le troisième, à peine sensible, a signalé la guérison complète de la fièvre.

D’autres médecins ont recommandé la combinaisonde l’opium avec l’émétique, comme un moyen fébrifuge très-efficace. Cette méthode, employée d’abord par le docteur Peysson, a été mise ensuite à l’épreuve avec beaucoup de succès par M. Jourdain, médecin en chef de l’hôpital militaire de Dax, dans le traitement des fièvres intermittentes quotidiennes , tierces et double-tierces ordinaires-, mais elle a rarement réussi dans les fièvres quartes et dans les fièvres dont les accès présentaient des symptômes graves ou pernicieux. Ce nouveau fébrifuge, essayé dans le Nord, n’a point produit, à beaucoup près, les memes avantages, et le docteur Varl et, médecin à Mons en Belgique, annonce qu’il a été obligé de l’abandonner pour avoir recours au quinquina seul ou uni à l’opium , selon les circonstances.

Au reste, long-temps avant M. Peysson, un médecin de* l’École de Montpellier, M. Arnal, avait recommandé comme un excellent fébrifuge la combinaison de la thériaque avec l’émétique. Ce fut à l’hôpital de Castelnaudary qu’il employa ce mélange. Il faisait prendre dans la journée trois ou quatre pilules contenant chacune un quart de grain de tartre stibié et quatre ou cinq grains de thériaque. Cette méthode fut suivie pour toutes les fièvres intermittentes, et elle procura des succès constans et presque inattendus, même au milieu de l’hiver.

On convient généralement que les fièvres intermittentes simples qui attaquent des sujets nerveux et d’une

grande susceptibilité se guérissent par les remèdes les plus doux ; que le quinquina aggrave celles qui s’accompagnent d’une irritation vive, locale ou générale; tandis qu’on les voit céder aux antiphlogistiques, aux tempérans , aux sédatifs ; que , dans les cas où elles se montrent rebelles, il est toujours prudent , afin de ménager la sensibilité, d’associer les caïmans à l’écorce du Pérou ; mais l’emploi de l’opium , préconisé dans les fièvres intermittentes pernicieuses , offre de plus grandes difficultés, surtout lorsque les symptômes ataxiques se concentrent vers l’encéphale; et malgré l’heureuse hardiesse de Rivière , de Hoffmann de Munster, et de quelques autres médecins, je n’oserais le conseiller contre la fièvre soporeuse.

La pratique de notre Barthez dans ces fièvres graves ne saurait être oubliée ici. D’après les observations de cet illustre professeur, l’opium, administré à haute dose, pendant l’accès même des fièvres intermittentes malignes où prédomine un état spasmodique, peut sauver les malades d’une mort presque certaine. Si le spasme de l’œsophage s’oppose à la déglutition, il faut administrer l’opium en lavement, ou bien frictionner le rachis , l’abdomen et la partie inférieure des cuisses avec un mélange de laudanum et d’éther. Le danger étant dissipé, on profite des premiers instans de l’apyrexie pour donner le quinquina, et prévenir ainsi le paroxysme suivant. Toutefois, comme le remarque Barthez , l’opium serait un remède dangereux, s’il existait dans les viscères , et particulièrement dans le cerveau et dans le poumon , une lésion organique ou une disposition antérieure à la fièvre intermittente maligne

qui rendît la circulation difficile, et qui , avec le concours de l’état spasmodique fébrile, pût déterminer la formation d’une affection apoplectique ou inflammatoire.

Malgré les éloges accordés à ce remède héroïque , son emploi dans les fièvres intermittentes exige la plus grande circonspection. Les fastes de l’art renferment plus d’un exemple de ses pernicieux effets. Morton parle, dans sa Pjrétologie , d’un malade qui, ayant pris un médicament opiacé au commencement du paroxysme , fut frappé d’apoplexie, et mourut dans l’espace de vingt-quatre heures. Au rapport d’Eller ( Observationes de cognoscendis et curandis morbis ), le laudanum , administré également dès l’invasion de l’accès, a caustf d’abord un état comateux, et ensuite une phrénésie mortelle. Pris au fort de l’accès , l’opium n’a pas les mêmes inconvéniens , parce que l’éréthisme nerveux lui oppose alors une vive résistance et enchaîne son action narcotique \ mais il n’en est pas de même lorsqu’on l’administre pendant l’apyrexie ou à une époque trop éloignée du retour de l’accès. Le docteur Mérat a vu périr à la clinique de la Faculté une femme à qui on avait donné le matin par mégarde quatre-vingts gouttes de laudanum pour combattre une fièvre intermittente grave dont l’accès ne devait avoir lieu que le soir.

Fallope rapporte un fait analogue. Un criminel prit deux drachmes d’opium au commencement d’un accès de fièvre quarte ; mais cette même dose prise pendant l’intermission de la fièvre lui causa la mort.

L’excellence de l’opium se fait surtout remarquer

dans le traitement des maladies convulsives. La plus redoutable de ces névroses, le tétanos, cède quelquefois à ce puissant narcotique ; mais alors il faut en élever les doses jusqu’à un demi-gros , et même plus, en vingt-quatre heures. Chalmers a donné , dans le même espace de temps, une once de teinture d’opium sans produire d’effet stupéfiant ; mais , certes , personne n’a été aussi audacieux qu’un médecin anglais dont parle Murray, qui fit prendre dans une nuit vingt onces de laudanum à un malade affecté de tétanos. Ces doses énormes ne calmèrent ni le spasme ni l’insomnie ; cependant il parvint à guérir l’affection convulsive en continuant l’usage de l’opium uni au quinquina. Il est bien plus sage de débuter par des doses modérées, qu’on renouvelle suivant la violence des symptômes. C’est ainsi que M. le docteur Delens a recueilli à l’hôpital des Enfans une observation de laquelle il résulte que l’opium, administré d’abord à la dose de trois ou quatre grains par jour, et porté successivement à celle d’un demi-gros , a guéri dans l’espace d’environ un mois une affection tétanique survenue à un enfant adonné à la masturbation et très-irritable.

L’opium n’a point la même efficacité contre le tétanos traumatique; on a beaucoup vanté néanmoins la méthode de Stutz, laquelle consiste dans l’usage simultané de l’opium et du carbonate de potasse. On assure que ces deux substances ainsi combinées ont une action particulière contre cette terrible maladie.

Marcus, médecin de l’hôpital de Bamberg, a dissipé un trismus rebelle en variant les préparations d’opium , dont on augmentait chaque jour les doses. D’abord le

laudanum liquide procura un peu de relâchement dans les muscles de la mâchoire. On substitua au laudanum des poudres composées de quatre à six grains d’opium et de six à huit grains de camphre, qu’on renouvelait trois fois par jour. L’extrême dégoût , la tristesse , la constipation que le malade éprouvait, firent suspendre l’usage des poudres pendant trente-six heures , et l’on profita de cet intervalle pour administrer des bains chauds et d’autres émolliens. Mais la raideur des muscles devint plus intense , et il s’y joignit des mouvemens spasmodiques qui se communiquèrent à tout le corps. Alors on crut devoir remplacer les poudres par un mélange d’une once de laudanum liquide et de trois onces de teinture de valériane , dont on donna de soixante à cent gouttes toutes les heures. On fit en même temps des frictions sur le cou et sur les épaules avec un Uniment composé d’une once de teinture thébaïque , d’une demi-once de camphre et de quatre onces d’esprit de vin. Le malade ne tarda pas à être mieux après l’usage de ces remèdes. On continua ainsi pendant quelques jours encore, et il sortit enfin de l’hôpital parfaitement guéri. ( Bibliothèque germanique. )

L’usage de l’opium a quelquefois été avantageux contre l’épilepsie. Dehaën et Morgagni citent des guérisons opérées par ce médicament. En effet, il doit agir comme un puissant antispasmodique dans les cas ou l’épilepsie dépend de quelque affection morale ou d’une sensibilité exquise des nerfs 5 mais certainement il est pernicieux lorsque la maladie est occasionée par l’engorgement sanguin de l’organe cérébral. Il en

est de même de la manie, de l’hystérie , de l’hypoehondrie , et autres affections nerveuses contre lesquelles on emploie journellement l’opium sans distinguer les causes morbifiques. Que de maux entraîne l’usage inconsidéré des narcotiques, lorsque ces névroses dépendent d’un état d’inflammation et de pléthore , d’une congestion bilieuse ou muqueuse du système abdominal (i) !

Mais l’opium est d’un puissant secours dans les aberrations nerveuses qui dérivent de causes morales , qui sont fomentées par des passions vives, exaltées, et qui s’accompagnent d’une sorte de désordre dans les organes du sentiment. On doit alors préférer les préparations les plus douces , telles que le sirop composé avec les capsules du pavot , et prescrire en même temps des émulsions , des boissons tempérantes et anodines.

(1) C’est sans doute cette variété dans les complications des maladies nerveuses qui a fait employer un si grand nombre de moyens thérapeutiques , tous préconisés outre mesure , et tous utiles, lorsqu’ils ont été administrés dans des cas convenables. On a voulu généraliser une seule méthode , et on n’a point senti que la diversité des élémens associés devait établir une différence analogue dans leur traitement , puisque chacun d’eux exigeait des remèdes particuliers, et souvent fort opposés. Cette partie de la médecine a été presque entièrement assujettie à l’esprit de système , ou , pour mieux dire , à l’influence de la mode. ( Dupau, j De l’ Eréthisme nerveux, ou Analyse des affections nerveuses.) Cette monographie , écrite dans les meilleurs principes , annonce dans son jeune auteur beaucoup d’instruction et de goût. M. Dupau analyse surtout avec beaucoup de sagacité les caractères propres à l’éréthisme nerveux et à l’irritation inflammatoire, distinction très-importante, sur laquelle reposent les méthodes curatives. Ce praticien distingué est aujourd’hui professeur agrégé à la faculté de médecine de Montpellier, et médecin en chef de l’hôpital Lagrave, à Toulouse.

Les maux de nerfs, autrefois si fréquens, ensuite beaucoup plus rares , se montrent aujourd’hui sous des formes très-variées, et font souvent le désespoir des malades et des médecins. Parmi les causes qui leur donnent naissance , il faut surtout compter les commotions politiques , les discordes civiles. Ici l’ambition , l’orgueil , une sorte de fanatisme philosophique, une perfectibilité indéfinie, tourmentent quelques têtes ardentes, séduisent quelques optimistes de bonne foi 5 là des sentimens moins élevés , la cupidité , la soif des richesses , l’amour du luxe , la vanité avec toutes ses faiblesses, l'intrigue avec ses mensonges, sa corruption, son immoralité, poussent le plus grand nombre. Les uns, exaltés, enivrés par un succès inespéré, tombent dans une sorte de délire fébrile qui fausse leur jugement , les livre à toutes les folies d’un orgueil sans frein, et les rend presque mécontens d’un revirement de fortune qui les a placés si haut ; les autres , déçus de leurs espérances, trompés dans leur ambition , réduits à une vie simple, à des privations qu’ils n’ont pas le courage de supporter, s’irritent , s’enflamment, s’abreuvent de fiel, le répandent dans leurs écrits , et se consument dans l'attente de changemens qui n’arrivent point.

Hors de la sphère politique , c’est l’envie qui se repaît de désirs, de chagrin et de colère, l’envie qui pâlit , qui frissonne au moindre succès d’autrui , qu’une fièvre lente , habituelle, ronge, dévore. Tout le monde veut être riche , faire du fracas , vivre au milieu des jouissances. La médiocrité , qui a tant de charmes pour l’homme sage , est aujourd’hui méprisée et presque un

objet d’horreur. Eh ! qui ne connaît les effets de la colère, des emportemens habituels? Lisez Sénèque, ce philosophe éloquent, quelquefois sublime, qui a sondé toutes les profondeurs du cœur humain. La colère est un ouragan qui détruit , renverse tout sur son passage ; un feu qui brûle , consume , anéantit ; un poison qui dévore le cœur où il a pris naissance. Tous les vaisseaux se gonflent, les yeux sortent de leurs orbites, ils étincellent de fureur. Tout le corps s’agite , les lèvres sont tremblantes , convulsives *, la menace et l’injure sortent de la bouche avec des flots d’écume : le visage se couvre tour à tour d’une rougeur livide et d’une pâleur cadavéreuse. A ces explosions violentes succède une sorte d’abattement moral escorté des phénomènes nerveux les plus étranges. Les organes de la sensibilité se dépravent ; la bile, le sang, tous les fluides s’altèrent , se décomposent.

Dans les lettres , dans les sciences , dans les arts , on voit des hommes profonds, habiles, mais bizarres, ardens , exagérés , que des méditations fortes et soutenues conduisent quelquefois aux plus déplorables visions, à des frayeurs ridicules, à des tremblemens nerveux , à des mouvemens convulsifs. L’homme que l’orgueil égare se complaît dans son propre mérite-, il# l’exagère, il le prône partout, mais il ne saurait se contenter de son propre suffrage ; il exige impérieusement ou il mendie celui des autres , et il s’irrite quand il ne peut l’obtenir. Toute une vie passée dans des méditations peu fécondes , dans des lectures , des travaux sans fruit; des prétentions frustrées, les regrets tardifs d’un temps perdu, dissipé sans gloire, le décourage-

ment, le chagrin ■, puis l’inaction , l’ennui, la paresse, enfin, à titre de compensation , l’abus des plaisirs sensuels : voilà l’origine d’une foule de maladies , d’affections indéterminées , qui éludent toute espèce de traitement, et que les remèdes vulgaires rendent encore plus douloureuses.

Nous ne parlons point des cercles , des réunions à la mode, assemblage bizarre de goûts , de passions , de vertus et de vices , ou régnent la vanité , le luxe , l’ambition, la joie, l’ennui 5 où naissent et s’évanouissent des liaisons éphémères -, où la cupidité , l’amour du jeu, épient les chances du hasard, brillent d’une joie expansive quand la fortune les favorise , s’attristent , souffrent, s’irritent, quand elle leur est contraire. Nous passons également sous silence mille autres causes, nées de notre état social , source inépuisable d’anomalies nerveuses , se développant avec plus ou moins de rapidité, affectant des formes si bizarres, si diverses. Quelques-unes de ces affections se lient à des irritations, à des phlegmasies viscérales chroniques -, beaucoup d’autres tiennent seulement à une lésion spéciale du système nerveux , et demandent , pour être traitées avec succès , tantôt une méthode anodine et relâchante , lorsque le spasme et l’irritation dominent , tantôt l’emploi des toniques et des excitans modérés , lorsque la faiblesse se révèle dans tout le système et que les actes de la vie se font avec une sorte de lenteur. Ici le tempérament du sujet , son âge , ses habitudes , ses passions , sa manière de vivre , peuvent jeter une vive lumière sur le diagnostic , et conduire le médecin à une méthode sage , rationnelle, indépendante de toute théorie exclusive.

PHYTOGR APH1E

C’est dans les souffrances morales , dans ces maux de l’âme qui répandent sur la vie tant d’amertume, éloignent le sommeil, et font les nuits si longues, si douloureuses, que l’opium donné par une main intelligente produit quelquefois un bien inespéré. Le médecin doit alors seconder les effets de cette substance par un langage consolant , plein d’une tendre et généreuse pitié -, éloigner du malade tous les objets qui pourraient irriter son chagrin , déployer toutes les ressources d’une hygiène rationnelle , prescrire un régime frais, adoucissant, des lectures philosophiques qui relèvent le courage, des promenades dans les champs , sur des coteaux entourés de paysages d’un aspect gracieux 5 en un mot, procurer au malade tout ce qui peut le distraire, le calmer, faire entendre à son oreille une douce mélodie , des sons qui captivent son esprit, charment ses douleurs. N’a-t-on pas vu le bruit monotone de l’eau qui tombe goutte à goutte dans un bassin provoquer un sommeil paisible ? C’est ainsi que le frémissement des feuilles dans la forêt ou le murmure d’un ruisseau fuyant sur des cailloux, portent le calme dans notre âme, endorment nos douleurs.

Cam murmure lahens

Invitai .somnos crepitanlibus unda lapillis.

Ovin.

Dans les grandes perturbations de l’esprit , dans les angoisses du cœur, procurer un peu de sommeil au malade , lui faire oublier un instant la vie , c’est commencer sa guérison.

Ces soins , qui peuvent paraître minutieux, ridicules

même à certains esprits forts, aux hommes positifs, ne se trouvent point dans la pratique ordinaire ; ils sont inspirés par une médecine plus élevée. Les anciens qu’on dénigre tant aujourd’hui nous en ont donné l’exemple.

Il est peu de névralgies où l’opium ne soit employé journellement avec plus ou moins d’avantage. J’en ai éprouvé moi-même de très-bons effets à une époque où j’étais cruellement tourmenté par une névralgie sciatique. Les antiphlogistiques, l’application des sangsues, des ventouses scarifiées, des vésicatoires, les fumigations, les douches, les bains de toute espèce, rien ne pouvait adoucir mes souffrances. J’éprouvais tous les soirs un paroxysme s’annonçant par des élancemens douloureux et rapides, qui se répétaient successivement depuis l’origine du nerf sciatique jusque dans ses ramifications. De toutes les préparations d’opium dont je fis usage, le laudanum liquide fut constamment celle qui me donna le plus de calme. J’en prenais vingt-cinq gouttes , dans un peu d’eau de fleur d’orange sucrée , une heure avant le paroxysme. Peu à peu les douleurs s’apaisèrent , et je n’éprouvai plus ces angoisses qui accompagnent cette espèce de névralgie, et vont quelquefois jusqu’à la syncope. On pratiquait en même temps des onctions douces sur la région sacro-lombaire et sur toute l’étendue du rachis avec deux onces d’huile de camomille et deux gros de laudanum. Ces parties étaient , immédiatement après, recouvertes de flanelles chaudes.

J’ai vu M. le professeur Boyer guérir en très-peu de temps , à l’aide de l’opium employé intérieurement et

sous la forme de lotions , des névralgies mammaires qui avaient résisté aux saignées locales et à la méthode antiphlogistique.

D’après les observations de Stoll , l’opium , donné à hautes doses, exerce une action spécifique contre l’affection du canal alimentaire connue sous le nom de colique de plomb. Un de ses malades , éprouvant un vomissement violent , en prit treize grains dans l’espace d’une seule nuit. Il avait soin d’en faire continuer l’usage pendant la convalescence , et d’en prescrire tous les jours six ou huit grains , divisés en plusieurs doses. Mais une remarque qui n’a point échappé à la sagacité de ce grand praticien , c’est que la colique saturnine peut se compliquer avec un état bilieux ou inflammatoire , d’après la nature de la constitution régnante. Dans le premier cas , il est nécessaire d’administrer les évacuans avant de recourir à l’opium ; dans le second, la saignée est indispensable : on la réitère, si l'inflammation l’exige, et on donne en même temps des boissons tièdes , émollientes. On passe ensuite aux préparations d’opium , lorsque la diathèse inflammatoire est réduite. Ce procédé clinique diffère beaucoup de celui qu’on emploie vulgairement à l’hôpital de la Charité. On sait que la colique de plomb est combattue dans cet établissement par les vomitifs, les évacuans , les tisanes de toute espèce, combinés avec l’opium; mais cette méthode porte évidemment le cachet d’une dégoûtante polypharmacie; et si elle est utile lorsque l’affection des intestins est compliquée d’un état bilieux , elle doit être meurtrière dans les cas d’inflammation viscérale, et lorsque l’irritation nerveuse est portée au plus haut

degré. Stoll a vu des malheureux se rouler dans leur lit par l’excès de la douleur. Qui voudrait alors prescrire les drastiques les plus violens? Lorsque les évaeuans sont indiqués, nous avons dans le tartre émétique et dans l’huile de ricin deux médicamens d’une activité convenable.

Le docteur Sainte- Marie emploie avec un heureux succès l’huile de ricin , à la dose de deux ou trois onces, tous les matins 5 il donne ensuite le soir un à trois grains d’extrait gommeux d’opium. A l’aide de cette méthode, remarquable par sa simplicité , il est parvenu à dissiper en vingt jours, et quelquefois beaucoup plus tôt, ces affreuses coliques. Le professeur Fodéré ( Traité de médecine légale) observe avec raison qu’il faut distinguer dans cette espèce d’empoisonnement le temps du paroxysme pour placer alors les huileux , les émol- Jiens, combinésaveclelaudanum. Hors du paroxysme, on administre l’huile de ricin ou tout autre évacuant assez actif pour débarrasser le conduit alimentaire. Toutefois , on réussit rarement si l’on ne réunit l’opium aux purgatifs.

Depuis que Sydenham a constaté les bons effets de l’opium dans le traitement de la dysenterie , on a vu des médecins prescrire cette substance dans toutes les périodes de la maladie, sans distinguer son caractère , ses causes, ses complications. Lorsque la fluxion établie sur les intestins est encore sous l’influence nerveuse , on peut sans contredit la combattre par l’opium, les boissons délayantes et diaphoniques. Cette méthode, qui a pour but d’apaiser l’irritation intestinale et de rappeler les mouvemens vers la périphérie du corps *

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a été employée avec succès par Stoll dans les mêmes circonstances. Le docteur Jacobs , médecin belge, l’a imitée, et lui a donné une bien plus grande extension , puisqu’il n’a pas craint d’avoir recours à l’opium dans la dysenterie parvenue au plus haut degré d’intensité. Une religieuse était en proie à un flux dysentérique accompagné de douleurs atroces : on lui prescrivit toutes les six heures seize gouttes de laudanum liquide de Sydenham. Ce même remède fut administré chaque fois que les douleurs reparurent, et la guérison eut lieu le septième jour. Un autre malade, âgé de trente ans , très-fort et très-robuste , éprouvait des épreintes cruelles et des tranchées violentes; les selles n’entraînaient qu’un peu de mucus teint de sang. L’usage d’une mixture composée de six grains d’opium, de deux onces de sirop de pavot, et de six onces d’eau distillée, dont on donnait deux cuillerées de demi -heure en demi- Iteure , calma la violence des symptômes. Le malade buvait abondamment de l’eau d’orge. La mixture fut répétée le troisième jour ; le neuvième, la guérison fut complète. Suivant le docteur Jacobs , l’effet de l’opium est si merveilleux , si prompt , son usage si facile , qu’il peut être considéré comme l’antidote le plus sûr contre la dysenterie. ( Traité de la dysenterie en général , contenant une nouvelle méthode curative.)

Le docteur Rademacher a donné la relation d’une dysenterie qui régna à Cologne dans le mois d’août de 1802, et contre laquelle l’opium manifesta une vertu spécifique. Cette dysenterie dépendait d’un état d’irritation ou de spasme fixé sur les intestins. Les émétiques , les purgatifs , même les plus doux , étaient nui-

sibles , tandis que l’opium faisait ordinairement cesser les vomissemens, les tranchées, le ténesme et les autres symptômes d’irritation qui accompagnaient l’épidémie. ( Libellas de dysenteriâ .)

M. Latour, qui a publié un excellent mémoire sur la dysenterie dans le premier volume du Bulletin des sciences physiques d’Orléans , a également constaté les hautes vertus de l’opium administré au commencement delà maladie. Ordinairement ce remède calmait non-seulement les tranchées et les déjections, mais il les faisait disparaître en vingt-quatre heures. Plusieurs médecins d’Orléans ont employé la même méthode avec un égal succès, soit en ville, soit dans les villages circonvoisins ou régnait une dysenterie épidémique. Mais l’opium , qui était si utile le premier , le second ou le troisième jour, c’est-à-dire lorsque la fluxion était encore dans toute sa simplicité , ne produisait plus les mêmes effets lorsque la phlegmasie membraneuse avait jeté de profondes racines.

En effet , lorsque la tunique interne des intestins est dans un véritable état d’inflammation, que la peau est chaude, sèche, le pouls fébrile, le ventre tendu, douloureux, les remèdes opiacés ne peuvent qu’accroître cet appareil phlogistique -, et si l’on insiste sur cette médication intempestive, on provoque la gangrène des parties enflammées. Les évacuations sanguines, les bains, les demi-lavemens , les fomentations émollientes, les boissons tièdes, mucilagineuses , prises en petite quantité, mais souvent renouvelées , sont alors les seuls moyens avoués par une saine thérapeutique. Cependant, si l’irritation intestinale, les tranchées, les épreintes, se

prolongent , si le malade est tourmenté par une insomnie opiniâtre , il faut combiner les antiphlogistiques avec les sédatifs.

On s’est élevé avec raison contre l’usage prématuré de l’opium dans certaines dysenteries où prédominent la diathèse bilieuse, les symptômes gastriques. Ces complications , admises par les plus habiles observateurs , exigent la méthode évacuante, dirigée avec ménagement. Si l’irritation est vive, il faut préalablement la calmer par des boissons tempérantes , par l’application de quelques sangsues au fondement ou sur les parties sensibles de l’abdomen. On donne ensuite un ou deux vomitifs , des boissons laxatives , des purgatifs légers , afin d’expulser les matières bilieuses dont le séjour provoque l’éréthisme des intestins et ranime la fluxion dysentérique. Mais, qu’on ne s’y trompe point , les signes qui manifestent l’état saburral, tels que les nausées , les vomissemens , les éructations, l’anorexie, dépendent très-souvent d’une disposition inflammatoire, et cette disposition existe, si le ventre estmétéorisé, si les douleurs sont fixes, continues, etc. Il est inutile de dire que la méthode antiphlogistique est alors la seule convenable. On n’ignore pas non plus que , dans beaucoup de circonstances, l’irritation locale , d’abord très-modérée , devient promptement inflammatoire par l’emploi des remèdes évacuans, et surtout des purgatifs $ mais, parce que la médecine humorale en a souvent abusé , parce qu’ils ont été formellement proscrits, d’abord par les browniens, ensuite par les physiologistes, faut-il admettre qu’ils sont nuisibles clans toutes les dysenteries? Tissot, Pringle,

Monro, Stoll, Zimmermann, Grimand, etc., ont prouvé leur utilité par des faits incontestables. Les docteurs Brassier et Rampon, médecins des hôpitaux militaires , ont employé avec beaucoup de succès les émétiques et lés doux laxatifs dans la dysenterie bilieuse , et surtout dans celle qui régna à Mayence pendant le siège de cette place. Après l’usage des vomitifs, il fallait insister sur les boissons acidulées et prescrire une ou deux fois la manne avec le sulfate de magnésie , les tamarins, etc. Alors seulement la fièvre diminuait, les épreintes cessaient , et les amers , les préparations d’opium , le vin , terminaient promptement la cure. Toute autre méthode avait un succès incertain , les convalescences étaient longues ou se terminaient par des affections chroniques incurables. (Hecker , Manuel de médecine militaire.)

Quoique les symptômes adynamiques et ataxiques qui se développent dans le cours de la dysenterie soient maintenant considérés comme le résultat d’une irritation locale , et principalement de l’irritation inflammatoire du colon; quoiqu’il ne faille point perdre de vue cette affection primitive , élémentaire, de laquelle découlent des indications importantes, l’expérience clinique a prouvé , et prouvera encore très-souvent aux esprits qui sauront l’interroger avec calme et sans prévention , qu’il est des dysenteries qu’on ne saurait vaincre par les débilitans et les antiphlogistiques; que, sous l’influence de certaines épidémies , l’inflammation intestinale est d’une nature septique, qu’elle tend rapidement à la gangrène , et que la méthode débilitante favorise cette terminaison malheureuse. Dans ces épi-

demies qui ravagent les camps , les hôpitaux , les prisons, et quelquefois des contrées entières, la dysenterie se manifeste par une soudaine prostration des forces, par un pouls accéléré, tremblotant, presque insensible 5 par la faiblesse de la voix , un regard fixe et éteint , des éruptions pétéchiales d’une nuance livide ou noirâtre, des déjections fréquentes, putrides 5 enfin par un tel affaissement de l’énergie vitale, que le sort des malades est souvent décidé en deux ou trois jours. Quel est le médecin assez dominé par l’esprit de système pour ne voir dans ces épidémies formidables qu’une simple gastro-entérite? Les moyens les plus propres à combattre cet état de prostration et de putridité sont les toniques et les excitans , combinés avec l’opium. C’est ainsi qu’on emploie la décoction de quinquina rouge ou de racine d’arnica, à laquelle on ajoute quelques gouttes de laudanum liquide. D’autres prescrivent des mixtures de camphre , de cachou , de cannelle , d’extrait d’opium ; d’autres , la poudre de Dover ou des compositions analogues. On fait en meme temps des fomentations chaudes sur la région abdominale avec des fleurs et des herbes aromatiques cuites dans du vin , et on donne des lavemens préparés avec cinq ou six onces d’une décoction mucilagineuse et quinze ou vingt gouttes de teinture anodine. On irrite, on rubéfie la peau avec les sinapismes, les ventouses, le liniment ammoniacal camphré.

Les dysenteries , les diarrhées chroniques , entretenues par l’irritation ou par l’inflammation lente de la membrane muqueuse du colon , exigent l’usage des antiphlogistiques, des boissons adoucissantes, aux-

quelles on ajoute de petites doses de teinture anodine de Sydenham. Lorsque les malades sont très-nerveux et passent de mauvaises nuits , on peut porter la dose jusqu’à trente gouttes, et meme davantage. M. Broussais en a prescrit jusqu’à cinquante et soixante gouttes sans inconvénient ; mais il observe avec raison que ces médicamens doivent être secondés par un régime sévère. Dans toutes les diarrhées , ses disciples rejettent l’emploi des toniques et des astringens. M. Broussais ne conteste pas absolument leur succès -, toutefois il leur préfère l’opium , parce qu’il agit plus efficacement que toute autre substance sur l’action péristaltique des intestins irrités. Mais est-il vrai que toutes les diarrhées qui succèdent aux affections gastriques ne puissent être combattues que par le traitement indiqué contre la gastro-entérite, c’est-à-dire par l’application des sangsues au fondement ou sur l’abdomen , par les boissons adoucissantes , les potions gommeuses , etc. ? L’observation repousse cette théorie exclusive. Il y a plus : le dévoiement n’offre quelquefois un caractère rebelle que parce qu’on a méconnu la véritable cause de l’affection primitive, la pléthore bilieuse ou muqueuse, qu’on eût pu enlever par quelques évacuans administrés à propos. Lorsque les forces ne sont pas tout-àfait ruinées, on peut encore espérer de vaincre ces diarrhées consécutives par l’ipécacuanha , administré comme vomitif, ensuite par quelques toniques légers , par de petites doses d’opium ou de thériaque , et par un régime convenable ( t).

(1) En général, l’opium supprime ou diminue les évacuations

Brown et son école ont donné de grands éloges à l’opium dans les hémorrhagies actives } mais aujourd’hui qu’on rapproche cet ordre de maladies des inflammations, on est très-réservé sur l’usage des narcotiques, et on emploie avec beaucoup plus d’avantage les antiphlogistiques et les débilitans , dont l’effet est de modérer l’activité des mouvemens fluxionnaires. Cependant, lorsqu’une hémorrhagie violente se déclare chez des sujets faibles et d’un tempérament nerveux , les remèdes opiacés , unis aux antispasmodiques , sont d’un grand secours. L’emploi de l’opium ne doit point être négligé dans les hémorrhagies pectorales entretenues par une irritation vive , une toux sèche et fréquente , surtout après avoir employé vainement les émissions sanguines, les remèdes adoucissans, les potions gommeuses, les émulsions , etc. On prescrit en même temps des pédiluves, des frictions sur les membres inférieurs, des boissons diaphoniques , afin de rompre

alvines; cependant il dissipe quelquefois aussi la constipation , lorsqu’elle est occasionée par un spasme chronique des intestins. L’observation suivante en est un exemple remarquable. Une dame était sujette depuis quinze ans à une constipation habituelle; elle n’allait à la garde-robe que toutes les trois semaines ou tous les mois, et cette évacuation était toujours précédée d’une fièvre d’un ou deux jours Une circonstance particulière d’une maladie qu’elle éprouva fit qu’on lui administra l’opium. L’usage de ce remède fut suivi d’évacuations alvines faciles et répétées chaque fois qu’elle le renouvela. D’après cet heureux effet de l’opium , on l’essaya contre la constipation habituelle avec un succès complet. Depuis ce temps-là cette dame prend un demi-grain d’opium trois ou quatre fois la semaine, et l’usage de ce médicament est suivi chaque fois d’une évacuation facile et plus ou moins abondante. ( Venkl , Précis de matière medicale.)

les mouvemens fluxionnaires concentrés sur les organes de la respiration , et de les rappeler à la surface du corps. Les hémorrhagies de la matrice qui surviennent pendant la gestation chez les femmes d’une complexion délicate , mobile , irritable, et qui ne cèdent point aux saignées pratiquées avec modération , au repos et aux autres moyens diététiques , exigent l’usage des antispasmodiques, des caïmans, et surtout de l’opium. Ces remèdes , en combattant l'irritation nerveuse fixée sur la matrice , font cesser l’hémorrhagie et préviennent l’avortement. Les pertes de sang qui se manifestent à la suite des couches sous la même influence indiquent les mêmes moyens-, l’emploi de l’opium est surtout très-urgent lorsqu’il survient des spasmes , des mouvemens convulsifs , des faiblesses, etc. Le docteur Miquel a reproduit, dans son Traité des convulsions, couronné par la Société de médecine de Paris (i) , une observation de Mauriceau où les convulsions devinrent promptement mortelles après une perte de sang excessive. Dans une circonstance aussi grave , qui doit décider en quelques instans du sort de la femme, je n’hésiterais pas à donner de fortes doses d’opium, sans contredit le plus puissant des antispasmodiques; j’y joindrais en même temps la teinture de cannelle, qui jouit d’une vertu spéciale contre les hémorrhagies asthéniques. (Voyez notre article cannelle , dans le premier volume.)

Mais une règle de la plus haute importance dans le

(1) Traite des convulsions chez les femmes enceintes , en travail et en couche , mémoire qui a remporté le prix proposé par la Société de médecine de Paris pour l’année 1820.

PII YTOGR APHIE

traitement des hémorrhagies , c’est de ne point confondre les flux qui ont un caractère critique , et qui peuvent être salutaires, avec ceux qu’il importe de réprimer le plus promptement possible. Les hémorrhagies qui coïncident avec la plénitude des vaisseaux et qui la diminuent , avec une surexcitation plus ou moins considérable et qui la dissipent, sont le résultat d’une crise salutaire. Ainsi il ne faut pas trop s’inquiéter des hémorrhagies nasales qui ont lieu dans les maladies inflammatoires , quelque abondantes qu’elles soient , puisque ces évacuations, poussées jusqu’à la syncope, font quelquefois cesser les épiphénomènes les plus graves , le délire , la phrénésie , les convulsions , etc. (Voyez le bel article de M. Double , sur les hémorrhagies , dans sa Séméiologie générale .) On peut consulter également le Traité des hémorrhagies , deM. le professeur Lordat, excellent ouvrage où le traitement de cet ordre d’affections est envisagé sous un point, de vue très-philosophique.

Dans les affections de la poitrine , les rhumes , les catarrhes , etc., l’opium est journellement employé , soit pour ranimer la transpiration insensible et provoquer une douce diaphorèse, soit pour calmer la toux et ramener le sommeil. Mais on convient généralement qu’il est nuisible dans la première période du catarrhe aigu ; qu’il augmente la chaleur fébrile , la dyspnée , et provoque l’irritation inflammatoire des bronches. M. Broussais, dont les écrits ont jeté une si vive lumière sur les inflammations chroniques, recommande l’opium comme un sédatif précieux dans l’état avancé du catarrhe pulmonaire et de la pleurésie aiguë. Il regarde ce mé-

dicament comme la meilleure ressource contre les irritations de la poitrine qui refusent de céder aux antiphlogistiques , et qui sont exaspérées par les irritans révulsifs. Parmi les auteurs qui ont parlé de l’opium dans le traitement de la phthisie , il en est qui ne sauraient assez louer ses puissantes vertus , tandis que beaucoup d’autres le regardent comme un remède qui procure un calme trompeur, et qui accélère le dépérissement du malade. Après les saignées indiquées par l’activité du système sanguin , par la disposition phlogistique de l’organe pulmonaire , De Meza ( De opio phthiseos prophjrlactico ) arrêtait la marche de la phthisie en donnant matin et soir de petites doses d’opium. Cette méthode est particulièrement utile lorsque le poumon est dans un état habituel de spasme et d’irritation , caractère qui a fait donner par quelques auteurs à cette espèce de phthisie le nom de phthisie nerveuse. Les sujets d’une sensibilité vive, d’une complexion délicate, d’un tempérament mélancolique, y sont les plus disposés. Ici les évacuations sanguines sont moins nécessaires ; elles peuvent même hâter les progrès de la consomption, lorsqu’on les pratique sans ménagement ; tandis que les tempérans , les anodins , les préparations d’opium les plus douces , telles que son extrait aqueux, le sirop diacode , produisent les meilleurs effets. Dans l’état avancé de la phthisie , les médicamens opiacés servent encore à dissiper l’insomnie , à calmer, à suspendre la toux, dont les secousses répétées augmentent l’éréthisme et l’engorgement du poumon. Yan Swieten veut surtout qu’on les administre le soir. Sed præcipuum auocilium pendet ah anodynis circa

vesperam clatis ab his sedatur tassis, blanclus

somnus concilicitur, undè vires rejiciuntur , et ma tutino tempore sputa coda leni tussi educuntur quàm facillimè . Enfin la diarrhée des phthisiques , ce symptôme redoutable , qui met le comble à leur épuisement, demande à être modérée par les potions mucilagineuses avec le laudanum , par la conserve de roses rouges avec le sirop diacode , par des lavemens préparés avec la décoction des capsules du pavot, avec l’extrait d’opium ou avec la thériaque. Ainsi , lorsque toute espérance est perdue , lorsque le malade marche à grands pas vers le terme de son existence, l’opium peut encore retarder l’heure fatale.

L’opium a été recommandé dans quelques autres affections pectorales , telles que la coqueluche , l’asthme convulsif, l’angine de poitrine. Le docteur Muller a observé une toux convulsive épidémique où ce médicament a eu le plus grand succès. Il employait particulièrement la teinture d’Eckart, préparation analogue à la teinture thébaïque , à la dose d’une , deux ou trois gouttes , toutes les deux heures , suivant l’âge des enfans malades. L’opium , administré de cette manière, ne produisait jamais d’effet narcotique. Guillaume Heberden ( Comment . de morborum historiâ et curationë) ne connaît pas de meilleur remède contre l’asthme convulsif. Il a vu des asthmatiques près de rendre le dernier soupir, qui étaient promptement soulagés en prenant deux ou trois grains d’opium. Fothergill a également indiqué les anodins pour combattre l’excès d’éréthisme qui accompagne l’angine de poitrine \ il prescrivait vingt-cinq gouttes de teinture thébaïque

avec une égale quantité de vin d’antimoine, et ii répétait ce mélange suivant la violence des symptômes.

Lorsque ces maladies se présentent avec un caractère purement nerveux ou spasmodique , nul doute que les anodins , et surtout l’opium , ne soient d’un grand secours, soit pour apaiser des irritations dominantes , soit pour prévenir le retour des paroxysmes 5 mais le médecin n’a-t-il pas d’autres indications à remplir lorsque les organes de la respiration sont atteints de phlogose , lorsque la force et la dureté du pouls, la rougeur de la face, une oppression vive, annoncent un état pléthorique? (Voyez le Traité de l’angine de poitrine publié en 18 1 r par le docteur Desportes.)

D’après l’autorité de Sydenham, presque tous les auteurs de matière médicale ont parlé des avantages de l’opium contre les phlegmasies cutanées , et particulièrement contre la variole. Cet illustre médecin recommande , en effet , les narcotiques dans l’état avancé de la petite vérole confluente , pour apaiser , dit-il , la fermentation du sang , et entretenir la salivation, qui s’affaiblit quelquefois vers le dixième ou onzième jour avec un grand danger pour le malade. Il prescrit en conséquence tous les soirs , jusqu’à la fin de la maladie , quatorze gouttes de laudanum liquide ou une once de sirop diacode dans de l’eau distillée de fleurs de primevère. Cette potion , administrée à six ou sept heures du soir , éloigne les agitations de la nuit. Cullen s’est prononcé en faveur de la méthode de Sydenham, et il a toujours observé qu’elle était éminemment utile lorsqu’on avait soin de prévenir la

constipation par des lavemens laxatifs. Hufeland a dé- 11. 37

crit une épidémie variolique accompagnée de symptômes nerveux où l’opium a sauvé la vie à plusieurs enfans qui étaient dans un état désespéré. Peu d’heures après l'usage de ce médicament , le pouls se ranimait , le visage reprenait des couleurs , les urines devenaient rouges , brillantes , la peau se gonflait , enfin les boutons s’élevaient et se remplissaient de pus. D’après le témoignage du docteur Barbier , l’opium a produit un effet très-remarquable dans un cas de petite vérole confluente. Un jeune homme de dix-huit ans éprouvait, vers le dixième jour de la maladie, un sentiment intolérable de chaleur à la peau , qui était alors gonflée , rouge , sensible. Ce médecin lui prescrivit le matin et le soir une demi-once de sirop d’opium. Chaque fois que le malade prenait ce remède , il éprouvait subitement un calme marqué ; ses douleurs diminuaient, son agitation cessait, et il rendait bientôt après une quantité assez forte d’urine -, il n’urinait que très-peu dans l’intervalle. Ces effets s’observèrent tant que la maladie resta violente , et qu’elle exigea l’administration du narcotique.

Lorsque la petite vérole se complique, dans son cours , de phénomènes adynamiques ou ataxiques , que les pustules s’affaissent et présentent un aspect décoloré, livide; que les malades, agités de mouvemens spasmodiques, ont des selles fréquentes, putrides, le pouls faible , irrégulier, intermittent , on ne doit pas craindre d’administrer l’opium uni au quinquina , au camphre, malgré le peu de faveur dont jouissent ces vieux médicamens dans la nouvelle école physiologique. Malheur à celui qui ne verrait dans ce groupe

de symptômes que l'effet d’une simple gastro-entérite qu’il s’obstinerait à combattre par une méthode débilitante! Il est impossible qu’un praticien habitué à observer avec calme, sans passion, sans préjugés, ne reconnaisse point dans cet état pathologique une affection de tout le système qui réclame assurément d’autres moyens que l’application des sangsues et quelques tasses d’eau de gomme. Il y a plus : la méthode antiphlogistique, si utile dans la première période de la petile vérole inflammatoire , devient funeste, si elle n’est circonscrite dans de justes bornes -, elle entrave les mouvemens naturels , et peut donner lieu à des métastases , à des abcès d’une mauvaise nature , enfin à des accidens qui démontrent que l’éruption a été troublée.

Avouons toutefois que des médecins non moins exclusifs ont étrangement abusé des préparations d’opium dans le premier stade de la petite vérole. Ces médicamens, si utiles aux sujets très-faibles, irritables, et lorsque l’organe cutané est frappé d’un spasme douloureux qui s’oppose à l’éruption des pustules, augmentent dans d’autres circonstances l’excitation artérielle, font affluer le sang vers les parties supérieures, favorisent les congestions du cerveau, et peuvent déterminer un état comateux ou quelque inflammation viscérale. Le docteur Harris raconte que Marie, reine d’Angleterre , prenait habituellement , lorsqu’elle éprouvait de la fièvre , une dose assez considérable de thériaque pour exciter les sueurs. Il avait plusieurs fois averti la reine de se défier de l’usage d’un pareil remède; mais elle avait tant de confiance en son ancien médecin , le fameux docteur Lower, qui le lui avait

PHYTGGRAPHIE

conseillé, que, la nuit même où elle sentit les premières atteintes de la petite vérole, elle prit la dose ordinaire de thériaque, et le lendemain matin une double dose. Ce médicament opiacé lui causa une si violente agitation, que, lorsque la petite vérole parut, il se manifesta en même temps un crachement de sang, des taches pourprées , et d’autres symptômes du plus mauvais augure, qui furent suivis de la mort au bout de quelques jours. (Guillaume Grant, Recherches sur les fièvres.)

On peut appliquer la plupart de ces réflexions à la rougeole. Sydenham , qu’on doit presque toujours citer lorsqu’il est question de faits pratiques , insiste fortement sur la méthode rafraîchissante, sur la saignée^ mais il prescrit les caïmans, le sirop diacode, pendant tout le cours de la maladie pour apaiser l’irritation pulmonaire. On pourrait lui reprocher néanmoins d’avoir un peu trop prodigué l’opium dans le traitement des exanthèmes fébriles. Ce remède doit être employé avec beaucoup de réserve chez les enfans pléthoriques et d’une forte complexion ; mais qu’on ne craigne pas d’y avoir recours pour les sujets délicats et d’une sensibilité exquise : combiné avec les boissons adoucissantes , il apaisera plus sûrement la toux , les anxiétés précordiales, que l’application réitérée des sangsues, dont on use si libéralement depuis qu’on veut à toute force, et malgré l’évidence des faits, localiser tous les exanthèmes et les faire dépendre de l’inflammation des tissus gastriques ou pulmonaires.

On dit que l’opium ne convient point dans les affections arthritiques, qu’on ne saurait calmer avec ce mé-

dieament les douleurs qui accompagnent la goutte et le rhumatisme, et que son emploi dans ces maladies est toujours dangereux. Cette opinion , émise par quelques auteurs modernes , est évidemment exagérée. Sydenham , qui a traité de la goutte , et qui a été lui-même goutteux presque toute sa vie, veut qu’on prenne tous les soirs un peu de laudanum, lorsque les douleurs articulaires sont insupportables. Il le conseille aussi lorsqu’il survient des tranchées violentes, une diarrhée excessive, desvomissemens accompagnés de faiblesses. Cullen n’a pas craint d’administrer de fortes doses d’opium lorsque la goutte affectait vivement l’estomac. Scudamore se prononce également en faveur de l’opium, dont il prescrit un grain toutes les deux heures, mêlé avec moitié dose de poudre antimoniale , lorsque les douleurs arthritiques sont très-intenses. Ce médecin recommande en même temp$ l’usage du black drop ( gouttes noires) , préparation concentrée d’opium , qui réussit beaucoup mieux à certaines personnes que les médicamens opiacés ordinaires. Mais personne n’a mieux connu les véritables indications de l’opium dans les maladies goutteuses que le professeur Barthez. Dans les attaques simples et régulières de la goutte des articulations , un régime doux , des boissons relâchantes et diaphoniques , sont les moyens les plus convenables , puisqu’ils tendent à favoriser les mouvemens salutaires de la nature-, mais, lorsque la douleur est violente et soutenue , qu’elle épuise les forces et s’oppose à une terminaison salutaire , les préparations opiacées , dont on règle les doses suivant le degré d’irritation, l’âge et le tempérament du malade, produisent quelquefois les

plus heureux effets. L’opium n’est pas moins avantageux lorsque la goutte, fixée sur l’estomac ou sur les intestins, détermine sympathiquement un état convulsif dans les viscères précordiaux 5 mais il faut s’en abstenir lorsque l’irritation goutteuse semble déjà disposée à se porter sur les articulations, lorsqu’elle se complique d’une affection cérébrale ou de symptômes bilieux bien prononcés. On prescrit également l’opium dans l’asthme spasmodique des goutteux , en le combinant avec l’éther, le musc , le camphre ou l’assa-fœtida. Ces combinaisons conviennent spécialement pendant les accès qui se développent avec des douleurs atroces , une suffocation imminente, après avoir toutefois suffisamment affaibli l’état de pléthore ou la disposition inflammatoire parla saignée, par l’application des ventouses ou des sangsues sur les parties les plus douloureuses de la poitrine. On applique en meme temps des sinapismes, des vésicatoires sur les articulations qui étaient le siège de la goutte. Lorsque cette redoutable maladie offre des paroxysmes bien dessinés, on doit avoir recours au quinquina , et l’administrer de la même manière que dans les fièvres intermittentes pernicieuses.

Le rhumatisme aigu, qui s’accompagne d’anxiétés, d’une insomnie constante, de souffrances excessives, réclame l’usage de l’opium , surtout lorsqu’on a combattu la diathèse inflammatoire par les rafraîchissans et les antiphlogistiques. Dans l’état chronique , on a quelquefois donné avec un rare succès un mélange d’opium et de muriate de mercure doux. Le docteur Fischer vante cette combinaison comme un moyen infaillible, lorsque le rhumatisme est caractérisé par

des tiraillemens et des douleurs insupportables des membres , avec impossibilité de les mouvoir. 11 prescrit soir et matin un grain d’opium et un grain de calomel , triturés avec du sucre et de la magnésie. On varie d’ailleurs les doses de cette poudre suivant les effets observés. D’autres praticiens donnent tous les soirs un grain d’opium et cinq ou six grains de calomel, jusqu’à ce qu’ils aient obtenu une salivation modérée. Ce traitement a quelquefois dissipé les rhumatismes les plus réfractaires. D’autres enfin unissent l’opium à l’ipécacuanha , aux préparations antimoniales, aux purgatifs. Je conviens qu’on doit accueillir ces méthodes empiriques avec réserve -, cependant , dans quelques circonstances difficiles, je ne me suis pas mal trouvé de les avoir suivies. J’ai surtout employé avec beaucoup de succès la poudre de Dover , en interposant un purgatif tous les trois ou quatre jours , dans un cas de rhumatisme extrêmement grave.

Un ancien militaire , d’un tempérament nerveux , sujet depuis la campagne de 1 8 1 4 à des attaques d’un rhumatisme articulaire, qu’il dissipait ordinairement avec le secours des bains et d’une boisson humectante, éprouva une attaque beaucoup plus vive l’automne dernier. Pendant l’espace de deux mois , on n’épargna ni les saignées générales, ni l’application des sangsues. Les bains, les cataplasmes éinolliens , n’avaient pas été plus favorables. Lorsque je vis le malade, il était entièrement perclus des membres inférieurs , ou il éprouvait une douleur rongeante par le moindre attouchement; sa physionomie portait l’empreinte d’une profonde tristesse. Il fut mis à l’usage de la poudre

de Dover, dont il prenait tons les matins environ quinze grains; il bavait ensuite dans la matinée cinq ou six tasses de thé léger, afin de seconder son action sudorifique. Tous les trois ou quatre jours on suspendait l’usage de la poudre, pour administrer un bol purgatif, composé de huit grains de calomel et de douze grains d’aloès. Cette méthode perturbatrice, suivie avec une grande exactitude pendant une vingtaine de jours, produisit de si heureux effets, que le malade put marcher sans appui.

Vers la fin du siècle dernier , on crut trouver dans l’opium un nouveau moyen de combattre l’affection vénérienne. Schoepfet Michaëlis lui prodiguèrent surtout des éloges outrés ; mais Grant etHagstroem en bornèrent avec raison l’emploi à certains cas où la sensibilité est exaltée, et sauvèrent en même temps, dit Sprengel* l’honneur du mercure dans le traitement de la syphilis. En effet , il est douteux que l’opium suffise pour extirper entièrement cette maladie ; mais il devient un puissant auxiliaire du mercure en calmant l’excès de la douleur et de la sensibilité chez les personnes très-irritables. Boerhaave soignait un jeune homme couvert d’ulcères syphilitiques, et tourmenté toutes les nuits par des douleurs ostéocopes. Après avoir employé vainement les moyens ordinaires , il prescrivit l’usage de l’opium, qui rappela le sommeil et dissipa tous les symptômes. Associé aux préparations mercurielles, l’opium modifie leur action irritante , et prévient les accidens qui accompagnent fréquemment leur usage.

En traçant le tableau des vertus médicinales de l’opium, pourrions-nous passer sous silence ses heureux

effets dans le traitement cl’une espèce particulière de gangrène , dont l’invasion est marquée par des douleurs vives qui se font ressentir aux extrémités inférieures , et surtout aux orteils? D’après l’observation de Percival Pott , on peut arrêter les ravages de cette maladie avec le secours de l’opium , administré à hautes doses et combiné avec le musc. On a également constaté ses avantages dans la gangrène produite par l’usage du seigle ergoté : il est spécialement indiqué par la douleur, les crampes, et l’état convulsif des membres.

Enfin nous devons signalerl’opium comme un moyen précieux pour combattre une foule d’accidens causés par les poisons. C’est une sorte de compensation des pernicieux effets qu’il produit lui-même dans quelques circonstances. Nous avons rapporté dans le cours de cet ouvrage des faits nombreux en faveur de ce médicament. Ainsi nous l’avons vu dissiper les irritations, les douleurs les plus intenses, le hoquet, la cardialgie , les spasmes , les convulsions , les mouvemens épileptiques qui succèdent à l’empoisonnement par les champignons, la petite ciguë, etc. Nous pourrions également rappeler ici avec quel avantage nous l’avons administré à une jeune et très-intéressante dame, empoisonnée le jour des Rois 1812 avec un gâteau où l’on avait introduit du sublimé corrosif. Depuis ce déplorable événement , dont l’auteur , par une fatalité bien étrange, est toujours resté ignoré, madame de M*** avait conservé pendant plusieurs années une telle susceptibilité d’entrailles , que la moindre irritation , le pl us léger motifde chagrin , provoquaient instantanément nue tuméfaction considérable des parois abdomi-

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nales , suivie de hoquet, de vomissemens, et d’une douleur vive dans toute ]a région hépatique. La teinture anodine de Sydenham , prise à la dose de dix à douze gouttes toutes les trois heures , a constamment dissipé ces symptômes. Cette dame jouit maintenant d’une assez bonne santé.

On ne saurait méconnaître la puissance sédative de l’opium dans les cas d’empoisonnement par les cantharides. Ce médicament est surtout indispensable lorsque l’irritation de l’appareil urinaire résiste à l’usage des bains , des émolliens et des antiphlogistiques. Lanzoni cite l’histoire d’une femme qui fut prise de douleurs atroces après avoir avalé une forte dose de cantharides. Deux gros de laudanum liquide firent cesser tous les accidens , et procurèrent un sommeil paisible.

Je trouve dans mes notes un fait qui m’a paru digne d’être conservé. Un négociant de Philadelphie , demeurant à l’hôtel d’Angleterre, rue des Filles-Saint- Thomas , avait mangé une certaine quantité de moules. Peu de temps après , il éprouva une chaleur vive à l’épigastre avec des vomissemens répétés. Toute la surface du corps était rouge , gonflée , fortement tendue , et couverte d’une éruption vésiculaire. Ces premiers symptômes furent bientôt suivis d’étouffemens , d’une anxiété extrême, de mouvemens convulsifs et d’une raideur universelle. Appelé presqu’en même temps que le docteur Vergez , qui m’avait précédé auprès du malade , et qui lui avait déjà fait prendre sans aucun résultat avantageux une potion éthérée et du thé acidulé avec le suc de citron , je proposai l’usage du laudanum liquide. Ce médicament fut administré de suite à la dose de

vingt -quatre gouttes dans une cuillerée d’eau de menthe avec un peu de sucre, et répété une heure après. Dès ce moment le malade, dont la respiration et la voix étaient presque éteintes , commença à se ranimer. Il continua néanmoins la teinture anodine à la dose de sept ou huit gouttes toutes les trois heures , et le lendemain il ne lui restait que le souvenir de ses souffrances et un peu de gène dans les membres inférieurs.

Nous avons disserté sur les propriétés de l’opium avec toute l’étendue convenable à un sujet aussi important 5 nous avons surtout signalé l’immense avantage que peut en retirer dans les exercices cliniques un médecin à la fois sage et instruit $ mais notre amour pour cette substance héroïque ne va point jusqu’à un aveugle enthousiasme. Ainsi , d’après un examen impartial et sévère , nous voyons que son usage habituel émousse la sensibilité , paralyse les facultés de l’esprit et contribue puissamment à hâter cette vieillesse précoce , si commune dans les pays chauds. Suivant le docteur Pouqueville ( Voyage en Morée ) , les thériaky , ou mangeurs d’opium , tombent dans un marasme général. En proie à des douleurs atroces , tourmentés par un satyriasis incommode , ils ne peuvent assouvir leurs désirs. Enfin devenus hideux , déformés par de nombreuses périostoses, privés de leurs dents, les yeux presque éteints au fond des orbites , agités d’un tremblement involontaire , ils cessent d’exister long-temps avant d’avoir fini de vivre.

On a également remarqué que l’abus de l’opium dispose à l’hypochondrie , aux affections maniaques, aux

congestions sanguines , à l’apoplexie. C’est surtout dans l’enfance , clans cet âge où domine la mobilité de tout le système des forces , qu’on observe les mauvais effets de l’opium. Hoffmann a vu le fréquent usage du sirop diacode provoquer une épilepsie mortelle. Barthez rapporte aussi l’exemple d’un enfant à qui l’abus du même remède avait causé des palpitations pendant plusieurs années. On a observé que les enfansà qui les nourrices donnent habituellement delà thériaque ou dusirop de pavot pour les endormir, deviennent stupides. Dans les fièvres gastriques et bilieuses , dans les affections inflammatoires, et principalement dans celles de l’encéphale, on doit être extrêmement réservé sur l’usage des médicamens fournis par l’opium , malgré l’insomnie et l’exaltation delà sensibilité. Quœ , licet veteribus arriderent médicamenta , vix, nisi devicto inflammationis impetu, ob continuas vigilias nimiamque s en sibilitatem , indicare queunt . (Frank, Epitome , lib. 2, pag. 57.) Dans l’état avancé des maladies aiguës , lorsque la nature coordonne ses mouvemens , prépare une crise salutaire , tous les symptômes prennent quelquefois une intensité nouvelle-, la fièvre, la douleur, l’anxiété , augmentent. L’observateur habile ne cherchera point alors à calmer ce trouble passager , à détruire cette réaction vitale en administrant l’opium; mais il s’attachera à l’application raisonnée de la méthode expectante. Nous ferons remarquer en passant que , si les crises sont moins frécpientes aujourd’hui , il faut en chercher la cause dans les méthodes de traitement. En effet, les uns troublent la marche de la nature, pervertissent ses actespar une foule de médicamens

inutiles ou trop actifs 5 les autres paralysent ses efforts par l’abus des relâcbans et de la saignée. Aussi la nouvelle école , méprisant les traditions les plus saines , range-t-elle la doctrine des crises parmi les vieilles rêveries delà médecine dogmatique.

Au reste , les mauvais effets de l’opium 11e doivent être imputés qu’à, la main inhabile qui le donne sans mesure ; et ceux-là même qui le déprécient par prévention ou par esprit de système sont souvent forcés d’y avoir recours , ne fût-ce que pour adoucir des maux qu’ils ont peut-être irrités par un traitement peu convenable. Quand bien même l’opium ne serait qu’un palliatif, ainsi que le prétendent quelques médecins qui ont étudié légèrement ses propriétés , ne faudraitil pas remercier la Providence de nous avoir donné un remède capable d’apaiser la douleur ? Lorsque notre art ne peut guérir, il faut du moins qu’il console. Qui n’a pas été témoin du tableau déchirant qu’offre à nos regards le malheureux en proie à une maladie incurable et douloureuse? Qui n’a pas entendu ses plaintes, ses gémissemens ? Hâtons-nous d’adoucir des jours remplis d’amertume -, donnons à l’homme qui attend la mort comme la fin de ses misères ce calmant , ce baume magique qui suspend ses souffrances et lui fait goûter le calme des nuits : il supportera avec plus de courage les angoisses de la journée. Intérim humanitas poscit ut succurrcunus mi se ris, de quorum soluté etiam de speramus ; ut leniamus mala quce eradicari ne queunt; ut placide magis peragatur pauculum il lud, quod de vitœ curriculo superest, donec mors his œrumnis Jinem importât. (Van Swieten.)

On administre l’opium de plusieurs manières. Lorsque l’estomac est très-irritable, on l’injecte dans le rectum , en commençant toujours par une petite quantité , et non en doublant et triplant les doses , comme le conseillent quelques auteurs de matière médicale. Employé sans ménagement par cette voie , il produit des vomissemens , des vertiges et un état comateux. On peut aussi l’administrer avec avantage, sous la forme de frictions , sur la surface du corps , à l’exemple de Chiarenti de Florence , de Brera , d’Àlibert , de Chrestien de Montpellier, etc. Les préparations qu’on fait subir à l’opium sont très-variées ; la plus simple est celle de son extrait , appelé extrait aqueux d’opium. On y procède en faisant dissoudre dans l’eau les parties de l’opium solubles dans ce liquide ; on fait ensuite évaporer jusqu’à consistance d’extrait. On distingue un autre extrait préparé par la fermentation d’après la méthode de M. Dey eux. Pour l’obtenir , on ajoute de la levure à l’eau qui tient l’opium en dissolution*, on expose ce mélange à une douce température } on laisse fermenter jusqu’à ce que la liqueur se clarifie , et on réduit ensuite en extrait. L’extrait d’opium vineux se prépare en faisant dissoudre l’opium dans du vin blanc à la chaleur du bain-marie , et en procédant ensuite à l’évaporation du véhicule.

L’extrait d’opium jouit d’une propriété sédative plus marquée lorsqu’il est dépouillé de la narcotine , ou sel de Derosne. M. Robiquet propose d’adopter pour l’usage médical la préparation suivante : on fait macérer dans de l’eau froide de l’opium ordinaire, divisé en petits morceaux , comme pour obtenir l’extrait

aqueux -, on filtre , on évapore en consistance de sirop épais , et on traite en vase convenable par de l’éther rectifié. On agite le tout un grand nombre de fois avant de décanter la teinture étliérée , et , lorsque celle-ci est séparée , on la soumet à la distillation pour en retirer l’éther. On réitère cette opération tant qu’on obtient des cristaux de narcotine pour résidu de la distillation. Quand l’éther est sans action, on évapore la solution d’opium jusqu’à consistance pilulaire , et on obtient par ce moyen un extrait toutà-fait exempt de narcotine. Ces divers extraits se prescrivent depuis un demi-grain jusqu’à deux grains, et même plus, suivant la nature et l’intensité de la maladie. On les administre , soit sous la forme de pilules , soit dissous dans une eau distillée quelconque , dansles potions , dans les mixtures calmantes et antispasmodiques.

On prépare avec l’opium des infusions aqueuses ou vineuses, des teintures alcoholiques simples ou composées , des poudres , des électuaires , etc.

Infusion aqueuse d’opium du professeur Chaussier. Prenez, opium du commerce, une once; eau distillée, neuf onces. Après avoir pulvérisé grossièrement l’opium , on le laisse infuser à froid pendant trois ou quatre jours ; ensuite on filtre la liqueur à travers un papier gris, et on ajoute, pour la conserver, une once d’alcohol. Cette infusion aqueuse d’opium peut s’employer par gouttes dans des potions depuis seize jusqu’à vingt-quatre ou trente. On s’en sert également à la dose de cinquante à quatre-vingts gouttes , sur deux onces d’infusion de fleurs de mauve, dans les inflammations des yeux, et surtout dans les maladies des

mamelons. ( Ratier , Formulaire pratique des hôpitaux civils de Paris. )

Le docteur Demangeon emploie avec succès contre les ophthalmies aiguës ou chroniques, accompagnées d’une vive irritation , une infusion d’un gros d’opium gommeux dans une pinte d’eau bouillante. On fomente fréquemment les yeux avec cette liqueur refroidie, et on ne tarde pas à voir diminuer l’inflammation et la douleur. L’usage de ce remède est d’autant plus sûr que l’ophthalmie tient plus particulièrement à la sensibilité anomale des organes de là vue , ou à une irritation produite par une cause accidentelle, comme un coup de fouet ou de baguette , un courant d’air, une lumière trop vive, une chaleur ardente. Voyez les observations publiées par ce praticien distingué dans le Journal général de médecine , tome 3 1 , page i3. Long-temps après M. Demangeon , le docteur Gendrin a publié dans le même journal un mémoire sur l’usage des topiques opiacés dans les ophthalmies. Lorsque l’inflammation est aiguë, il fait précéder les fomentations d’opium de la saignée et des antiphlogistiques. Dans les ophthalmies chroniques, il donne la préférence à l’emploi du laudanum ou de la teinture thébaïque de la pharmacopée de Londres. Le célèbre Scarpa prescrit aussi les applications opiacées dans les ophthalmies aiguës graves, mais seulement après la première période de l'inflammation , et après avoir pratiqué des saignées générales ou locales.

Le professeur Lallemand conseille, pour faire disparaître les taies des yeux , de les toucher deux ou trois fois par jour , pendant environ un mois , avec

du laudanum liquide 5 ce temps suffit pour la guérison radicale des taies même les plus anciennes. Ce procédé, employé depuis long-temps en Pologne, a été communiqué à M. Lallemand par un Polonais. Le professeur de Montpellier dit en avoir obtenu les effets les plus extraordinaires* « J’ai vu, dit-il, l’application « du laudanum dissiper des taies si profondes et si « dangereuses, que je suis aussi affligé qu’étonné de « voir entièrement ignorée l’efflcacité d’un agent si « précieux. »

Vin d'opium , teinture anodine , ou laudanum liquide de Sydenham. Ce précieux médicament se prépare de la manière suivante : prenez, opium choisi, deux onces 5 safran , une once 5 cannelle et clous de gérofle en poudre , de chaque un gros. Faites digérer au bain-marie pendant cinq ou six jours dans une livre de vin d’Espagne -, passez avec expression , et filtrez ensuite la liqueur. Dix-huit ou vingt gouttes contiennent un grain d’opium. La dose ordinaire est de dix à vingt gouttes. Cette composition se trouve plus ou moins modifiée dans certaines pharmacopées : quelques médecins voudraient même qu’on supprimât les aromates. Nous avons donné la véritable formule de l’auteur, et nous croyons qu’elle doit être respectée. Sydenham , qui avait observé ses effets dans les maladies avec une sagacité admirable , l’administrait nonseulement pour concilier le sommeil et calmer les irritations, mais encore pour relever les forces languissantes. On emploie fréquemment le laudanum liquide dans les potions antispasmodiques, les mixtures sédatives, en le combinant avec le sirop diau. 38

code , l'éther alcoholisé , l’eau de fleur d’orange, etc. Il convient d’observer que , dans les affections cholériques, les vomissemens violens, qui exigent l’emploi de cette teinture, on doit l’administrer dans un véhicule peu étendu , afin de ne pas augmenter la susceptibilité de l’estomac. On peut en donner huit , dix ou douze gouttes dans une cuillerée à café d’eau de menthe , et renouveler ce mélange deux ou trois fois , et même davantage , suivant l’intensité des symptômes , en mettant un quart d’heure ou une demi-heure d’intervalle entre les doses. Dans les convulsions générales , dans le tétanos et autres affections graves du système nerveux , non-seulement on n’obtient aucun effet de cette teinture , mais encore on augmente les accidens , si l’on n’en proportionne les doses à la violence du spasme et de la douleur. On l’emploie aussi à l’extérieur sous la forme de lotions , de linimens , de pommades , dans les ophthalmies , les affections cancéreuses, les douleurs rhumatismales, les brûlures, les hémorrhoïdes , les ulcères vénériens , etc.

Dans la pharmacopée de Russie , le laudanum liquide est préparé, sous le nom de teinture d’opium, de la manière suivante : prenez , opium thébaïque , une once; safran oriental, demi-once; vin d’Espagne, neuf onces. Faites digérer à une douce température pendant trois jours, et passez. Un gros de ce liquide contient environ six grains d’opium.

Le vin d’opium de la pharmacopée de Suède est simplement composé d’une partie d’opium pulvérisé et de six parties de vin blanc de France. On prolonge la macération pendant une semaine sans chaleur.

Teinture d’opium d’Eckard. Prenez, opium purifié , deux onces 5 gérofle, un gros ; eau de cannelle, huit onces; alcohol, quatre onces. Faites digérer pendant six jours dans un endroit chaud ou au bain-marie. Passez ensuite la liqueur avec expression, et filtrez. Dix gouttes de cette teinture contiennent à peu près un grain d’opium. Elle a été pendant quelque temps l’ancre sacrée des partisans fanatiques de la doctrine de Brown.

x On prépare l’opium, ou les gouttes de l’abbé Rousseau, en faisant dissoudre de l’opium dans de l’eau miellée en fermentation. On laisse fermenter pendant un mois dans un lieu bien chaud, puis on filtre, et on fait évaporer une partie de la liqueur à l’air libre. Sept gouttes équivalent à un grain d’opium. Quelques praticiens emploient fréquemment cette teinture, qu’ils préfèrent aux autres préparations opiacées.

Black drops y ou gouttes noires. Prenez , opium , demi-livre ; verjus , trois pintes ; noix muscade, une once et demie; safran, demi-once. Réduisez le tout à consistance convenable au moyen de l’ébullition. Ajoutez ensuite quatre onces de sucre et deux cuillerées de levure. Placez le mélange dans un endroit chaud, près du feu, pendant six ou huit semaines, puis à l’air jusqu’à ce qu’il se convertisse en sirop ; enfin décantez et filtrez. Cette composition est très-active; quatre ou cinq gouttes représentent à peu près un grain d’opium.

Teinture d’ opium , teinture thébaïque de la pharmacopée de Londres. Prenez, opium pur, deux onces ; alcohol rectifié , deux livres. Faites digérer pendant

quatorze jours , et passez. Vingt-cinq gouttes contiennent un grain d’opium en dissolution.

Teinture d’opium ammoniac ée , ou élixir parégorique de la pharmacopée d Edimbourg. Prenez , opium , deux gros 5 safran broyé , acide benzoïque , de chaque trois gros \ huile volatile d’anis , demi-gros ; alcohol ammoniacé , seize onces. Faites digérer pendant sept jours à vaisseau clos , et fdtrez. Un gros de cette liqueur contient un grain d’opium. Elle est regardée comme un puissant antispasmodique-, on la donne aussi pour exciter la transpiration dans les maladies catarrhales, après avoir dissipé l’état d’irritation ou de phlogose par les moyens convenables. La dose est d’environ un gros. La teinture d’opium camphrée de la pharmacopée de Dublin porte aussi le nom à’ élixir parégorique. Elle est composée de deux gros de camphre , d’un gros d’opium , d’un gros d’acide benzoïque , d’un gros d’huile volatile d’anis , et de deux livres d’ alcohol. On la prescrit à la dose de cinquante à cent gouttes.

Le sirop diacode ou de pavot blanc est préparé avec la décoction ou l’infusion prolongée des capsules. C’est un doux somnifère, qu’on prescrit depuis deux gros jusqu’à une once. Dans la plupart des officines, on le remplace par une solution aqueuse d’extrait d’opium , à laquelle on donne la consistance requise à l’aide du sucre. Le sirop d’opium du Codex de Paris contient environ deux grains d’extrait par once. La dose est d’un à huit gros. Celui de la pharmacopée de Prusse est composé de vingt-cinq grains d’extrait d’opium dissous dans une once de vin de Malaga , qu’on

mêle ensuite avec vingt-quatre onces de sirop de sucre ou de réglisse. Une once de sirop contient un grain d’extrait d’opium. Enfin on peut préparer à l’instant un sirop d’opium, en mêlant, d’après la pharmacopée de Suède , seize gouttes de teinture thébaïque à une once de sirop de sucre. Toutes ces préparations ont des propriétés plus constantes que le sirop de pavot 5 mais celui-ci est plus doux et moins narcotique ; il convient mieux aux enfans.

Tous nos pharmaciens ne préparent pas de la même manière le sirop diacode. Pour quelques-uns, c’est le sirop de pavot blanc qu’ils préparent simplement avec les capsules de la plante ; pour le plus grand nombre , c’est le sirop d’opium du Codex , et alors cette préparation contient deux grains d’extrait d’opium par once 5 mais quelquefois aussi elle n’en contient qu’un grain , d’après les modifications que certains pharmaciens lui font subir. Ce désaccord dans la composition d’un médicament dont on fait un si fréquent usage est préjudiciable non-seulement aux malades, mais encore aux médecins et aux pharmaciens. Dans beaucoup de cas le simple sirop de pavot ne saurait remplacer le sirop diacode ou le sirop d’opium 5 et , dans quelques circonstances , une once de sirop diacode contenant deux grains d’opium , lorsque le médecin croit n’en prescrire qu’un grain , peut produire de graves accidens.

Le sirop de karabé est tout simplement un sirop d’opium où l’on a mêlé une certaine quantité d’esprit de succin. On le prescrit à la même dose dans les potions sédatives et antispasmodiques. Il contient environ un grain d’opium par once.

En parlant des médicamens opiacés , il est impossible de passer sous silence la thériaque d’Andromaque, composition bizarre, sans doute, par le nombre prodigieux de ses ingrédiens, mais dont l'efficacité est tellement reconnue, qu’elle figure encore dans la plupart des dispensaires. Néron , inquiet pour sa vie , avait chargé Andromaque de Crète, son médecin, de lui trouver un remède capable de résister à l’effet des poisons -, les craintes d’un tyran nous ont valu la thériaque. Nous nous garderons bien de présenter cette espèce d’électuaire comme un antidote contre les substances vénéneuses ; mais on ne saurait contester ses vertus cordiales, stomachiques et sudorifiques. Dans quelques cas , il agit , à la dose d’un à deux gros , comme un calmant, comme un somnifère très-efficace. On s’en sert contre les diarrhées rebelles , les flux dysentériques , la débilité de l’estomac , l’inappétence ; vers la fin des rhumes , des catarrhes , lorsque le sommeil est troublé par la toux, et lorsqu’on a besoin de ranimer la transpiration insensible.

Que dirons-nous d’une composition analogue qui a recule nom de Mithridcite , son inventeur, et que Pompée fit connaître à Rome, après avoir triomphé de cet implacable ennemi ? Ainsi que la thériaque , cet électuaire doit ses principales vertus à la combinaison de l’opium avec plusieurs substances toniques et excitantes-, mais il est entièrement tombé en désuétude.

Le diascordium de Fracastor, autre médicament opiacé, jouit encore de quelque estime; on l’emploie particulièrement dans les flux intestinaux avec débilité locale. Il nous a été parfaitement utile pour com-

battre un dévoiement opiniâtre qui se reproduisait sans cesse chez une dame qui avait éprouvé des accidens cholériques en i832. La diarrhée durait depuis environ six mois , et la malade , dont l’estomac ne pouvait d’ailleurs supporter aucune substance tonique , était réduite à un tel état de maigreur et de faiblesse que toute sa famille désespérait de sa guérison. Les lavemens préparés avec l’extrait de ratliania , le cachou et autres astringens , où l’on ajoutait soit de l’extrait d’opium , soit du laudanum liquide , n’étaient que d’un faible secours. D’après une consultation à laquelle avaient assisté MM. Chomel , Cayol , Dubois d’Amiens et moi , on lui donna pendant plusieurs jours de petits lavemens où entrait depuis un scrupule jusqu’à un demi-gros de diascordium. Ces lavemens répétés deux ou trois fois en vingt-quatre heures firent cesser complètement la diarrhée en moins de huit jours. La malade, ayant repris un peu de force , fut transportée à la campagne , et deux mois après elle était parfaitement rétablie.

Poudre de Dover. En Angleterre et dans le Nord, on fait un fréquent usage de cette poudre , qui est un mélange d’opium, d’ipécacuanha, de nitre et de sulfate de potasse. Mais les doses et les ingrédiens varient dans les différentes pharmacopées qui ont recueilli cette composition. Dans les pharmacopées d’Edimbourg , de Londres , de Suède et de Russie , on supprime le nitrate de potasse. Du reste, comme cette poudre s’altère en vieillissant, il vaut mieux la préparer au moment où l’on veut en faire usage. Prenez, opium, ipécacuanha, de chaque deux grains; sulfate de potasse, nitrate de potasse, de chaque huit grains. Mêlez

exactement , pour une ou deux doses à prendre le matin à jeun. Cette poudre est un sudorifique très-efficace dans les maladies goutteuses et rhumatiques , dans quelques affections catarrhales. D’après l’intensité des symptômes et la constitution du malade, on peut élever les doses de l’opium et de l’ipécacuanha jusqu’à quatre , cinq et six grains. Il faut s’abstenir de boire immédiatement après avoir pris cette poudre, pour ne pas provoquer le vomissement. Après une heure d’intervalle , on fait usage de quelque boisson délayante , comme une infusion de thé , de fleur de tilleul, de feuilles d’oranger ou de sauge. On s’enveloppe de flanelle, et on se tient chaudement dans le lit. Si l’on supporte aisément les sueurs, il est bon de les entretenir pendant plusieurs heures 5 après quoi on s’essuie le corps et on se couvre de flanelle sèche. Lorsqu’on prend la poudre de Dover, il est nécessaire de garder la chambre et d’éviter avec beaucoup de soin de s’exposer au froid. Si elle produit des sueurs abondantes sans causer un grand échauffement ni d’autres symptômes fâcheux, on en continue l’usage à des doses modérées, et on tient le ventre libre. Au reste, cette méthode est contre-indiquée par une chaleur brûlante, une grande soif, une anxiété vive, par la fréquence et la dureté du pouls, la céphalalgie, le délire imminent.

On remplace la poudre de Dover par un mélange de trente à quarante gouttes de laudanum liquide , et de quarante à cinquante gouttes de teinture d’ipécacuanha ou de vin stibié, qu’on donne sous la forme de julep, avec une once d’eau de rose et deux gros de sucre. Ces remèdes sont utiles aux personnes affectées de douleurs rhumatismales , de catarrhes habituels , et chez qui la

transpiration se supprime facilement. Par leur usage méthodique , on obtient une distribution plus régulière des forces sur l'organe de la peau , dont ils réveillent l’énergie et l’activité.

Enfin nous mentionnerons en passant les pilules de cynoglosse , préparation assez estimée de quelques praticiens, mais dont il faudrait supprimer les ingrédiens inutiles en n’y laissant que l’opium et les semences de jusquiame. On les donne à la dose de quatre , six et huit grains , pour calmer la toux et les irritations pectorales.

Emploi des sels de morphine. Le docteur Magendie a proposé de remplacer le sirop de pavot , le sirop diacode par la préparation suivante :

Sirop de morphine. Prenez, sirop de sucre parfaitement clarifié , une livre; acétate de morphine, quatre grains. Ce sirop est maintenant employé par beaucoup de praticiens comme un calmant très-efficace , à la dose d’une à deux onces. Le sirop de sulfate de morphine se prépare dans les mêmes proportions , et se prescrit aux mêmes doses.

Gouttes calmantes. Prenez, acétate de morphine, seize grains-, eau distillée, une once; ajoutez trois ou quatre gouttes d’acide acétique , et un gros d’alcohol , afin de maintenir le sel dissous. On peut employer le sulfate de morphine au lieu de l’acétate. La dose de ces gouttes est de six à vingt-quatre.

D’ailleurs l’acétate et le sulfate de morphine s’emploient en pilules ou bien dans les potions, dans les juleps, depuis un huitième de grain jusqu’à un grain. Le docteur Magendie a reconnu que ces sels jouis-

sent de tous les avantages qu’on désire trouver dans l’opium , sans en avoir les inconvéniens. Il a donné avec succès l’acétate de morphine à une demoiselle atteinte d’un anévrisme de l’aorte pectorale. La malade, ayant épuisé tous les secours de la médecine et toutes les recettes du charlatanisme, a trouvé enfin dans cette nouvelle préparation , administrée à la dose d’un quart de grain à un demi-grain par jour, un remède ellicace contre les insomnies continuelles et les vives douleurs qui la tourmentaient depuis long-temps. Chez une dame portant un cancer au sein , le même sel , donné à la dose d’un quart de grain , a singulièrement diminué les douleurs lancinantes dont cet organe était le siège.

D’autres praticiens ont constaté par de nouveaux faits la vertu éminemment calmante de l’acétate de morphine. D’après l’observation de M. le docteur De Lens, il a constamment diminué l’extrême susceptibilité nerveuse d’une malade qui en a fait un long usage. Les nuits sont devenues plus calmes , les jours moins agités ; il n’y a jamais eu ni céphalalgie, ni assoupissement profond, ni constipation; et l’on n’a pas vu non plus se développer cet enduit de la langue que produit ordinairement l’usage des médicamens opiacés. Une autre dame atteinte d’une angine de poitrine, maladie fort rare chez les femmes, a été d’abord , et pour ainsi dire subitement, délivrée de ses douleurs, mais cette amélioration ne s’est point soutenue.

Une femme affectée d’unsquirrhe éprouvait des douleurs violentes qui l’empêchaient de goûter les douceurs du sommeil. M. le docteur Vincent Duval lui avait plusieurs fois administré , àChaillot, l’extrait gom-

meux d’opium, à la dose d’un à deux grains, sans pouvoir lui procurer le moindre soulagement. L’acétate de morphine, donné à la dose d’un demi-grain, apaisa chaque fois ses souffrances et la fit reposer pendant quatre ou cinq heures. L’opium causait des rêvasseries et de l’oppression à une dame phthisique au dernier degré. M. Duval est parvenu à la calmer et à lui procurer plusieurs heures de sommeil pendant un mois , en lui faisant prendre tous les soirs un demi-grain d’acétate de morphine. Une jeune fille atteinte d’une petite vérole confluente avait passé neuf jours sans dormir. Le même médecin lui donna le soir un julep anodin avec un grain d’extrait d’opium : point de sommeil, agitation, mouvemens spasmodiques. Le lendemain, un grain et demi d’opium produit les mêmes effets. M. Duval prescrit le jour suivant , à huit heures du soir, un demi-grain d’acétate de morphine, et, une heure après, la malade s’endort pour ne se réveiller que le lendemain à onze heures du matin. Dès ce moment, la fièvre, l’agitation, les spasmes cessent, et la convalescence marche rapidement.

Dans certains cas , il est indispensable d’élever les doses des sels de morphine , si l’on veut en obtenir un effet prompt et efficace. Un demi-grain, un quart de grain , et même des doses plus faibles , peuvent calmer une irritation légère, mais ne sauraient réprimer des douleurs violentes, un état d’exaltation extrême. M. le docteur Charles Prost a donné progressivement jusqu’à quatre grains d’acétate de morphine, en une seule dose, pour apaiser un délire maniaque et rappeler le sommeil.

PHYTOGRAPHJE

M. le docteur Bally, qui a fait à l'hôpital de la Pitié de nombreuses expériences sur l’acétate de morphine, en a particulièrement obtenu d’heureux effets dans les diarrhées chroniques. Parmi les faits dont il a rendu compte dans une des dernières séances de l’Académie de médecine , il en est un qui a surtout fixé notre attention. Un homme âgé de soixante ans, d’une constitution pléthorique et sanguine, avait éprouvé subitement une attaque d’apoplexie, suivie immédiatement d’hémiplégie du côté gauche. Le mouvement , deux mois après , commença à se rétablir 5 le malade marcha , et finit par n’avoir plus qu’un peu de gêne dans la progression. Il resta douze ans dans cet état, pendant lesquels le bras s’atrophia. Enfin la faculté de se mouvoir diminua progressivement , et lorsqu’il se décida à entrer à l’hôpital , il avait un air d’idiotisme , parlait peu, articulait assez mal, et se tenait toujours couché sur le côté gauche. On pratiqua quelques saignées, qui ne produisirent aucun effet. On eut recours aux bains tièdes, à l’application de la glace sur la tête, et en même temps à l’acétate de morphine, administré d’abord à la dose d’un quart de grain matin et soir, et peu à peu à un grain trois quarts. Des symptômes fâcheux signalèrent les mauvais effets de la médication. L’insomnie, le délire , la céphalalgie, le désir de fuir, les efforts pour s’échapper de son lit, annoncèrent un danger pressant. Il fallut se hâter de suspendre le traitement, et revenir à la saignée. Le lendemain, tous les symptômes nouveaux étaient dissipés. Ce dernier résultat démontrait suffisamment que la médication était la cause réelle des accidens.

Lorsque l’état du tube intestinal 11e permet pas l’usage intérieur de l’acétate de morphine , ou que cette substance administrée par cette voie ne produit aucun effet remarquable , on a recours à la méthode endermique. Des faits nombreux ont constaté les avantages de ce nouveau procédé. Nous croyons que les observations suivantes méritent de fixer l’attention des praticiens.

Le docteur Gaspard Cerioli , de Crémone , fut appelé pour donner des soins à une dame affectée de tétanos à la suite d’une blessure au front , au-dessus du sourcil droit. On employa d’abord la saignée , les bains tièdes prolongés ; on appliqua des caïmans sur le cou et les articulations de la mâchoire -, on administra l’acétate de morphine à l’intérieur et des lavemens purgatifs. Tous ces moyens n’avaient produit aucune amélioration, et la maladie faisait des progrès sensibles. La saignée réitérée et l’ipécacuanha pris comme sudorifique aggravèrent encore les accidens. On appliqua enfin un vésicatoire à la nuque, on enleva l’épiderme de la vésicule, et on recouvrit la plaie avec un linge enduit d’onguent d’althæa, qu’on saupoudra d’un quart de grain d’acétate de morphine. La meme application fut répétée dans la journée, et l’effet en fut si remarquable, que, quelques heures après , les spasmes cloniques s’affaiblirent, les mouvemens de la mâchoire devinrent un peu libres, les contractions des traits de la face s’effacèrent, les douleurs du cou et du dos diminuèrent sensiblement, et la malade eut un sommeil tranquille , quoique interrompu. On continua le lendemain l’usage de ce médicament , à la dose d’un tiers de grain , deux

fois par jour, et le mieux fit des progrès tellement rapides , que, quinze jours après, la malade était parfaitement guérie.

Le même médecin rapporte l’histoire d’une dame affectée de névralgie maxillaire rémittente, qui avait résisté aux saignées locales et générales , aux topiques de toute espèce , aux antispasmodiques, à lajusquiame , à la laitue vireuse, à la valériane, au sulfate de quinine, etc., et qui céda à l’application extérieure de l’acétate de morphine. On l’employa d’abord à la dose d’un quart de grain, puis à celle d’un tiers de grain, et les accidens se dissipèrent promptement.

Le docteur Bonnet a guéri par le même moyen une demoiselle de vingt-cinq ans, atteinte depuis environ huit mois d’une névralgie faciale se reproduisant à des intervalles variables avec des souffrances inouïes. Une compresse de plusieurs doubles , de la forme et de la grandeur d’une pièce de dix sous , fut trempée dans de l’ammoni aque caustique , et appliquée su r la tem pe douloureuse. Au bout de trois minutes on put enlever l’épiderme. Alors on saupoudra la plaie avec un demi-grain d’acétate de morphine en poudre, et en moins de cinq minutes, la douleur ayant disparu complètement, la malade passa d’un état de désespoir à une satisfaction inexprimable.

On a également dompté , par l’acétate de morphine employé à l’extérieur, des névralgies sciatiques et lombaires ^ mais on a remarqué que lorsque le tube digestif était surexcité, lorsqu’il y avait gastro-entérite, ce médicament, bien qu’il ne fût appliqué que sur la peau , augmentait l’i rritation des membranes digestives.

Au reste, les jeunes praticiens ne doivent pas oublier que l’acétate et le sulfate de morphine sont des poisons très-actifs ; qu’il faut les manier avec prudence , et surtout ne les administrer, même à l’extérieur, que d’après des indications bien précises, d’autant mieux que l’habitude n’en affaiblit pas beaucoup l’énergie. Nous observerons aussi qu’il est peu probable que ces médicamens puissent remplacer, dans toutes les circonstances, les autres préparations opiacées.

M. Barbier, d’Amiens, a soumis la codéine à des essais cliniques qui Font convaincu de l’effet vraiment sédatif de ce nouveau principe de l’opium. Une femme tourmentée depuis environ deux mois d’anxiétés épigastriques , de douleurs gastro-spinales , arriva à l’Hôtel-Dieu d’Amiens dans un état d’accablement , avec plaintes , soupirs, pouls petit , irrégulier, vomissemens. La codéine la soulagea instantanément et rétablit sa santé en trois jours. Ce médecin a comparé les effets de la codéine et de la morphine employées intérieurement; voici les résultats qu’il a obtenus.

La codéine , administrée de cette manière , produit des sensations agréables ; elle fait habituellement naître une douce chaleur qui se répand dans l’épigastre , dans la poitrine, dans l’abdomen, et amène le sommeil après avoir calmé les malades. Ce sommeil a un caractère qui lui est propre , et qui diffère beaucoup de celui que provoquent la morphine et ses sels. Réveillés au milieu de leur sommeil , les malades qui ont pris la codéine ont l’encéphale parfaitement libre; ils sont gais , causeurs ; leur figure est ouverte et rosée. Au contraire, les personnes qui sont sous l’influence de la

morphine ont la tête lourde , les paupières pesantes , une certaine pâleur. Elles se plaignent d’engourdissement , de vertiges , d’accablement.

Outre la morphine et la codéine , l’opium offre dans sa composition beaucoup d’autres principes qui doivent nécessairement modifier ses propriétés générales; et, quelque précieuses que soient les nouvelles découvertes de la chimie , il ne faut pas trop se hâter d’abandonner des remèdes dont l’expérience atteste encore chaque jour les nombreux avantages (i).

Dans les prescriptions magistrales, on combine l’opium avec une foule de corps médicamenteux , suivant les indications thérapeutiques qu’on se propose de remplir. Ainsi on l’associe aux substances gommeuses et adoucissantes , aux évacuans , aux astringens , aux

(1) Depuis peu, l’acétate de morphine a causé un si grand effroi dans le monde , qu’on s’est empressé de multiplier les expériences sur divers animaux , dans le but de découvrir les traces de ce poison végétal , soit dans les voies alimentaires avant son absorption , soit dans le sang après qu’il a été absorbé. D’après les recherches de MM. Dupuy, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort, Déguisé fils et Leuret, l’acétate de morphine ne détermine aucune altération visible dans les tuniques digestives des chiens et des chats. On a retrouvé plusieurs fois le poison dans l’estomac , mais pas encore dans les intestins. Les expériences chimiques qu’on a faites sur le sang ont été infructueuses ; on n’a pu retrouver dans ce liquide la moindre trace du poison absorbé. Le professeur Barthélemy a injecté dans la veine jugulaire d’un cheval une solution de trente grains d’acétate de morphine. Cinq quarts d’heure après cette opération , et lorsque l’animal était sous l’influence du poison , il a tiré de la jugulaire opposée environ un litre de sang. Ce fluide , analysé par M. Lassaigne , préparateur du cours de chimie à l’École vétérinaire , n’a offert aucune trace d’acétate de morphine.

toniques, aux excitans, aux antispasmodiques, aux plantes vireuses , afin de changer ou de modifier leur action réciproque. Il n’est pas toujours facile d’expliquer d’une manière satisfaisante les heureux effets de ces mélanges , de ces combinaisons ; mais on ne saurait les révoquer en doute lorsqu’ils sont garantis par l’observation clinique , par des expériences répétées.

Poudre sédative. Prenez, opium purifié, deux grains ; sucre , vingt-quatre grains. Triturez exactement , et divisez en quatre ou six prises. On en donne une de deux en deux heures , ou à des intervalles plus rapprochés.

Poudre parégorique de ogler. Prenez , sucre blanc, amidon, de chaque, deux gros-, opium cru, quatre grains. Mêlez et triturez avec soin. On l’administre , mêlée avec un peu de lait , à la dose de huit , dix ou quinze grains, plusieurs fois par jour, dans les diarrhées invétérées, les flux dysentériques rebelles. Il est quelquefois utile d’ajouter à chaque prise un demigrain ou un grain d’ipécacuanha.

Pilules antihystériques de l’hôpital Saint - Antoine. Prenez, extrait d’opium, extrait de valériane , musc, de chaque, vingt-quatre grains.

Pilules calmantes du professeur Récamier. Prenez , extrait d’opium , oxyde d’antimoine hydro-sulfuré rouge , de chaque , deux grains -, nitrate de potasse , quatre grains. On les emploie à l’Hôtel-Dieu, dans les affections rhumatismales , pour diminuer les douleurs et provoquer en même temps une diaphorèse salutaire. On trouve dans ce composé quelque analogie avec la poudre de Dover. (Ratier , Formulaire des hôpitaux civils de Paris.)

Ci to

Pilules antispasmodiques du professeur Dumas . Prenez , assa-fœtida , deux gros ; castoréum , camphre , de chaque, un gros 5 opium gommeux, vingt grains. Faites des pilules de quatre grains chacune , avec suffisante quantité de mucilage. On en prend deux ou trois matin et soir.

Prenez , castoréum , un gros ; opium gommeux , demi-gros^ extrait de jusquiame, vingt grains; sirop de Stœchas , suffisante quantité pour former des pilules de trois grains. On donne d’abord une pilule matin et soir. Le troisième jour on augmente d’une pilule, et six jours après on porte la dose à trois pilules pour chaque prise. ( Consultations et observations de médecine de feu Ch. L. Dumas, publiées parle docteur Rouzet.)

PotioTi calmante. Prenez , eau distillée de laitue , trois, onces ; eau de fleur d’orange , sirop diacode , de chaque , une once ; laudanum de Rousseau , dix gouttes. On prescrit cette potion par cuillerées , pour apaiser des irritations nerveuses, pour dissiper les spasmes de la matrice qui s’opposent à l’écoulement périodique. Elle soulage presque instantanément les femmes très-irritables chez qui la menstruation est difficile ou accompagnée de vives souffrances. On augmente les doses du laudanum dans les maladies où la douleur est extrême , où elle prédomine d’une manière pernicieuse (1). Il ne faut pas craindre alors d’élever les doses

(1) Dans certains cas, l’inflammation porte spécialement sur la sensibilité animale , et plus généralement sur l’action nerveuse. Alors elle prend une tournure particulière dans sa première origine , dans sa marche , dans ses symptômes ; elle se montre subordonnée à l’affection de la sensibilité , de telle sorte que

île l'opium; l’in fluence de ce remède sur le système nerveux est si puissamment modifié par la douleur, qu’il faut le donner d’une manière active pour qu’il devienne réellement efficace.

Potion contre les vomissemens spasmodiques . Prenez, eau de menthe, deux onces; sirop de limon, une once ; laudanum liquide de Sydenham , éther alcoholisé, de chaque, trente gouttes. Donnez-en une cuillerée à bouche toutes les heures , ou plus souvent, suivant l’urgence. Nous devons observer que, chez quelques individus, toutes les préparations d’opium excitent le vomissement au lieu de le calmer. Elles le provoquent aussi lorsqu’on les donne dans les lavemens.

c’est la douleur qui décide la série de tous ies autres phénomènes de l’inflammation , qui les tient sous sa dépendance pendant plus ou moins long-temps, et d’une manière si décisive, que , si , par des moyens appropriés , on parvient à détruire cette affection de la sensibilité , la phlegmasie s’évanouit. Il est incontestable que certaines inflammations sont heureusement traitées par les narcotiques , et notamment par l’opium. Cette circonstance est d’autant plus remarquable pour l’observateur réfléchi, qu’en général l’opium est un remède irritant qui augmente l’inflammation simple et ordinaire , ou qui, se bornant à la masquer sous un calme trompeur, la conduit rapidement à la gangrène. Tous les observateurs ont noté ces deux ordres de faits : or, deux ordres de faits si différens ne peuvent pas se rattacher à deux états morbides identiques. Celui qui cultive la médecine pour l’appliquer aux besoins de l’humanité doit chercher à connaître la source d’une contradiction si formelle. S’il est éclairé par une saine physiologie ; si , pénétré de l’importance de sa mission , il ne se laisse point arrêter par le vain reproche de s’attacher à de prétendues distinctions subtiles d’où dépend le salut des malades , reproche d’autant plus ridicule qu’il vient de la part de médecins qui mettent une haute importance à des distinctions anatomiques

Potion contre les hémorrhagies utérines avec faiblesse. Prenez, eau distillée de cannelle, cinq oncessirop de gomme arabique , une once et demie -, nitrate de potasse , vingt grains ; acide sulfurique alcoholisé, laudanum liquide , de chaque, demi-gros. La dose est d’une ou deux cuillerées , qu’on réitère de demi-heure en demi-heure, ou toutes les heures. On l’emploie aussi dans quelques autres flux sanguins , dans certains crachemens de sang qui dépendent d’une congestion passive sur l’organe pulmonaire.

Gouttes volatiles. Prenez, laudanum liquide, éther sulfurique , de chaque , un gros; esprit de corne de cerf succiné, deux gros. La dose de cette liqueur stimulante est de vingt à trente gouttes dans une demi-cuil-

qui ne peuvent que modifier secondairement le traitement ; si , dis-je , il est fort de ses intentions et ferme dans sa logique , il ne manquera pas de reconnaître que , dans le premier cas , l’inflammation porte spécialement sur la sensibilité et l’action nerveuse ; que la douleur a paru la première et persiste pendant long temps ; que les autres phénomènes de l’inflammation y sont moins marqués, disproportionnés avec la douleur sous le rapport de l’intensité ; qu’ils ne sont que les effets de cette affection ; qu’ils sont sous sa dépendance d’une manière plus ou moins absolue ; et que , dans le second cas, la douleur n’est qu’un simple phénomène de l’inflammation , qu’elle n’indique qu’une affection de la sensibilité égale à celle des autres propriétés , avec lesquelles elle conserve la plus grande harmonie; qu’il serait absurde et dangereux de la combattre d’une manière directe, et qu’on s’exposerait par là à augmenter l’inflammation , dont elle est un des résultats. Dès- lors il s’explique à lui-même comment , dans le premier cas , l’opium ne peut avoir que les plus heureux effets , tandis que , dans le second , il ne peut avoir que les suites les plus funestes, et il peut utiliser ce fait pour diriger sa pratique. (Berard , Examen de la doctrine de M. Broussais ; Revue medicale , tome 8 , page 285. )

lerée d’eau de menthe sucrée -, on la répète toutes les heures ou plus souvent dans les accès hystériques, les syncopes , les convulsions , les affections paralytiques qui ne dépendent point d’une congestion sanguine. Les gouttes volatiles conviennent dans la période avancée des fièvres ataxiques , du typhus irrégulier, pour dissiper le trouble de faction nerveuse, pour ranimer la circulation , relever les forces abattues , et provoquer une diaphorèse salutaire. On ne doit pas les employer lorsqu’il existe des signes d’inflammation viscérale , lorsque le pouls est fréquent et dur, la peau chaude, la figure animée , etc. Au reste , lorsque les excitans sont indiqués, et ils le sont assez souvent dans les fièvres typhoïdes, malgré l’opinion contraire de la nouvelle école, il ne faut pas attendre le plus haut période du mal, c’est-à-dire que l’organisme ne soit plus excitable. Il est un état de débilité profonde où rien ne saurait ranimer les fonctions vitales. Que pourrait-on espérer de l’usage des stimulans lorsque l’excitabilité est pour ainsi dire épuisée , soit par l’effet de la maladie, soit par l’abus des évacuations sanguines et de la méthode antiphlogistique ?

Mixture antifébrile du docteur P éysson. Prenez, tartre stibié , un grain. Faites dissoudre dans huit onces d’eau, ajoutez ensuite, sirop diacode, une once ; gommeadragant , un scrupule \ eau de fleur d’orange , deux gros. C’est une nouvelle combinaison que le docteur Peysson et après lui le docteur Jourdain ont employée avec succès contre les fièvres intermittentes. On l’administre de deux manières. Si le malade est fort , et ne peut se passer d’alimens solides , ce qui vaudrait mieux ,

PH Y TO GRAPHIE

on lui donne entre les aceès une cuillerée la première heure, deux la seconde, trois la troisième, et ainsi de suite jusqu’aux repas. On la suspend alors , pour la reprendre une heure et demie ou deux heures après, en recommençant par deux cuillerées, et augmentant de nouveau par degrés. Lorsqüe le malade est faible , délicat, et qu’il peut se passer d’alimens solides, on la donne , comme les autres potions , par cuillerées ; seulement , au lieu d’en augmenter graduellement la dose , on rapproche insensiblement les intervalles, de manière qu’il en prenne une cuillerée tous les quarts d’heure, ou au moins chaque demi-heure. Dans l’un et l’autre mode, on n’en cesse entièrement l’usage que pendant la violence des accès. Après leur suppression , il faut continuer pendant quelque temps le remède , pour prévenir les rechutes. Il faut qu’il ne fatigue point, que l’action en soit insensible. S’il provoquait des vomissemens ou la diarrhée, il faudrait aussitôt en diminuer la dose, soit en modifiant la composition , soit en éloignant davantage les cuillerées.

On peut remplacer le sirop diacode par l’extrait aqueux d’opium ou par le laudanum liquide , en ajoutant du sirop simple. La poudre de Dover, ou un mélange devin stibié et de teinture thébaïque, ont quelquefois produit les mêmes effets. Ces compositions dissipent les fièvres intermittentes en modifiant l’action nerveuse , en dirigeant les mouvemens vitaux du centre à la circonférence. Lorsque la fièvre se complique, et surtout lorsqu’elle dépend d’une phlegmasie viscérale, il faut préalablement combattre l’irritation inflammatoire par les émolliens, les antiphlogistiques.

Teinture antispasmodique du docteur Chrestien. Prenez , opium , demi-gros. Faites dissoudre dans quatre onces d’alcohol affaibli. On y ajoute quelquefois un demi-gros de camphre. On administre cette teinture sous la forme de frictions , pratiquées plusieurs fois par jour sur la partie interne des cuisses, et quelquefois aussi sur le bas-ventre et sur le rachis, lorsque le spasme de l’oesophage ou la susceptibilité de l’estomac ne permettent point de donner l’opium à l’intérieur. Par ce procédé , M. Chrestien a guéri des fièvres intermittentes et quelques autres affections entretenues par un état spasmodique. On emploie ordinairement pour chaque friction environ une once de teinture. Lorsqu’on frictionne les parties voisines de la tête , il faut surveiller l’effet narcotique de l’opium.

Teintures antifébriles . Prenez, opium, dix grains; camphre, demi-gros. Faites dissoudre dans cinq onces de teinture alcoholique de quinquina.

Prenez, opium, quinze grains; camphre, demi-gros ; succin, un gros; alcohol affaibli , huit onces.

Dumas (ouvrage cité) prescrit ces teintures , en friction, sur toute l’habitude du corps dans les fièvres intermittentes qui se prolongent chez les sujets faibles , nerveux et très-sensibles. On fait plusieurs fois par jour des frictions sur les extrémités supérieures et inférieures, et le long de la colonne épinière. On administre en même temps , matin et soir, un demi-lavement préparé avec une infusion de racine de valériane sauvage et de fleur de camomille romaine, où l’on fait dissoudre quelques grains de camphre et d’assa-fœtida.

Liniment sédatif. Prenez , baume tranquille ,

PHYTOGIÀAPHIE

baume de Fioraventi , de chaque, une once -, teinture thébaïque , deux à quatre gros. Mêlez , et pratiquez de temps en temps des frictions sur les parties douloureuses.

Lotion narcotique. Prenez , opium purifié , deux gros. Faites dissoudre dans nne livre d’eau. On calme les douleurs du cancer par l’application souvent répétée de compresses imbibées de cette liqueur.

Pour remplir le même but, le docteur Sainte-Marie ( Nouveau formulaire médical) fait ajouter une once d’ammoniaque ( alcali volatil ) à une livre de décoction de têtes de pavot. Avec le secours de cette fomentation , il dit avoir soulagé des douleurs atroces qu’aucun autre topique n’avait pu calmer.

CHÉLIDOINE. CHELIDON1UM.

Calice caduc , à deux folioles. Corolle à quatre pétales. Étamines nombreuses. Ovaire cylindrique , surmonté d’un stigmate bifide. Capsule allongée semblable à une silique , à une loge , à deux valves.

CHÉLIDOINE ÉCLAIRE. CHEL1DONIUM MAJUS.

Chelidonium majus. Linn. Spec. 723. DC. Fl. Fr. 4093.

Fl. Dan. t. 542.

(Planche ni.)

Sa racine, fusiforme, fibreuse, d’un jaune foncé, pousse des tiges cylindriques , rameuses , hautes d’un à deux pieds, quelquefois un peu velues. Les feuilles sont alternes , molles , découpées , ailées ou profon-

dément pinnatifides , à lobes arrondis, d’un vert foncé en dessus, d’un vert glauque en dessous. Les fleurs ont quatre pétales presque ronds , ouverts et d’une nuance jaune -, leurs pédoncules particuliers sont réunis sur les pédoncules communs en manière d’ombelle. Le fruit est une silique grêle , longue de quinze à vingt lignes , renfermant plusieurs semences arrondies , noires et luisantes.

Cette plante , qu’on désigne aussi sous le nom de grande chélidoine , abonde dans les haies, dans les lieux frais et ombragés. On la rencontre fréquemment dans les fentes des vieux murs, dans les décombres , autour des villages , où elle fleurit en juin et juillet.

Elle donne à l’analyse chimique une matière gommorésineuse jaune , nauséabonde , de l’acide malique libre, du mucilage, de l’albumine, des cilrate et phosphate de chaux, etc. Lorsqu’on brise la tige ou les feuilles , il s’en écoule aussitôt un suc jaunâtre , amer, caustique, d’une odeur vireuse. Ce suc est un poison irritant qui enflamme les tuniques digestives, et tue les chiens à la dose de deux ou trois onces. L’extrait aqueux , préparé avec la plante fraîche , jouit d’une action analogue. Si l’on était appelé pour remédier aux accidens produits par la grande chélidoine , il faudrait mettre en usage la méthode curative que nous avons plusieurs fois indiquée en traitant des poisons âcres. (Voyez la famille des Daphnoïdes, celle des Renonculaeées , etc. )

Dioscoride et Galien ont employé cette plante énergique. Parmi les modernes, Linné, Lange, et quelques autres médecins du Nord ont particulièrement

PHYTOGR APHIE

Joué sa vertu antifébrile. Le peuple de Brunswick se sert contre les fièvres intermittentes soit de la racine en poudre, soit du suc de la plante, mêlé avec le vinaigre. Des sueurs copieuses paraissent être l’effet immédiat de ce médicament. On a également conseillé la grande chélidoine contre la jaunisse , l’hydropisie ascite , les maladies vénériennes , les scropliules , la goutte, les dartres, etc. 5 mais on cherche en vain quelques observations qui garantissent son heureux emploi. Quant à son usage extérieur, personne n’ignore que la chélidoine était autrefois fort usitée dans le traitement des maladies des yeux. Le suc , étendu à la dose d’environ un gros dans deux ou trois onces d’eau fraîche ou d’eau distillée de rose , forme un collyre efficace contre l’ulcération chronique des paupières, les ophthalmies scrophuleuses , pourvu que l’inflammation soit modérée.

CHÉLIDOINE GLAUQUE. CHEUDOÎ9WM GLJVCIUM.

Chelidonium glaucium. Linjs. Spec. 724. Fi. Dan. t. 585.

— Glaucium jlavum. Crantz. Fl. Austr. 2. 141. Lapeyr.

Hist. Plant. Pyr. 1 . 295.

(Planche 112.)

Cette plante se fait remarquer par la couleur bleuâtre de sa tige et de ses feuilles , et par ses fleurs d’un jaune d’or. La tige est cylindrique, rameuse , glabre, quelquefois un peu velue vers sa partie supérieure. Les feuilles sont alternes, embrassantes, sinuées ,

pinnatifides, hérissées de poils courts, droits et écartés. Les fleurs sont grandes , solitaires , assez semblables à celles des pavots. Il leur succède des siliques longues de quatre à cinq pouces, légèrement aplaties, rudes au toucher, bivalves et biloculaires.

Elle est commune en été dans les lieux sablonneux et découverts du Roussillon ; dans les bois secs et rocailleux , à Saint-Germain , au bois de Boulogne, etc. On l’appelle vulgairement pavot cornu.

Les feuilles et les tiges^sont remplies d’un suc jaune , fétide , amer, et âcre comme celui de l’espèce précédente. On attribue en meme temps à ce suc une qualité narcotique. L’usage de la racine a été suivi de délire et d’hallucinations.

On lit dans Y Abrégé des Transactions philosophiques, que M. Charles Worth , ayant mangé d’un pâté ou l’on avait mis des racines de chélidoine glauque pour celles du chou marin ( cynocrambe maritima ) , fut subitement attaqué d’une sorte d’aliénation mentale. Ses domestiques , qui en avaient mangé comme lui , furent tous plus ou moins incommodés. Mais un effet qui leur fut commun à tous , c’est une altération de leurs sens, une illusion de leur esprit, qui leur faisait prendre pour de l’or tout ce qu’ils touchaient , et les avait , pour ainsi dire, changés en Midas.

La chélidoine à fleurs rouges ( chelidoniurn corni culatwny Linn.) passe également pour une plante suspecte. Elle a causé le délire et des convulsions. On la reconnaît à ses tiges rameuses , très-velues ; à ses feuilles sessiles , presque embrassantes , profondément pinnatifides, hérissées de poils blancs \ à ses pétales

rouges , avec une taclie violette ou noirâtre à leur onglet ^ à ses siliques droites , linéaires , longues de quatre ou cinq pouces. On distingue une variété dont la tige et les feuilles sont glabres. Cette plante croît dans les champs , parmi les moissons ; on la trouve dans les provinces méridionales de la France.

Toutes les chéhdoines sont plus ou moins imprégnées d’un principe âcre , virulent. On a depuis longtemps renoncé à l’usage intérieur de ces plantes; mais on peut les employer extérieurement avec quelque utilité. Un de nos zélés correspondans , M. le docteur Dupont , nous écrit qu’il a guéri une dartre rongeante en la bassinant plusieurs fois par jour, d’abord avec une forte décoction de grande chélidoine , et ensuite avec le suc de la même plante étendu dans une infusion de fleurs de sureau. On appliquait en même temps sur la partie ulcérée des compresses imbibées de ce liquide. Le premier effet, de ces applications fut de calmer un horrible prurit que le malade éprouvait aux bords de la dartre.

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