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VINAIGRE , ACIDE ACÉTIQUE

Il nous reste maintenant à parler du vinaigre , ou acide acétique, et de ses propriétés. Tous les vins sont susceptibles d’éprouver une sorte de mouvement ou de fermentation qui les convertit en vinaigre 5 il suffit de les exposer pendant quelque temps à l’air dans un lieu chaud. Le vinaigre qui se forme alors n’est point de l’acide acétique pur; il contient cet acide mélangé avec d’autres substances, telles que l’acide malique, le tartrate acidulé de potasse et de chaux, une matière extractive colorante, une matière végéto-animale , etc. On sépare l’acide acétique de ces parties étrangères par la distillation.

Le vinaigre est limpide, rougeâtre ou jaunâtre, incolore quand il est très -pur, d’une saveur acide, d une odeur légèrement aromatique. Il varie beaucoup dans ses propriétés , suivant qu’il provient d’un vin plus ou moins alcoholique , coloré , fort et généreux, on faible et de mauvaise qualité. En distillant le vi-

naigre , on obtient l’acide acétique pur, désigné sous le nom à" acide acéteux. Celui-ci est d’une transparence parfaite, d’une odeur agréable, d’une saveur très-pénétrante. Il rougit fortement les couleurs bleues végétales -, il est soluble dans l’eau , dans l’alcohol , et il s’unit à presque toutes les bases salifiables.

Les fabricans de vinaigre ajoutent souvent à ce liquide des substances qui peuvent le rendre nuisible. Pour lui donner plus de force, ils emploient le daphne mezerewn , le daphne laureola y les fruits du cap sicum anniuim , le poivre, les racines de pyrètre ( anthémis pjrretrum) , etc. Ces vinaigres laissent quelque chose d’âcre, de brûlant dans la gorge. On cherche également à lui donner plus d’acidité en y ajoutant des acides minéraux , et surtout de l’acide sulphurique. On reconnaît la présence de cet acide dans le vinaigre par le précipité qu’il donne avec la dissolution de muriate de baryte. S’il contient de l’acide muriatique , celui-ci précipite le nitrate de mercure ou d’argent qu’on y verse.

Les médecins ont souvent occasion d’observer les propriétés irritantes du vinaigre , lorsqu’il n’est pas suffisamment délayé dans un véhicule aqueux. Haller rapporte l’observation d’un homme chargé d’embonpoint qui buvait habituellement du vinaigre, et qui tomba au bout de quelques mois dans un marasme affreux. Après la mort, on trouva la trachée-artère, le poumon, l’œsophage, l’estomac, le canal intestinal et les autres viscères , durs, squirrheux et rétrécis. Combien de jeunes personnes qui, pour conserver la finesse de la taille , abusent également de cette liqueur !

Nous en avons vu plusieurs éprouver des tiraillemens d’estomac , des douleurs d’entrailles, des spasmes, qui n’étaient oecasionés que par l’usage du vinaigre. Lorsque l’acide acétique n’a pas encore donné lieu à des altérations organiques graves , on peut se guérir à l’aide d’un régime doux et des boissons émollientes , qu’il faut continuer jusqu’à ce qu’il n’existe plus de traces d’irritation dans les voies alimentaires.

Mais le vinaigre , convenablement étendu dans l’eau , forme une boisson rafraîchissante et très-agréable , surtout lorsqu’on y ajoute du miel, du sucre, du sirop de gomme arabique. On emploie particulièrement cette boisson dans les fièvres inflammatoires , bilieuses et putrides; dans les maladies aiguës accompagnées de délire , d’une soif ardente , d’une chaleur excessive. Elle provoque la transpiration, fait couler les urines, favorise l’expectoration dans les catarrhes. Toutefois il faut s’en abstenir lorsque les organes de la respiration sont très-irrités, lorsque la toux est sèche et fréquente.

En traçant l’histoire des champignons, des solanées et des autres familles où se trouvent des plantes stupéfiantes et narcotiques , nous avons suffisamment signalé les effets du vinaigre dans les cas d’empoisonnement ; nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à ces divers articles pour la manière de l’administrer. Nous ferons seulement observer que, si l’on fait usage des boissons acidulées avec le vinaigre lorsque le poison se trouve encore dans les voies alimentaires , on augmente les accidens en dissolvant ses parties actives , et en favorisant ainsi leur absorption. Les Perses, pour se délivrer d’une vie importune, avalent un verre de vinaigre

immédiatement après avoir pris une certaine dose d’opium. Aucun remède, suivant Chardin , n’est capable d’arrêter l’effet d’un pareil empoisonnement.

L’application extérieure du vinaigre est recommandée contre les congestions cérébrales , l’aspbyxie , les exanthèmes d’une nature putride, etc. On fait alors des lotions ou des affusions fréquentes d’eau vinaigrée sur la surface du corps. On applique des compresses imbibées de vinaigre sur le bas-ventre et sur les lombes pour réprimer les hémorrhagies violentes de la matrice qui suivent la délivrance. Dans les cas graves , on injecte en même temps dans les voies utérines l’acide acétique , mêlé avec une égale quantité d’eau froide. On calme quelquefois la céphalalgie , le délire fébrile, par l’application réitérée du mélange suivant sur la tête , le front et les tempes : prenez , eau de fontaine, une livre ; muriate d’ammoniaque, demi-once; acide acétique, deux ou trois onces. On répand du vinaigre partout où il existe des miasmes putrides et contagieux , dans tous les lieux qui renferment un grand nombre d’individus , dans les navires , les hôpitaux, les prisons.

Le vinaigre entre dans une foule de préparations

officinales et économiques. On en fait un sirop fort

agréable , surtout lorsqu’il est imprégné du parfum de

la framboise. Combiné avec le miel , il donne l’oxymel

simple , médicament précieux que Tissot faisait ajouter

aux boissons délayantes dans la plupart des maladies

fébriles. On forme avec l’acide acétique et les bases sa-

lifiables des acétates très-usités, tels que l’acétate

d'ammoniaque , l’acétate de potasse , de soude , de

plomb, de mercure , de morphine, etc.

iu. n

PHYT0GRAPH1E

On connaît les diverses préparations destinées à la table , qu’on obtient en faisant infuser dans du vinaigre des plantes aromatiques, amères, âcres, antiscorbutiques. Les vinaigres à l’estragon, à l’ail, etc., relèvent le goût des alimens , augmentent l’appétit , excitent la vitalité de l’estomac, et favorisent l’acte de la digestion.

Parmi les vinaigres prophylactiques, on distingue particulièrement le vinaigre camphré , le vinaigre thériacal , et le fameux vinaigre des quatre voleurs , dont la recette plus ou moins compliquée se trouve dans tous les dispensaires. On les emploie extérieurement ; on en respire les émanations; on s’en frotte les mains, le visage, le creux de l’estomac. Mais toutes ces précautions, sans doute fort utiles lorsqu’il règne des maladies putrides épidémiques , des fièvres pestilentielles , ne suffisent point pour détruire l’influence des miasmes contagieux; et il est d’autres moyens non moins importans qu’il ne faut point négliger , tels qu’un bon régime alimentaire , l’usage modéré des toniques , une grande propreté , un exercice convenable , etc.

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