‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 63 sur 75 · PI I Y TO GRAPHIE · texte numérisé non relu

PI I Y TO GRAPHIE

cette conclusion. Ce chimiste a extrait l’aconitine des feuilles sèches de l’aconit napel par le même procédé qui a servi à préparer l’atropine avec la racine de belladone.

L’aconitine est blanche , grenue, transparente, présentant l’éclat du verre, inaltérable à l’air, inodore, d’une saveur amère , puis âcre ; mais cette âcreté n’est ni aussi forte , ni aussi persistante que celle de la plante. Le principe âcre est intimement uni à l’aconitine impure; mais en combinant à plusieurs reprises cet alcali avec les acides, et décomposant le sel formé, on enlève peu à peu l’âcreté. L’aconitine pure est extrêmement vénéneuse : un dixième de grain tue un moineau avec la rapidité de l’éclair. Portée sur l’œil , elle produit une dilatation momentanée de la pupille. Elle est facilement fusible, non volatile, et fournit des produits ammoniacaux à la distillation sèche. Elle est peu soluble dans l’eau, et se dissout au contraire en abondance dans l’alcohol ou l’éther. Ses solutions sont alcalines. La solution aqueuse n’est pas précipitée par l’hydrochlorate de platine. L’acide nitrique dissout l’aconitine sans la colorer. L’acide sulphurique la colore d’abord en jaune , puis en rouge amaranthe sale. Elle neutralise complètement les acides , et forme des sels qui ont paru incristallisables comme l’aconitine elle-même. ( Joum . de PJiarm., mars 1 834-)

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

Tontes les parties de l’aconit napel sont âcres et vénéneuses. Lorsqu'on mâche les racines ou les feuilles dans leur état de fraîcheur, on éprouve , suivant Hein-

hold ( Dissert . de aconito napello ), une sorte d’engourdissement à la langue , aux lèvres , aux gencives et au palais ; cet engourdissement est mêlé d’une chaleur brûlante , qui se fait particulièrement sentir à la base de la langue pendant plusieurs heures.

D’après les expériences tentées sur les animaux par Wepfer, Sproegel , Brodie , Orfila , le baron Larrey, la racine de l’aconit napel, le suc exprimé delà plante , ou son extrait préparé avec soin , attaquent spécialement l’appareil nerveux , produisent une irritation plus ou moins vive , quelquefois une inflammation intense des parties avec lesquelles ils sont en contact.

« Nous fîmes avaler un demi-gros d’extrait d’aconit à un chien épagneul de moyenne taille et adulte. Il s’assoupit peu de momens après , puis s’éveilla en sursaut, jeta quelques cris, grinça des dents, s’agita en tous sens, éprouva des mouvemens convulsifs, et tomba dans un assoupissement léthargique, interrompu, à des distances plus ou moins éloignées, par des soubresauts dans les membres 5 le lendemain matin, nous le trouvâmes mort et raide, les membres étendus, les mâchoires serrées, et le ventre ballonné. L’ouverture de cet animal nous présenta .les vaisseaux du cerveau gorgés de sang noir et coagulé, les substances du cerveau colorées et d’une consistance plus ferme que dans l’état naturel; les poumons affaissés, d’un gris terne, vides d’air et de sang. Les cavités gauches du cœur étaient remplies d’un sang noir et presque concret; les cavités droites, au contraire, en contenaient fort peu. Les intestins étaient boursoufllés et d’un rouge verdâtre à l’extérieur ; la membrane mu-

queuse de l’estomac ëtait crispée , de couleur brune , et se détachait par lambeaux ; la vessie était pleine d’une urine de couleur brune, et donnant une odeur fétide. » (D.-J. .Lamie y, Mém. dechirurg. militaire ,t. 3, p. 216.)

L’aconit napel exerce sur l’homme une influence non moins funeste, et la culture modifie très-peu ses facultés délétères, comme on peut s’en convaincre par l’observation suivante.

Une dame anglaise avait invité sa nombreuse famille à dîner le jour de Noël. Au moment de se mettre à table (il était trois heures) , quelqu’un ayant parlé de raifort , elle envoya un de ses domestiques en chercher dans le jardin, en lui indiquant le lieu où il en trouverait. Celui-ci cueillit par méprise la racine d’aconit. Pendant le dîner, on fit quelques observations sur le goût du prétendu raifort , et un des convives s’imagina qu’on y avait mis du poivre de Cayenne. Toutefois on ne se doutait point de l’erreur jusqu’au moment où la dame de la maison se plaignit de malaise et de faiblesse dans les jambes. Bientôt après elle éprouva des maux de cœur qui furent suivis de vomissemens. A l’arrivée du médecin, la malade était très-agitée et couverte d’une sueur froide ; son cœur semblait avoir cessé de battre, ainsi que son pouls; il survint ensuite de fortes convulsions. Les spasmes ayant cessé un instant, on lui administra l’émétique; mais ce remède et tous les autres secours furent vains, elle expira à six heures du soir. Son beau-frère, qui avait mangé très- peu de la même racine, fut aussi malade ; mais son accident n’eut aucune suite fâcheuse. (Extrait du Courrier anglais du 10 janvier 182a.)

A la même époque, un événement non moins déplorable avait lieu à Halluin , village situé sur la frontière, à deux lieues de Lille. Une femme sexagénaire, son fds , son gendre et une voisine , prirent chacun un verre à liqueur d’esprit de grain , dans lequel on avait fait macérer par erreur de la racine d'aconit napel , coupée par tranches , au lieu de la racine de livêcbe. Trois de ces malheureux succombèrent deux heures après. Le fils seul ne mourut point -, il dut sa conservation au hasard , qui voulut que son verre ne fût pas aussi rempli que celui des autres , et aux soins qu’on lui prodigua. M. le docteur Pallas, qui rend compte de cet accident dans sa thèse inaugurale sur la classification des poisons , dit qu’ils éprouvèrent tous une sensation de brûlure dans la gorge, l’œsophage et l’abdomen , des envies de vomir , bientôt après des vomissemens et des selles accompagnés de cardialgie et de coliques violentes. Us avaient le visage gonflé et l’abdomen fortement ballonné.

L’œsophage, l’estomac etles intestins étaient rouges et très-enflammés. Les vaisseaux sanguins du conduit digestif étaient très-apparens , surtout les veines, qui semblaient être injectées. L’inflammation était bornée au cæcum exclusivement 5 les gros intestins contenaient une grande quantité de gaz. Le mésentère participait aussi à l’état inflammatoire. Le péritoine renfermait une grande quantité de sérosité jaunâtre. Les poumons étaient bleuâtres, violets en arrière, peu crépitans, et gorgés de sang. Le péricarde contenait une once environ de sérosité tirant sur le jaune. Le cœur rie présentait rien de remarquable, de même

que les gros vaisseaux qui s’y rendent. ( Extrait du rapport fait à M. le procureur du roi par M. Degland , docteur en médecine à Lille. )

Bien que les fleurs d’aconit ne soient point odorantes, il est dangereux de les respirer, de les manier, d’en faire des bouquets , parce qu’elles contiennent un principe gazeux qui en s’exhalant peut affecter les nerfs et provoquer des symptômes graves, comme le démontre le fait suivant.

Plusieurs jeunes fdles, en allant sur la Dent de Vaulion ( le point le plus élevé du Jura ) , cueillirent des fleurs de napel, et en firent des bouquets. Peu de temps après , elles éprouvèrent un sentiment de lassitude et d’extrême faiblesse. Elles furent obligées de s’asseoir, ne pouvant plus marcher 5 elles eurent des maux de cœur, des défaillances. Heureusement pour ces pauvres filles , il survint un voyageur qui , ayant reconnu la cause de leur mal , s’empressa de jeter au loin les bouquets de fleurs , et leur donna ensuite un peu devin. ( Viridet, de Morte subitd eæ nimio violarum odore. )

Au rapport de M. le professeur Fodéré, une femme affectée d’un ulcère à la matrice éprouva des accidens fâcheux après avoir fait usage pendant plusieurs jours de l’extrait d’aconit , d’abord à la dose d’un quart de grain , et graduellement à celle de deux grains et demi. Ces faibles doses suffirent pour déterminer des éblouissemens, des défaillances, le météorisme du bas-ventre, des douleurs utérines avec gonflement des glandes inguinales , et enfin une perte très-abondante. ( Traité de médecine, légale, tome 3, page 4^7.)

On trouve des faits analogues dans les Commentaires de Matliiole, dans les Transactions philosophiques, etc. Waller ( de Fundamentis agricultures chemicis ) observe que l’aconit napel a moins de virulence dans le Nord que dans les pays méridionaux. Cela nous paraît assez probable; mais nous ne saurions néanmoins partager l’opinion de quelques auteurs qui prétendent qu’on le mange sans inconvénient en Pologne, en Russie, et même en Angleterre. En nous élevant contre la témérité de semblables témoignages, nous recommandons d’êcarter avec soin cette plante des jardins potagers.

ACONIT CAMMARUM. ACOtïlTUM CAMMARUM.

■dconilum cammarum. Linn. Spec. 751. Jacq. Fl. Austi . t. 424.

(Planche 104.)

Cet aconit a beaucoup de rapport avec l’espèce précédente. Sa racine est tubéreuse , napiforme , garnie de fibres noirâtres. Sa tige , un peu rameuse à sa partie supérieure , atteint quelquefois la hauteur de quatre à cinq pieds. Les feuilles sont palmées, assez grandes, d’un vert foncé, à découpures oblongues , cunéiformes, trifides et dentées. Les fleurs sont d’un bleu un peu rougeâtre, presque disposées en panicule au sommet de la tige et des rameaux ; leur casque est conique et allongé, les pédoncules portent plusieurs fleurs. L’aconit cammarum croît en Allemagne et dans plusieurs

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cantons de Ja Suisse. Haller observe avec raison que la figure de Storck exprime cette espèce , et non le napel.

C’est encore un dangerereux poison qu’on cultive dans quelques jardins. On l’a souvent confondu avec le napel , et l’on a attribué tantôt à l’un , tantôt à l’autre , les empoisonnemens dont les livres de médecine et d’histoire naturelle abondent. Ce qu’il y a de certain, c’est que ces deux espèces différentes sont également délétères. Il en est de même de Yaconitum neomontanum de Koelle, espèce assez commune en Allemagne, et qui a plusieurs traits de ressemblance avec l’aconit napel .

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Les observations recueillies par Storck nous ont prouvé que ces poisons , maniés prudemment , pouvaient être d’un grand secours dans quelques affections chroniques rebelles auxméthodesordinaires. Aprèsplusieurs essais sur ses propres organes, ce philanthrope administra avec un succès remarquable l’extrait de Yaconitum napellus , ou plutôt celui de Yaconitum cammarum , si l’on s’en rapporte à la figure qui accompagne ses observations , à divers malades attaqués de rhumatismes chroniques , de douleurs goutteuses violentes , d’engorgemens squirrheux des glandes, etc. Qui pourrait suspecter la véracité de Storck i1 II était bien moins occupé de sa gloire que du soulagement des malheureux. D’ailleurs les faits qu’il a recueillis ont eu pour témoins un grand nombre d’élèves , plusieurs médecins d’un mérite éminent , et le célèbre Van Swieten lui-même, qui applaudissait à de si nobles travaux.

Les témoignages des médecins de Strasbourg , Guérin , Ehrmann , Ehrhart , etc., ne sont pas moins favorables à l’aconit napel , dont l’extrait a dissipé des gouttes invétérées, des nodus, des tumeurs articulaires, des névralgies sciatiques, des rhumatismes accompagnés de douleurs atroces. Ce remède augmentait ordinairement la transpiration cutanée ; quelquefois il agissait comme diurétique ou comme laxatif. (Eeijvhold , Dissert, de Aconito napello. )

En effet , des observations ultérieures ont prouvé que l’aconit napel excite les fonctions des reins , provoque les sueurs , et quelquefois des irritations cutanées , des éruptions miliaires, qui contribuent à la guérison de la goutte ou du rhumatisme. Ces mouvemens critiques doivent être secondés par des boissons délayantes, apéritives , diaphoniques , et par un régime approprié. Mais, indépendamment de ces excrétions, qui d’ailleurs n’ont pas toujours lieu , l’extrait d’aconit ne se montre pas moins salutaire dans les maladies goutteuses les plus graves; ce qui dépend peut-être d’une vertu spécifique qui lui est propre : aussi Barthez le regardait comme un antigoutteux des plus puissans. Ce professeur dit avoir vu très-souvent cette substance vénéneuse dissiper les gouttes les plus opiniâtres sans produire des sueurs ni aucune autre évacuation sensible. Storck et Van Swieten avaient déjà fait la même remarque.

Le docteur Busch ( Recherches sur la nature et le traitement de la phthisie pulmonaire ) a proposé l’extrait d’aconit comme un moyen propre à calmer l’état de spasme des vaisseaux exhalans et absorbans

des organes de Ja respiration. En combattant cet état nerveux , qui se manifeste dans la première période de la phthisie pulmonaire , on parvient à arrêter les progrès de cette cruelle maladie. Ces vues thérapeutiques sont conformes à celles d’un médecin (i) que ses vastes

(l) M. Double est peut-être un des médecins qui ont le plus manié l’aconit. 11 emploie de préférence l’extrait que l’on fait venir de la Suisse. C’est plus particulièrement dans les maladies chroniques qu’il l’administre, et très-précisément pour remplir une indication générale fort commune dans cet ordre de maladies , laquelle a pour objet de calmer l’exaltation de la sensibilité , de diminuer l’irritation spéciale du système nerveux. Il remarque que cette excitation du système nerveux existe souvent dans l’économie indépendamment de l’excitation des autres systèmes, et indépendamment de l’excitation du système sanguin surtout. Cette distinction devient capitale en médecine clinique. C’est à ce titre qu’il a donné l’aconit avec avantage à certaine époque et dans certains cas de la phthisie pulmonaire , lorsque toute la maladie consiste encore dans l’élément nerveux fixé sur l’organe de la respiration. L’aconit convient dans les cas où il y a lésion du système lymphatique, ce qui est si commun dans les phthisics. C’est aussi en vertu des mêmes données qu’il obtient de grands succès de ce moyen , opposé à quelques cas d’affection rhumatismale aiguë , mais le plus ordinairement chronique. Ici les effets sont quelquefois snrprenans. Enfin il a combattu avec le môme avantage un grand nombre de maladies vénériennes rebelles, et même des écoulemens gonorrhoïqnes très-opiniâtres. Dans ces circonstances, il a quelquefois combiné l’aconit avec le sublimé, le plus souvent avec l’extrait de salsepareille , et avec l’extrait de douce-amère. Les cas où cette association lui a complètement réussi sont très-nombreux, et se répètent chaque jour dans sa pratique.

C’est le plus ordinairement sous la forme d’extrait que M. Double conseille l’aconit, et alors il le donne depuis un demi-grain , et en augmentant graduellement et lentement les doses, jusqu’à trois grains. Si les malades se plaignent de légers maux de tête , de frissons vagues , plus particulièrement ressentis au nez , à la langue et aux doigts, avec fourmillement, on même l’engour-

connaissances , la pureté de sa doctrine, et surtout son esprit observateur, ont placé parmi nos praticiens les plus habiles.

Les remèdes tirés des poisons, et particulièrement 1 aconit , ont quelquefois vaincu des affections syphilitiques rebelles aux préparations mercurielles les plus actives. Ce médicament est spécialement indiqué par la funeste alliance de la goutte avec la vérole. Il est dangereux d’insister alors sur le mercure , qui fait dégénérer la goutte et la rend incurable , en prolongeant ses attaques. Barthez a combattu cette complication , qui avait résisté aux antivénériens et aux antigoutteux ordinaires , en donnant l’extrait d’aconit seul , ou combiné avec la tisane des bois sudorifiques , et avec les préparations d’antimoine.

On trouve parmi les faits recueillis par Storck des exemples de tumeurs squirrheuses , d’ulcérations mammaires où l’extrait d’aconit a déployé une action thérapeutique peu commune. D’autres praticiens l’ont prescrit utilement contre les engorgemens de nature

dissementde ces parties , on doit ou suspendre l’usage de ce médicament, ou en diminuer les doses. Si le vertige devient manifeste, il faut recourir aux acides végétaux. Toutefois si, par ses bons effets, on éprouve le besoin de continuer l’aconit, il faut le donner avec assez de mesure pour éviter ces inconvéniens ; car, une fois qu’ils ont eu lieu, il suffit des plus légères doses poulies faire reparaître de nouveau. L’exaltation directe, du système sanguin est une puissante contre indication de l’aconit C’est surtout alors qu’il détermine le vertige , que l’on doit si soigneusement éviter. Lorsque M. Double n’est pas sur de la nature et des qualités de l’extrait, il emploie l’aconit en substance et en poudre , trois ou quatre grains soir et matin , et en élevant successivement les doses jusqu’à vingt ou vingt-quatre grains.

PHYTOGRAPHJE

scrophuleuse, les obstructions abdominales , les dartres invétérées , la paralysie , l’amaurose, etc. Administré à petites doses , il a presque entièrement dissipé en peu de jours une nyctalopie qui durait depuis plusieurs mois. (Voyez le Bulletin des sciences médicales , tome 4 -, page 3g3. )

On a également guéri des fièvres intermittentes invétérées avec l’aconit napel. Un jeune homme affecté depuis trois années d’une fièvre quarte , devenu maigre et cachectique , éprouvait dans les membres des douleurs lancinantes à chaque accès fébrile : on lui administra le napel , qui fit cesser la fièvre et les douleurs. Maison n’est point d’accord sur les doses qu’il convient de prescrire. Bergius faisait prendre cinq grains d’extrait toutes les deux heures; Collin en a donné jusqu’à un demi-gros par jour ; et d’autres médecins n’ont pas craint d’administrer la racine de la plante pulvérisée depuis un gros jusqu’à deux. ïteinhold s’élève avec raison contre cette pratique téméraire , qui peut occasioner les plus graves accidens.

On administre rarement l’aconit en poudre , mais on donne son extrait et sa teinture alcoholique. On peut employer indifféremment Xaconitum napellus ou l’ aconitum cammarum. L’extrait doit être préparé au bain-marie avec le suc exprimé de la plante, récoltée avant la floraison dans sa station naturelle , et non dans les jardins. La dose est d’abord d’un demi-grain ou d’un grain par jour, trituré avec du sucre ; ensuite on parvient insensiblement jusqu’à huit ou dix grains. Quelques médecins l’ont prescrit à de bien plus hautes doses sans inconvénient. Nysten en a donné trente-

MÉDICALE. 4SI

deux grains en une seule prise -, Stoll Jusqu’à sept scrupules dans lespace de vingt-quatre heures. Lorsque 1 extrait est récent et bien fait, il serait extrêmement dangereux de le donner à des doses aussi élevées. Mais la plupart des extraits obtenus des plantes vireuses sont inertes, soit par leur vétusté, soit par le peu de soin qu’on a mis à leur préparation, en sorte que , dans quelques officines , ils diffèrent à peine du roob de sureau brûlé (i).

La teinture alcoholique d’aconit se prépare en faisant digérer une once de feuilles récentes dans six onces d’esprit de vin. On en donne d’abord huit ou dix gouttes , et graduellement jusqu’à quarante , et plus.

Teinture d’ aconit éthérée de Trommsdorff. Prenez, feuilles récentes et incisées d’aconit, deux onces;

(1) J’avais conseillé l’extrait de la pomme épineuse ( dalura stramonium ) à une jeune dame affectée d’une névralgie de la face Elle en avait pris jusqu’à quinze et vingt grains à la fois sans aucun effet sensible. Je fis préparer par le pharmacien qui avait fourni ce médicament un nouvel extrait avec les semences de la plante. Les premières doses , qui n’étaient pourtant que de deux à trois grains , déterminèrent une chaleur âcre à la gorge, et la malade éprouva les jours suivans un tel état de malaise, d’engourdissement et de stupeur, qu’elle fut obligée de renoncer à ce remède. Il en est de même de l’extrait de jusquiame, qu’on a quelquefois administré à des doses effrayantes , et qui néanmoins a produit dernièrement , à la dose de quelques grains , des suffocations, des vertiges et des accidens nerveux, d’après le témoignage de M. le docteur Miquel , qui l’avait prescrit à un de ses malades. Les praticiens ne doivent pas oublier ces anomalies qu’on remarque dans l’action des extraits vénéneux ; elles peu • vent sans doute dépendre de l’idiosyncrasie individuelle, mais elles proviennent aussi de la mauvaise préparation de ces médi-

alcohol, trois onces; faites digérer pendant huit jours dans un vase hermétiquement fermé. Passez avecexpression, fdtrez, et ajoutez ensuite une once d’éther acétique.

Solution d’extrait d’aconit stibiée de Richter. Prenez ^ extrait d’aconit, demi-gros; vin stibié, une once. La dose est de vingt k trente gouttes, et plus, qu’on prend matin et soir dans une tasse de tisane de salsepareille, de gayac, de sassafras, ou autre boisson appropriée.

Pilules d’extrait d’aconit de Stoll. Prenez, extrait d’aconit, oxyde d’antimoine hydro-sulfuré orangé, de chaque , un gros. Mêlez et incorporez avec suffisante quantité de sirop d’œillet pour former une masse , que vous diviserez en pilules du poids de deux grains chacune. On les emploie contre les douleurs rhumatismales, les dartres et les affections syphilitiques invétérées. La dose est de deux pilules , trois fois par jour. Immédiatement après chaque dose, on boit une tasse de décoction de bardane , de patience , de douce-amère ou de salsepareille. Cette composition provoque des sueurs grasses et fétides, et quelquefois aussi desselles. Lorsqu’elle excite le vomissement, on ne donne qu’une pilule chaque fois.

L’aconit napel tient une des premières places dans la pharmacopée homœopathique ; c’est avec son extrait que la nouvelle secte prépare ses atomes médicinaux , atomes d’une action merveilleuse contre l’inflammation aiguë du poumon. Qu on les applique à certaines aberrations nerveuses, è quelque? affections vagues, indéterminées, à la bonne heure; le temps et

la nature peuvent venir à l’aide du malade ; mais en présence d’une violente pneumonie donner un décillionième de grain d’aconit, c’est-à-dire s’en rapporter à l’énergie vitale pour dégorger le poumon , c’est le comble de l’extravagance. Sans doute le malade peut ne pas mourir, la nature a des ressources infinies ; mais , lorsque cela arrive , comment osez-vous proclamer ce succès? Vous l’avez dérobé à la nature.

ACONIT TUE-LOUP. ACON1TVM LYCOCTONUM.

Aconitum Ijcoclonum. Linn. Spec. 750. DC. Fl. Fr. 4679.

Jacq. Fl. Austr. t. 380.

(Planche io5.)

Cette espèce a une tige cylindrique , feuillée , un peu rameuse, haute de deux ou trois pieds. Les feuilles sont très-larges , arrondies, pétiolées, palmées, pubescentes , à trois ou cinq lobes pointus , incisés et dentés, d’un vert sombre ou un peu noirâtre. Les fleurs sont velues, d’une couleur jaunâtre , disposées en grappes terminales. La division supérieure du calice est allongée en manière de toque ou de bonnet presque conique , obtus à son sommet , pubescent et anguleux , ou ridé 5 les autres sont légèrement pubescentes en dehors , et fortement barbues en dedans vers leur sommet. Les deux pétales supérieurs sont cachés dans le casque , qu’ils traversent en diagonale; leur sommité se roule en arrière en forme de spirale; le limbe du pétale est oblong , presque entier.

L’aconit tue-loup croît dans les montagnes de l’Al-

sace, de l’Auvergne, du Dauphiné, et des provinces méridionales de la France. On le rencontre fréquemment dans les lieux couverts et montueux de la Suisse.

D’après les recherches chimiques de M. le docteur Pallas, la racine de cette espèce d’aconit a donné une matière huileuse noire; une matière verte ayant de l’analogie avec celle du quinquina ; une matière ayant de l’analogie avec les alcalis végétaux ; de l’albumine végétale ; du muriate , du sulfate , du malate de chaux , et de l’amidon.

Cet aconit est vénéneux pour l’homme et la plupart des animaux ; il fait périr les loups , les chiens , les chats, etc. Suivant Mandoza, écrivain espagnol, les chasseurs des montagnes de Grenade empoisonnent leurs flèches avec l’aconit tue-loup , qu’ils appellent yerva de baleste, herbe par excellence. Les animaux blessés avec ces flèches éprouvent un engourdissement subit, accompagné d’une prostration extrême des forces, qui se termine par la mort.

ACONIT ANTHORA. ACONITUM ANTHORA.

Aconitum anthora. Linn. Spec. 751. DC. Fl. Fr. 4681.

Jacq. Fl. Austr. t. 382.

(Planche 106.)

Sa racine , composée de tubercules anguleux , pousse une tige cylindrique , droite , rameuse , feuillée , pubescente, haute d’environ un pied. Les feuilles sont palmées, à cinq ou sept lobes divisés en segmens profonds , linéaires , pointus et divergens. Les fleurs sont

jaunes, pédonculées, disposées en petites grappes au sommet delà tige et des rameaux. Le calice est jaunâtre , velu en dehors ; le casque est très-convexe en dessus ; les deux pétales supérieurs (nectaires, Linm.) sont allongés , suivent la courbure du casque , se terminent par une crosse roulée en dehors , et portent en dedans un limbe qui a la forme d’un cœur renversé. Les fruits sont composés de cinq capsules.

Cette plante croît dans les Pyrénées, dans les montagnes de la Provence, de la Suisse, etc. Les anciens avaient présenté sa racine comme l’antidote du ranunculus thora; mais plusieurs faits recueillis par des auteurs modernes prouvent que cet aconit est lui-même un poison.

ACONIT DES PYRÉNÉES. ACONITUM PYRENAICUM.

Aconitum Pjrenaicum. Linn. Spec. 751. Lapeyr Fl. Pyr. t. 115. DC. Fl. Fr. 4680.

Cette espèce a beaucoup de ressemblance avec l’aconit tue-loup, mais elle est beaucoup plus grande dans toutes ses parties. Son port , sa tête penchée, l’ampleur de ses feuilles, la forme et la disposition de leurs lanières qui se recouvrent, la figure de l’éperon, sulïisent pour séparer ces deux espèces. Les feuilles inférieures sont très-amples , divisées en sept ou onze lobes principaux, découpés eux-mêmes en trois ou cinq lanières palmées, divergentes et incisées. Les fleurs sont disposées en grappe rameuse à la base. Le casque est long, comparé à la longueur des autres parties ; son bord an-

lérieur se prolonge en un bec aigu et peu saillant ; l’éperon du capuchon est roulé en spirale.

On trouve cet aconit dans les Pyrénées ; il est aussi vénéneux que l’aconit tue-loup , auquel il ressemble.

AGONIT DE NEUBOURG. ACONITUM NEOMONTANUM.

Aconitum neomontanum. Willd. Spec. 2. p. 1236. Koell.

Aconit. 16. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 305. Pom.

Encycl. Suppl. 1. p. 114- — Aconitum napellus. Jacq.

Fl. Austr. t. 381.

On avait confondu cette espèce avec l’aconit napel ; elle en diffère par plusieurs caractères pris surtout dans ses fleurs. Ses tiges sont fermes, droites, allongées, garnies de feuilles amples , presque palmées , à découpures élargies, lancéolées, luisantes, d’un vert foncé en dessus, plus clair en dessous. Les fleurs , d’un violet foncé, forment un long épi lâche, rameux à sa base, presque en grappe; les pédoncules sont glabres, uniflores ; le capuchon est muni d’un éperon court , recourbé , obtus ; la lèvre lancéolée , roulée , bifide ; le casque glabre et convexe.

On trouve cette plante dans les forêts en Allemagne, dans la Carinthie , la Carniole , etc. ; elle croît aussi dans les Pyrénées , au Canigou, au port de Paillères , sur la montagne d’Averan , mais surtout à Saint-Sauveur et à Gavarnie, où elle a été observée parLapeyrouse. D’après ce botaniste, elle se reproduit , ainsi que le napel , sous une variété à fleurs blanches.

Toutes ces variétés sont délétères, ainsique l’aconit

paniculé de Lamarck ( aconitum tauricum, Willd.), à feuilles palmées , à cinq divisons profondes , à lanières trifides, incisées, à fleurs bleues ou violettes, munies d’un casque convexe. Cette dernière espèce croît en Hongrie et dans quelques contrées de l’Allemagne.

Toutes les espèces , variétés ou sous-variétés d’aconit sont plus ou moins vénéneuses ; nous n’exceptons pas même celles qu’on soumet à la culture. Un père de famille ne devrait jamais avoir de ces plantes dans son jardin. Nous avons vu dernièrement un pauvre petit enfant qui avait cueilli plusieurs fleurs de napel et qui allait les porter à sa bouche. D’après notre avertissement , une heure après tous les pieds d’aconit étaient arrachés.

Malgré la beauté de leurs fleurs , ces plantes ont quelque chose qui repousse la main prête à les cueillir. Leur odeur virulente et nauséabonde , leur feuillage velu , teint d’un vert lugubre , nous avertissent de les éviter. « Je ne sais , dit Bernardin de Saint-Pierre , si les embryons de leurs fruits ne présentent pas, dès les premiers instans de leur développement , des oppositions dures qui annoncent leurs caractères malfaisans : si cela est , ils ont encore cette ressemblance commune avec les petits des bêtes féroces. »

MÉTHODE CURATIVE

Toutes les parties des aconits , leur suc , leur extrait , convenablement préparés, peuvent donner lieu à l’empoisonnement. Leur impression délétère se porte à la fois sur les tuniques digestives , sur le cerveau et sur les nerfs. Les symptômes excités par ces poisons sont :

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une chaleur brûlante dans la gorge et dans les parties intérieures de la bouche, des nausées, des vomissemens, des douleurs viscérales plus ou moins vives, des défaillances, des sueurs froides, des vertiges, des mouvemens convulsifs, le trouble des facultés mentales, etc. Lorsque l’empoisonnement est récent , et que le malade n’a point vomi , il faut provoquer les contractions de l’estomac par des boissons délayantes émétisées. Si, au contraire , il y a eu des vomissemens abondans , et si l’appareil gastrique est violemment irrité , on s’en tiendra aux boissons adoucissantes, au lait coupé, aux lavemens émolliens, aux potions anodines. Les saignées générales ou locales, pratiquées avec sagesse, serviront à combattre les congestions imminentes. On opposera à la prostration des forces les toniques et les excitans.

ACTÉE.' ACTVÆA.

Calice à quatre folioles caduques. Corolle à quatre pétales. Un seul ovaire surmonté d’un stigmate sessile. Baie à une loge , renfermant plusieurs graines.

ACTÉE EN ÉPI. ACTAEA SPICATA.

Actœa spicata. Linn. Spec. 722. DC. Fl. Fr. 4686.

Fl. Dan. t. 498.

(Planche 107.)

Sa racine , droite , herbacée , un peu rameuse , a un ou deux pieds d’élévation. Ses feuilles sont glabres , d’un vert un peu luisant , deux ou trois fois ai-

lées, à folioles ovales, lancéolées, dentées en scie, et plus ou moins incisées. Les fleurs sont blanches, petites, pédonculées, disposées en épi court et ovale-, les étamines sont plus longues que la corolle. Les fruits sont des baies noirâtres dans leur maturité. Cette plante croît dans les bois montagneux de presque toute la France. Ses racines , noirâtres , un peu ligneuses , sont quelquefois substituées à celles de l’hellébore noir.

L’actée en épi, qu’on appelait autrefois herbe de saint Christophe , jouit de propriétés vénéneuses trèsénergiques. Les feuilles exhalent une odeur fétide lorsqu’on les froisse entre les doigts ; elles sont amères, âcres et vésicantes. La racine, récemment cueillie, purge à la manière des hellébores. Administrée à forte dose , elle peut donner lieu aux plus graves accidens. Les fruits sont narcotiques ; ils ont produit le délire et la mort.

L’actée à grappes ( actœa racemosa , Linn.) , qui croît dans les lieux humides du Canada , de la Floride, de la Virginie , est également délétère. Schœpf dit que les Américains se servent de la racine pour purger les chevaux.

PHYTOGRAPH1E

POPULAGE. CALTHA.

Calice nul. Pétales au nombre de cinq, ou davantage. Cinq à douze capsules comprimées , pointues , ouvertes.

POPULAGE DES MARAIS. CALTHA PALVSTRlS.

Caltha palus tris. Linn. Spec. 784. DC. Fl. Fr. 4684.

Fl. Dan. t. 668.

(Planche 108.)

Voici le mois d’avril. L’hirondelle revient des régions australes , portée sur les vents embaumés. Déjà le coucou fait entendre sur les collines son chant monotone •, les pelouses reverdissent près des ruisseaux, et au milieu des cressons , des menthes , des cardamines , de toutes ces herbes pleines de vie , de santé, de fraîcheur, le souci des prés vient étaler ses corolles d’or.

Cette plante , d’un extérieur robuste , fort commune le long des ruisseaux , dans les lieux marécageux , dans les pâturages humides , a des racines blanchâtres et fibreuses, d’où s’élèvent des tiges cylindriques , creuses, un peu rougeâtres, hautes d’environ un pied. Les feuilles , attachées à de longs pétioles , sont d’un vert glacé , grandes , arrondies , réniformes , crénelées , quelquefois simplement ondulées , et presque entières. Les fleurs sont d’un beau jaune lustré , composées de cinq pétales oblongs , d’un grand nombre d’étamines , et de dix à douze ovaires , qui se convertissent en capsules polyspermes.

On la désigne sous différens noms. Celui de popu-

lage dérive de populus , peuplier, c’est-à-dire plante qui croît aux lieux humides parmi les peupliers. Le nom de souci des prés lui vient de la couleur de sa corolle. Celui de caltlia est syncopé d’un mot grec qui signifie corbeille ; en effet sa fleur ressemble en quelque sorte à une corbeille d’or. On l’appelle en anglais inary-gold, or de Marie, parce qu’elle paraît au printemps , vers la fête de la Vierge. On la cultive pour ses belles fleurs d’un jaune satiné -, elle réclame un sol un peu humide.

On doit ranger cette plante parmi les poisons âcres. Haller, Ehrhart, Allioni, Giulo, Caels, Brugmans, assurent qu’elle est dangereuse pour les bestiaux. Toutefois Gmelin dit que les chèvres, les moutons, les bœufs la mangent sans inconvénient, ce qu’il faut peut-être attribuer à la nature du sol ou à l’âge de la plante. Lorsqu’elle sort de terre , elle n’a presque point d’âcreté; mais elle devient virulente et corrosive à mesure qu’elle approche de la floraison. Les bestiaux qui la broutent alors éprouvent des tranchées , des phlogoses viscérales. Caels observe que , dans la grande disette des fourrages, les vaches y touchent à peine, et que, si elles en mangent , elles sont attaquées d’une inflammation violente dans l’œsophage et le ventricule, qui les fait périr. ( Dissertatio de plantis Belgii venenatis .)

Brugmans a éprouvé sur lui-même l’herbe naissante , à forte dose , sans en être incommodé ; mais une trèsfaible quantité de la plante adulte lui a causé un si grand malaise, qu’il a craint de continuer ses expériences. ( Dissertatio physico -botanica. )

PIVOINE. PÆONIA.

Calice à cinq folioles persistantes. Corolle à cinq pétales, ou plus. Deux à cinq ovaires, chargés de stigmates épais. Capsules ovales, ventrues, cotonneuses, contenant plusieurs semences arrondies et luisantes.

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