‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 56 sur 75 · ANÉMONE DES PRÉS. ANEMONE PRATENSIS · texte numérisé non relu

ANÉMONE DES PRÉS. ANEMONE PRATENSIS

Anemone pratensis. Linn. Spec. 760. DC. Fl. Fr. 4609.

Fl. Dan. t. 611.

(Planche 91.)

Cette plante a une racine allongée et fibreuse. Les feuilles, attachées à de très-longs pétioles , sont deux fois ailées, à folioles étroites , aiguës , inégalement divisées, et d’un vert foncé. Les tiges, velues, faibles, hautes de quatre à six pouces et d’un brun verdâtre, se terminent par une fleur d’un violet foncé ou d’un rouge-brun , penchée , un peu velue en dehors , et dont les pétales sont réfléchis au sommet. La collerette qui ceint la tige est distante de la fleur d’environ un pouce, et divisée en plusieurs lanières inégales , étroites et velues. Cette anémone croît sur les pelouses sèches , exposées au soleil. On la trouve dans plusieurs départemens de la France , en Suisse, en Allemagne , etc.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

L anémone des prés est aussi âcre que l’espèce précédente. Si l’on mâche l’herbe fraîche, elle enflamme toutes les parties de la bouche. Appliquée sur la peau , elle y produit un effet vésicant très-prompt. Heyer en a obtenu une substance particulière qu’il a désignée sous le nom d 'anémonine. Elle s’offre sous la forme d’une poudre blanche , cristalline , insipide , volatile , inflammable , analogue au camphre. D’après Storck , l’eau distillée d’anémone dépose des cristaux blancs , d’une âcreté extrême.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Cette plante vénéneuse a été l’objet d’un grand nombre d’expériences. Storck a fait les premiers essais; parmi les observations qu’il a recueillies , il en est qui constatent d’une manière évidente son efficacité dans quelques cas de paralysie des membres et d’ affections chroniques des yeux. Elle a guéri des cataractes commençantes , des maladies cutanées rebelles , de vieux ulcères, des douleurs invétérées, etc. Pendant l’usage de ce remède , les urines coulaient avec plus d’abondance; quelquefois il excitait des tranchées et une légère diarrhée , qui était ordinairement salutaire. Storck administrait l’infusion , l’eau distillée et l’extrait de la plante. L’eau distillée, donnée depuis deux gros jusqu’à une once, deux ou trois fois par jour , produisait quelquefois des nausées, des vomissemens ; mais, lorsqu’on pouvait la supporter, elle se montrait salutaire contre la paralysie, les tophus vénériens , les douleurs

nocturnes des membres. Il prescrivait l’extrait , réduit en poudre avec du sucre , de la manière suivante : Prenez , extrait de pulsatille ( anemone pratensis ), quinze grains ; sucre blanc , un gros ; mêlez et triturez exactement. On prenait cette poudre d’abord à la dose de deux grains, deux ou trois fois par jour , et on parvenait peu à peu jusqu’à trente grains et davantage en vingt - quatre heures. On préparait l’infusion de la plante d’après le mode suivant : Prenez , herbe sèche de pulsatille incisée , un gros ; faites infuser pendant un quart d’heure avec une livre d’eau bouillante dans un vase exactement fermé. Le malade prenait trois fois par jour trois ou quatre onces de cette infusion, légèrement sucrée. On élevait quelquefois la dose des feuilles jusqu’à demi-once 5 mais , ainsi concentrée , elle causait du malaise. Ce remède, employé intérieurement et en lotion sur les ulcères sordides , produisait quelquefois d’excellens effets. On essaya les mêmes lotions contre la teigne , mais il fallut y renoncer ; elles enflammaient la peau , et causaient de violens maux de tête.

Depuis les expériences de Storck, on a essayé l’infusion et l’extrait soit de l’anémone pulsatille, soit de l’anéinone des prés ; mais tant s’en faut qu’on ait obtenu les mêmes succès. Plusieurs malades n’ont pu supporter l’action irritante de ces médicamens , qui leur causaient des douleurs d’entrailles, des mouvemens spasmodiques, de violentes céphalalgies. Dans d’autres circonstances , l’extrait n’a paru produire , même à fortes doses , aucun effet sensible. Storck recommande expressément de ne point employer la pre-

MÉDICALK.

mière espèce ( anemone pulsatilla ) , dont l’action médicamenteuse n’est point la même. Suivant Gilibert , on n’employait à Lyon que l’extrait de celle-ci , qui est beaucoup plus commune , et qui a des propriétés analogues. Au reste, les expériences négatives ne suffisent point pour détruire les faits que Storck a recueillis. Avant de prononcer définitivement sur ces plantes énergiques, il faudrait se livrer à de nouveaux essais , administrer comparativement les deux espèces , et surtout n’employer que des extraits préparés avec soin.

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