‹ Phytographie médicaleChapitre 2 sur 116 · P II Y T O G 1\ A P H I E · texte numérisé non relu

P II Y T O G 1\ A P H I E

irritation douloureuse, accompagnée de rougeur, de gonflement, d’inflammation, d’ampoules et quelquefois d’une ulcération profonde. On applique ordinairement les sinapismes à la plante des pieds, aux mollets, aux cuisses , etc. , dans le dessein d’irriter ces parties et d’y porter l’action vitale, vicieusement concentrée sur les organes intérieurs. On a journellement recours à cette application rubéfiante dans le traitement des fièvres putrides et malignes, des phlegmasies viscérales, des affections rhumatiques et goutteuses, pour rappeler à la peau des éruptions, des exanthèmes qui ont disparu; pour détourner des spasmes, des congestions sanguines; pour dissiper le délire, des céphalalgies intenses et opiniâtres , des mouvemens apoplectiques , etc. Mais, relativement à l’emploi de ces topiques irritans, il faut , ainsi que le conseille notre Barthez , prendre en considération le caractère et les périodes de la fluxion. Ainsi, lorsqu’elle se forme ou qu’elle se renouvelle par reprise , on doit préférer les irritations révulsives , c’est-à-dire appliquer les sinapismes sur les parties éloignées du terme de la fluxion. Si, au contraire, elle est dans son état ou vers son déclin, il faut que l’application ait lieu dans le voisinage de l’organe principalement affecté , afin d’opérer une irritation dérivative. ( Voyez la Science de l’homme , par Barthez , tome 2 , page 76, ainsi que son beau Mémoire sur les fluxions, inséré dans le second volume des Actes de la Société médicale cl’ émulation de Paris.)

Les sinapismes sont souvent appliqués avec avantage contre la rétropulsion de la goutte; on les préfère aux vésicatoires lorsqu’il est urgent de rappeler aux art icu-

la Lions une irritation goutteuse qu’une métastase soudaine a jetée sur les parties internes. Toutefois il convient d’observer qu’en général, dans les maladies aiguës, dans les phlegmasies ordinaires, les rubéfians ne doivent jamais être appliqués sans avoir préalablement affaibli la fluxion inflammatoire par les antiphlogistiques , par les saignées , soit locales , soit générales. Dans les attaques violentes de rhumatisme, dans la névralgie sciatique , on a vu les cataplasmes de moutarde oecasioner des douleurs excessives , des mouvenlens convulsifs chez des personnes douées d’une grande sensibilité. Quel abus ne fait-on pas tous les jours et des sinapismes et des vésicatoires, dans le dessein de faire taire la douleur en lui opposant une irritation plus vive î Cette règle de thérapeutique, qui nous a été transmise par le père de la médecine , souffre des exceptions nombreuses -, mal interprétée , elle devient la source des plus funestes erreurs.

Les pédiluves , qu’on prépare en délayant dans une certaine quantité d’eau chaude depuis quatre, six ou huit onces jusqu’à une livre de farine de moutarde , sont également prescrits dans les mêmes circonstances. Ainsi que le sinapisme , ce puissant révulsif détourne quelquefois des congestions imminentes , dissipe ou diminue des irritations fixées sur le cerveau , sur le poumon, sur les organes gastriques ^ mais il exige dans son emploi les mêmes précautions. Lorsque les systèmes sanguin et nerveux sont dans un état de vive excitation , les doux attractifs , les bains tièdes , les pédiluves simples , les fomentations émollientes sont préférables aux topiques irritans , qui agissent quel-

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PHYTOGlt APHIE

quefbis sur toute l’économie comme sur le lieu de leur application.

Lorsqu’on veut produire sur la peau une irritation vive et pour ainsi dire instantanée, on emploie l’alcohol sinapique. M. Faure, pharmacien de Bordeaux, le prépare ainsi : Prenez, huile volatile de moutarde , douze grammes; alcohol à vingt-cinq degrés, deux cent cinquante grammes. Mêlez et conservez dans un flacon bouché.

Cette liqueur produit sur la peau une vive chaleur et une grande irritation. Il suffit d’appliquer sur la partie un morceau de flanelle ou de linge qui en soit imbibé, et qu’on humectera de nouveau deux ou trois minutes après , s’il en était besoin. Les picotemens que cette application produit sont d’autant plus sensibles, qu’ils ont lieu plus promptement. La peau se rubéfie , et se couvre même d’ampoules et de phlyctènes. Pour faire cesser presque subitement la douleur occasionée par ce révulsif, il suffit de verser à deux ou trois reprises quelques gouttes d’éther sulphurique sur l’étendue de la surface irritée. Plusieurs praticiens de Bordeaux ont employé utilement l’alcohol sinapique dans le traitement du choléra.

En publiant cet article , il y a environ dix ans , dans la première édition de la Photographie, nous ne pensions pas que la moutarde deviendrait un jour une panacée universelle. Le public, toujours avide de remèdes nouveaux , toujours crédule , toujours confiant dans les promesses des empiriques, ne saurait maintenant vivre et digérer sans prendre de la moutarde

blanche. On lui a dit qu’elle guérissait la faiblesse , qu’elle calmait en même temps les irritations , il l’a cru ; qu’elle dissipait la goutte , les rhumatismes , la paralysie , la colique , la constipation , les maux de tête, les rétentions d’urine, etc. , il l’a cru. Et comment résistera l’évidence? Celui-ci était constipé depuis un an, grâce à la moutarde blanche, il va tous les matins à la garde-robe, et cette fonction est si régulière , elle s’accomplit à une heure tellement fixe , qu’elle lui sert à régler sa montre et ses pendules. Tel autre avait un dévoiement intarissable qui a été réprimé promptement par la moutarde. Enfin, la moutarde purge , resserre , réveille , endort , remédie à toutes les infirmités humaines. Elle est surtout le remède souverain des glaires , qu’elle va combattre dans les replis membraneux les plus secrets. Les adultes et les vieillards, les femmes et les enfans, tout le monde en éprouve les effets salutaires. Ainsi, le sexe, lâge, le tempérament, la différence des causes, l’irritation ou la faiblesse , rêveries que tout cela, jeux de mots inventés par les médecins , afin de multiplier les médicamens et d’accroître les difficultés de l’art.

Mais observez bien qu’il ne s’agit pas ici de la moutarde noire; celle-là est nuisible ; la blanche est la seule bonne. Surtout n’allez pas la prendre chez le pharmacien , chez l’épicier, chez le marchand de graines , à coup sûr vous seriez trompé ; un seul homme , à Paris , possède et vend la véritable moutarde blanche. Son nom est dans toutes les bouches , la renommée publie ses cures merveilleuses ; elles sont inscrites sur les carreaux de vitre de sa boutique , elles sont vraies , elles

sont authentiques. Lisez : elles sont attestées par un maire de village, un maître de poste, un percepteur de contributions, un officier en retraite ; tous ces genslà étaient malades, moribonds, la moutarde blanche les a sauvés ; ils en continuent l’usage par reconnaissance ; elle les fera vivre long-temps et joyeusement.

Mais changeons de langage , le sujet est grave; il s’agit de la santé publique. La moutarde noire et la moutarde blanche ne diffèrent guère par leurs qualités ; elles contiennent l’une et l’autre un principe volatil très-âcre, très-irritant. Mais, dira quelqu’un, on ne broie point ces graines, on les prend entières, dans leur état naturel. Eh! comptez-vous pour rien la propriété dissolvante des sucs gastriques et intestinaux ? ces sucs attaquent le tégument des graines , mettent à nu leurs parties actives qui irritent alors les tissus digestifs, ainsi que les nerfs qui s’y distribuent, provoquent des phénomènes variés, des tranchées, des inflammations aiguës ou chroniques, des spasmes qui se répètent sur d’autres appareils organiques , causent des échauffemens , des rougeurs au visage , des ébullitions sur tout le corps , des constipations opiniâtres ; enfin une irritation générale difficile à vaincre. Citons quelques exemples entre mille.

Une dame, parvenue à l’âge critique, éprouvait une sorte de malaise pendant l’acte de la digestion, et de temps en temps des sueurs qu’elle attribuait à un état de faiblesse. Ayant entendu parler des vertus digestives de la moutarde blanche , elle en prit tous les matins une cuillerée pendant une douzaine de jours. Les premières doses provoquèrent plusieurs évacuations; les

suivantes de réchauffement, des coliques, des douleurs lombaires qui s’étendaient jusqu’à l’hypogastre. Malgré ces symptômes fâcheux, elle voulut continuer l’usage de la moutarde. Alors l’irritation se concentra sur l’utérus , et fut suivie d’une inflammation violente. Il fallut recourir aux sangsues, aux bains, aux adoucissans, à un régime sévère. Trois mois après, cette dame était encore souffrante.

M. H , âgé d’environ cinquante-cinq ans, d’un

tempérament sanguin, un peu mélancolique, sujet d’ailleurs aux congestions hémorrhoïdales , éprouvant habituellement une constipation incommode et des douleurs rhumatiques vagues, voulut aussi faire l’essai de la moutarde blanche. Les premières doses lui sont favorables 5 il continue. Les douleurs musculaires augmentent, il est horriblement échauffé; les bains, les lavemens , un régime végétal , rien ne peut émouvoir les intestins. Il ne dort plus; il est en proie à un état de spasme ; il est tout tremblant. Son visage devient rougeâtre , comme ecchymosé. On le saigne , on lui applique des sangsues, on lui donne des émolliens; il en est soulagé très-faiblement. Je lui conseille l’air de la campagne ; il y prend du lait frais matin et soir, et ce régime lui donne un peu de calme. Mais la moutarde a exaspéré son état, et la constipation est plus réfractaire. Ce malade, naturellement hypochondre, est devenu plus morose, plus triste; on le voit errer dans les promenades écartées , toujours seul, toujours livré à une profonde mélancolie.

Un homme de lettres, ennemi de la médecine dogmatique et de ses remèdes , s’était épris de la moutarde

blanche , qui devait ranimer son appétit blasé , dissiper ses migraines , et favoriser les opérations du cerveau ; car il croyait aussi, malgré son esprit éclairé , aux miracles de la moutarde , et aux trois mille cures affichées à la porte de la boutique où elle se vend. Les premiers jours il est purgé , son appétit s’aiguise , il dîne mieux 5 ô l’excellent remède! Huit jours après il est pris d’une rétention d’urine, maladie qu’un magister de village a pourtant dissipée avec la moutarde ; car un certificat de l’adjoint du maire l’atteste. Que faire dans cette grave circonstance ? consulter un médecin habile, spécial? cela ne se peut, le malade n’aime que les empiriques. Cette fois, du moins, il fut assez bien inspiré. Il abandonna la moutarde , il se baigna, prit de la limonade cuite , de la tisane d’orge et du chiendent ; enfin, il fit à peu près ce que la médecine dogmatique lui eût conseillé , et il s’en trouva bien.

Un artiste français , employé à la cour de Stuttgard , et sujet à des douleurs goutteuses, parlait avec enthousiasme des vertus de la moutarde blanche -, il en prenait habituellement , et il n’était plus goutteux , grâce à ce puissant remède. Il se vantait même d’en avoir introduit l’usage dans plusieurs maisons de Stuttgard, et tous les ans, lorsqu’il venait à Paris passer ses trois mois de congé, il en faisait une bonne provision pour lui et pour ses amis d’Allemagne. Je l’ai rencontré l’année dernière dans nos promenades, se traînant h peine, vieilli , changé et très-souffrant. Après les salutations d’usage : « Et la moutarde blanche , lui dis-je, elle ne vous soulage donc plus? — Vous aviez

raison, docteur, c’est de la graine de niais ou plutôt une mauvaise graine : elle m’a échauffé les reins, les entrailles ; je souffre, et je suis accablé d’ennui. Je ne vous demande point des conseils, vous me diriez comme autrefois qu’on ne peut guérir entièrement la goutte , mais seulement la soulager par un régime doux et quelques remèdes simples. Moi , je veux un médecin qui me guérisse , et je crois l’avoir trouvé. Un médecin homœopathe de Stuttgard m’a promis de me guérir k mon retour; il a fait des miracles en Allemagne , et je vois que cette nouvelle médecine prend également à Paris. Je vais partir incessamment , et me confier à ce nouveau guérisseur. Qu’en pensez-vous? — Ce que j’en pense? ou c’est un charlatan, ou c’est un fou. C’est encore delà graine de niais , et vous êtes destiné à épuiser toutes les mauvaises graines. Au reste , c’est le sort du genre humain ; il veut être trompé , il faut qu’il le soit absolument. Les empiriques de toutes les espèces ont un langage qui séduit , c’est le langage du mensonge : l’espérance le colore , la crédulité l’écoute, et la faiblesse le prend pour la réalité. »

La famille des crucifères nous offre encore quelques genres où l’on trouve des espèces douées de propriétés énergiques. Nous nous bornerons aux genres les plus intéressans.

PHOTOGRAPHIE

COCHLÉ A RI A . COCHLEAH [A .

Calice entr’ouvert, à folioles concaves. Pétales ouverts. Style court. Silicule déhiscente, globuleuse ou ovoïde, entière, à deux valves bossues , à deux loges ne renfermant qu’une à deux graines non bordées.

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