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somnifère abonde dans les jardins et dans tous les lieux cultivés. On en distingue deux variétés : l’une, qu’on nomme pavot blanc , a des capsules ovoïdes et des semences blanches ; l’autre s’appelle pavot noir, et produit des capsules globuleuses avec des semences noires.
La connaissance de cette plante remonte à la plus haute antiquité. Homère compare le jeune guerrier mourant dans les combats au pavot qui penche sa tête chargée de fruit et des rosées du printemps. Virgile fait la même comparaison , et la rend encore plus touchante daus son admirable épisode de Nisus etEuryale. Mais les anciens n’avaient pas seulement remarqué la grâce et l’élégance du pavot , ils connaissaient également ses propriétés narcotiques, et ils savaient qu’il pouvait donner la mort. Aussi Virgile lui donne quelquefois l’épithète de lethæum ; Ovide , celle de soporijerum. On croit même que le nepenthes d’Homère n’est autre chose que l’opium, ouïe suc tiré, par incision, des capsules de la même plante.
Ovide fait fleurir le pavot devant la caverne du Sommeil. La Nuit humide en cueille les sucs assoupissans, et les répand dans tout l’univers.
Ante fores antri fecundi papaveraflorent lnnumerteque ht y b ce , quarum de lacté soprrem JYux legil, et spargil per opacas humida terras.
On cultive le pavot sommifère dans les jardins , pu il se reproduit sous les formes les plus pittoresques. Ses fleurs varient dans toutes les nuances ; il y en a de blanches , de roses , d’un rouge pourpre , de panachées-, d’autres dont les bords se colorent de rose , de
violet ou d’un rouge plus ou moins vif sur un fond blanc. Toutes ces fleurs passent vite , ne durent qu’un jour, mais elles se renouvellent successivement sur la même tige 5 et rien n’est plus agréable à l’œil qu’une vaste plate-bande ornée de pavots de diverses teintes.
Les propriétés narcotiques du pavot résident dans un suc laiteux très-amer, d’une odeur vireuse, contenu dans les feuilles, les pédoncules, la tige, et principalement dans le fruit. Les semences, bien mûres, donnent une huile douce , agréable , qui ne partage point la qualité narcotique des capsules. Elle est connue sous le nom à' huile d’œillet (1), et forme une branche importante de commerce pour la Flandre.
Dans les contrées orientales, dans laNatolie, dans la Perse, dans les provinces voisines de l’Égypte, la récolte du suc de pavot se fait ordinairement vers la fin de l’été. On l’obtient en pratiquant le soir plusieurs incisions sur la superficie des capsules avant leur parfaite maturité. Il découle de ces blessures une liqueur d’un jaune pâle , qui se condense pendant la nuit par l’action de l’air atmosphérique , et qu’on recueille le lendemain. Ce suc forme l’opium en larmes, substance précieuse que les riches orientaux réservent pour leur usage particulier, et qui est presque inconnue en Europe. On pile ensuite dans un mortier toutes les parties du pavot, et on en exprime le suc, que l’on fait évaporer au soleil ou au feu jusqu’à consistance requise.
(I) On donne dans le commerce le nom d 'œillet ou œillette à la plus grande espèce de pavot, dont la graine produit une huile douce, blanche, bonne à manger. Ce mot est altéré d’olliefe , son véritable nom. Celui-ci dérive d’oleam,, huile.
PIIYTOGRAPHIE
Cet opium , nommé méconium, bien inférieur au précédent, est le seul qu’on trouve dans le commerce. Il est ordinairement réuni en masses orbiculaires , aplaties, recouvertes de feuilles de différens végétaux, rougeâtres à l’extérieur, d’un brun noirâtre intérieurement, d’une cassure brillante et compacte , d’une odeur nauséabonde , vireuse , d’une saveur âcre et amère. On peut également extraire l’opium des pavots indigènes -, mais il a beaucoup moins d’énergie.
ANALYSE CHIMIQUE
Les principes qui constituent l’opium n’ont été bien appréciés que par les chimistes de nos jours. En i8o3 , M. Derosne reconnut dans ce produit végétal une substance particulière qui reçut d’abord le nom de sel d’opium , ensuite celui de narcotine. Elle fut regardée par ce chimiste comme le principe le plus actif de l’opium.
En décembre i8o4, M. Séguin communiqua à l’Institut un mémoire où il annonçait avoir obtenu de l’opium cinq substances distinctes : i° une matière cristalline considérée comme une substance nouvelle ; 2° un acide nouveau jouissant de propriétés particulières ; 3° une matière insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcohol, les acides et les alcalis, qu’il appelle principe amer insoluble de l’opium ; l\° une substance soluble dans l’eau et dans l’alcohol , qui n’est précipitée par aucun réactif, et qu’il nomme principe amer soluble de l’opium ; 5° de l’acide acétique.
Dans un travail également remarquable sur l’opium , M. Sertuerner, pharmacien à Eimbeck , dans
MÉDICALE. SOI
le royaume d’Hanovre , a signalé : i° un principe alcalin cristallisable , insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcohol et l’éther, à qui il a donné le nom de morphine ; 2" un acide particulier qu’il a nommé acide méconique. Les recherches de ces deux derniers chimistes offrent des résultats tellement conformes , relativement à la découverte de la morphine et de l’acide méconique, que M. le professeur Vauquelin a réclamé la priorité en faveur de celles de M. Séguin. Cependant il faut avouer qu’on doit particulièrement à M. Sertuerner d’avoir appelé l’attention sur ces nouveaux produits.
Les expériences ultérieures de M. Robiquet ont encore perfectionné l’analyse de l’opium. Ce chimiste a démontré qu’indépendamment de l’acide méconique , cette substance contient un autre acide qui n’a point reçu de dénomination particulière; que le sel de Derosne n’est point du méconate de morphine ; que ce sel et la morphine existent ensemble , et peuvent être séparés par l’éther.
D’après les analyses chimiques les plus récentes, l’opium contient de l’huile fixe , du caoutchouc , une substance végéto-animale , du mucilage, delà fécule, de la résine , des débris de fibres végétales, de la narcotine , de l’acide méconique , un acide nouveau découvert par M. Robiquet , et une substance , jouissant des mêmes propriétés que les alcalis , désignée sous le nom de morphine.
On ne trouve point ce dernier principe dans l’opium extrait de nos pavots indigènes; tandis que l’opium des pavots cultivés dans le territoire de Naples en con-
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tient une certaine quantité, et se rapproche de l’opium d’Egypte. ( Boudet , Journal de pharmacie. )
On obtient la morphine en faisant bouillir une solution aqueuse d’opium avec de la magnésie. On lave et on dissout le dépôt avec l’alcohol chaud , qui enlève la morphine. Dans son état de pureté , elle est blanche , transparent^ , cristallisable , peu soluble dans l’eau bouillante, très-soluble, à l’aide de la chaleur, dans l’éther et dans l’alcohol , auxquels elle communique une saveur très-amère. Elle se dissout facilement dans les acides , et forme des sels neutres solubles dans l’eau, qui agissent , à très-petite dose, avec la môme intensité que l’extrait aqueux d’opium. On connaît particulièrement l’acétate , le sulfate et l’hydrochlorate , ou muriate de morphine.
Depuis la première édition de notre Phytographie , l’opium a été l’objet de nouvelles recherches. D’après un mémoire lu à l’Académie des Sciences , le 1 8 décembre 18Ü2 , par M. Robiquet, les chimistes n’ont point connu jusqu’il présent le véritable acide de l’opium ; ce qu’il ont désigné sous le nom d’acide méconique n’est que le résultat d’une altération de cet acide. Pour l’obtenir tel qu’il préexiste , il faut soigneusement éviter la chaleur de l’ébullition, parce qu’à cette température l’acide se décompose. Le véritable acide méconique est parfaitement blanc ; il cristallise en belles écailles micacées qui s’etfleurissent au contact de l’air chaud, et prennent alors l’aspect du gypse calciné. Cet acide est soluble dans quatre parties environ d’eau bouillante. 11 cristallise par refroidissement, et se reproduit identique à lui-même, si on n’a pas soutenu la
température de l’ébullition -, mais dans le cas contraire, il se décompose, donne lieu à une émission d’acide carbonique, devient fort peu soluble dans l’eau, et ne retient plus d’eau de cristallisation.
La codéine , nouvelle base de l’opium , a été découverte par cet habile chimiste. Le moyen de l’extraire consiste à préparer du muriate de morphine par le procédé de William Gregory, c’est-à-dire en ajoutant, dans une solution aqueuse d’opium , une dissolution concentrée de muriate de chaux. Il se produit alors du méconate de chaux qui se précipite , et du muriate de morphine qui reste en dissolution. On filtre, on évapore , on fait cristalliser, et après plusieurs cristallisations successives , on obtient un muriate de morphine très-blanc, qu’on redissout de nouveau pour le décomposer par l’ammoniaque. La morphine se précipite ; la majeure partie de la codéine reste en dissolution avec un peu de morphine. On évapore ces eauxmères 5 on obtient une première cristallisation formée de petites aiguilles groupées en mamelons radiés ; on redissout ces cristaux , qui sont formés de l’union triple de l’acide muriatique , de la morphine et de la codéine.
Quand ils sont suffisamment purifiés , on les comprime fortement pour en séparer les eaux-mères ; puis on les traite par une solution de potasse caustique un peu étendue , mais employée en léger excès. La morphine est retenue en dissolution, la codéine se précipite sôus la forme d’une pâte qui peu à peu acquiert de la consistance , se tuméfie et finit par devenir pulvérulente. On broie cette poudre, on la lave avec un
peu d’eau froide ; on la fait sécher et on la traite ensuite par de l’éther bouillant. Lorsque cette dissolution est suffisamment concentrée, on obtient par refroidissement de belles aiguilles blanches , aplaties et assez consistantes , plus larges à leur base qu’à leur sommet. C’est la codéine: elle jouit des propriétés suivantes : elle est très-soluble dans l’eau bouillante 5 elle cristallise par refroidissement en beaux polyèdres réguliers , parfaitement transparens et incolores.
Cette solution , même froide , a une réaction alcaline très-prononcée. Elle précipite abondamment par l’infusion de noix de galle , propriété dont ne jouit pas la morphine quand elle est très-pure , et il est bien à présumer que cette propriété accidentelle ne lui est communiquée que par son union avec la codéine. Cette base nouvelle ne rougit point par l’addition de l’acide nitrique. Les dissolutions de fer au maximum ne lui font pas prendre, comme à la morphine, une teinte bleue. En un mot, ce sont deux bases tout-à-fait distinctes. Plusieurs physiologistes ont fait remarquer que la morphine ne représentait pas à elle seule toutes les propriétés caractéristiques de l’opium. Il devient donc probable que la codéine viendra compléter le cadre. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’elle est vénéneuse , qu’elle agit fortement sur la moelle épinière , et qu’elle ne paralyse point le train de derrière comme la morphine.
M. William Gregory a fait connaître à M. Robiquet le résultat de quelques expériences qu’il a tentées sur les propriétés du nitrate de codéine. Ce sel, à la dose de trois grains , n’a produit aucun effet ni sur lui-même ,
ni sur plusieurs de ses élèves ; mais à la dose de quatre à six grains, il a donné lieu aux symptômes suivans. D’abord, accélération du pouls, chaleur dans la tôte et dans la face , ensuite excitation remarquable de l’esprit analogue à celle que produisent les liqueurs enivrantes. Cette excitation agréable et d’assez longue durée fut accompagnée d’une forte démangeaison qui commença à la tête et se répandit dans tout le corps. Après quelques heures , cet état fut suivi d’une dépression désagréable , avec des nausées et quelquefois des vomissemens. On n’a observé aucune tendance au sommeil, excepté après l’état de dépression.
D’un autre côté , le docteur Kunkel a constaté, par des expériences , que la codéine pure avait une action beaucoup plus vive sur les organes que lorsqu’on l’employait combinée aux acides. U est vraisemblable qu’on obtiendrait des résultats plus prononcés que ceux de M. Gregory, en faisant usage d’une simple solution aqueuse de codéine. Au reste , cette nouvelle substance peut représenter, ainsi que l’avait annoncé M. Robiquet, certaines propriétés de l’opium qui n’avaient point encore été retrouvées dans les produits connus de son analyse.
Nos grands chimistes sont infatigables. M. Pelletier se livre en ce moment à un nouvel examen de l’opium , mais il n’a pas encore publié le résultat de ses recherches.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES DE l’oPIUM ET DE SES PRODUITS.
D’après les expériences de M. le professeur Orfila , la morphine est presque sans effet , si on l’administre
seule aux animaux. Douze grains qu'on a fait avaler à un chien n’ont donné lieu à aucun des symptômes qui caractérisent l’empoisonnement par l’opium. Cette nullité d’action de la morphine dépend, selon M. Orfda , de son peu de solubilité , et de la difficulté avec laquelle elle est attaquée par lesi sucs de l’estomac. Mais Sœmmering a obtenu d’autres effets ; il résulte de ses expériences que la morphine , administrée à des chiens sous forme solide et à la dose de quatre à dix grains, a produit des effets narcotiques. L’un de ces animaux s’est endormi de suite , et est resté vingtquatre heures dans cet état. La morphine exerce sur l’homme une action très-intense. M. Sertuerner prit , de concert avec trois jeunes gens , et par doses de demi-grain , de quart d’heure en quart d’heure, un grain et demi de morphine dissous dans l’alcohol, et étendu de plusieurs onces d’eau distillée. Après la première dose, les quatre expérimentateurs éprouvèrent une surexcitation des forces vitales, avec rougeur de la face. Après la seconde dose, il se manifesta des nausées et des vertiges. Ces symptômes devinrent plus intenses après la troisième. Chez tous il se développa subitement une vive douleur dans l’estomac , un engourdissement général. M. Sertuerner était près de s’évanouir ; il tomba dans un état de rêverie , et sentit dans les extrémités, surtout dans les bras, une sorte de palpitation. Après avoir pris une assez forte dose de vinaigre , ils eurent tous de violens vomissemens. L’un d’eux , s’étant trouvé ensuite dans un état fort douloureux, prit du carbonate de magnésie; les vomissemens furent calmés , mais se reproduisirent le