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lendemain , et cessèrent de nouveau après l’administration du même sel. Pendant quelques jours encore il y eut manque d’appétit , constipation , céphalalgie et mal d’estomac.
Les sels formés par la combinaison de la morphine avec les acides sont de violens poisons, pris à une certaine dose. Le plus connu et le plus employé de tous, l’acétate de /norphine, produit les mêmes effets que l’extrait aqueux d’opium, et devient sédatif depuis un sixième de grain jusqu’à un grain. On l’obtient en combinant directement l’acide acétique avec la morphine , et en faisant ensuite cristalliser.
M. de Lens ( Dict. des sciences médicales ) a observé l’effet narcotique de l’acétate de morphine chez une femme qui en avait pris , en deux fois , un grain et un quart. La première dose produisit de l’agitation , la deuxième des étourdissemens , un état d’ivresse, des bouffées de chaleur , des battemens dans la tête , des palpitations dans les membres. La malade éprouva tour à tour un sentiment pénible de chaleur et des sueurs froides , un malaise inexprimable , des nausées et des vomissemens de matières d’apparence muqueuse; son visage était pâle, décomposé; elle était comme anéantie. Cet état , qui ne fut combattu qu’au bout de cinq ou six heures , et seulement par l’usage d’une infusion antispasmodique acidulée, se prolongea pendant presque tout le cours de la journée ; vers le soir tous les symptômes avaient disparu. Il ne resta qu’un état de fatigue et de malaise pendant deux ou trois jours.
En juin i8->9, un médecin, voulant prescrire dix
grains de sulfate de quinine à une petite fdle, eut le malheur d’être distrait , et il écrivit , par méprise , sur son ordonnance , sulfate de morphine. Malgré l'observation que le pharmacien en fit à la mère de la malade , la dose indiquée pour un lavement fut administrée. Au bout de dix minutes , l’enfant s’assoupit ; bientôt des convulsions violentes se manifestèrent , et, alors seulement , le médecin fut instruit de son erreur. En vain les lavemens purgatifs, le café, les boissons vinaigrées , les révulsifs , furent employés , la petite malade expira le même jour, à neuf heures du soir.
Voici les principaux phénomènes que présenta cet affreux accident : face injectée, pupille contractée, immobile; trismus de temps en temps, craquement des dents ; souvent des convulsions épileptiformes ; respiration gênée , entrecoupée , spasmodique , stortoreuse ; pouls petit , fréquent , variable néanmoins sous le rapport de sa force et de sa fréquence ; muscles du bas-ventre extrêmement contractés; grande difficulté pour administrer les lavemens ; persistance de la chaleur jusqu’au dernier moment.
Un élève en pharmacie , sanguin , velu , bien constitué , et offrant à l’extérieur tous les caractères de la meilleure santé, avait pris, le 5 juin, dix grains de narcotine pour constater sur lui-même les effets de cette substance. Le lendemain il éprouva une courbature générale avec lassitude et mal de tête. Le 7, son état s’aggrava , et le 8 au soir il tomba dans un délire continu mais calme. On appliqua vingt-quatre sangsues aux cuisses , et dix aux hypochondres qui étaient devenus douloureux. Le 9 , il y eut des vomissemens de
matière verdâtre , qui se répétaient à chaque gorgée de tisane prise par le malade. Le 10, le mal ayant empiré, quarante sangsues furent appliquées à l’anus.
Le 1 1 juin , ce malheureux fut transporté à l’Hôtel- Dieu , où l’on constata l’état suivant : coucher en supination, peau chaude, pouls petit, serré, dur, fréquent; balbutiement, divagation, pupilles contractées ; langue large , molle , couverte au centre d’un enduit muqueux, faiblement rouge sur les bords; ventre volumineux, ballonné, résonnant; épigastre douloureux à la pression, soif, point de selles. Quarante sangsues à l’épigastre , eau de gomme. Le soir , même état; saignée de quatre palettes. Le sang se recouvre d’une couenne , mais le caillot est noir et diffluent. Après la saignée , pouls plus petit , également fréquent ; le délire paraît augmenter. Pendant la nuit rêvasserie calme , comme interrompue par des questions.
Le 12, état de plus en plus grave; pouls vermiculaire , filiforme , irrégulier ; membres froids , violacés; stupeur, coma profond; ballonnement considérable du ventre ; mort à midi.
Autopsie faite le i3. Vive congestion de l’encéphale. La pie-mère est fortement injectée , surtout entre les circonvolutions ; son tissu aréolaire est soulevé par une sérosité opaque , gélatiforme. La substance cérébrale , après sa section, est ponctuée en rouge. Les ventricules contiennent beaucoup de sérosité. Le cœur et les poumons sont entièrement sains. La membrane muqueuse gastrique est d’un brun noir , parsemée de points rougeâtres, dans le voisinage du cardia, épais-
sie, évidemment le siège d’une forte inflammation. La tunique interne des intestins grêles, dans l’étendue de plusieurs pieds au dessus et jusqu’auprès de la valvule iléo-cœcale , est couverte de grandes plaques ovalaires , saillantes, et de granulations confluentes comme dans une éruption de variole. Plusieurs de ces plaques sont ulcérées à leur surface. Entre elles , la membrane muqueuse est parsemée de points noirâtres. Les ganglions mésentériques , rouges à leur surface et dans leur épaisseur, offrent un volume double et même triple de l’état naturel. (Guérin, Toxicol. p. 28g. Observ. de M. Dance. )
L’opium pur, son extrait aqueux , ses teintures, sont aussi des poisons„pour l’homme et pour les animaux. Il résulte des expériences tentées par Méad , Sproegel, Courten, Alstou, Freind, Nysten, Orfila, que l’opium est mortel pour les chiens , soit qu’on l’introduise dans l’estomac, dans le rectum, dans le tissu cellulaire ou dans les veines. Ces animaux éprouvent des tremblemens dans les membres; les extrémités postérieures sont quelquefois comme paralysées. Il survient un assoupissement plus ou moins profond, des mouvemens convulsifs, et la mort.
Un homme avait pris trois grains d’opium et autant de safran vers minuit. Ce narcotique donna lieu aux phénomènes suivans : d’abord sommeil agité , et , un quart d’heure après , perte de mouvement , aridité de la langue , impossibilité d’articuler les sons. On chercha à dissiper son sommeil en lui parlant et en le forçant de répondre. Après une heure , vertiges , trouble de la tête ; il lui semblait que son lit était suspendu
MÉDICALE. ill
dans l’air, qu’il volait , et que tout tournait autour de lui. On le fit sortir du lit ; il se promena en vacillant : à peine conservait-il le sentiment de son existence; cependant il répondait avec justesse. Une demi-heure après, perte des fonctions des sens, excepté de la vue et de l’ouïe ; on lui faisait flairer en vain le vinaigre et l’ammoniaque. Ensuite froid des pieds et des mains , avec une sorte d’insensibilité. Se reposait-il , il semblait éprouver les langueurs de la mort, en sorte qu’on le faisait promener sans cesse , bien que ses genoux pussent à peine le soutenir. Vers la troisième heure à dater de la prise de l’opium , il semblait que les ténèbres de son entendement commençaient à se dissiper : le pouls s’était relevé ; mais , si on le laissait à lui-même , il retombait dans une affection comateuse. Enfin quelques cuillerées d’eau de mélisse et d’eau de menthe , et ensuite des frictions répétées sur tout le corps , dissipèrent cet état de stupeur et d’engourdissement. Le malade paraissait conserver le souvenir de ce qui s’était passé ; il lui semblait que ses yeux avaient acquis un volume immense. L’action de ce narcotique ne parut pas se prolonger au-delà de six heures ( Bianchi , Historia hepcitica ).
Un jeune homme âgé de vingt-huit ans , plongé dans la plus noire mélancolie, prit, dans l’intention de se donner la mort , environ cent vingt grains d’opium du commerce après un repas très-copieux. Au bout d’une heure il tomba dans un profond sommeil, et, six heures après, il fut réveillé par des tourmens affreux. U perdit l’usage de la parole ; ses yeux étaient immobiles , ses paupières noires , ses lèvres livides, et son
pouls presque insensible. On essaya de le faire vomir; mais , pour y parvenir, il ne fallut pas moins de trente grains d’émétique en trois doses assez rapprochées; ensuite on lui fit avaler en quantité des boissons acidulées avec le vinaigre. Il commençait à reprendre l’usage de la parole et des sens lorsqu’il fut pris de violentes convulsions : on le saigna du bras, et aussitôt ces accidens se dissipèrent. Ils se renouvelèrent quatre fois de suite dans l’espace de quelques heures , et chaque fois on fit une nouvelle saignée du bras, qui les calma toujours très-promptement. Après la dernière saignée , il survint des palpitations de cœur très-fortes , accompagnées d’une sensation de brûlure dans la poitrine : le malade demanda lui-même qu’on lui fit des aspersions d’eau froide sur la poitrine , ce qui fit cesser les palpitations. En même temps un dévoiement considérable s’étant déclaré , le malade fut tout-à-fait soulagé : il dormit paisiblement pendant douze heures, et en s’éveillant il se trouva guéri , à cela près qu’il eut pendant plusieurs mois les yeux très-enflammés et la vue très-afïaiblie. Depuis ce temps il ne fut plus dominé par ses idées mélancoliques ( Bibliothèque médicale, tom. 34. Observation du docteur de Sanctis, professeur de mathématiques à Rome ).
Une jeune dame enceinte de son premier enfant , étant arrivée au terme ordinaire de sa grossesse , éprouva les douleurs de l’accouchement , et bien tôt après des convulsions. Pour les modérer, on donna la teinture d’opium par doses graduellement augmentées et trop rapprochées. Un état de stupeur s’empare de la malade , et elle accouche sans s’en apercevoir. Toute
sensibilité disparaît ; il en est de même ensuite de la chaleur. Enfin cette dame meurt empoisonnée sans avoir formé aucune plainte , et sans souffrance. Son enfant, venu naturellement, était mort et d’un rougebrun par tout le corps. (Bertrand, Manuel médicolégal des poisons. Observation du docteur Desgranges. )
Madame L*** donna , vers huit heures du matin , à son petit-fils , âgé de dix-sept mois, une demi-cuillerée de laudanum , croyant lui faire prendre du sirop anthelmintique. Le docteur Suchet, appelé au secours de l’enfant, le trouva dans un assoupissement profond. Sa langue exécutait de bas en haut des mouvemens oscillatoires d’une étonnante vitesse. Les pupilles étaient très-resserrées, contre l’observation des auteurs -, le globe oculaire immobile , les paupières sans contractilité. Cependant le pouls avait conservé son rhythme et sa force , la surface cutanée sa chaleur , et la face sa couleur naturelle; la respiration se faisait librement. On administra au petit malade un grain de tartrate antimonié de potasse dissous dans un tiers de verre d’eau sucrée. Cet émétique n’ayant excité au bout d’un quart d’heure aucun vomissement , le docteur Suchet prescrivit alternativement toutes les cinq minutes de l’eau sucrée tiède , acidulée avec le jus de citron et une infusion de café. On donna en même temps des clystères avec l’eau tiède vinaigrée , et on chatouilla la gorge de l’enfant avec la barbe d’une plume huilée. Ces moyens procurèrent d’abondantes évacuations par haut et par bas.
A neuf heures , convulsions générales , gonflement