‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 3 sur 75 · P H Y T O G R A P II I E · texte numérisé non relu

P H Y T O G R A P II I E

suivant l’âge des enfans ; on augmente la dose pour les adultes. Lorsqu’on a attendu trop long-temps, et que le mal est grave , ce remède est encore utile , mais il faut l’administrer quatre , cinq et six fois , en mettant deux , trois et quatre jours d’intervalle entre chaque prise 5 on prescrit ensuite une décoction légère de quinquina et un régime restaurant.

En exposant les propriétés du jalap , nous ne devons pas oublier sa vertu puissante contre les vers ; tous les praticiens ont pu la vérifier, surtout chez les enfans d’un tempérament muqueux. On l’administre à la dose de six , huit , douze et quinze grains , qu’on triture avec un peu de sucre : la valériane ajoute à son action vermifuge. Ce mélange convient spécialement lorsqu’il se manifeste quelques symptômes nerveux.

Le jalap s’administre sous différentes formes. Lorsqu’on veut produire un effet cathartique, la dose est de vingt à trente grains , qu’on donne à la fois , ou mieux encore par fractions de huit ou dix grains , d’heure en heure , mais il faut qu’il soit récemment pulvérisé ; sa poudre perd beaucoup de son action en vieillissant. La résine obtenue par l’alcohol est beaucoup plus irritante 5 la dose est de six à douze grains , qu’on incorpore dans une petite quantité de sucre , de jaune d’œuf, de mucilage ou de sirop, pour que ses molécules ne puissent s’attacher à la surface des intestins. Dans les prescriptions magistrales, on combine le jalap avec d’autres substances purgatives, telles que le calomel , la crème de tartre , la rhubarbe , la gratiole , etc. •, et on compose avec plusieurs de ces agens réunis des poudres ou des bols vermifuges d’une grande

efficacité. Quelquefois on l’associe aux absorbans et aux amers, à la magnésie, il la gentiane, au quinquina, à la cannelle, afin de débarrasser le conduit intestinal , et d’exciter en même temps ses forces toniques.

Poudre de jalap composée. Prenez , j alap en poudre, magnésie , de chaque , demi-gros -, cannelle fine , quinze grains ; mêlez et triturez exactement. On donne depuis quatre jusqu’à six et huit grains de cette poudre , une ou deux fois par jour, aux enfans affectés d’engorgement du mésentère avec atonie dominante; elle est préférable à tous les prétendus fondans , qui sont d’un faible secours contre ces maladies opiniâtres.

Poudre purgative pour un adulte. Prenez, résine de jalap, dix grains; oleo-saccharum de fenouil, vingt grains; triturez avec soin, et donnez cette poudre en une seule dose dans une petite tasse de café.

Émulsion purgative. Prenez, résine de jalap , dix à quinze grains ; faites dissoudre en triturant dans deux onces de lait d’amandes ; et ajoutez , eau distillée de cannelle, demi -once ; sucre , quantité suffisante. Cette émulsion , ainsi que la poudre précédente , évacue assez bien les personnes qui éprouvent une répugnance invincible pour les purgatifs ordinaires.

Électuaire hjdragogue. Prenez, rob de genièvre, deux onces; jalap , scammonée d’Alep, de chaque trois gros ; semences d’anis , un gros ; sirop de rhubarbe , quantité suffisante pour former un électuaire, qu’on administre à la dose de deux ou trois gros dans les hydropisies où les purgatifs sont indiqués.

Savon résineux de jalap. Prenez, résine de jalap, sa-

PHYTOGRAPIIIE

von officinal, de chaque, parties égales ; triturez exactement avec un peu d’esprit de vin rectifié Jusqu’à ce que le mélange soit intime : ensuite , faites évaporer à une douce chaleur jusqu’à consistance d’extrait. La dose est de dix à vingt grains , qu’on triture avec un peu d’eau de cannelle , en y mêlant peu à peu une once et demie d’huile d’amandes douces. On donne , toutes les heures, aux adultes une cuillerée à bouche de cette mixture, et aux enfans une petite cuillerée. La résine de jalap , ainsi réunie au savon et à une substance oléagineuse , perd sa qualité irritante , et purge avec beaucoup de douceur. Elle est très-propre à combattre la diathèse vermineuse, les constipations opiniâtres et la physconie sans lésion organique. Cette composition est aussi efficace et plus sûre que l’huile de ricin , qui est souvent sophistiquée et très-âcre.

On peut former des pilules de quatre grains chacune avec le savon résineux de jalap. On en prend deux le soir en se couchant, et deux le matin à jeun en buvant par-dessus quelques gorgées d’eau pure ou légèrement sucrée. Elles conviennent aux personnes habituées à la bonne chère , et qui ont quelquefois besoin de stimuler et de débarrasser le tube digestif. Ce remède est bien préférable aux fameux grains de santé qui ont eu tant de vogue , et que les charlatans ont voulu remplacer par des pilules stomachiques, digestives, etc.

Mixture vermijuge et purgative de Storck. Prenez, sel polich reste (tartrate de potasse et de soude), jalap en poudre, valériane sauvage, de chaque, ungros; oxymel scillitique, quatre onces : mêlez. La dose est

d’une cuillerée à bouche pour les adultes, et d’une petite cuillerée pour les enfans. On prend cette dose à sept et à neuf heures du matin , en buvant immédiatement après une tasse de thé ou de bouillon de veau. C’est un excellent remède contre les vers. Il a quelquefois guéri des ophthalmies rebelles , des symptômes d’amaurose provenant d’un loyer vermineux.

Teinture hjrdragogue de Sydenham. Prenez, jalap pilé grossièrement, demi-once; scammonée, trois gros ; feuilles de séné, deux onces ; réglisse, semences d’anis, de chaque, demi-once; sommités d’absinthe et feuilles de sauge, de chaque, une poignée : faites infuser à froid dans trois livres d’eau-de-vie , et ne passez la liqueur que lorsque vous voudrez en faire usage. La dose est d’une cuillerée le soir à l’heure du sommeil, et de deux autres le lendemain malin. On augmente ou l’on diminue les doses suivant l’effet du remède.

liseron scammonée. convolvulvs

SCAMMONIA.

Convolvulus scamtnonia. Linn. Spec. 281. — Scammonia Syriaca. Badh. Pin. 294.

(Planche 5a.)

Le liseron-scammonée a une racine fusiforme , trèsépaisse , charnue, pleine d’un suc laiteux. Les tiges qui s’échappent de cette racine sont grêles , grimpantes , garnies dans toute leur longueur de feuilles triangulaires, à base taillée en forme de flèche, pointues, lisses , d’un vert clair, attachées à de longs pétioles.

Les pédoncules qui portent les fleurs sont garnis de deux petites bractées ouvertes. Le calice a des folioles obtuses , un peu échancrées à leur sommet ; la corolle est grande , évasée en forme de cloche , d’une couleur blanche mélangée de jaune ou de pourpre. Cette plante croît dans plusieurs contrées de l’Asie , et particulièrement dans la Syrie, aux environs d’Alep.

C’est à l’aide d’incisions pratiquées sur la racine , qu’on obtient cette substance gommo-résineuse , connue dans les pharmacies sous le nom de scammonée. On en distingue deux sortes : celle d’Alep ou de Syrie, et celle de Sinyrne. La première est légère, friable, d’un gris cendré, d’une cassure brillante; elle contient, d’après l’analyse de Bouillon -la-Grange et Vogel, soixante parties de résine , trois de gomme , deux d’extrait, et trente -cinq de débris végétaux. Celle de Smyrne est beaucoup moins pure , plus compacte , plus foncée en couleur, plus difficile à réduire en poudre ; elle fournit beaucoup moins de résine , plus de gomme, et une grande quantité de matière terreuse. On croit quelle est extraite de plusieurs végétaux de la famille des Apocynées.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

La scammonée a une odeur nauséabonde qui lui est propre , une saveur âcre et amère ; elle est peu soluble dans l’eau, mais elle se dissout facilement dans l’alcohol, qui prend alors une couleur jaune brunâtre. L’action irritante quelle exerce sur le canal alimentaire l’assimile aux poisons drastiques. En effet, elle produit à haute dose des déjections alvines répétées , quelque-

fois teintes de sang, un ténesme douloureux, des coliques violentes, et l’inflammation des intestins. D’après Van Swieten , elle excite des évacuations d’une odeur cadavéreuse, et cause une prompte dissolution du sang, qu’elle réduit en sérosité. Scammonii Syriaci lacryma , ingesta corpori humano , in putridam aquam solvit humores , solutos per alvum evacuat. ( Comment, in Boerh. , aphor. ) Barthez pense qu’elle agit alors par une impression vénéneuse sur le principe de vie qui anime le sang et les humeurs. Du reste , aucun fait ne prouve cette prétendue décomposition produite par la scammonée.

On doit rarement l’administrer aux personnes d’un tempérament irritable, bilieux ou sanguin. Ainsique la résine de jalap, elle peut donner lieu aune superpurgation , à un spasme violent des organes gastriques.

MÉTHODE CURATIVE

On cherche à calmer ces accidens par des boissons adoucissantes, et surtout par l’opium. Il n’existe point de méthode plus prompte et plus efficace lorsqu’elle est employée à temps ; elle calme l’irritation douloureuse, et prévient ainsi la phlogose qui en est la suite. En pareil cas , on peut donner avec confiance la mixture suivante : prenez , huile d’olive ou d’amandes douces, trois onces; mucilage de gomme arabique, sirop de pavot, de chaque, une once-, laudanum de Sydenham, vingt gouttes. La dose est d’une cuillerée à bouche , de quart d’heure en quart d’heure; on éloigne un peu les doses lorsque les douleurs et les évacuations diminuent.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Les Grecs et les Arabes ont parfaitement connu la scammonée ; nos humoristes en ont fait un abus condamnable ; nos physiologistes modernes ne l’emploient jamais; elle produit néanmoins , dans quelques maladies chroniques , des effets inattendus. On cite des fièvres intermittentes rebelles, des céphalalgies, des ophthalmies opiniâtres , des épanchemens lymphatiques, des leucorrhées, qui ont cédé à ce purgatif énergique. La surface intestinale , irritée par ses molécules , devient alors un centre de fluxion qui exerce une influence remarquable sur les organes primitivement affectés. Ces secousses , si on les renouvelle avec sagesse, intervertissent l’ordre habituel des mouvemens, font naître de nouvelles impressions, et produisent ainsi un effet révulsif très-salutaire. Les personnes qui ont la fibre molle , la sensibilité obtuse , se trouvent fort bien de ce purgatif; mais on doit en user sobrement, ainsi que du jalap, dans les climats chauds, où l’homme est affecté des plus légères irritations : lorsque les purgatifs sont indiqués, il faut préférer alors les tamarins , la crème de tartre , et autres laxatifs d’une nature rafraîchissante. Les vieillards , les personnes délicates , les indigens , supportent aussi avec peine les purgatifs résineux , qui les jettent dans une grande faiblesse, après avoir donné lieu à des évacuations prolongées.

Les anciens avaient cherché à modifier l’action irritante de la scammonée en l’imprégnant de vapeurs sulphureuses, en y ajoutant du suc de coing, de ré-

glisse , etc 5 nous ne nous arrêterons point à ces préparations surannées qu’on ne retrouve plus dans nos formulaires. Aujourd’hui on administre simplement laseammonée triturée avec du sucre , avec la gomme arabique, avec des amandes , ou bien réunie à d’autres substances purgatives. A la dose de dix à quinze grains, elle évacue assez bien les individus d’une complexion ordinaire 5 il en faut vingt-cinq ou trente grains pour les tempéramens robustes. Lorsqu’on l’administre à faibles doses , elle purge peu , mais elle excite l’action des glandes, et elle agit alors comme un remède fondant, altérant, ainsi qu’on le disait dans l’ancienne école.

Ses effets thérapeutiques se rapprochent de ceux du jalap, et plusieurs praticiens combinent ces deux substances. Van Swieten nous apprend que Boerhaave mêlait la scammonée à l’antimoine diaphorétique ; qu’il recommandait ce mélange comme un bon préservatif contre la goutte, et qu’il le faisait répéter tous les trois mois. Celeberrimus Boerhaavius amico suo Bassando, podagrico jam veterano, in litteris ad ilium datis suasit, ut singulo trimestri taie purgans sumeret. (Van Swieten, Comment, de Podagrâ , tome (\. )

Nous répéterons ici que les drastiques sont rarement utiles dans la goutte ; que si dans quelques circonstances ils soulagent les goutteux adonnés à la bonne chère et chargés de mauvais sucs , ils sont toujours nuisibles aux sujets nerveux , irritables , et d’une constitution sèche.

La scammonée fait partie d’une foule de préparations anciennes ; elle entre dans les pilules cochées

P1IYTOGRAPH1L

les pilules dorées , les pilules fétides , le pilules de Beloste ; dans plusieurs électuaires hydragogues, etc. La plupart de ces médicamens, fort peu usités aujourd’hui , ne sont pourtant pas tous à dédaigner; ils agissent vivement sur l’appareil digestif, sur le foie , la rate et autres viscères abdominaux ; produisent une révulsion puissante et salutaire dans quelques cas de céphalalgie, d’ophthalmie, etc. On les a administrés avec non moins d’avantage dans l’hydropisie , dans les maladies de la peau et un grand nombre d’autres affections chroniques et opiniâtres.

Parmi les formules les plus simples, nous citerons un mélange dont Finke faisait un fréquent usage dans les maladies bilieuses anomales.

Poudre résolutive de Finke. Prenez, diagrède sulphuré, huit grains; calomeloumuriatedemercuredoux, trois grains ; mêlez , pour une poudre à prendre tous les matins à jeun, plusieurs jours de suite. On boit par dessus une tasse de bouillon de veau. Cette poudre convient dans les embarras intestinaux et dans l’engorgement du foie , dont elle excite les sécrétions languissantes; elle ne produit d’ailleurs aucune salivation. Le docteur Sainte-Marie l’a administrée avec beaucoup de succès dans plusieurs épidémies de fièvre bilieuse. Aucune méthode thérapeutique n’a mieux répondu à ses vues que l'application des sangsues sur la région épigastrique , l’emploi de la poudre de Finke tous les matins , et une dose modérée de sirop de pavot tous les soirs.

Pastilles purgatives. Prenez, résine de scammonée d’Alep, six grains; teinture alcoholique de séné, quarante

gouttes ; carbonate de magnésie , un gros ; sucre blanc en poudre très-fine , deux gros et demi ; réglisse en poudre très-fine, huit grains ; gomme adragante, cinq grains ; essence d’anis, une très-petite goutte ; sirop de violette , quantité suffisante pour le mucilage : faites suivant l’art huit pastilles.

Elles conviennent particulièrement aux personnes sujettes aux régurgitations acides et à celles qui sont incommodées par des flatuosités. Alors, si l’on veut seulement combattre ces accidens , sans produire d’effet purgatif bien marqué, il suffit d’en prendre une ou deux le matin à jeun, et l’on aura encore par là l’avantage d’entretenir la liberté du ventre. Mais pour obtenir une véritable purgation, il faut prendre les huit pastilles , trois d’abord, trois autres au bout d’un quart d’heure, et les deux dernières un quart d’heure après. On les mâche , et l’on avale à chaque prise une cuillerée de bouillon. Lorsque la purgation commence, on la seconde en buvant par intervalles trois ou quatre tasses de thé léger ou de bouillon de veau.

Les docteurs Cottereau et Haas ont fréquemment employé ces pastilles dans leur pratique , et toujours avec succès. Les femmes et les enfans , qu’on évacue avec tant de difficulté , prendront ce purgatif sans répugnance.

Avant de terminer cet article , arrêtons-nous un instant sur quelques préparations qui ont joui d’une grande vogue dans les annales de la médecine empirique ; nous dirons ensuite un mot de quelques autres médicamens que nous devons aux charlatans contemporains.

Cornacliini, médecin de Pise , a été l’inventeur d’une poudre qui consiste dans un mélange de scammonée , de crème de tartre et d’antimoine diaphonique. Elle a été tour à tour désignée sous les noms de poudre Cornachini, poudre du comte de W at'wick , poudre de tribus, poudre des trois diables. On 6’en sert encore quelquefois , et on la donne depuis douze grains jusqu’à un gros. Van Swieten la recommande contre les fièvres intermittentes rebelles ; il faut l’administrer quelques heures avant le paroxysme. Lautter a observé que ce remède dissipait quelquefois la fièvre sans provoquer la purgation. A la vérité les purgatifs drastiques peuvent supprimer une fièvre intermittente en excitant une sorte de trouble dans tout le système , en changeant ou en modifiant cette disposition particulière qui prépare et ramène les accès ; mais une semblable méthode n’est pas sans danger-, il faut l’abandonner aux empiriques.

Nous devons une poudre non moins fameuse à Ailliaud , médecin provençal , qui fit avec ce remède une fortune considérable. C’est un mélange de scammonée , de jalap et de suie : la suie n’est là que pour masquer les autres ingrédiens. La gazette d’Avignon inscrivait périodiquement les miracles de cette poudre, et les révélait aux châteaux, aux couvens , aux presbytères , etc. On la disait excellente pour évacuer les humeurs surabondantes ou viciées; le sang, labile, l’atrabile , la pituite , les glaires. Elle guérissait l’apoplexie , la paralysie, l’hydropisie , la goutte, le rhumatisme , la gravelle -, enfin elle convenait à toutes les maladies. Les seigneurs et les curés de village, les

propriétaires ruraux en étaient abondamment pourvus, afin de n’en pas manquer dans les circonstances graves. Le règne de cette drogue a duré plus de cinquante ans. La poudre d’Ailhaud a fait un mal affreux, parce qu’on l’appliquait indistinctement à toutes sortes de maladies; eh bien ! le temps seul a pu en faire justice. Il faut au public des remèdes énergiques qui l’agitent et le purgent, qui le guérissent ou le tuent promptement.

La réputation de ces poudres s’étant usée peu à peu, de nouveaux industriels sont venus nous offrir à peu près les mêmes remèdes sous des noms différens. Les uns y ont joint l’émétique , les autres la gomme-gutte , afin d’en augmenter la force. On connaît notre opinion surleremède de Leroy; nous en avons assez dit sur cette mauvaise drogue qui a enfanté Y élixir anti-glaireux et le toni-purgatif.

L'élixir anti-glaireux n’est pas moins nuisible : c’est un composé de substances drastiques et d’alcohol. On le distribue dans les villages, dans les hameaux, où les violens purgatifs sont encore plus pernicieux que dans les villes , parce que la plupart des habitans des campagnes , livrés à de rudes travaux qui les exténuent, usant d’un régime alimentaire peu substantiel, reçoivent un plus grand dommage de l’emploi des drastiques.

Le toni-purgatif a paru presque en même temps ; il faisait aussi son tour de France ; il ravageait nos bourgs, nos villages; mais sa fortune baisse depuis que son inventeur n’est plus là pour le faire prospérer. Un remède toni-purgatif! C’est pourtant avec un nom faux, ridicule et barbare qu’on attire ces pauvres ma-

PHYTO GRAPHIE

lades qui sont bien-aises d’être à la fois purgés et fortifiés. Toutes ces antithèses médicales ne sauraient faire naître le moindre doute dans leur esprit : une annonce emphatique leur a garanti les effets du remède! Mais , chose déplorable ! on a vu des chefs de corps , des colonels , des chefs d’atelier, imposer, pour ainsi dire , ces mauvaises préparations à leurs soldats , à leurs ouvriers, comme des médicamens merveilleux.

Tous les médecins qui ont étudié et observé leur action physiologique ne peuvent que les ranger parmi les poisons. Quelques succès ne prouvent rien; les drastiques administrés sans choix ni méthode produiront presque toujours les plus funestes effets.Cependant on distribue au public des bouteilles entières de ces élixirs dont quelques cuillerées suffisent pour tuer un malade. On a vu une infinité de malheureux qui dès les premières doses ont été pris d’une gastro-entérite mortelle; d’autres, réduits à vivre d’un peu de bouillon et de lait, ont traîné un vie languissante pendant plusieurs années ; d’autres ont conservé dans le système nerveux une susceptibilité telle, que le plus léger mouvement, la moindre intempérance de l’air, leur causent des douleurs , des spasmes et un malaise universel.

Certes , la médecine et la pharmacie , professions si honorables et si utiles qui exigent de longues études et de grands sacrifices , ne sauraient plus long-temps résister aux empiétemens du charlatanisme , et elles sont menacées d’une ruine prochaine , si quelque loi tutélaire ne vient bientôt à leur secours. On se plaint de l’insuffisance des hôpitaux; des personnes riches

et charitables créent de nouveaux refuges pour les ouvriers malades; mais que l’autorité proscrive toutes ces drogues qui ruinent la santé des classes laborieuses et les réduisent à l’état de misère , il y aura souvent des places vides dans les hospices.

LISERON TÜRBITH. CONTOLTULUS TURPETHUM.

Convolvulus turpethum. Linn. Spec. 221. Blackw. t. 397.

— Convolvulus alatus , maximus. Herm. Lugd. 177.

Ce liseron a des racines ligneuses peu ramifiées , recouvertes d’une écorce brune et épaisse : elles s’enfoncent en serpentant dans la terre , à la profondeur de cinq ou six pieds, et laissent fluer, lorsqu’on les brise, un suc laiteux et gluant. Du collet de ces racines s’élèvent des tiges grêles , sarmenteuses , qui rampent à terre ou grimpent sur les arbrisseaux et les arbres voisins. Les feuilles sont anguleuses, crénelées, pointues, molles, couvertes d’un duvet soyeux et blanchâtre , portées sur des pétioles ailés , creusés en gouttière. Les fleurs sont axillaires, pédonculées, environnées , presque immédiatement au-dessous du calice , de deux bractées ovales , qui leur servent d’involucre. Les corolles ont la forme et la grandeur du liseron des haies.

On trouve cette plante dans les Indes Orientales , à Ceylan , à la côte de Malabar, eic. Elle se plaît dans les lieux ombragés et humides. Les racines fraîches ont un goût d’abord douceâtre , ensuite piquant et nau-

30 PIIYTOGRAPHIE

séabond. Lorsqu’on les blesse, il en découle un suc abondant et visqueux qui devient jaunâtre en s’épaississant, et manifeste une saveur également nauséeuse et mordicante. Ces racines nous parviennent , desséchées , par la voie du commerce ; elles sont brunes au dehors, blanchâtres intérieurement , presque inodores, imprégnées d’une gomme-résine âcre et drastique.

Les médecins arabes employaient fréquemment cette espèce de liseron, mais à peine figure-t-il aujourd’hui dans la matière médicale. Il est éminemment cathartique dans son pays natal, tandis qu’en Europe ses effets médicinaux sont très-variables parce qu’il est presque toujours sophistiqué : tantôt il purge faiblement , et tantôt avec une extrême violence.

Page 1