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PHYTOGRAPHIK
giques. Les fleurs et la racine exhalent une odeur vive , aromatique ; leur saveur est âcre et amère. D’après l’examen chimique de MM. Chevallier et Lassaigne, les fleurs contiennent une résine ayant l’odeur de l’arnica ; une matière amère nauséabonde , ressemblant à la matière vomitive du cytise-, de l’acide gallique; une matière colorante jaune; de l’albumine; delà gomme et divers sels. (Journal de pharmacie , juin 1819.)
Un soldat de la garde royale, tourmenté de palpitations de cœur et d’une agitation convulsive du bras droit , fut mis l’usage d’une décoction de fleurs d’arnica. Le premier verre provoqua des nausées, et bientôt après une sorte de frémissement général, avec des tiraillemens qui se prolongeaient dans les membres jusqu’à l’extrémité des doigts. Ces phénomènes étaient accompagnés d’une sorte de sensation que le malade ne pouvait exprimer ; les jambes exécutaient aussi des mouvemens involontaires. La poitrine rie se soulevait qu’avec peine ; les muscles de cette cavité étaient dans un état de contraction fixe qui s’opposait à l’exercice des mouvemens mécaniques de la respiration. (Barbier, Traité de Mat. méd .)
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Les médecins qui se sont anciennement occupés de cette plante la regardaient comme un spécifique contre les contusions , les meurtrissures provenant de chutes graves. Ils avaient remarqué que la décoction des fleurs, prise intérieurement , occasionait des douleurs vives dans les parties contuses, des anxiétés, des nausées, des hémorrhagies , des déjections sanguinolentes , et
lît
quelquefois le délire. (Schut, De vinbiis arnicce.) Nous ne contestons point les effets salutaires de l’arnica dans quelques affections de l'encéphale à la suite de chutes violentes 5 mais il faut savoir en restreindre l’usage, et surtout s’en abstenir lorsque la dureté du pouls, la chaleur fébrile, l’irritation prononcée de quelques viscères annoncent un état de congestion , une phlogose imminente.
L’impression vive et prompte que cette plante exerce sur l’appareil nerveux a sans doute déterminé quelques praticiens à la prescrire dans le traitement de la paralysie. D’après les observations deM. Collin, elle a dissipé des tremblemens , des convulsions, des affections paralytiques et autres accidens nerveux. Sousl’influence de ce puissant remède , les malades éprouvaient des douleurs dans les yeux , une sorte de fourmillement dans les membres , des tiraillemens , une chaleur vive , qui étaient presque toujours d’un heureux présage. Observons néanmoins que l’usage de l’arnica n’est point admissible dans les cas d’irritation ou de congestion sanguine de l’encéphale ; or, la paralysie offre très-souvent ce caractère chez les vieillards d’un fort tempérament. Ce n’est qu’après avoir remédié à la cause primitive par des saignées générales et locales qu’on peut avoir recours à cette plante héroïque.
M. Théodore Marlell , négociant , âgé de soixantehuit ans, d’une constitution forte, d’un tempérament lymphatico-sanguin , devint hémiplégique du côté gauche à la suite d’une attaque d’apoplexie. Des évacuations sanguines suivies d’un éméto-cathartique, de l’application successive de plusieurs vésicatoires , etc. ,
avaient débarrassé la tête ; mais les mouvemens involontaires des membres étaient entièrement abolis. Cet état durait depuis plusieurs semaines, et M. le professeur Boyer, qui , dans les premiers jours de l’attaque , avait vu le malade avec moi , avait porté un pronostic défavorable. Peu satisfait des remèdes employés jusqu’alors, je prescrivis à M. Martell une décoction de fleurs d’arnica légèrement sucrée. On lui en donnait trois onces toutes les quatre heures , et on ajoutait à chaque dose deux cuillerées d’une forte infusion des mêmes fleurs. L’usage de ce remède fut constamment suivi de nausées et d’un sentiment d’ardeur à l’épigastre, que quelques cuillerées d’une potion éthérée faisaient promptement disparaître. On continua l’arnica pendant trois semaines, sans en obtenir un amendement sensible; cependant on remarqua peu à peu plus de chaleur dans les membres paralysés. Le malade éprouvait de temps en temps des contractions spasmodiques : d’abord il put remuer faiblement les orteils; ensuite la sensibilité et le mouvement se rétablirent d’une manière progressive dans toute l’étendue des parties affectées. Au bout d’environ trois mois , M. Martell put se promener seul dans sa chambre ; et, peu de temps après , il fut en état de reprendre le cours de ses affaires. Cette observation et quelques autres faits analogues démontrent la puissance médicatrice de l’arnica contre la paralysie , dont la cause réside spécialement dans une atonie nerveuse.
D’après le témoignage de Collin, l’arnica a dissipé des fièvres intermittentes d’une nature grave. Aaskow, Deiman, Voltelen ont également constaté son
action fébrifuge. Stoll a combattu (les fièvres quartes à l’aide d’un électuaire préparé avec les fleurs d’arnica et le sirop d’écorce d’orange ; il en donnait gros comme une muscade quatre fois par jour. Cette dose excitait une cardialgie supportable ; mais les malades qui en prenaient davantage éprouvaient bientôt après des douleurs violentes d’estomac , des sueurs visqueuses , froides, avec un pouls grand, plein et très-lent. Toutefois l’opium calmait la cardialgie d’une manière aussi sûre que prompte. D’après l’observation de Stoll , ceux qui souffraient davantage do l’estomac étaient beaucoup plus tôt guéris. Qui largiores florum doses absumebant, ventriculo grciviùs dolebant, sed multo citius sanabantur exfebre. (Rat. med. , pars tertia.) M. le docteur Double a employé avec succès la décoction des fleurs , seule ou légèrement rougie avec du vin, chez deux individus pauvres et attaqués d’une fièvre tierce. Us présentaient, dans le principe, de légers symptômes de complication gastrique , qui devenaient surtout sensibles dès l’invasion de l’accès. Après avoir fait usage, l’un pendant neuf jours, l’autre pendant onze , de la décoction d’arnica , la fièvre a disparu , aussi bien que les symptômes de gastricité. (Journal général de médecine, tome .)
Stoll a beaucoup contribué à répandre l’usage de l’arnica dans le traitement des affections typhoïdes , et personne n’ignore combien les sectateurs de Brown ont abusé de ce médicament énergique. L’illustre médecin de Vienne l’administrait dans les fièvres putrides , lorsque les viscères étaient exempts d’inflammation , ou lorsque celle-ci avait été dissipée, lorsque le pouls
était à peu près naturel , et que cependant le malade était faible, stupide , très-abattu , en proie à un délire sourd, dans un état de somnolence, etc. On a recours à l’arnica dans le traitement des affections muqueuses compliquées d’adynamie et d’ataxie ; elle est particulièrement indiquée lorsque le pouls est petit, faible, tremblotant, avec torpeur et prostration du système musculaire. M. le docteur Mercier, médecin à Rochefort (Puy-de-Dôme) , a signalé ses vertus dans plusieurs cas de fièvre muqueuse adynamique avec suspension delà sécrétion des urines. Ce remède, donné en substance et en décoction , a combattu avec un grand succèsl’assoupissement, la dépression des forces, qui était extrême, et la débilité pour ainsi dire paralytique de l’appareil urinaire. Conférez le 33° volume du Journal général de médecine, page 386.
Mais qu’on ne se hâte point d’administrer l’arnica; les spasmes , les soubresauts des tendons , les mouvemens convulsifs et autres lésions de la sensibilité ne dépendent pas toujours d’une faiblesse réelle , mais plutôt d’un état trompeur de débilité ou d’une oppression momentanée des forces vitales , qui se montre souvent dans les fièvres adynamiques et ataxiques. Autant ce médicament devient salutaire pour remédier à quelques accidens graves qui se manifestent vers la fin de ces pyrexies , autant son usage prématuré est nuisible lorsqu’il existe un éréthisme général , ou bien une irritation locale qui n’a pas été combattue par des moyens convenables. On doit surtout opposer l’arnica à ces diarrhées énervantes, à ces flux dysentériques opiniâtres qui, dans la troisième période du typhus, me-
nacent d’éteindre entièrement les forces de la vie.
On a recommandé l’arnica contre les toux convulsives , la coqueluche, la dyspnée asthmatique, les catarrhes, la péripneumonie, etc. Il est à peine nécessaire d’observer que ces maladies sont presque toujours marquées , du moins dans le principe , par un excès d’irritation qui doit faire craindre tous les remèdes stimulans. C’est ainsi que l’usage prématuré de l’arnica , dans les affections pulmonaires, peut les convertir en phthisie ; mais, dans l’état avancé des catarrhes , lorsque l’expectoration devient difficile, et que le poumon est surchargé de matières muqueuses, on peut prescrire avec confiance ce remède énergique 5 on le donne en décoction ou en infusion avec les espèces pectorales. Cette boisson, administrée à doses nauséeuses, continuée avec persévérance, et secondée par l’application des vésicatoires sur le thorax , a quelquefois vaincu les catarrhes les plus opiniâtres. L’emploi de l’arnica n’est pas moins précieux dans quelques cas de péripneumonie , lorsque les forces vitales sont abattues au point de faire craindre que la crise ne soit imparfaite ou nulle, ce qui arrive fréquemment dans les péripneumonies ataxiques. On administre alors l’infusion ou la décoction des fleurs avec l’extrait de quinquina •, cette composition excite le système général des forces , ranime l’action pulmonaire, et favorise l’expectoration.
Cette plante a été célébrée par Barthez dans le traitement de la goutte. Je pense qu’on peut prescrire l’arnica, dans quelques affections goutteuses, pour favoriser les sueurs critiques , lorsque la nature paraît choisir ce mode de solution ; mais il faut bie.i se garder
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d’y avoir recours durant l’irritation de la maladie. Ces sueurs, que l’art s’efforce de provoquer par des remèdes excitans , augmentent l’irritation générale; elles peuvent même , suivant la remarque judicieuse de M. le docteur Double , susciter une attaque d’apoplexie , en donnant lieu à une direction vicieuse des mouvemens vers la tête. Voyez la Séméiologie générale , publiée par ce célèbre praticien , tome 3, page 332.
Enfin le docteur Schiit, qui a longuememt disserté sur l’arnica, lui attribue bien d’autres propriétés que nous passons sous silence ; nous dirons seulement que dans les maladies asthéniques , dans le typhus putride , dans la dysenterie avec prostration des forces et tendance à la gangrène, cette plante, méthodiquement administrée, a souvent produit les plus heureux effets. Tout ce qu’on a pu dire contre l’usage des stimulans ne saurait anéantir les faits recueillis par les médecins les plus distingués de l’Europe. Les antiphlogistiques, si vantés aujourd’hui dans le traitement des fièvres putrides et du typhus, peuvent sans doute être couronnés de succès pendant la période d’irritation; mais, lorsque les facultés vitales et organiques sont frappées d’adynamie , soit par l'effet d’un poison septique , soit par l’abus d’une méthode énervante, persister dans l’emploi des mêmes moyens, c’est vouloir éteindre le dernier souille de vie.
On donne quelquefois l’arnica en substance, à la dose de dix à trente grains; mais plus souvent en infusion ou en décoction édulcorée avec un sirop agréable. On emploie les fleurs et la racine depuis un gros jusqu’à demi-once pour une livre de véhicule. L’extrait,
préparé avec les fleurs, se prescrit depuis vingt grains jusqu’à un gros. On peut combiner utilement ces diverses préparations avec le vin , l’éther sulfurique , le quinquina , le camphre , la valériane , etc.
Poudre de racine d’arnica composée. Prenez , racine d’arnica, vingt grains; camphre, quatre grains. Préparez douze poudres semblables. On en donne une toutes les trois heures, dans le typhus dysentérique, pour combattre la prostration des forces et la tendance h la décomposition des humeurs.
Infusion de fleurs d'arnica composée. Prenez, fleurs d’arnica , racine de valériane , de chaque deux gros. Faites infuser , à vase fermé , dans dix onces d’eau bouillante. Ajoutezà la colature, eau de menthe poivrée, deux onces ; sirop simple, une once ; éther alcoholisé, un gros ; teinture d’opium , quinze ou vingt gouttes. On administre cette potion par cuillerées , dans la deuxième et troisième période des affections putrides , pour soutenir les mouvemens salutaires de la nature, et remédier à l’état nerveux caractérisé par le désordre et l’affaiblissement des forces vitales.
VALÉRIANÉES. VALERIANE Æ.
Valerianeœ. 13 C.
Hier encore la chaleur était accablante , on respirait à peine. Les pluies du soir et de la nuit ont versé des trésors sur la campagne; l’herbe des prés est rafraîchie , et les trèfles étincellent de perles liquides.
Quittons les prairies de Vanvres. Voici les collines
de Meudon, où la valériane sauvage nous appelle .
Je l’aperçois déjà toute radieuse , s’élevant comme un trait au-dessus des gazons qui bordent un épais taillis : j’admire les petits bouquets blancs et roses qui ornent sa tête , mélange charmant où la nature a mis toute sa grâce. Une plante rustique se montre à quelques pas de la valériane; c’est l’euphorbe des bois, distillant aux feux du soleil sa liqueur laiteuse. La pourpre.de sa tige contraste durement avec son feuillage : n’y touchez pas, c’est un poison.
Mais quelle odeur suave vient ravir mes sens ! Herbe modeste , précieux don de la Providence , je reconnais tes fruits si vermeils , si délicieux , si frais ; je les vois briller à travers le feuillage qui leur sert d’abri, et je crois les cueillir encore dans les bois des Pyrénées , au bord du torrent^ entre les rochers tapissés de mousse. Comme après les fatigues delà journée je savourais leur
ambroisie dans ces hautes régions où l’air est si pur, le ciel si beau! Ineffables souvenirs de mes jeunes années, courses champêtres, études de la nature, doux repos de l’esprit et du cœur, vous me charmez encore à l’automne de ma vie!
VALÉRIANE. VALERIANA.
Calice très-petit, presque entier, se déroulant, dans la maturité, en une aigrette sessile et plumeuse. Corolle tubulée , à cinq lobes inégaux. Étamines rarement solitaires, le plus souvent au nombre de trois. Un à trois stigmates. Une graine recouverte et couronnée par le calice.
VALÉRIANE OFFICINALE. VALERIANA OFFICINA LFS.
Valeriana officinalis. Linn. Spec. 45. DC. Fl. Fr. 3315. Lapetr. Hist. Plant. Pyr. 1. 18. Chev. Fl. Par. 3. 601. Fl. Dan. t. 570.
(Planche 69.)
C’est une jolie plante, qu’on rencontre au printemps dans les lieux un peu humides , dans les prairies, sur la lisière des bois. On lui donne le nom de valériane sauvage, pour la distinguer d’une autre espèce qu’on cultive dans les jardins. Presque simple, cylindrique, cannelée et un peu velue , sa tige s’élève à la hauteur de trois ou quatre pieds. Ses feuilles sont toutes ailées , à folioles pointues , pubescentes , dentées en leurs bords et d’un joli vert. Ses fleurs exhalent une odeur douce 5 elles sont d’un blanc mélangé de rose , disposées en panicule au sommet de la tige et des rameaux. Une va-
I su
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riété se fait remarquer par ses feuilles luisantes et d’un vert foncé ou noirâtre.
Cette espèce est assez commune aux environs de Paris , à Meudon , dans la vallée de Chevreuse , etc. Je l’ai observée à Barèges , dans la plaine de Luz, et dans la vallée de Campan , sur la rive gauche de l’Adour.
La racine de valériane se compose d’un faisceau de fibres, d’une couleur fauve en dehors, d’un blanc jaunâtre intérieurement, exhalant une odeur forte , diffusible, permanente-, d’une saveur âcre, amère, un peu nauséeuse. M. Trommsdorff, professeur de chimie à Erfürt , qui a procédé à l’analyse de cette racine , en a obtenu un principe particulier soluble dans l’eau , insoluble dans l’éther et dans l’alcohol , de la résine noire, une huile volatile verdâtre d’une odeur pénétrante et camphrée , de l’extrait gommeux et de la fécule.
L’impression vive et soudaine que cette substance produit sur certains animaux , et notamment sur les chats 5 les étourdissemens, l’état de vertige et d’ivresse qu’on épro uve lorsqu’on respi re pendant quelque temps l’air chargé de ses émanations , démontrent son influence physiologique sur le cerveau et sur les nerfs. Prise intérieurement , la valériane excite l’appareil gastrique , produit un sentiment dechaleurdans l’estomac, anime la circulation, augmente la fréquence du pouls, ainsi que la faculté exhalante de la peau. Si l’on continue l’usage de ce médicament , ou si l’on en prend de fortes doses, on éprouve bientôt une sorte de malaise, de l’oppression , et un resserrement pénible dans la région précordiale; il survient de l’agitation, des spasmes, des éblouissemens, et autres phénomènes nerveux.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
La valériane sauvage, inconnue à nos pères, tient depuis quelque temps un rang très-distingué dans la matière médicale. Son usage est particulièrement consacré au traitement des névroses. Le botaniste Fabius Columna l’essaya le premier sur lui-même vers la fin du xvi' siècle pour se délivrer de l’épilepsie. Mais quel est son mode d’action dans les maladies spasmodiques? Ses effets salutaires sont-ils dns à une vertu stimulante, ou bien à une faculté sédative ? L’école italienne lui attribue une propriété contre-stimulante ou déprimante , tandis qu’en France, en Allemagne, en Angleterre, on la met au nombre des remèdes excitans. Mais ici , comme dans beaucoup d’autres cas, il faut abandonner toute espèce de théorie pour interroger l’expérience , et s’en rapporter purement au témoignage des faits. Ainsi , sans nous perdre dans des explications superflues , qui ne pourraient satisfaire les bons esprits , nous dirons que la valériane paraît douée d’une vertu nervine spécifique, et que son usage a souvent prospéré dans ces altérations nerveuses où le principe sensitif réagit d’une manière insolite contre les impressions qu’il éprouve. Une de ces lésions, qui s’annonce par des signes si alarmans qu’un célèbre médecin de 1 antiquité la comparait à un taureau en fureur, l’épilepsie (i), a cédé à l’emploi méthodique de ce remède , d’après les assertions de Mead, Tissot, Dehaën, etc. Plus récemment, le docteur Chrichton , médecin de l’empereur de Rus-
(I) Arétée de Cappadoce a dessiné les traits de cette déplorable maladie avec une vigueur de pinceau inimitable. Lucrèce, dans
sie,a triomphé, avec la valériane, d’une épilepsie qui, pendant sept ans, avait résisté à tous les autres secours de la thérapeutique.
Une jeune fdle, atteinte depuis dix ans d’une affection nerveuse accompagnée de symptômes épileptiques , a été délivrée dans l’espace d’un mois par le môme moyen. M. le docteur Macartan , médecin distingué , qui a opéré cette guérison , donnait trois fois par jour à la malade un scrupule de racine , de valériane en poudre. Elle n’a point eu de rechute, et elle jouit depuis plusieurs années de la plus parfaite santé. Gilibert a également guéri trois épileptiques avec ce médicament , administré à haute dose , en substance pulvérisée et en infusion vineuse.
Mais nous ne pouvons nous dissimuler que d’autres praticiens non moins estimables ont obtenu peu de succès de la valériane. Au reste , lorsqu’on veut faire usage de cette substance nervine , il faut préalablement examiner s’il n’existe point d’autres indications à remplir. Le sujet est-il pléthorique , d’une constitution forte , il faut lui prescrire des bains, des évacuations sanguines, des boissons tempérantes, du petit-lait , un
son Poème de la nature des choses , a egalement trace de l’épilepsie un tableau digne d’un grand peintre.
Quin etiam subild vi morbi sœpè coactus Ante oculos aliquis nostros , utfulminis iclu,
Concidit , et s pumas agit , ingemil et tremit artus :
Decipit , extental neivos , torquelur, anhelat j Inconstante!' et in jactando membra fatigat :
Nimiriim , quia vis morbi dislracta per artus Turhat agens animant : spumantes ut in œquore salso y entorum validis fervescunt viribus undee.
( I.iJCiiKT ii , de JVaturd rerum , lib. 3.)
régime rafraîchissant. Lorsqu’il existe des signes évidens d’un embarras bilieux ou gastrique, l’emploi des vomitifs et des évacuans devient indispensable avant d’avoir recours à la valériane. M. le professeur Baumes ( Traité des convulsions dans l’enfance ) avoue qu’ayant donné ce remède à un enfant de neuf ans atteint de convulsions épileptiques , et qui avait besoin d’être beaucoup purgé , la maladie empira tellement, qu’il désespéra ensuite, pendant plus de quatre mois, de pouvoir lui rendre la santé. Les attaques d’épilepsie, qui auparavant étaient incomplètes, se convertirent en accès très-violens. Après plusieurs évacuations et un peu de repos, M. Baumes parvint à le guérir avec le même remède qui avait d’abord aggravé son état. Il n’appartient qu’aux grands maîtres de reconnaître leurs fautes , de les avouer avec candeur, et de savoir les réparer. Un praticien vulgaire n’eût point manqué d’accuser la valériane de son insuccès. Du reste, tous les nervins sont inutiles lorsque l’épilepsie est entretenue par quelque lésion organique ou par des affections morales profondes , et l’on pense bien que celle qui succède à la suppression d’une hémorrhagie ou à la répercussion d’un exanthème demande d’autres moyens (i).
(1) Les charlatans, et même certaines familles, d’ailleurs fort honorables , possèdent des remèdes secrets qui ont , dans quelques cas , dissipé l’épilepsie en agitant violemment tout l’organisme. C’est ainsi qu’un empirique des environs de Lyon traitait et guérissait quelquefois ce mal affreux. Sainte-Marie rapporte qu’il n’exigeait son salaire que deux ans après le traitement , et lorsque la cure paraissait confirmée ; qu’il passait même des contrats pardevant notaire avec ceux dont il entreprenait la guérison à ces conditions. Son secret consistait en une poudre qu’il faisait pren-
La valériane a été également éprouvée contre la paralysie , l’hystérie, la chorée ou danse de Saint-Guy , la migraine, et une foule d’autres accidens nerveux. Elle a quelquefois guéri ou soulagé ces maux , souvent elle les a aggravés. On peut fonder quelque espoir sur ce médicament lorsque l’affection nerveuse s’accompagne d’un état de débilité qu’on reconnaît à la lenteur du pouls, à la mollesse des chairs, et surtout à une langueur générale peinte dans tous les traits de la physionomie. Lorsque ces symptômes prédominent, la valériane, unie au quinquina, produit quelquefois des effets admirables -, tandis que cette médication tonique est fortement contre-indiquée par la mobilité des nerfs, jointe à une irritation excessive ou à un état imminent de-phlogose. C’est ici que la méthode jadis si vantée du docteur Pomme a de grands succès, et l’on a vu l’hystérie, l’hy pochondrie , des affections convulsives que la valériane et les nervins stimulans avaient portées à un très-haut degré de violence, céder au simple usage des bains et des boissons tempérantes ; ce qui prouve d’une manière incontestable que le traitement méthodique de ces maladies repose entièrement sur la connaissance des causes qui les excitent, les entretiennent ou les reproduisent. Les indications relatives à l’état
dre le matin ; mais le malade devait garder le lit tout le jour, car en restant debout il aurait couru le risque de s’assommer. En effet, de nombreux et violons accès d’épilepsie avaient lieu pendant vingt-quatre heures. 11 se trouvait le lendemain dans un affaissement extrême avec stupeur ou délire ; là se terminait le traitement et l’opération du remède. Le malade était délivré de son mal pour plusieurs années, quelquefois même pour toujours.
d’irritation ou d’atonie de l’appareil nerveux ne sont d’ailleurs très-souvent que secondaires, elle médecin ne doit s’en occuper que lorsque la cause primitive a été combattue par des remèdes convenables.
Mais les propriétés actives de la valériane brillent surtout dans les affections convulsives entretenues par un foyer vermineux ; et l’on a vu des mouvemens épileptiques, des spasmes, des tremblemens, des convul sions générales, la cardi algie, la catalepsie et autres phénomènes nerveux occasionés par la présence des vers, céder parfois d’une manière très-prompte à ce précieux médicament, qui a le double avantage de faire périr ou d’expulser ces insectes par son principe amer et fétide, et de réprimer en même temps la mobilité nerveuse par sa vertu antispasmodique. Dans la plupart de cesaffections sympathiques, suscitées par la diathèse vermineuse , la valériane emprunte une nouvelle force de son union avec le camphre, le jalap, le calomel. Associée à cette dernière substance, elle a triomphé, dans un court espace de temps , d’une maladie vermineuse invétérée qui avait réduit un jeune homme à un état voisin de la démence.
Pendant son enfance , M. E**** avait été singulièrement tourmenté par les vers, et depuis environ deux ans il était sujet à des palpitations de cœur, à des terreurs continuelles Son sommeil était pénible et presque toujours accompagné de rêves eftrayans. Plusieurs fois la nuit il s’éveillait en sursaut , et il poussait des cris lamentables , croyant voir un spectre prêt à le saisir. Après plusieurs traitemens, qui n’avaient eu aucun succès, je lui conseillai des bols préparés avec la valé-
PII YTOGR APHIE
riane en poudre et le muriate de mercure doux. Ce remède fut suivi , le troisième jour, de l’expulsion de plusieurs vers lombricoïdes. Huit jours après, le malade en rendit encore cinq ou six avec une grande quantité de matières muqueuses. On continua le remède, et on donna en même temps des clystères préparés avec une forte infusion de valériane et de l’huile de camomille; mais on ne voyait plus de vers dans les déjections. Un matin, après avoir pris un lavement de valériane, Je malade rendit un paquet de vers entrelacés , au nombre de dix-huit. De jour en jour, on vit la santé du jeune homme s’améliorer d’une manière notable. Les palpitations étaient moins fréquentes, le sommeil beaucoup plus tranquille. Après quelques jours de repos, je fis recommencer le traitement ; on donna tous les trois jours dix-huit grains de valériane et six grains de muriale de mercure doux réduits en bols , avec un peu de miel. Cette préparation , continuée pendant quelques semaines, détruisit tout-à-fait le foyer vermineux. Le malade éprouvait seulement de la faiblesse , et il digérait avec difficulté. Le vin de quinquina le rétablit entièrement.
Outre les symptômes nerveux, il est encore d’autres signes qui peuvent faire soupçonner la présence des vers. Les enfans tourmentés par ces insectes ont assez souvent les glandes salivaires engorgées et la bouche pleine d’eau. Tissot dit avoir observé plusieurs fois une sorte d’aphonie d’origine vermineuse. Une petite fille de six ans éprouvait périodiquement une extinction de voix accompagnée de délire ; ces attaques , qui duraient plusieurs heures, s’étaient renouvelées plus de vingt
fois pendant le cours d’une année. Ce célèbre praticien , ayant examiné son état avec attention, ne douta point que les vers n’en fussent la cause. La valériane lui parut le vermifuge le mieux indiqué dans cette circonstance. La petite malade fut en effet radicalement guérie par ce remède.
Pechlin nous a fait connaître uneanomalie singulière de la sensibilité produite par la présence des vers. Un jeune homme montra , pendant toute la durée d’une maladie vermineuse , une mémoire prodigieuse et un génie élevé; à sa guérison il redevint un sujet fort ordinaire.
La vertu antifébrile de la valériane a été constatée par plusieurs médecins à une époque où la guerre maritime avait rendu le quinquina d’une cherté excessive. D’après les observations recueillies par M. le docteur Yaidy dans les hôpitaux de Berlin, elle a dissipé en peu de jours des fièvres intermittentes de tous les types, et dont la plupart étaient anciennes. La dose ordinaire était d’un à trois gros , pris en deux ou trois fois, le jour de l’apyrexie, et d’un à deux gros le jour de l’accès. M. Vaidy a quelquefois ajouté un grain d’opium par gros de poudre de valériane. M. le docteur Desparanches , qui a également employé cette plante comme fébrifuge , dit qu’il l’a trouvée peu inférieure au quinquina. Je n’ai jamais prescrit la valériane seule ; mais j’ai acquis la certitude que certaines fièvres intermittentes , accompagnées de symptômes nerveux , cédaient plus facilement à l’action du quinquina lorsqu’on y joignait la valériane.
Passons maintenant à un autre ordre de fièvres , bien