TANGERE
Impatiens noli tangere. Linn. Spec. 1328. DC. Fl. Fr. 4561.
Fl. Dan. t. 582.
(Planche 1 18.)
C’est une plante dont la tige est cylindrique , glabre, un peu renflée à l’origine des rameaux. Ses feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, molles, dentées, et d’un vert tendre. Les pédoncules , axillaires , moins longs que les feuilles , portent deux ou trois fleurs assez
grandes, jaunes , pendantes, et garnies d’un éperon. Le fruit est une capsule étroite , presque cylindrique, pointue , qui , dans sa maturité , s’ouvre avec une élasticité remarquable au moindre contact, et lance au loin ses semences.
Cette espèce de balsamine fleurit en juillet; on la trouve dans les lieux couverts et montagneux de la France, de la Suisse et des autres parties de l’Europe. L’herbe fraîche est âcre, et répand une odeur nauséabonde lorsqu’on la froisse entre les doigts. Le professeur Gilibert ( Histoire des plantes d’Europe } éprouva, après avoir avalé une très-petite quantité du suc des feuilles , des nausées accompagnées d’anxiété et de douleurs d’estomac. Suivant Boerhaave, cette plante est vénéneuse. Ses feuilles , employées en lavement au lieu de celles de la mercuriale ( mercurialis annua ) , ont produit un effet pernicieux. Le docteur Virey ( Histoire naturelle des médicamens ) la regarde également comme suspecte. D’après les auteurs de la Pharmacopée batave, les feuilles sont âcres, émétiques et purgatives.
La balsamine des jardins ( impatiens balsamina ) , dont on vantait jadis les vertus médicinales , ne mérite guère plus de confiance. Celle-ci a été apportée de l’Inde vers la lin du xvie siècle. On la cultive dans presque tous les parterres , qu’elle embellit par l’éclat et la variété de ses teintes , depuis le violet ou le rouge de carmin jusqu’au blanc le plus pur.
Rien ne paraît mieux arrangé et en même temps plus touffu qu’une fraîche balsamine, dit une femme de beaucoup d’esprit. Les fleurs qui garnissent la tige,.
et qu’on distingue dans le nuage des feuilles , ont toutes de courts pédoncules ; la fleur s’y trouve posée à peu près comme le pied d’alouette sur le sien, et l’éperon se range avec autant de grâce que d’adresse. La corolle est un vase arrondi qui pourrait figurer un casque en la renversant. L’ovaire est au milieu , posé sur le réceptacle. Cinq étamines collent sur lui leurs filamens blancs et légers , et le serrent de manière à ce qu’il en conserve les cannelures et l’empreinte. Les anthères , blanches aussi , s’unissent comme un bourrelet autour de son stigmate. Les capsules se tordent à leur maturité , et lancent les graines avec explosion. C’est l’artillerie de Flore. Cette faculté sans doute a fait donner à notre jolie plante le nom d 'impatiens et de noli me tangere.
Cette famille offre peu de plantes actives. On remarque néanmoins dans le genre géranium quelques espèces qui répandent une odeur musquée, agréable, quelques autres une odeur forte, résineuse, et meme nauséabonde. L’herbe à Robert ( géranium Robertiauum. Linn.) est très-fétide et d’un goût acerbe-, son suc noircit le sulfate de fer. On l’employait autrefois pour arrêter les hémorrhagies à la suite des chutes graves. On se servait aussi de la décoction de la plante , et de la plante elle-même réduite en une espèce de pulpe, contre les maladies de la peau, les ulcères invétérés et de mauvaise nature. Le géranium rotundifolium et le géranium sanguine um étaient employés dans les mêmes cas. Au reste, toutes les espèces congénères sont plus ou moins astringentes, et quelques-unes très - aromatiques , mais les médecins ont
très-peu étudié jusqu’ici les propriétés de ces végétaux-, et ce qu’on trouve chez quelques auteurs est si vague, si hypothétique , qu’on a cru devoir les retrancher de la matière médicale.