RLE DE MONTAGNE. RUTA MONTANA
Ruta montana. Clus. Hist. 2. 136. DC. Fl. Fr. 4297. Chev.
Fl. Par. 3. 794. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 220. —
Ruta légitima. Jacq. Icon. Rar. Plant. 1. t. 76.
Cette espèce se distingue de la précédente par sa tige moins haute , mais plus rameuse , par ses folioles trèsaiguës, linéaires, d’un vert blanchâtre, par ses fleurs plus petites, d’un jaune verdâtre, disposées en corymbe divariqué. On la rencontre sur les collines pierreuses du Languedoc , de la Provence , du Roussillon, etc. -, on l’a observée également à Gouvieux, près de Chantilly.
L’odeur forte et pénétrante qu’exhale cette espèce de rue annonce des propriétés énergiques. Elle pourrait être employée comme vermifuge et emménagogue ,
bien qu’elle ne soit pas encore admise dans la matière médicale.
GAYAC. GÜAJJCUM
Calice à cinq folioles inégales et caduques. Corolle à cinq pétales ouverts, plus grands que le calice. Dix étamines à filamens nus. Un style à stigmate simple. Capsule anguleuse, munie de deux à quatre loges contenant chacune une semence.
GAYAC OFFICINAL. GUAJACVM OFFICINALE.
Guajacum officinale. Linn. — Sloan. Nat. Hist. of Jam. 2,
(Planche 121.)
Le gayac est un arbre de l’Amérique méridionale qu’on trouve surtout au Brésil , à la Jamaïque et à Saint- Domingue. Ses rameaux se couvrent de feuilles opposées, ailées, composées de quatre ou six folioles sessiles , ovoïdes , obtuses , entières , d’un vert tendre , à nervures fines en dessous. Les fleurs sont pédonculées , d’un bleu d’azur, et disposées, au sommet des rameaux, en faisceaux ombelliformes. Les pédoncules sont velus, ainsi que les calices. Les étamines , au nombre de dix, ont leurs filets élargis à la base. Le fruit est une capsule charnue , un peu cordiforme , à deux angles, presque tronquée à son sommet , et d’un jaune rougeâtre.
Le tronc du gayac est recouvert d’une écorce brune , épaisse , très - résineuse. Son bois , qui nous parvient en morceaux de diverses grosseurs , est dur*
très-compacte, composé de deux couches, l’une jaune à la circonférence, l’autre d’un brun olivâtre au centre. Son odeur, quand on le frotte, a quelque chose de balsamique; sa saveur est amère, un peu âcre. On obtient , à l’aide d’incisions pratiquées à son écorce , un suc résineux qui diffère des résines ordinaires par quelques propriétés chimiques. Ce produit végétal, connu sous le nom de gomme-résine de gayac , est d’une couleur brune ou roussâtre , d’une saveur âcre , peu soluble dans l’eau , entièrement soluble dans l’alcohol.
Les préparations diverses que fournit le gayac se distinguent par des propriétés stimulantes et toniques. Sous leur influence, la chaleur du corps augmente, le pouls s’élève , les fonctions cutanées deviennent plus actives, etc. Avant la découverte du mercure, on employait fréquemment la décoction du bois râpé pour combattre les affections syphilitiques. Il est inutile de rappeler ici les noms des médecins qui en ont fait un pompeux éloge ; ceux qui aiment cette sorte d érudition peuvent consulter une savante thèse insérée dans le Sylloge de Baldinger ( Dissertatio de varia sy philidis therapiâ, tom. 2, pag. 216). Nous remarquerons seulement que les praticiens les plus distingués de nos jours n’emploient ce bois exotique que comme un moyen propre à seconder les vertus puissantes du mercure. O11 a surtout recours au gayac lorsque les accidens vénériens ont résisté aux préparations mercurielles. Sa décoction concentrée a souvent guéri des périostoses , des nodus , des engorgemens , des pustules , des ulcérations rebelles. On associe ordinairement au
gayac la salsepareille, la squine, le sassafras, et l’on prépare avec ces bois réunis des tisanes sudorifiques dont l’expérience a constaté les avantages pendant et après l’administration du mercure. Ces boissons, continuées avec persévérance, ont dissipé des écoulemens chroniques de l’urètre et des voies utérines , des douleurs musculaires, des dartres, etc. On les tempère en y ajoutant un quart ou un cinquième de lait pour les sujets d’une constitution sèche et irritable.
On a beaucoup loué les vertus du gayac dans le traitement des affections goutteuses , et l’on ne peut disconvenir que les vieillards, les personnes énervées, cachectiques, chez qui la goutte est vague et irrégulière , n’en obtiennent quelquefois de très-bons effets. En administrant le gayac et ses préparations , on se propose alors de ranimer la vie générale. Cette méthode est d’autant plus rationnelle, que, lorsque tout le système tombe dans un état de langueur, on doit rarement espérer que la goutte puisse se reporter sur les articulations sans le secours des toniques. Mais quel déplorable abus n’a-t-on pas fait des teintures , des élixirs de gayac , et autres compositions incendiaires préconisées parle charlatanisme comme des remèdes spécifiques ! C’est une erreur bien funeste de croire que la goutte puisse céder à l’énergie et à la multiplicité des médicamens. Déviée des extrémités par leur action irritante, elle reflue vers les organes intérieurs , altère leur texture , et y produit des désordres irrémédiables. C’est de là que dérivent très-souvent les inflammations chroniques, les irritations précordiaîes, les spasmes,
les anxiétés , les souffrances continuelles qu’éprouvent les goutteux.
Les préparations de gayac , en rétablissant les fonctions des vaisseaux exhalans , ont souvent prospéré dans les cas de rhumatisme chronique : on les conseille particulièrement aux malades doués d’une complexion molle, lymphatique. James Sims a surtout vanté la teinture volatile de gayac mélée avec le vin antimonié, dont il administrait une petite cuillerée tous les soirs. On donne en même temps une ou deux tasses de quelque boisson diaphorétique , comme une infusion de chenopodium botrys , de feuilles de sauge, de fleurs de tilleul, de sureau, etc. Mais lorsque les douleurs sont vives, déchirantes, accompagnées de chaleur, de mouvemens fébriles , en un mot, lorsque le rhumatisme est revêtu d’un caractère phlogistique , l’usage du gayac doit être sévèrement proscrit, et il faut, à l’exemple de Baillou , de Sydenham , de Sarcone et autres grands maîtres , avoir recours aux saignées générales , à l’application des sangsues et des ventouses scarifiées , aux boissons tempérantes. Cette méthode est d’autant plus recommandable, que le malade est doué d’un tempérament vigoureux et sanguin.
Parlerons-nous des propriétés du gayac dans les affections du système lymphatique ? Dirons-nous que des praticiens célèbres l’ont administré , non pour détruire entièrement la diathèse scrophuleuse , mais pour remédier à l’état de langueur et de faiblesse qui accompagne très-souvent ce genre de maladies? Le professeur Hufeland fait l’éloge de la résine de gayac en poudre, à la dose de cinq à dix grains, pour les enfans , et de
vingt à trente pour les adultes 5 il la combine avec la magnésie , la racine de Colombo , les semences de fenouil , et il donne ce mélange trois ou quatre fois par jour dans les engorgemens indolens, les affections cutanées, les écoulemens d’une nature scrophuleuse. Il prescrit également des pilules composées de résine de gayac , d’extrait de douce-amère et de soufre doré d’antimoine -, mais il a soin d’avertir que le gayac ne peut qu’être nuisible aux sujets très-irritables, et surtout à ceux qui sont disposés aux inflammations. (Voyez son Traité des scrophules , traduit par le docteur Bousquet. )
Il est plusieurs manières d’administrer le gayac-, on doit pourtant donner la préférence à la décoction concentrée et à la résine , car l’extrait aqueux est un médicament peu actif. Les observations que M. Soubeyran a consignées à ce sujet dans le Bulletin de Thérapeutique doivent trouver ici une place.
Le bois de gayac, dit cet habile pharmacien , contient une très-forte proportion de résine , et une faible quantité de matière extractive et gommeuse. L’eau froide, mise en contact avec le gayac , entraîne à peine quelques traces de résine \ l’eau bouillante en enlève davantage , soit que les matières extractives facilitent la dissolution , soit plutôt qu’elles émulsionnent en quelque sorte les parcelles de résine qui ont été ramollies et détachées par l’ébullition. O11 doit conclure de là que, pour tirer quelque parti des boissons aqueuses préparées avec le gayac, il est nécessaire d’employer cette substance très-divisée à forte dose , et de la faire bouillir long-temps. Les divers formulaires recomman-
PHYTOGRA PHIE
clent de préparer l’extrait de gayac par décoction , et de séparer avec soin le dépôt résineux qui se forme à mesure que l’évaporation s’avance. Il est évident , d’après cela, que l’extrait obtenu est à peu près dépourvu de résine, c’est-à-dire du principe le plus actif du gayac. Mieux vaudrait, ainsi que le recommande la Pharmacopée de Genève, ne pas séparer le dépôt qui se forme pendant l’évaporation , mais le diviser au contraire dans l’extrait à l’aide d’un peu d’alcohol, ou s’en tenir seulement à l’usage de la résine de gayac ou de la décoction elle-même , qui n’est dans le fait qu’un mode particulier d’obtenir la résine de gayac , divisée dans un véhicule aqueux.
On procède à la décoction de gayac en faisant macérer , pendant douze heures , deux onces et même davantage de bois râpé dans deux livres d’eau, qu’on réduit ensuite à une livre par une décoction prolongée -, on y ajoute vers la fin dubois de réglisse. Quelques praticiens y mêlent du sassafras , d’autres de la squine , de la salsepareille , des racines de bardane , de saponaire , etc. Ces boissons sont une partie essentielle du traitement antivénérien ; on les associe aux préparations mercurielles, ou bien on les administre isolément. On en prend trois ou quatre tasses par jour, et on ajoute parfois à la première et à la dernière tasse une ou deux onces de sirop sudorifique.
L’eau-de-vie de gayac , qu’on prépare en faisant macérer pendant plusieurs jours deux onces de bois de gayac râpé dans deux livres d’alcohol affaibli , est une excellente composition qu’on emploie fréquemment dans les maladies atoniques de la bouche.
La résine de gayac se prescrit depuis dix grains jusqu’à un demi-gros , sous la forme de pilules , d’émulsion , de teinture , etc. On la combine parfois avec le calomel, les préparations antimoniales, l’extrait d’aconit, l’extrait de douce-amère, les substances toniques.
Pilules de gomme-résine de gayac de Thédeti. Prenez, gomme-résine de gayac, une once-, savon officinal, deux gros; mêlez et formez des pilules du poids de trois grains. On prend cinq ou six pilules matin et soir dans les affections rhumatismales invétérées ; on fait en même temps usage de quelque boisson délayante. Ces pilules sont d’ailleurs trèspropres à combattre la constipation qui accompagne les maladies arthritiques.
Bols de gomme-résine de gayac. Prenez, gommerésine de gayac, douze grains ; extrait d’aconit , calomel , de chaque , trois grains ; mêlez , et faites trois bols avec un sirop quelconque. On avale un de ces bols le matin à jeun , un autre à midi , et un autre le soir; on continue ainsi chaque jour pendant cinq ou six semaines , en buvant, immédiatement après, une tasse de décoction de bardane et de douce-amère. C’est une préparation efficace contre les vieux écoulemens, les dartres , les douleurs rhumatismales d’origine syphilitique. Il est quelquefois nécessaire de diminuer de moitié l’extrait d’aconit, surtout en commençant l’usage des bols.
Émulsion de gomme-résine de gayac du docteur Berger. Prenez , gomme-résine de gayac, demi-once ; gomme arabique , trois gros ; sucre ou sirop de capil-
laire , une once ; triturez exactement, et ajoutez peu à peu , eau distillée d’hysope ou de cannelle , neuf onces. On prend matin et soir deux cuillerées de cette mixture , et l’on boit par-dessus une tasse d’eau d’orge. Elle produit d’heureux effets dans quelques rhumatismes chroniques, et elle facilite le cours des selles. (JVov. act. suec. , tome i , page 7 40
La teinture de résine de gayac est préparée avec une once de cette substance pulvérisée, mise en digestion pendant quelques jours dans six onces d’alcohol. Si l’on remplace l’alcohol par une égale quantité d’esprit aromatique d’ammoniaque ou d’alcohol ammoniacé , on a la teinture volatile de gayac. On a souvent abusé de ces compositions actives dans les maladies arthritiques-, mais on ne saurait disconvenir qu’elles n’aient quelquefois dissipé comme par enchantement des métastases soudaines accompagnées de sueurs froides et d’une suffocation imminente, surtout chez les vieillards et chez les sujets d’un tempérament inerte. Dans ces cas graves, on peut en donner jusqu’à un ou deux gros dans de l’eau de menthe ou autre liqueur appropriée froide. La dose ordinaire est de quarante à cinquante gouttes.
Nous ne dirons qu’un mot de quelques autres préparations analogues , telles que le baume de gayac , l’essence des bois, et la fameuse teinture d’Emerigon , que plusieurs charlatans de nos jours ont essayé de remettre en vogue. Cette teinture, présentée, d’abord à la Martinique et ensuite en Europe , comme un remède souverain contre la goutte, est composée de deux onces de gommerésine de gayac et de trois livres de rhum. Les goutteux
doivent en prendre une ou deux cuillerées tous les matins , et continuer ainsi pendant une année. Ce n’est que dans quelques cas infiniment rares qu’on peut avoir recours à tous ces médicamens ; ils sont pernicieux pour les sujets doués d’une sensibilité vive ou d’un tempérament pléthorique , et leur usage habituel tend à appeler l’irritation goutteuse sur le canal digestif ou sur les viscères circonvoisins.
PHYTOGHAPH1E
DROSÉRACÉES.
Droseraceœ.
DROSERACEÆ.
DG. Desf.
ROSSOLIS. DROSERJ.
Calice à cinq divisions égales , persistantes. Corolle à cinq pétales insérés sous l’ovaire. Cinq étamines libres. Ovaire arrondi , chargé de cinq styles. Graines nombreuses insérées à la paroi interne des valves.