Lapeyr. Hist. Plant. Pyr
Sa tige est droite , trèé-rameuse , haute de six à huit pouces ; les feuilles radicales sont en spatule, les caulinaires sessiles , oblongues , rétrécies en pointe vers le sommet. Les fleurs, disposées le long delà tige et des rameaux qu’elles terminent , forment une sorte de panicule ample , et sont portées sur des pédoncules assez longs : elles ont un calice à cinq lobes égaux entre eux; une corolle d’un bleu vif, en forme d’entonnoir, à large tube, à cinq lobes lancéolés. Il n’y a quelquefois que
quatre divisions à la corolle et au calice; mais cette irrégularité ne se présente que sur une ou deux fleurs du même individu , tandis que ‘dans les autres on compte cinq divisions.
Cette plante fleurit en août et septembre; on la trouve dans les prés et sur les pelouses. M. Chevallier l’a cueillie à Villers-Coterets , à Compiègne , à Saint-Germain ; Lapeyrouse, dans les pâturages des Pyrénées , à Vieille dans la vallée d’Aran , et à Campsaure-de-Luchon .
Elle possède les vertus médicamenteuses du genre , et on peut la substituer aux gentianes dont nous venons de tracer les principaux caractères. La gentiane amarelle {gentiana amarella), la gentiane des champs (j gentiana campestris ), la gentiane printanière ( gentiana verna ) , ont , avec toutes ces espèces , la plus grande analogie de propriétés.
CHIRONIE. CUIRONT J .
Corolle en entonnoir, à cinq lobes. Étamines insérées sur le tube ; anthères oblongnes , droites , tortillées après la fécondation . Capsule à deux loges formées par les bords rentrons des valves.
CHIRONIE CENTAURÉE. CHIRONIA CENTAUREA.
Chironia centaurium. Smith. Fl. Brit. 1. 257. UC. Fl. Fr.
2780. Woonw. Med. bot. t. 157. — Gentiana centaurium .
Linn. Spec. 332.
Cette plante , si renommée pour sa vertu fébrifuge , a une tige droite , élancée , haute de quinze à dix-huit pouces , un peu tétragone , divisée au sommet en ra-
meaux opposés , formant une sorte de corymbe. Les feuilles sont ovales , un peu allongées , marquées de trois nervures. Les fleurs sont sessiles , d’une odeur douce et d’une couleur rosée ou purpurine. Elle croît en juillet et août au bord des bois et des prairies , le long des haies, etc. Mon frère , Victor Roques , a observé une variété à fleurs blanches, assez commune sur les pelouses sèches de Puylaurens (Tarn).
Tout le monde connaît cette plante fraîche et jolie qui porte le nom de petite centaurée. Linné en avait fait une gentiane; les botanistes qui sont venus après lui l’ont rangée , les uns dans le genre Chironia, les autres dans le genre Erythrœa. Je préfère le nom de chironie à cause des vertus antifébriles de la plante , et par respect pour la mémoire du centaure Chiron , l’un des premiers inventeurs de la médecine et de la botanique. Mon esprit se complaît dans ces vieilles traditions ; d’ailleurs , à force de changer la nomenclature déjà reçue, on ne fait qu’embarrasser la science , et au lieu de la rajeunir et d’en hâter les progrès, on rend ses abords plus difficiles.
Au reste, cette herbe bienfaisante a recules éloges des médecins de tous les siècles ; son amertume spéciale lui a fait donner par ceux du moyen âge le nom de fèl terræ (üel de terre). Nous ne répéterons pas ici toutes les merveilles opérées par la petite centaurée. Un médecin du Nord, Samuel Sedelius (i), les a consi-
(I) Wedel a aussi disserté sur les vertus de cette plante (De centaurio minori : Iena, 1713); quelques auteurs français ont confondu ces deux noms, et ont attribué à celui-ci l’ouvrage du premier.
gnées dans un singulier livre, imprimé à Francfort en 1694 , ayant pour titre : Centaurium minus , auroque majus. Ce n’est point une panacée universelle , comme le pensait ce bon Allemand ; mais c’est un bon remède pour ranimer , pour corroborer l’action affaiblie de l’appareil digestif, pour dissiper les accès fébriles qui ne sont pas sous la dépendance de quelque irritation viscérale ou de quelque inflammation chronique. A la campagne , où l’on n’a pas toujours sous la main du sulfate de quinine , on peut employer une forte infusion de cette plante pour guérir les fièvres intermittentes simples ; cette infusion est plus active si l’on y mêle quelque substance aromatique , comme les feuilles de sauge , les fleurs de camomille , etc. Nous l’avons quelquefois administrée ainsi , et nous nous rappelons que , dans une circonstance , ce remède a enlevé des accès de fièvre qui avaient résisté à plusieurs onces de quinquina. Nous devons observer ici que les racines et les feuilles de la petite centaurée sont plus amères et plus efficaces que les fleurs.
PHYTO’GIl APHIE
MÉNIANTHE. MENIAJSTHES.
Calice à cinq divisions profondes. Cprolle en entonnoir, à cinq lobes ovales, barbus intérieurement. Cinq étamines attachées au tube de la corolle. Stigmate en tête sillonnée. Capsule globuleuse à une loge ; semences nombreuses, attachées longitudinalement au milieu des valves.
MÉNIATVTHE TRÈFLE D’EAU. MENIANTHES TRI F O LIAT A.
Mcnianlhes trifoliata. Linn. Spec. 208. DC. Fl. Fr. 2757.
C’est une fort jolie plante qu’on rencontre dans les lieux humides et marécageux de l’Europe, et que nous avons observée aux environs de Paris , à Villed’Avray ; elle croît aussi aux environs de Lyon. Sa tige cylindrique , un peu rampante , se termine par un épi de fleurs qui naissent de l’aisselle d’une bractée très-courte et pointue. Les feuilles sont radicales , peu nombreuses, soutenues par de longs pétioles, et composées de trois folioles ovoïdes , d’un beau vert. Les fleurs sont blanches , teintes de rose , trois fois plus grandes que le calice. La corolle est glabre en dehors , barbue intérieurement.
Le trèfle d’eau n’a qu’une odeur herbacée, mais il est d’une grande amertume. D’après Trommsdorf , le suc exprimé des tiges et des feuilles contient une matière féculente, composée d’albumine et de résine verte; un extractif amer azoté, une matière animale, une gomme brune, de l’acide malique, de l’acétate de po-
tasse, une fécule blanche, soluble dans l’eau bouillante, qui se précipite par le refroidissement.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Cette plante est digne de figurer à côté des gentianes par sa propriété amère et corroborante. On y a recours lorsqu’on veut ranimer l’état languissant des organes gastriques, rendre les digestions plus faciles, plus régulières, dissiper des accès fébriles, des tuméfactions abdominales, des bouffissures, des diarrhées, des affections lentes fomentées par une atonie morbifique. On a observé que le trèfle d’eau produisait aussi d’heureux effets dans le traitement des maladies dartreuses. M. le professeur Richerand {Nosographie chirurgicale) en conseille le suc mêlé avec celui de fumeterre, à la dose de deux ou trois onces, dans une pinte de petit-lait , pour combattre les taches hépatiques disséminées sur la surface du corps, et dont l’apparition se fait principalement remarquer au printemps et durant l’été. Comme ces éruptions dépendent fréquemment d’un flux hémorrhoïdai avorté, il faut y joindre l’application réitérée des sangsues à l’anus, et l’usage de quelques pilules aloétiques, amères, afin d’entretenir la liberté des évacuations alvines. On prend en même temps quelques bains domestiques dans lesquels on fait dissoudre une à deux onces de foie de soufre.
Parmi les plantes amères conseillées contre les affections arthritiques qui se présentent avec une sorte de langueur générale, on retrouve encore notre ménianthe; mais il faut l’administrer de manière à ne point fatiguer l’estomac : car à forte dose il irrite ce
viscère , et produit même le vomissement. On corrige sa qualité nauséeuse en y joignant quelque substance aromatique, comme la menthe, l’écorce d’orange, etc. Il faut varier ces combinaisons , les donner à des doses modérées , les seconder par les secours de l'hygiène, les suspendre de temps en temps , ou les cesser entièrement, s’il survient des symptômes d’irritation. C’est le seul moyen de les rendre utiles , et d’éviter les inconvéniens qu’on attribue à l’nsage prolongé des amers.
On emploie les feuilles de ménianthe sous la forme de poudre et d’extrait, à la dose de dix à vingt grains. L’eau , le vin et l’alcohol se chargent de ses principes médicamenteux -, on prépare avec ces liquides des décoctions , des infusions et des teintures amères trèsénergiques. On donne le suc de la plante fraîche isolé ou uni aux sucs amers et antiscorbutiques à la dose d’une à deux onces. D’après Cartheuser, ce suc, mêlé avec la poudre de tormentille jusqu’à la consistance pilulaire , produit les mêmes effets que le quinquina. Il y a de l’exagération dans cet éloge-, toutefois on ne saurait méconnaître l’activité fébrifuge qui résulte du mélange des amers et des toniques avec les astringens.
Le ménianthe est cultivé dans quelques pays poulies usages économiques; on s’en sert en Angleterre pour préparer la bière commune , où elle remplace le houblon.
VILLA RSIE. VILLARSIA.
Calice à cinq divisions profondes. Corolle en roue à cinq lobes arrondis et ciliés. Cinq étamines. Un style très-court terminé par un stigmate à deux lobes crénelés. Capsule uniloculaire , polysperme. Semences membraneuses et ciliées sur leurs bords , attachées le long des sutures des valves.
VILLARSIE NYMPHOIDE. VILLARSIA NYMPHOIDES.
Villarsia nymphoides. Vent. Choix n° 9. p. 2. DC. Fl. Fr.
2758. Chev. Fl. Par. 3. 508. — Menianthes nymphoides.
Linn. Spec. 207. Fl. Dan. t. 339.
Cette plante s’élèveù la surface de l’eau , où elle flotte comme les nénuphars. Ses tiges se composent de rejets cylindriques, allongés, garnis c à et là de feuilles arrondies , cordiformes , et de faisceaux de fleurs inégalement pédonculées : ces fleurs , disposées en ombelle , nagent également sur l’eau ; leurs corolles sont grandes, jaunes et ciliées sur les bords.
Elle se plaît dans les rivières, dans les étangs; on la trouve dans presque tout le nord de la France; elle croît dans la Seine , aux environs de Paris , sur les rives de la Sarthe, dans le canal d’Orléans, etc. Sa place est marquée, parmi les végétaux amers et antiscorbutiques, à côté du trèfle d’eau et des gentianes. Toutes ces plantes ont entre elles les plus grands rapports de forme, de structure et de propriétés.
SPIGÉLIE. SPIGELIA .
Calice à cinq divisions profondes. Corolle en entonnoir; limbe ouvert à cinq divisions égales. Cinq étamines. Ovaire à deux lobes ; un style persistant; un stigmate simple. Capsule à une loge , à deux valves.
SPIGÉLIE ANTHELMINTHIQUE. SPIGELIA ANTHELMIA.
Spigelia anthclmia. Lins. Amen. Acad. 5. 133. t. 2.
(Planche 55.)
Sa tige est droite , cylindrique , herbacée , glabre , haute d’environ un pied. Ses feuilles sont opposées , sessiles , lancéolées , entières , aiguës à leur sommet. La tige et les rameaux se terminent par quatre feuilles opposées en croix , plus grandes que les autres , d’où naissent deux grappes de fleurs un peu grêles , munies de bractées. Le calice offre cinq découpures aiguës ; la corolle est composée de cinq lobes d’une nuance jaunâtre. Cette plante croît à Cayenne, au Brésil et dans plusieurs autres contrées de l’Amérique méridionale.