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MOUTARDE NOIRE. SINJPIS NIGRA

Sinapis nigra. Linn. Spec. 933. DC. Fl. Fr. 4109. (Planche n3.)

Elle a une tige cylindrique , rameuse , légèrement velue , haute de trois à quatre pieds. Les feuilles inférieures sont larges, pétiolées , verdâtres, rudes, divisées en lobes arrondis , et munies de quelques poils

écartés. Les fleurs naissent en grappes terminales le ni. 1

long des rameaux 5 elles sont petites, jaunes, et produisent des siliques glabres , quadrangulaires , droites , serrées contre la tige, et terminées par une corne extrêmement courte. Les semences sont globuleuses, noires et d’une saveur âcre. Cette plante croît spontanément dans les terrains arides et pierreux; elle est commune dans les champs cultivés.

La moutarde blanche ( s in api s cilbà) se trouve dans les mêmes lieux. Sa tige est cylindrique, striée, rameuse, un peu hispide. Ses feuilles sont pétiolées, pinnatifides , garnies de poils sur leur pétiole et sur leurs nervures postérieures. A ses fleurs , d’un jaune pâle, succèdent des siliques velues, dont l’extrémité est allongée et courbée en forme de bec. Les semences sont globuleuses, d'un blanc jaunâtre, un peu plus grosses que celles de la moutarde noire ; elles ont aussi une saveur un peu moins piquante.

Les graines de ces deux plantes jouissent de propriétés analogues. Suivant M. Thibierge, la graine de moutarde noire contient une huile fixe , douce , légère ; une huile volatile, pesante , âcre, irritante ; de l’albumine végétale , du mucilage , de l’azote , du soufre et du phosphate de chaux. Ces semences , triturées avec l’eau et la chaux vive, dégagent de l’ammoniaque. Lorsqu’on les mâche , elles irritent toutes les parties de la bouche, provoquent une abondante salivation. Introduites dans les voies alimentaires sous forme de poudre , elles produisent une chaleur vive , des nausées , des vomissemens , et même une inflammation mortelle.

Les propriétés actives de la moutarde résident dans l’huile volatile. On obtient cette huile en distillant avec

l’eau la farine de moutarde. Elle est de couleur jaune citron , et l’odeur en est aussi irritante, aussi pénétrante que celle de l’ammoniaque caustique. Mise en contact avec la peau , elle y produit des ampoules avec une surprenante rapidité. Cette huile est un poison des plus caustiques.

Mais l’usage modéré de la moutarde qu’on sert dans nos repas n’expose point à de semblables dangers. C’est un condiment aussi agréable que salubre pour les estomacs affaiblis et paresseux; il ranime les fonctions digestives, dissipe l’inappétence, relève la saveur des alimens les plus vulgaires, donne un sentiment d’alacrité, et multiplie les jouissances cle la table. On a poussé fort loin l’art de donner aux moutardes des goûts très-variés. Celles de Maille et Acloque , imprégnées d’un arôme exquis, ont mérité les suffrages de l’Apicius français , M. Grimod de La Reynière. Est-il surprenant que leur renommée ait pénétré jusqu’aux extrémités du globe ?

La médecine emploie aussi quelquefois la graine de moutarde comme un stimulant précieux dans les affections où domine la faiblesse. Légèrement broyée, et délayée à la dose d’un à deux gros dans un véhicule aqueux, elle a une action émétique; ce moyen peut être mis en usage à la campagne , dans un cas d’urgence , lorsqu’on n’a pas sous la main les vomitifs ordinaires. Pourvue de son tégument, elle purge, à la dose d’une à deux cuillerées. A faibles doses, elle excite l’action des reins, et provoque l’écoulement des urines. On conseille l’usage de la moutarde contre le scorbut, l’hydropisie, les lièvres intermittentes. Pour dissiper l’accès

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fébrile, Bergius prescrivait les semences entières, à la dose d’une cuillerée, répétée quatre ou cinq fois dans l’espace de vingt-quatre heures 5 mais il y joignait le quinquina lorsque la fièvre opposait une longue résistance. O11 a quelquefois essayé, mais non sans danger, la moutarde en poudre. Van Swiéten raconte à ce sujet qu’un paysan, jeune et robuste, en ayant pris, trois heures avant l’accès , une grande quantité dans de l’esprit de genièvre , fut saisi d’une inflammation violente qui se termina par la mort.

D’après l’observation de Callisen , la moutarde est un excitant très-efficace dans les affections putrides accompagnées de la faiblesse du pouls et d’un abattement extrême. Ce médecin ayant à traiter, en 1779 et 1780 , une fièvre de cette nature parmi les matelots , à Copenhague , eut recours à ce remède énergique après s’être convaincu de l’inefficacité du musc, du camphre , de la serpentaire de Virginie. Tl prescrivit d’abord un gros de moutarde en poudre toutes les heures , avec une quantité moindre de quinquina; mais ensuite il employa la moutarde seule, et ses succès furent aussi prompts qu’inespérés. Cette fièvre n’était point sans doute l’effet d’une inflammation gastrique , car un remède aussi actif aurait infailliblement aggravé tous les symptômes.

La moutarde a quelquefois dissipé des hydropisies opiniâtres , en provoquant soit des selles abondantes , soit des évacuations copieuses d’urines. Mead cite l’exemple d’une femme affectée d’une hydropisie abdominale, laquelle fut guérie en prenant matin et soir une cuillerée de moutarde entière, et, immédiatement après, une demi-livre de décoction de sommités vertes

de genêt. Celte femme avait fait auparavant usage de beaucoup de remèdes, et elle avait subi trois fois la ponction. On rapporte egalement la guérison d’un malade qui avait une hydropisie ascite accompagnée d’un œdème considérable des extrémités inférieures. Celuici prenait deux fois par jour quatre onces de bière où l’on avait fait infuser des semences de moutarde , des cendres de genêt et de la limaille de fer. L’effet de cette bière fut si prompt et si heureux , que dès le premier jour le malade rendit environ vingt livres d’urine. Je conviens que ce sont des remèdes vulgaires ; mais un médecin prudent ne saurait les dédaigner lorsqu’il est question d’un genre de maladies ordinairement fort rebelles , et surtout lorsque les viscères sont tout-à-fait exempts de phlogose.

Le docteur Macartan a particulièrement recommandé l’usage de la moutarde blanche contre l’angine tonsil- Jaire. Il l’emploie sous la forme de gargarisme avec la gomme arabique, le miel et l’eau de fleur de sureau. Cette lotion stimulante a quelquefois détaché une quantité considérable de mucus dont quelques parties étaient membraniformes. (Voyez le Journal général de médecine, tome 340

L’emploi extérieur de la moutarde, aujourd’hui si fréquent , était recommandé par les anciens , et surtout par Àsclépiade, qui s’en servait contre la léthargie et les catarrhes invétérés. Qui ne connaît point cette espèce de topique qu’on nomme sinapisme , et qu’on prépare avec la graine de moutarde pulvérisée et le vinaigre? Appliqué et maintenu sur la peau pendant quelque temps, il y provoque une chaleur vive, une

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