RENONCULE DES CHAMPS. RANUNCULUS ARFENS1S
Ranunculus arvensis. Linn. Spec. 780. DC. Fl. Fr. 4652.
Fl. Dan. t. 219. — Ranunculus echinatus. Crantz. Stirp.
Austr. p. 95. n. 13.
Sa tige est cylindrique , droite , rameuse , légèrement pubescente, haute d’environ un pied, garnie de feuilles glabres, pétiolées, finement découpées : les feuilles inférieures ont les découpures moins étroites , et les radicales sont simplement partagées en trois lobes oblongs et trifides. Les fleurs , assez nombreuses , et d’un jaune pâle , terminent les rameaux , et sont attachées à des pédoncules filiformes, pubescens. Les semences sont comprimées, hérissées latéralement de pointes nombreuses.
Cette plante est commune dans les champs , au milieu des moissons. La racine a beaucoup moins d’âcreté que les feuilles et les fleurs. Le suc exprimé de l’herbe récente brûle , corrode la langue, fait enfler les lèvres, excite une douleur vive et permanente dans toutes les parties de la bouche. Ce suc est mortel poulies chiens, à la dose d’une once. En ouvrant ces animaux , on trouve l’œsophage enflammé, la tunique interne de l’estomac rouge , livide , corrodée sur différens points. Le docteur Giulo , qui l’a observée dans les plaines du Piémont , dit qu’elle est encore plus pernicieuse que la renoncule âcre.
Presque toutes les renoncules sont âcres et vénéneuses. Après celles que nous venons de décrire , nous
devons signaler les espèces suivantes comme les plus remarquables.
Renoncule graminée. Ranunculus gramineus.
Linn. Sa tige, droite, cylindrique, glabre, porte à son sommet deux à quatre fleurs d’un jaune brillant. Ses feuilles sont linéaires , aiguës , assez semblables à celles des graminées. On la rencontre dans les pâturages secs et montagneux du midi de la France , dans les landes sablonneuses de la forêt de Fontainebleau, où elle fleurit en juin. Elle est presque aussi âcre que les espèces précédentes.
Renoncule d’illyrie. Ranunculus lllyricus. Linn. On la distingue à sa racine, composée de tubercules allongés , fasciculés ; à ses feuilles soyeuses , terminées ou divisées en trois lobes profonds , à lanières étroites, linéaires, aiguës. Les fleurs sont d’un jaune d’or, terminales, soutenues par des pédoncules pubescens. Elle croît en Allemagne et dans nos provinces méridionales. Ses propriétés se rapprochent de celles de la renoncule bulbeuse.
Renoncule des glaciers. Ranunculus glacialis. Linn. Sa tige , peu garnie de feuilles , porte ordinairement des fleurs assez grandes, blanches ou teintes de pourpre. Les feuilles radicales sont un peu velues , très-découpées , soutenues par de longs pétioles. Elle habite les Pyrénées, les Alpes du Dauphiné et de la Suisse. Ces deux dernières renoncules sont très-âcres. M. Vaivolet , le Nestor des botanistes de Lyon , qui a bien voulu nous en envoyer plusieurs échantillons cueillis dans les Alpes , a été témoin de leurs funestes effets.
Renoncule à feuilles d’aconit. Ranunculus aconitifoUus. Linn. Cette espèce a une tige élevée , droite, cylindrique , rameuse ; des feuilles amples, palmées , à trois ou cinq lobes pointus et dentés en scie ; des fleurs d’un blanc pur et fort jolies. Elle croît dans les Alpes, dans les Pyrénées et dans plusieurs de nos départemens méridionaux. On la cultive dans les jardins sous le nom de bouton d’argent. Elle est aussi âcre que la renoncule bulbeuse. Lorsqu’on la déguste , on éprouve aussitôt un sentiment de feu qui se répand dans toute la bouche, et qui est bientôt suivi d’une douleur persistante. L’herbe et les fleurs appliquées sur la peau y excitent promptement des ampoules. Cultivée dans les jardins , et même dans certaines localités, cette plante est beaucoup moins corrosive.
Renoncule aquatique. Ranunculus aquatilis. Linn. Cette renoncule a de nombreuses variétés. Ses feuilles sont tantôt divisées en lobes cunéiformes , tantôt linement découpées. Les fleurs ont une corolle blanche , ouverte , à pétales arrondis , marqués d’un onglet jaune. Les fruits sont petits, nombreux, un peu comprimés, ovoïdes et ridés à leurs deux faces. On trouve cette plante dans les lieux inondés , dans les étangs , dans les rivières ; elle a plus ou moins d’acrimonie, suivant son habitation. Dans les eaux stagnantes, elle devient très-délétère ; ses principes actifs résident spécialement dans les fleurs.
On cultive une infinité de renoncules, et surtout la renoncule d’Asie , qui se reproduit sous des variétés si brillantes dans les parterres. Toutes ces fleurs s’a-
doucissent par Ja culture, mais elles ne sont pas entièrement dépourvues d’âcreté.
Nous avons dit que les renoncules étaient pernicieuses pour le bétail; nous devons ajouter ici que ces plantes âcres ravagent quelquefois au printemps des troupeaux entiers , et que la véritable cause de ce désastre est ordinairement ignorée des cultivateurs. Dès que la pointe des herbes commence à paraître dans les prairies , on se hâte d’y conduire les bestiaux ; et , comme les fourrages secs ont été leur principale nourriture pendant presque tout l’hiver , ils sont tellement affamés d’herbes fraîches , qu’ils dévorent indistinctement tout ce qu’ils rencontrent. Les renoncules, qui jouissent alors de toute leur force corrosive , leur causent des tranchées , des inflammations viscérales , et les tuent même assez promptement. Les remèdes les plus utiles sont alors une décoction de son , dont il faut gorger ces animaux , et des lavemens émolliens répétés.
Lorsqu’on a avalé par imprudence ou par mégarde quelqu’un de ces poisons , il faut également employer la méthode adoucissante et antiphlogistique ; boire avec profusion du lait coupé , des décoctions mucilagineuses. Les ulcères profonds , opiniâtres , causés par l’application extérieure des renoncules, se guérissent par le baume du Pérou.