‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 75 sur 75 · CHÉLIDOINE ÉCLAIRE. CHELIDONIUM MAJUS · texte numérisé non relu

CHÉLIDOINE ÉCLAIRE. CHELIDONIUM MAJUS

Chelidonium majus. Linn. Spec. 723. DC. Fl. Fr. 4093.

Fl. Dan. t. 542.

(Planche in.)

Sa racine , fusiforme , fibreuse , d’un jaune foncé , pousse des tiges cylindriques , rameuses , hautes d’un à deux pieds , quelquefois un peu velues. Les feuilles sont alternes , molles , découpées , ailées ou profon-

dément pinnatifides , à lobes arrondis, d’un vert foncé en dessus, d’un vert glauque en dessous. Les fleurs ont quatre pétales presque ronds , ouverts et d’une nuance jaune ; leurs pédoncules particuliers sont réunis sur les pédoncules communs en manière d’ombelle. Le fruit est une silique grêle , longue de quinze à vingt lignes , renfermant plusieurs semences arrondies , noires et luisantes.

Cette plante , qu’on désigne aussi sous le nom de grande chélidoine, abonde dans les haies, dans les lieux frais et ombragés. On la rencontre fréquemment dans les fentes des vieux murs, dans les décombres , autour des villages , où elle fleurit en juin et juillet.

Elle donne à l’analyse chimique une matière gommorésineuse jaune , nauséabonde , de l’acide malique libre, du mucilage, de l’albumine, des citrate et phosphate de chaux , etc. Lorsqu’on brise la tige ou les feuilles , il s’en écoule aussitôt un suc jaunâtre , amer, caustique, d’une odeur vireuse. Ce suc est un poison irritant qui enflamme les tuniques digestives , et tue les chiens à la dose de deux ou trois onces. L’extrait aqueux , préparé avec la plante fraîche , jouit d’une action analogue. Si l’on était appelé pour remédier aux accidens produits par la grande chélidoine , il faudrait mettre en usage la méthode curative que nous avons plusieurs fois indiquée en traitant des poisons âcres. ( Voyez la famille des Daphnoïdes, celle des Renonculacées , etc. )

Dioscoride et Galien ont employé cette plante énergique. Parmi les modernes, Linné, Lange, et quelques autres médecins du Nord ont particulièrement

loué sa vertu antifébrile. Le peuple de Brunswick se sert contre les fièvres intermittentes soit de la racine en poudre, soit du suc de la plante, mêlé avec le vinaigre. Des sueurs copieuses paraissent être l’effet immédiat de ce médicament. On a également conseillé la grande chélidoine contre la jaunisse , l’hydropisie ascite , les maladies vénériennes , les scro pilules , la goutte, les dartres, etc. 5 mais on cherche en vain quelques observations qui garantissent son heureux emploi. Quant à son usage extérieur, personne n’ignore que la chélidoine était autrefois fort usitée dans le traitement des maladies des yeux. Le suc , étendu à la dose d’environ un gros dans deux ou trois onces d’eau fraîche ou d’eau distillée de rose , forme un collyre efficace contre l’ulcération chronique des paupières, les ophlhalmies scrophuleuses , pourvu que l’inflammation soit modérée.

CHÉLIDOINE GLAUQUE. CHELWOTHWM GLAUCIUM.

Clielidonium glaucium. Linn. Spec. 724. Fl. Dan. t. 585.

— Glaucium Jlavum. Cranta. Fl. Austr. 2. 141. Lapf.yr.

Hist. Plant. Pyr. 1. 295.

(Planche 112.)

Cette plante se fait remarquer par la couleur bleuâtre de sa tige et de ses feuilles , et par ses fleurs d’un jaune d’or. La tige est cylindrique, rameuse , glabre, quelquefois un peu velue vers sa partie supérieure. Les feuilles sont alternes, embrassantes, sinuées ,

pinnatifides, hérissées de poils courts, droits et écartés. Les fleurs sont grandes , solitaires , assez semblables à celles des pavots. Il leur succède des siliques longues de quatre à cinq pouces, légèrement aplaties, rudes au toucher, bivalves et biloculaires.

Elle est commune en été dans les lieux sablonneux et découverts du Roussillon ; dans les bois secs et rocailleux , à Saint-Germain , au bois de Boulogne, etc. On l’appelle vulgairement pavot comu.

Les feuilles et les tiges sont remplies d’un suc jaune, fétide , amer, et âcre comme celui de l’espèce précédente. On attribue en même temps à ce suc une qualité narcotique. L’usage de la racine a été suivi de délire et d’hallucinations.

On lit dans Y Abrégé des Transactions philosophiques, que M. Charles Worth, ayant mangé d’un pâté où l’on avait mis des racines de chélidoine glauque pour celles du chou marin ( cynocram.be maritima ) , fut subitement attaqué d’une sorte d’aliénation mentale. Ses domestiques, qui en avaient mangé comme lui , furent tous plus ou moins incommodés. Mais un effet qui leur fut commun à tous, c’est une altération de leurs sens, une illusion de leur esprit, qui leur faisait prendre pour de l’or tout ce qu’ils touchaient , et les avait , pour ainsi dire, changés en Midas.

La chélidoine à fleurs rouges ( chelidonium corniculatwn, Linn.) passe également pour une plante suspecte. Elle a causé le délire et des convulsions. On la reconnaît à ses tiges rameuses , très-velues ; à ses feuilles sessiles , presque embrassantes , profondément pinnatifides , hérissées de poils blancs ; à ses pétales

rouges, avec une tache violette ou noirâtre à leur onglet 5 à ses siliques droites , linéaires , longues de quatre ou cinq pouces. On distingue une variété dont la tige et les feuilles sont glabres. Cette plante croît dans les champs , parmi les moissons ; on la trouve dans les provinces méridionales de la France.

Toutes les chélidoines sont plus ou moins imprégnées d’un principe âcre , virulent. On a depuis longtemps renoncé à l’usage intérieur de ces plantes; mais on peut les employer extérieurement avec quelque utilité. Un de nos zélés correspondans , M. le docteur Dupont , nous écrit qu’il a guéri une dartre rongeante en la bassinant plusieurs fois par jour, d’abord avec une forte décoction de grande chélidoine , et ensuite avec le suc de la même plante étendu dans une infusion de fleurs de sureau. On appliquait en même temps sur la partie ulcérée des compresses imbibées de ce liquide. Le premier effet de ces applications fut de calmer un horrible prurit que le malade éprouvait aux bords de la dartre.

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