ARMOISE COMMUNE. ART EMIS IA VELGARIS
Artemisia vulgaris. Linn. Spec. 1188. CC. Fl. Fr. 1188.
Balb. Fl. Lyon. 1. 382.
Cette espèce a des tiges hautes d’environ trois pieds, cylindriques, cannelées, glabres, quelquefois un peu velues et rougeâtres. Ses feuilles sont pinnatifides et incisées , vertes en-dessus , blanchâtres et tomenteuses en-dessous. Les fleurs sont rougeâtres et disposées en petits épis latéraux qui naissent dans les aisselles des feuilles supérieures , et qui tous ensemble forment de longues grappes terminales.
On la rencontre dans les lieux inclûtes , dans les décombres, au bord des chemins. Lorsqu’on froisse les feuilles entre les doigts , elles exhalent une odeur forte et aromatique. M. Rraconnot en a obtenu une matière amère animalisée et une huile odorante.
Les anciens, Hippocrate, Galien et Dioscoride avaient attribué à l’armoise une action emménagogue puissante. Les modernes lui ont aussi reconnu une propriété excitante , et beaucoup de médecins y ont encore recours lorsque la menstruation est irrégulière, difficile ou supprimée. Mais nous devons observer que son usage ne peut être utile qu’autant que cet état est entretenu par l’inertie de l’utérus ou par une faiblesse générale. L’armoise agit alors à la manière des substances aromatiques, de la camomille, de la matricaire, de 1 absinthe et antres végétaux stimulans auxquels on 1 associe même afin d’augmenter son action médicamenteuse. Il m’est souvent arrivé de la donner
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ou infusion avec le safran, et j’ai eu à me louer de ce mélangé. On fait infuser une pincée d’armoise et un scrupule de safran dans deux tasses d’eau bouillante, et on donne le matin à jeun cette boisson édulcorée avec du sucre, après avoir fait prendre à la malade un pédiluve simple. On continue ce remède pendant cinq ou six jours, et on le suspend pour le reprendre à l’époque présumée de la menstruation.
Mais l’aménorrhée, suite d’une débilité organique, est beaucoup moins fréquente qu’on ne pense; elle est bien plus souvent le résultat d’une congestion sanguine, d’une irritation plus ou moins vive, soit de l’utérus, soit des organes voisins; et alors les véritables emménagogues sont les antiphlogistiques , les saignées générales ou locales pratiquées avec mesure, les bains et une diète en harmonie avec cet état d’irritation.
Une maladie d’une solution autrement difficile , l’épilepsie , a été combattue avec quelque succès , en Allemagne, par l’usage de la racine d’armoise. C’est au docteur Burdach , de Triebel , près de Sorau , qu’on doit cette découverte. Comme nous manquons de méthodes rationnelles pour triompher d’une affection aussi grave, nous ne saurions dédaigner un moyen empirique dont l’expérience a constaté les effets salutaires. M. Burdach recommande de récolter 1 armoise en automne , de la faire sécher à l’ombre et de ne la pulvériser qu’au moment de s’en servir. Environ une demi-heure avant l’accès, lorsqu’il jieut le prévoir, il donne à un adulte une cuillerée à café (environ un gros) de cette poudre dans un peu de bière chaude.
Le malade se met au lit , se couvre bien , et boit de la bière légère, très-chaude. La sueur ne tarde pas à s’établir, et le malade sort du lit quand elle cesse de couler.
Le docteur Burdach assure que la première dose procure déjà du soulagement et qu’elle sullit même quelquefois pour opérer une cure radicale. Il faut mettre un jour d’intervalle entre les doses. Des expériences ont été faites à l’institut polyclinique de Berlin, sur dix épileptiques ; trois furent guéris plus ou moins promptement; trois furent soulagés, puisque les accès devinrent plus éloignés et plus faibles ; chez les quatre autres on n’observa aucun effet.
Une femme de quarante-un ans, ayant fait plusieurs campagnes avec son mari, qui était soldat, devint hystérique à la paix , lorsqu’elle fut réduite à un genre de vie sédentaire. Deux avortemens , des chagrins , des inquiétudes, et des désordres de la menstruation, vinrent encore aggraver cet état. Les accès hystériques parurent d’abord avec les symptômes ordinaires, hémicrânie, vomissement, coliques, globe hystérique, évanouissemens , etc. Mais depuis six mois , il s’y était joint des convulsions très-analogues à celles de l’épilepsie , à cette différence près qu’il n’y avait point d’état soporeux. Comme chacun de ces accès était amené par un sentiment de malaise et d’agitation , on fit prendre de la racine d’armoise, le 16 avril, à onze heures du soir, au moment où les prodromes d’un accès se déclarèrent. U s’établit dans la nuit une sueur abondante qui dura jusqu’au matin. La malade ne dormit pas une minute ; elle changea de linge le matin et
se sentit fort soulagée. Cependant, le 17 avril, vers deux heures après midi , elle eut tout à coup un accès d’épilepsie, auquel en succéda un second tout aussi violent, une heure après; la malade tomba ensuite dans un sommeil profond qui dura jusqu’au lendemain matin. Soixante-douze heures après la prise de la première dose, on en donna une seconde , aussi dans de la bière chaude. Bientôt il s’établit une sueur générale , abondante et fétide , et le matin , un flux d’urine colorée en jaune, mais non sédimenteuse. La malade se trouva soulagée , et au mois de mai suivant, il n’avait pas encore reparu d’accès. Le 6 mai, elle sortit de l’hôpital. Depuis deux ans, elle jouit d’une santé parfaite et n’ajamais ressenti d’attaque d’épilepsie.
Une fille de dix-sept ans , épileptique depuis cinq, par suite de mauvais traitemens et de coups reçus sur la tète, avait tous les jours un accès qui paraissait régulièrement à la même heure. Une seule dose d’armoise, qui fut suivie d’une sueur légère , suffit pour la guérir.
Une fille de dix-huit ans était atteinte, depuis deux ans, d’une épilepsie qui s’aggravait sans cesse, de manière qu’on comptait souvent douze accès par jour. Après que la malade eut pris trois doses d’armoise , le nombre des accès se trouva réduit à deux par jour, de courte durée. La malade n’a pas été suivie plus longtemps.
Un homme devingt-neuf ans , atteint , depuis quatre ans, d’une épilepsie périodique, occasionée par une chute dans l’eau, fut radicalement guéri par deux doses d’armoise.
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Un homme de trente-six ans, un peu idiot, éprouvait , depuis son enfance , deux accès au moins d’épilepsie par semaine. Trois doses d’armoise sullirent pour éloigner tellement les accès, qu’il n’en eut plus qu’un seul par mois. Depuis lors, une forte dose, prise par mois, supprima ce dernier accès lui-même.
Une fille de seize ans fut atteinte d’épilepsie, sans cause connue , à l’époque de la puberté. Elle avait ordinairement un accès toutes les quarante-huit heures. Une seule dose d’armoise la guérit radicalement. ( Journal der praktirchen lieiskuncLe , avril i8a4-)
De nouveaux faits, recueillis depuis cette époque par’ M. 13urdach , sont venus confirmer l’efficacité de la racine d’armoise contre l’épilepsie. Ce médecin a observé une différence surprenante entre le nombre des guérisons qui ont eu lieu dans le canton qu’il habite, et celui des succès obtenus dans d’autres endroits. En effet dans son pays, sur vingt malades, deux seulement n’ont pas éprouvé de soulagement notable après l’usage de la racine d’armoise, tandis qu’ailleurs la proportion a été inverse ; ce qu’il attribue à une mauvaise préparation du médicament , lequel n’a pu déterminer cette sueur abondante qui suit constamment son usage. M. Burdach pense que le pronostic et le traitement de l’épilepsie doivent reposer non sur la cause présumable ou sur le siège hypothétique de cette maladie , mais sur la considération de ses intermissions ou de sa périodicité. Ainsi, il est une espèce d’épilepsie dont les accès reviennent tous les jours une et même plusieurs fois; c’est celle que la racine d’armoise combat avec le plus de succès, et cela d’autant mieux que les convul-
sions sont plus violentes, et que les accès sont assez rapprochés pour que le malade n’ait pas le temps de revenir complètement à lui dans leurs intervalles. M. Burdach ne connaît pas de cas de ce genre dans lequel l’armoise n’ait pas parfaitement réussi.
Une autre espèce d’épilepsie, caractérisée par le retour quotidien de deux accès , un le matin et un autre le soir, se montre surtout chez les enfans de cinq h quinze ans. Les attaques sont peu intenses et s’annoncent par des tiraillemens dans les pieds ; le paroxisme présente les symptômes des affections vermineuses , et les anthelmintiques demeurent sans effet. Cette forme réclame l’emploi de la racine d’armoise , qui ne tarde pas à être suivi d’une diminution dans la violence et dans la durée des attaques , puis de leur cessation complète : on doit après celle-ci continuer eucore le traitement pendant quelques semaines , d’autant que l’armoise ne provoque pas une transpiration aussi forte que dans le cas précédent. La dose de ce médicament peutêtre portée très-haut chez les jeunes gens qui n’ont pas encore atteint leur quinzième année. Les bains tièdes légèrement aromatisés contribuent à la guérison.
Une troisième espèce , ou l’épilepsie nocturne, est caractérisée par le retour irrégulier des attaques tous les dix ou quinze jours, et ordinairement après minuit; celles-ci sont annoncées le jour auparavant par une susceptibilité très-grande , par l’abattement, ou, chez quelques sujets , par une grande activité morale , interrompue par Un besoin passager de dormir, survenant à desheures où le malade n’en a pas l’habitude. Ce dernier ne remarque pas ordinairement les prodromes dont
il ignore en outre la valeur ; d’autres fois il la connaît et tombe dans le désespoir. Cette forme, qui s’observe le plus souvent chez les jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans , est plus aggravée , très-momentanément il est vrai , qu’améliorée par la racine d’armoise. Une autre espèce d’épilepsie , que ce médicament modifie à peine , est celle qu’on observe chez les hommes, et dont les attaques très-violentes reviennent toutes les six ou huit semaines , se suivent à courts intervalles pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures, et sont accompagnées d’une très-forte transpiration.
Les enfans à la mamelle suppqrtent très-bien la racine d’armoise ; on ne doit pas être trop réservé à leur égard pour les doses de ce médicament, qui combat avec avantage chez eux toutes les affections spasmodiques plus ou moins semblables à l’épilepsie. M. Burdach assure que dans ces cas l’armoise est réellement un spécifique. Lorsque la vie du malade est en danger, il y joint le musc ou d’autres moyens; hors cette circonstance, la racine d’armoise suffit et réussit seule, lors même qu’il existe quelques signes de diathèse inflammatoire.
Il a obtenu de très-bons effets de ce remède chez les jeunes filles de douze à quinze ans atteintes d’accidens épileptiformes qui dépendaient des efforts de la nature pour établir la menstruation. Il avoue néanmoins qu’il n’a pas été aussi heureux chez les femmes plus âgées, lorsque les accidens épileptiqnes, compliqués d’ailleurs d’aménorrhée et datant souvent de la même époque que celle-ci , étaient survenus après la première menstruation.
M. le docteur Schoenbeck a employé également avec
succès la même racine, à la dose de deux à quatre gros , peu de temps avant ou immédiatement après l’accès. Un épileptique a été guéri ; et l’état de six autres a été assez amélioré pour n’avoir plus que des accès rares , réduits d’ailleurs à des évanouissemens courts et passagers.