PIVOINE OFFICINALE. PÆONIA OFFICINALIS
Pceonia officinalis. Linn. Spec. 747. DC. Fl. Fr. 4685.
Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 304. Bonpl. Malm. t. 1.
(Planche 109.)
Ses tiges sont hautes d’un à deux pieds , rameuses , striées, quelquefois un peu rougeâtres, garnies de feuilles presque deux fois ailées , divisées en folioles ou en espèces de lobes oblongs , elliptiques ou lancéolés , d’un vert gai en dessus, plus pâles en dessous. Les fleurs sont grandes , d’un rouge vif, solitaires à l’extrémité de la tige et des rameaux. Les fruits sont formés par deux ou trois capsules ovales et velues. La variété qui porte le nom de pivoine mâle a des feuilles plus larges , plus épaisses , à lobes entiers et non divisés. Les capsules sont un peu courbées à leur sommet.
La pivoine officinale croît dans les bois et dans les montagnes des provinces méridionales de la France. On cultive dans les parterres plusieurs variétés à fleurs doubles.
Cette plante a des racines tuberculeuses , charnues , napiformes, recouvertes d’un épiderme rougeâtre, blanches intérieurement. Ces racines ont, dans leur
fraîcheur, une odeur forte , nauséeuse , un peu narcotique, une saveur âcre et amère. En séchant, elles perdent leur odeur, mais elles conservent leur amertume. L’usage de la pivoine remonte à la plus haute antiquité. Suivant les poètes, elle tire son nom du médecin Pæon, qui s’en servit pour guérir Pluton blessé par Hercule.
Galien a beaucoup trop loué les vertus de cette plante , et l’on ne croit point à la guérison qu’il dit avoir opérée sur un enfant sujet à des mouvemens convulsifs, en lui faisant porter un collier de racines de pivoine. Le fait avancé par le médecin de Pergame est sans doute extraordinaire ; cependant , loin de partager l’opinion de quelques auteurs modernes, qui prétendent que la pivoine est dénuée de toute espèce de propriétés, je pense, au contraire, que les racines fraîches contiennent un principe volatil dont l’impression doit être énergique sur le système nerveux. J’en trouve la preuve dans un exemple que me fournit le professeur Fodéré. Un de ses malades , attaqué d’une maladie convulsive , perdit tout à coup le sentiment et le mouvement après avoir avalé une tasse d’infusion de deux gros de racine de pivoine. On ne parvint à le rendre à la vie qu’après un long séjour dans un bain chaud. Je lis également dans les Êphémérides d’Allemagne ( décur. 2 , ann. 7 ) qu’un jeune militaire ne pouvait respirer l’odeur forte et volatile de la pivoine sans être affecté de syncope et de sueurs froides.
On peut conclure de ces faits que la racine de pivoine n’est point une substance indifférente 5 qu’elle est au contraire pourvue de principes très-actifs, surtout lorsqu’elle est fraîche; mais qu’on a besoin de nou-
velles expériences qui constatent ses facultés thérapeutiques. Hippocrate la prescrivait contre l’hystérie et l’engorgement des viscères. Quelques modernes assurent l’avoir employée utilement dans les affections convulsives. Venel lui-même, après avoir traité Galien de charlatan , ne refuse point à la pivoine des propriétés actives , et Peyrilhe la met au nombre des médicamens héroïques.