LISERON MÉCHOACAN. CON FOL VU LUS M ECHO AC AN NA
Convolvulus mechoacanna. Linn. Mat. nied. 56. Ray.
Hist. plant. 1. 723.
Il est originaire du Brésil et du Mexique , d’où il fut transporté en Europe vers le commencement du xvt' siècle. Sa racine est épaisse, rameuse , brune en dehors , blanchâtre intérieurement, résineuse et lactescente; elle pousse des tiges sarmenteuses , rampantes , garnies de vrilles, et de feuilles cordiformes d’un vert foncé. Les fleurs sont en cloche, d’un bleu rosé , ou purpurines.
Ce liseron est laiteux comme les espèces précédentes ; mais ses racines sont moins résineuses , moins actives ; elles ont fourni à M. Félix Cadet-Gassi court une fécule amylacée, de l’albumine, un principe huileux so-
lubie dansl’alcohol rectifié, etc. On administrait autrefois le méchoacan aux personnes délicates et irritables; on le donnait surtout aux enfans qui étaient tourmentés par les vers-, mais son action est faible et incertaine , ce qui l’a fait tomber dans l’oubli. On le trouve quelquefois mêlé avec la racine de bryone ; alors il purge violemment.
LISERON SOLDANELLE. CONFOLFULUS S OLDAN ELLA.
Convolvulus soldanella. Linn. Spec. 226. Scop. Fl. Carn. t 1. n* 222. DC. Fl. Fr. 2748.
Ses tiges sont grêles, rameuses, couchées sur la terre , garnies de feuilles pétiolées , réniformes ou un peu échancrées au sommet et d’un vert luisant. Les fleurs, portées sur des pédi celles axillaires , ont un calice entouré par deux bractées ovales , et une corolle grande , évasée , de couleur purpurine : elles forment une sorte de cloche presque quadrangulaire , s’ouvrent le matin, et se referment dans l’après-midi, pour s’épanouir de nouveau le lendemain.
Cette plante , qui porte le nom vulgaire de chou marin , croît dans les lieux sablonneux, le long des côtes, depuis Nice jusqu’en Belgique. Toutes ses parties épanchent un suc résineux , âcre et amer, qui a beaucoup d’analogie avec celui du liseron scammonée , et qui purge vivement. La racine a fourni à M. Planche un extrait gommeux , une résine verte , des substances salines et une matière ligneuse.
Le suc de la plante fraîche est un puissant hydrago-
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gue qu’on peut administrer par petites cuillerées dans du bouillon aux herbes ou du bouillon gras. La racine desséchée perd en grande partie sa saveur, mais elle conserve son action purgative. La dose est de vingt à trente grains, qu’on mêle avec du miel. Suivant Murray , quelques auteurs la prescrivent depuis un gros jusqu’à quatre. Ces doses sont évidemment trop fortes, si la racine a été desséchée avec soin , car elles pourraient enflammer les tuniques digestives. Au reste , on a tort de négliger cette plante indigène , et elle doit être replacée parmi les médicamens héroïques. On devrait même la multiplier dans les sites où elle croît spontanément.
Il est peu de genres qui montrent autant d’analogie entre leurs propriétés physiques et leurs vertus médicamenteuses que le genre Liseron. Outre les espèces que nous avons décrites , on en compte beaucoup d’au- Ires qui sont également douées de propriétés purgatives. Nous nous contenterons de citer le liseron maritime ( convolvulus maritimus), qui croît dans les Indes et au Brésil ; le liseron à gros fruit ( convolvulus macrocarpus ), qu’on emploie comme purgatif à la Martinique ; le liseron panduriforme ( convolvulus panduratus ), espèce usuelle aux Etat-Unis ; le liseron à grosse racine ( convolvulus inacrorhizos ), qui sert également de purgatif à Saint - Domingue ; enfin le liseron des rives {convolvulus litto ralis), espèce à suc laiteux qui croît aux Antilles. Ces divers liserons et quelques autres que nous passons sous silence , contiennent une matière gomino-résineuse qui excite vivement les tuniques digestives , et produit dans certains cas les
bons et les mauvais effets des remèdes hydragogues.
Toutes ces espèces exotiques peuvent se remplacer par nos liserons, surtout par ceux qui naissent dans nos provinces méridionales. C’est là , sous l’influence du soleil , que les propriétés des plantes se perfectionnent , que leurs principes deviennent plus actifs , leurs sucs plus résineux.
Je le revois enfin ce ciel du Midi ; je respire les parfums de ces rians coteaux que je parcourais dans mes jeunes années. Au milieu des beaux paysages qui charment ma vue , mon sang se réchauffe , mon cœur se ranime , mes vieux souvenirs se réveillent. Je reconnais ce vallon si étroit, mais si joli, d’où s’échappe un air pur et suave , et ce ruisseau et ce bois touffu qui le suivent dans ses gracieux détours en répandant partout une fraîcheur vivifiante.
. In valle reducta
S'eclusum nemus et virgulta s a nantit! sylvis.
Quelle ineffable harmonie entre ce frémissement de l’air, et ce vallon , et ce bocage et ce ruisseau ! O douce paix! c’est ici ton asile. Lorsque, après une course botanique , j’observe les richesses que j’ai amassées ; que sous l’abri d’un bouquet de chênes , tout près d’une onde qui murmure , je repose mon corps fatigué et livre mon âme aux délices de la rêverie , que peut-il manquer à mon bonheur ?
Les fleurs printanières ont perdu leur éclat; des gousses naissantes, des corolles flétries, annoncent l’accomplissement de leur destinée ; mais la nature ne
peut se lasser de produire , elle ouvre son sein , une infinité d’herbes aromatiques jonchent la terre. C’est l’ivette musquée , c’est la sarriette des mon tagnes , c’est la camomille valentine avec sa tige empourprée , le romarin avec son petit feuillage demi-vert. Ici, le grand plantain m’offre sa tige toute nue et sa charmante aigrette , composée d’un faisceau d’étamines de la plus douce nuance. Là, au milieu d’un groupe d’arbrisseaux divers, une belle plante étale ses corolles de neige : c’est le liseron des haies , indolent parasite qui se fait balancer par les brises dans un berceau de verdure. Plus loin , faible et sans appui , le petit liseron rampe sur la pelouse où il épanche son doux parfum. Le vulgaire méprise et foule aux pieds cette herbe modeste , qui est pourtant un chef-d’œuvre sorti des mains de la nature. Qu’il est joli , ce petit entonnoir blanc quelle a nuancé de rose et plissé avec grâce, pour qu’il se ferme le soir, et se rouvre le matin aux premiers rayons du jour! Le monde végétal a aussi ses heures de repos ; mais c’est le sommeil des champs , sommeil paisible et doux qui n’a point de mauvais réveil.
GENTIANÉES. GENTIANEÆ.
Gentiane œ. Juss.
GENTIANE. GEJSTIANA.
Calice à cinq lobes Corolle de forme variée , en cloche , en entonnoir ou en roue, à quatre ou cinq divisions. Cinq étamines insérées sur le tube de la corolle. Ovaire surmonté de deux stigmates. Capsule à une loge, à deux valves.
GENTIANE JAUNE. GENTfANA LUTEA.
Gcniiana lutea. Lira. Spec. 329. DC. Fl. Fr. 27G1. Lafeyb.
Hist. Plant. Pyr. 132. Balb. Fl. Lyon. 1. 482.
(Planche 53.)
Sa tige est droite , simple , cylindrique , très-élevée. Ses feuilles sont grandes, ovales, embrassantes, d’un vert pâle, à plusieurs nervures; les inférieures sont un peu rétrécies en pétiole. Les fleurs sont nombreuses , vertieillées autour de la tige dans les aisselles des feuilles supérieures ; elles ont un calice membraneux, déjeté d’un seul côté; une corolle d’un jaune éclatant , en forme de roue , profondément découpée en lanières étroites, terminées en pointe. L’ovaire, qui ressemble à une espèce de massue verdâtre , est surmonté de deux stigmates. Cette espèce est connue
sous le nom de grande gentiane : on la trouve aux ènvirons de Lyon , dans les prairies du Pilât et de Tarare ; sur la lisière des bois de Châtillon , en Bourgogne ; dans les pâturages montueux des Pyrénées , des Vosges et de l’Auvergne. Mais c’est dans les hautes prairies des Alpes helvétiques que le botaniste aime à saluer cette superbe plante (i). C’est là qu’elle se montre dans toute sa beauté primitive : reléguée dans
(i) Dans ces imposantes solitudes où la nature a pour ainsi dire rassemblé ses prodiges , on rencontre à chaque pas l’élégante soldanelle, l’anémone à fleur de narcisse, le rhododendron étalant au bout de ses rameaux toujours verts la pourpre délicate de ses bouquets , et la reine des plantes des montagnes, la gentiane à corolle d’or. Mais quelle admirable perspective vient charmer le regard ! quelle variété d’accidens ! que de scènes magnifiques ! Là de vastes et antiques forêts dont la teinte sombre se dessine sur les collines ; des glaces éternelles qui scintillent comme le diamant sur la cime des monts; des torrens qui roulent avec fracas , et dont l’écho redit les longs mugissemens dans les profondes vallées. Ici , des arbres parés de verdure agitant leur tendre et mobile feuillage à côté de noirs sapins , de vénérables chênes , mutilés , rompus par l’orage ou vieillis par le temps ; des rochers , des ruines, des grottes, que mille arbrisseaux décorent avec une pompe sauvage. Plus loin, des coteaux rians et fertiles, des pâturages peuplés d’innombrables troupeaux, des cités, des villages épars dans les montagnes ; partout des sites ravissans , un air vif et pur, des eaux limpides, des émanations balsamiques qui renouvellent la vie et doublent l’existence ; quel spectacle pour l’homme sensible ! quelle source d’inspiration et d’enthousiasme pour le peintre et le poète ! A l’aspect de tant d’objets sublimes , l’esprit s’élève et s’épure ; un charme inconnu pénètre l’âme , la remplit des plus nobles pensées. Ces passions turbulentes qui naissent au milieu des discordes civiles, ces désirs dévorans , ces tristes soucis qui rampent dans la poussière de la terre , tout cela s’évanouit comme un songe devant les merveilles de celle puissance immuable , éternelle, qui a formé la nature, et répandu partout le mouvement et la vie.
les jardins des curieux, elle languit, et semble regretter sa patrie.
La gentiane jaune recèle dans sa racine des vertus nombreuses et énergiques. Cette racine est épaisse , fort longue, marquée par des rides annulaires trèsrapprochées, brune en dehors, jaunâtre intérieurement , d’une texture spongieuse , d’une saveur extrêmement amère.
analyse CHIMIQUE.
D’après les recherches ingénieuses de MM. Henri et Caventou , la racine de gentiane contient un principe amer cristallin , qui doit être rangé parmi les principes immédiats des végétaux. Ce principe, désigné par ces chimistes sous le nom de genlianin , est d’une belle couleur jaune , sans odeur, d’une amertume de gentiane très-prononcée. Il se dissout très-facilement dans l’éther et l’alcohol , et se sépare, par l’évaporation spontanée , sous forme de petites aiguilles cristallines jaunes. L’eau bouillante en dissout une certaine quantité , l’eau froide beaucoup moins, cependant elle devient très-amère. Outre le principe amer, la gentiane contient un principe odorant très-fugace, une matière analogue à la glu, une matière huileuse verdâtre fixe, un acide organique libre , du sucre incristallisable , de la gomme, une matière colorante fauve , et du ligneux.
M. Planche a reconnu dans l’eau distillée de cette racine un principe volatil qui agit fortement sur le cerveau, produit des nausées et une sorte d’ivresse.
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VUOPKIÉTÉS MÉDICALES.
Suivant Pline, c’est à Gentius, roi d’Illyrie, que nous devons la connaissance des propriétés de la gentiane. Mais est-il besoin d’invoquer le témoignage de l’antiquité , lorsqu’il s’agit d’une plante qui réunit les suffrages des praticiens modernes ? En effet , il n’est point de substance amère qui combatte avec plus de succès l’atonie des tissus vivans. Aussi est-elle généralement employée dans les débilités gastriques, dans l’anorexie, les langueurs d’estomac, les flatuosités, les aigreurs qui résultent de digestions mal élaborées ; dans les diarrhées qui se prolongent ou se reproduisent sous l’influence de l’atonie intestinale, et dans plusieurs autres affections lentes qui reconnaissent pour cause la faiblesse des appareils organiques.
Avant la découverte du quinquina , la racine de gentiane occupait le premier rang parmi les fébrifuges indigènes ; quelques enthousiastes lui ont même attribué de nos jours une vertu plus puissante que celle de l’écorce du Pérou , parce qu’elle a guéri des fièvres qui avaient résisté à ce précieux médicament. Sans nous arrêter à cet éloge marqué au coin de l’exagération , nous conviendrons que la gentiane dissipe assez souvent les fièvres intermittentes simples 5 mais nous dirons aussi qu’une confiance aveugle en cette plante pourrait avoir des suites funestes , si l’on avait à traiter une fièvre accompagnée de symptômes pernicieux. Le quinquina sera toujours en pareil cas le remède par excellence : la chimie moderne , qui nous avait fait espérer, dans la substance alcaline isolée de cette
écorce , une arme non moins puissante et plus facile à manier, paraît avoir accompli sa promesse ; il ne s’agit plus que de multiplier les expériences (i). Revenons à la gentiane. Sa vèrtu fébrifuge dépend beaucoup du sol ou elle a été recueillie; celle qui croît dans les montagnes, et surtout dans les Alpes, est douée d’une action plus marquée, plus énergique. Les paysans de ces contrées s’en servent depuis long- temps avec un plein succès. Dans certains cas, il est utile d’y joindre une substance aromatique , comme lecorce d’orange, la cannelle , l’absinthe , la valériane. Cette combinaison se digère beaucoup mieux ; elle est d’ailleurs très-appropriée à l’inertie profonde de l’appareil gastrique. Les fièvres quartes très-opiniâtres qui sévissent sous le règne d’une température froide et humide ont quelquefois cédé à une semblable médication.
C’est à tort que dans certains ouvrages de matière médicale la gentiane est désignéè comme un moyen spécifique contre le scrophule. Nous ne connaissons aucune substance qui soit douée d’une semblable vertu. La thérapeutique de cette affection rebelle repose essentiellement sur l’examen approfondi de ses causes et de ses complications. Notre plante est utile aux scrophuleux dont le système est dans un véritable état de relâchement et de faiblesse , qui ont le teint pâle , la peau froide , bouffie , les glandes lymphatiques ehgor-
(I) Nous écrivions ces lignes en 1821 ; notre espoir n’a pas été déçu, et les faits recueillis jusqu’à ce jour sont innombrables. Honneur aux chimistes et aux médecins qui ont les premiers constaté la vertu fébrifuge des principes immédiats du quinquina.
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gées , avec (les écoulemens muqueux et une sorte de langueur des fonctions nutritives. On a opposé avec succès à cet état pathologique l’élixir amer de Peyrilhe ; mais il est impossible de dire combien cette préparation a été funeste à une époque où l’on ne voyait dans les maladies strumeuses que l’atonie radicale du système lymphatique. L’élixir de gentiane, le houblon, les vins les plus généreux , les alimens les plus riches en substance nutritive , composaient tout le traitement. On ne tenait aucun compte de la constitution individuelle ; on n’examinait point s’il y avait une surexcitation intérieure : en sorte que les malades dont l’état morbide était compliqué d’une inflammation locale, ou de quelque suppuration lente des viscères , étaient bientôt dévorés d’une espèce de consomption qui les conduisait rapidement au tombeau. Les praticiens attentifs avaient souvent observé ces graves erreurs 5 mais il était réservé aux auteurs modernes de rectifier cette partie si essentielle de la thérapeutique (1). Le docteur Pujol y a puissamment contribué par ses beaux mémoires sur les inflammations chroniques et sur les maladies du système lymphatique; toutefois il faut convenir que c’est le professeur Broussais qui a ramené l’attention générale sur l’inflammation des tissus; les
(1) M. le docteur Baudelocque , s’appuyant de sa propre expérience et en même temps de l’autorité du professeur Dupuytren , blâmeavec raison, dans ses Éludessur lescrophuln , l’usage banal de l’élixir de Peyrilhe. Lorsque nous nous élevions contre cette méthode peu rationnelle, les médecins de Paris ne songeaient guère à la modifier. Au reste, c’est l’abus et non l’usage des stimulans que nous blâmons.
services qu’il a rendus à la science seraient inappréciables, si ses partisans fanatiques n’abusaient point de sa doctrine.
La gentiane n’est pas moins utile pour prévenir cet affaiblissement général du système qui amène le rachitis -, mais il faut que ce moyen prophylactique soit employé en temps opportun. On seconde ses effets corroborans par un bon régime , par des frictions pratiquées sur l’épine dorsale et sur les membres avec des flanelles sèches ou imprégnées de vapeurs aromatiques. Il est essentiel d’observer que le racliitis se lie très-souvent avec l’engorgement des glandes mésentériques ; lorsque cette complication est accompagnée d’une chaleur fébrile , d’un sentiment douloureux à la région abdominale , quel que soit d’ailleurs l’état de faiblesse , il faut être réservé sur l’usage delà gentiane, des toniques et des excitans.
L’observation a quelquefois constaté les avantages de cette plante dans le traitement des maladies arthritiques. Les vieux goutteux , les individus d’une constitution faible , dont l’estomac a perdu ses facultés toniques , qui sont tourmentés par une goutte vague , par des flatuosités incommodes , trouvent du soulagement dans l’emploi de la gentiane et de ses préparations. Ces remèdes , en rétablissant les fonctions digestives , en corroborant tout l’organisme , éloignent les attaques , préviennent les anomalies de la goutte et ses métastases sur les viscères ; mais leur abus peut avoir des suites fâcheuses. On les prend d’abord à faibles doses , qu’on élève peu à peu , et on les suspend de temps en temps pour ne pas habituer l’estomac à leur
impression. La gentiane est un des ingrédiens de la poudre arthritique du codex de Paris , également connue sous le nom de poudre du duc de Portland. Cullen a signalé les funestes effets de cette composition ; ceux qui en ont fait un long usage en Angleterre ont été délivrés de la goutte , mais ils ont succombé à des hydropisies, à des attaques d’asthme, d’apoplexie, etc. Cadogan assure que, dans l’espace de six ans , il a vu périr un grand nombre de goutteux qui avaient employé le même remède. Gaubius cite un fait semblable. Un homme de quarante ans , d’un tempérament extrêmement bilieux , depuis long-temps sujet ii des attaques de goutte , en fut entièrement délivré après avoir fait usage pendant dix-huit mois de la poudre du duc de Portland ; mais il éprouva bientôt après une difficulté de respirer qui s’aggrava de jour en jour, et il succomba à une maladie organique du poumon. H est certain que la gentiane et les amers sont nuisibles aux goutteux doués d’une sensibilité extrême. L’abus de ces médicamens peut appeler la goutte sur l’estomac , les intestins , le poumon , etc. , en provoquant un mouvement fluxionnaire ,sur ces organes irrités.
C’est en automne et surtout au printemps que la goutte , encore latente dans toute l’économie , cherche à faire irruption sur les membres. Celte remarque n avait point échappé fi Hippocrate ni à quelques autres anciens auteurs. Lucien , qui a décrit les caractères de la goutte avec tant d’esprit et d’originalité , dit qu’elle se montre lorsque l’orme se couvre de fleurs, et que le merle chante sur ses rameaux :
Sed quandb ulmi vere lener flos abundat.
Et argüla cantal in ramis merula :
Tune per ntembra acutum telum hcerel mjrstis ,
Obscurum , latens , subiens recessus artuum.
Les goutteux éprouvent alors une sorte de malaise , des irritations , des spasmes qui se concentrent tantôt sur la poitrine , tantôt sur l’appareil digestif. Ces symptômes sont presque toujours le prélude d’une attaque. Un régime doux , un exercice modéré , des pédiluves , des frictions avec de la flanelle sur les membres où la goutte se porte habituellement, mais surtout une vie réglée , voilà le secret d’avoir un paroxisme régulier , moins long et moins douloureux. Malheureusement on veut le faire avorter à tout prix , et comme les remèdes antigoutteux abondent, on peut choisir entre la teinture de gentiane ou l’essence de gayac , entre les poudres toniques ou l’élixir purgatif. Avec ces méthodes perturbatrices , la matière arthritique se jette sur les organes intérieurs, y développe des inflammations vives et souvent mortelles. Les goutteux forment une classe nombreuse et riche ; ils craignent les longues attaques , et surtout la douleur qui les accompagne. Comment résister aux charlatans qui les obsèdent, depuis la capitale de l’Armagnac jusqu a Paris, leur montrant le remède qui doit les soulager à l’instant , et les délivrer pour toujours de la goutte , cette cruelle ennemie de leurs plaisirs et de leurs jouissances.
Le médecin éclairé et consciencieux n’a promis que du soulagement ; éneore a-t-il voulu des soins , des privations , un régime assez sévère. L’empirique , dédaignant toutes les ressources diététiques, promet une
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guérison prompte et radicale ; trois mille cures affichées sur tous les murs garantissent sa promesse. Riches goutteux, pourriez-vous hésiter un seul instant?... Le savoir modeste se retire; l’ignorance et la cupidité prennent sa place.
Qn donne la gentiane en substance pulvérisée à la dose de dix, quinze et vingt grains, lorsqu’on veut simplement exciter le ton du système gastrique. L’eau, le vin et l’alcohol s’emparent de ses principes actifs; elle est le principal ingrédient delà teinture de Whytt, de l’élixir amer de Peyrilhe, etc., dont la formule se trouve dans tous les dispensaires , et qu’on administre par cuillerées. On associe la gentiane aux fébrifuges , aux toniques , aux excitans , tels que le quinquina , les fleurs de camomille , les préparations de fer, le cachou, l’angélique, l’absinthe , l’écorce d’orange, etc. L’extrait est d’un usage fréquent dans les prescriptions magistrales ; la dose est de dix à vingt grains , qu’on peut faire dissoudre dans du vin de Madère , dans l’eau distillée de cannelle ou de menthe poivrée. Cette solution est très-utile pour dissiper l’état de faiblesse qui accompagne les longues convalescences.
Électuairede gentiane. Prenez, racine degentiane, fleurs de camomille romaine réduites en poudre , de chaque une once ; limaille de fer porphyrisée, deux gros; miel blanc , suffisante quantité pour former un électuaire , qu’on prescrit à la dose d’un gros toutes les quatre heures , dans les fièvres intermittentes automnales revêtues d’un caractère asthénique ; dans la leucorrhée , 1 aménorrhée , la chlorose avec faiblesse des organes assimilateurs. On fait prendre immédiatement
après chaque dose une petite tasse d’infusion de camomille ou de petite centaurée.
Vin de gentiane composé. Prenez , racine de gentiane, deux onces; angélique, sommités d’absinthe sèches, de chaque une once; vin blanc de France, deux livres ; alcohol , quatre onces. Faites macérer pendant quatre jours et fdtrez la liqueur. On donne de temps en temps une ou deux cuillerées de ce vin pour combattre la diathèse muqueuse , si favorable au développement des vers ; pour ranimer l’énergie vitale dans les affections strumeuses, scorbutiques, rhumatismales, goutteuses , etc.
Mixture diffusible. Prenez, teinture de racine de gentiane, de quinquina, d’écorce d’orange, de badiane , de chaque deux onces. Mêlez. Cette potion , composée de différentes teintures alcoholiques , doit être employée dans la dyspepsie muqueuse, maladie assez ordinaire chez les personnes douées d’un tempérament lymphatique, ou qui habitent des lieux humides. L’habitude que certains hommes contractent de boire des liqueurs fortes , habitude que des travaux pénibles et la rigueur du climat justifient jusqu’à un certain point, doit en faire varier les doses. Mais ce médicament pourrait être très-préjudiciable dans nos contrées méridionales, et chez les tempéramens biliososanguins, nerveux ou bilieux. La dose ordinaire est d’une cuillerée à bouche avant chaque repas. Nous avons extrait cette préparation de la pharmacologie magistrale de M. le docteur Fiévée , ouvrage estimable où les praticiens trouveront un grand nombre d’excellentes formules.
Poudre antigoutteuse du duc de Portland. Prenez , parties égales de racine de gentiane jaune et de racine d’aristoloclie ronde ; de sommités de germandrée , d’ivette et de petite centaurée. Réduisez séparément en poudre chaque substance desséchée avec soin , et les mêlez ensuite pour l’usage.
On prend un gros de cette poudre , le matin à jeun, dans un peu d’eau et de vin , dans du bouillon ou dans du thé. Il faut en continuer l’usage pendant trois mois sans interruption. On diminue la dose d’un quart les trois mois suivans , et on en prend seulement un demigros pendant six autres mois. L’année suivante , il suffit d’en prendre seulement un demi-gros tous les deux jours.
Nous avons donné plus haut notre avis sur cette composition, qui ne peut être profitable qu’aux goutteux d’un tempérament froid, inerte et lymphatique 5 encore est-il dangereux de soumettre aussi long-temps les organes à l’action d’un pareil remède. Il vaut mieux le cesser, et le reprendre de temps en tem ps s’il fait du bien .
Tous les végétaux qui constituent le genre gentiane sont doués d’une vertu amère et tonique ; nous ne ferons connaître que les espèces les plus remarquables.