‹ Phytographie médicaleChapitre 24 sur 116 · RUE FÉTIDE. RUTA GRAVEOLENS · texte numérisé non relu

RUE FÉTIDE. RUTA GRAVEOLENS

Ruta graveolens. Linn. Spec. 548. DC. Fl. Fr. 4296.

Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 220. Blackw. t. 7.

(Planche 120.)

Sa tige est droite, cylindrique, rameuse , haute d’environ deux pieds , garnie de feuilles alternes , pétiolées , d’un vert glauque, deux fois ailées, composées de folioles ovales, étroites, et un peu charnues. Les fleurs, d’un jaune verdâtre , naissent en manière de corymbeà l’extrémité des rameaux. La corolle a cinq pétales dans la fleur supérieure, quatre seulement dans les fleurs inférieures et latérales. Cette plante croît spontanément dans les lieux arides et montueux des provinces méridionales. On la cultive dans les jardins, où elle s’élève à la hauteur d’un sous-arbrisseau.

La rue possède une qualité stimulante (rès-prononcée ; toutes ses parties se distinguent par une odeur forte, une saveur acre et amère ; elles contiennent une huile volatile aromatique. La plante desséchée perd beaucoup de son activité; mais dans son état de fraîcheur elle peut produire des accidens fâcheux, enflammer la tunique interne des voies digestives , surtout si l’on avale une forte dose de son suc. Les anciens connaissaient parfaitement les propriétés âcres de la rue ; ils avaient observé que la rue sauvage agit avec plus de violence que celle des jardins (Dioscoride, Pline , Apulée). Au reste, Pline fait une longue énumération des vertus de cette plante, qu’il regarde presque comme une panacée universelle. C’est surtout sous le rapport de son action emménagogue qu’elle a reçu les éloges des médecins de l’antiquité. Ils la donnaient dans du vin doux; ils l’employaient aussi en topique, et sous la forme de fumigations. Toutefois le naturaliste romain en défend expressément l’usage intérieur aux femmes grosses : Prœcavendum est grcividis abstineant hoc cibo , necari ettim partus invenio. ( Natur . Hist. , lib. 20.)

Le temps n’est pas encore bien éloigné où l’on prescrivait sans ménagement cette plante excitante aux jeunes filles chlorotiques pour provoquer ou rappeler la menstruation. On la donnait également pour prévenir le retour des mouvemens hystériques , et l’on peut dire que c’était presque toujours au détriment des malades, surtout lorsqu’il existait un état d’irritation ou de pléthore.

On peut néanmoins employer les feuilles de rue soit

en infusion dans du vin , soit en décoction , contre l’aménorrhée , lorsque les organes sexuels sont dans un état de langueur et d’inertie. L’huile essentielle s’administre à la dose de quinze à vingt gouttes dans les potions excitantes. On fait avec la rue des cataplasmes qu’on applique sur l’hypogastre 5 on en prépare des clystères , des bains , des injections , etc. Ces moyens ont quelquefois prospéré dans quelques cas d’affection hystérique.

Les anciens mâchaient les feuilles de cette plante, afin que la vapeur qui s’en exhalait fortifiât la vue.

Uliliüs sumas ncuentes lumina rutas.

Ovid.

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