II
que leur existence soit vivement contestée par la nouvelle école , et prouvons que la valériane est douée de vertus puissantes dans les maladies qui offrent un caractère adynamique et ataxique. Ici les autorités ne nous manquent point , et nous pouvons opposer aux physiologistes des hommes dont la pratique vaste et lumineuse est universellement appréciée. Dans l’état avancé, et même dès la deuxième période de ces pyrexies , c’està-dire lorsque des signes évidens de faiblesse ont remplacé l’état d’irritation ; lorsque le désordre de l’appareil nerveux est uni à la prostration des forces , et surtout lorsque l’adynamie et l’ataxie sont dues à une influence miasmatique, la valériane est sans contredit un des médicamens les plus salutaires. On ne doit pas même hésiter à prescrire cette substance , ainsi que les autres excitans volatils , dès le début et pendant la première période des fièvres putrides et nerveuses , lorsqu’elles s’annoncent avec tous les symptômes de l’abattement et de la faiblesse. C’est ainsi que le professeur Hufeland a employé avec un grand succès la méthode stimulante pendant tout le cours des fièvres nerveuses qui ont régné en Prusse dans l’hiver de 1807 . Cet habile praticien administrait ordinairement une infusion de valériane animée avec l’éther alcoholisé et l’acétate d’ammoniaque. Mais , dans un degré plus avancé de la maladie, il était indispensable d’augmenter les doses de cette médication excitante.
Pierre Frank, Hecker, Hildenbrand, Smith, Barthez , Baumes , Pinel . etc. , recommandent l’emploi de la valériane pendant la période adynamique et nerveuse des affections fébriles, en y joignant , les uns
le quinquina , le camphre , le musc , la serpentaire de Virginie $ les autres , l’arnica , l’opium etl’ammoniaque. On sait combien la présence des vers peut altérer la marche des fièvres putrides , en excitant des symptômes graves , des spasmes , des convulsions , le hoquet , la cardialgie et autres accidens nerveux (1). Cette complication vermineuse , qui ajoute au danger de la maladie, est combattue avec succès par la valériane unie au camphre. Enfin les préparations de valériane sont indiquées vers la fin du typhus , lorsqu’on aperçoit une tendance aux sueurs critiques ; lorsque la peau , auparavant sèche , s’humecte, se détend d’une manière sensible. Ces médicamens deviennent alors des sudorifiques très-efficaces.
Mais on tomberait dans une erreur bien grave , si l’on croyait pouvoir placer la valériane dans le traitement de toutes les maladies adynamiques et ataxiques. Ces pyrexies , surtout dans leur premier stade , offrent très-souvent des symptômes inflammatoires, des phlegmasies locales , ou un état d’irritation vive , qu’on doit chercher à combattre par une méthode débilitante. Toutefois, dans le véritable typhus des camps et des prisons , gardez-vous bien d’abuser des antiphlogistiques : la période d’irritation est d’une courte durée, et la dépression des forces , qui quelquefois lui succède
(1) Fores tus a observé une phrénésie produite par des vers, et qui régna épidémiquement en France dans l’année 1545. Les malades sc plaignaient d’une vive céphalalgie , et de chaleur à la région lombaire ; ils étaient privés de sommeil, en proie au délire le plus violent, ou plongés dans un état comateux ( Observ . , lib. 7.)
d’une manière très-prompte , vient bientôt réclamer d’autres secours que les boissons émollientes et l’application des sangsues. Les symptômes nerveux contre-indiquent également l’emploi de la valériane et autres remèdes excitans , quand ils dépendent d’une phlegmasie gastrique ou d’une congestion cérébrale. Dans les cas douteux , il faut prendre en considération l’état de vigueur ou de faiblesse du sujet, la saison de l’année , et le caractère de l’épidémie régnante.
Les propriétés de la valériane dépendent, en grande partie , du sol où elle est récoltée. Il faut choisir , pour les usages médicinaux , celle qui croît sur les collines exposées aux rayons du soleil , et non celle qu’on trouve sur les bords humides des ruisseaux. Dresky (Dissert, devaler. officia.) recommande de la cueillir vers la fin d’avril ou au commencement de mai , de la faire sécher à l’ombre , de la conserver dans des vases bouchés , et de la renouveler tous les ans. En vieillissant , ses principes aromatiques s’envolent. Nous ajouterons qu’il faut ne la pulvériser qu’au moment d’en faire usage, si l’on veut qu’elle jouisse de toute son énergie. D’après Joseph Frank , elle remplace parfaitement l’aristoloche serpentaire.
On donne la racine pulvérisée , depuis quinze ou vingt grains jusqu’à un gros , une ou plusieurs fois par jour ; on y ajoute un peu de macis ou de cannelle , pour en masquer la saveur désagréable. Dans les affections nerveuses graves , il faut en élever hardiment les doses , si l’on veut obtenir des succès. Donnée à la dose d’une demi- once, deux fois par jour, elle a dissipé une catalepsie qui avait résisté à de plus faibles doses.
Quarin en prescrivait jusqu’à six gros par jour ; Herz en donnait demi-once à la fois , et réitérait cette dose trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures.
L’eau , le vin et l’alcohol s’emparent des principes actifs de la valériane. L’infusion aqueuse est fréquemment employée : d’autres prescrivent la décoction ; mais alors une partie de l’huile essentielle s’envole. En mêlant ces deux produits , on conserve tous les principes chimiques de la plante. La dose est de deux ou trois gros et plus pour une livre de véhicule. On peut ajouter à la colature de l’eau de menthe poivrée ou quelque autre excitant diffusible. L’extrait de valériane est peu usité ; ou peut le prescrire à la dose de vingt ou trente grains. Suivant Dresky , l’extrait alcoholique conserve l’odeur et le goût de la plante -, l’extrait aqueux est beaucoup moins actif.
La teinture alcoholique simple de valériane, la teinture éthérée et la teinture ammoniacée sont des médicamens d’une grande énergie. La teinture de valériane éthérée de Trommsdorff se prépare en faisant digérer à une douce chaleur une once de racine de valériane en poudre dans six onces d’alcohol ; on ajoute ensuite à la colature deux onces d’éther sulfurique. Pour préparer la teinture de valériane ammoniacée ou volatile , on fait digérer à froid, pendant quatre jours, deux onces de poudre de valériane dans douze onces d’espritd’annnoniaqne. Ces compositions seprescrivent dans les affections nerveuses, convulsives, hystériques, à la dose de trente ou quarante gouttes et plus, qu’on mêle avec une demi-tasse d’infusion de fleurs de ca-: momillc , de feuilles de menthe ou d’oranger.
Infusion de valériane composée. Prenez, racine de valériane en poudre , une once 5 cannelle de Ceylan , un gros : faites infuser pendant une heure dans dix onces d’eau bouillante ; passez et ajoutez à la colature , alcohol de menthe , une once et demie 5 teinture de valériane ammoniacée, demi-once; sirop simple, une once. Cette potion stimulante se donne par cuillerées, d’heure en heure, dans le traitement du typhus nerveux ou ataxique , avec prostration des forces , soubresauts des tendons, tremblemens musculaires, etc.
Gouttes excitantes du professeur H ecker. Prenez, essence de valériane , éther alcoholisé, de chaque deux gros ; teinture thébaïque , un gros. On en donne , toutes les heures , de vingt à trente gouttes , dans deux onces d'infusion de valériane ou d’arnica.
Ces préparations ne doivent point être prescrites au commencement des fièvres putrides et nerveuses , lorsque le pouls est plein et fréquent , le visage animé , l’urine rare , ardente; elles seraient alors pernicieuses. Mais il ne faut pas non plus attendre que la prostration des forces soit parvenue à un très-haut degré ; et il est nécessaire de renouveler souvent et d’augmenter peu à peu les doses , parce que leur impression stimulante s’émousse et s’épuise bientôt sur des organes frappés d’une débilité profonde.
Poudre vermifuge. Prenez , racine de valériane nouvellement pulvérisée, demi-gros; calomel, huit grains : mêlez , et divisez eh trois doses !i prendre de deux en deux heures. Cette poudre m’a parfaitement réussi dans les affections spasmodiques causées par la présence des vers. On augmente' ou on diminue la
dose des ingrédiens , suivant l’âge du malade. La combinaison de la valériane avec le calomel ne convient pas seulement dans les affections vermineuses de l’enfance , mais encore dans les maladies convulsives de cet âge, qui se montrent très -souvent liées à la surabondance des fluides muqueux.
Pilules antispasmodiques. Prenez, extrait de valériane, camphre, castoréum , assa-fœtida, de chaque un gros ; extrait d’opium , douze grains : mêlez , et formez soixante-douze pilules , à prendre une le matin à jeun et une autre le soir. M. le docteur Blaud a dissipé avec ces pilules une affection convulsive connue sous le nom de chorée ou danse de Saint-Guj. Il a donné successivement jusqu’à douze de ces pilules , distribuées en trois prises dans le courant de la journée-, et il est revenu par gradation aux doses primitives. En dix jours, ce traitement a été couronné de succès sur trois malades. ( Nouvelle bibliothèque médicale , décembre 1825.)