SÉDUM AC UE. SEDUM ACRE
Sedum acre. Linn. Spec. 619. DC. Fl. Fr. 361 , et PL Grass.
(Planche 122.)
De sa racine grêle, fibreuse et rampante , naissent un grand nombre de tiges glabres , tendres , hautes de deux ou trois pouces, et ramassées en gazon. Les feuilles sont droites, serrées, charnues, courtes, obtuses, presque ovoïdes , un peu aplaties en dessus , et d’un vert jaunâtre. Les fleurs sont d’un jaune vif, sessilesle long des rameaux supérieurs. Les folioles du calice sont obtuses , les pétales lancéolés. Cette plante , désignée sous les noms de vertniculaire , d'orpin brûlant, de petite joubarbe , abonde dans les lieux arides, sur les chaumières, sur les vieux murs , etc. 5 elle tapisse les pelouses ni. 13
de Trianon, du bois de Boulogne et de Bagatelle.
Toutes ses parties ont une saveur presque caustique. D’après l’analyse du professeur Vauquelin, elles contiennent une matière âcre, irritante, à laquelle on doit attribuer leur propriété vénéneuse. Le suc des tiges et des feuilles provoque , à la dose d’environ une once, de violentes évacuations, et peut enflammer les voies digestives. Mais si la plante est soumise à la décoction , elle perd beaucoup de son énergie. Il n’est donc pas surprenant qu’administrée ainsi dans de la bière elle n’ait produit aucun effet nuisible. Suivant un professeur de Londres, elle aurait même guéri un grand nombre de scorbutiques. (Lintt. , Amæn. acad. , tome 7, page 49°-)
Le docteur Laubender a donné à deux malades atteints d’épilepsie le sédum âcre réduit en poudre, d’abord à la dose de dix grains matin et soir, et ensuite à celle de vingt-cinq grains. Les premières doses déterminèrent des vomissemens , des selles et beaucoup de malaise. On le continua néanmoins pendant trois ou quatre mois avec un tel avantage , que l’un de ces deux épileptiques fut tout-à-fait guéri , et l’autre sensiblement soulagé. Les attaques , auparavant très-fréquentes chez ce dernier, furent un an sans reparaître. (Voyez le Journal général de médecine , tome 26 , page 1 1 B.)
M. Tarbès a rendu compte, le 29 novembre 1810, dans la séance publique de la Société de médecine de Toulouse , de quelques succès obtenus de la même plante pilée, et appliquée sur les ulcères cancéreux. Outre les faits recueillis par Lombard , chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Strasbourg , le docteur
Pilhes, inspecteur des eaux d’Ussat, écrit qu’il s’est servi deux fois avec succès de la petite joubarbe contre des ulcérations cancroïdes. M. Tarbès a vu un homme de quarante-cinq ans guéri d’un petit ulcère cancéreux à la lèvre inférieure, en vingt-neuf jours , par le moyen de cette plante appliquée en cataplasme. M. Latour, chirurgien à Saint-Félix, a employé le même remède pour un cancer mammaire. Ce topique améliora la suppuration, et calma les douleurs-, mais la diathèse cancéreuse avait alors fait des progrès si considérables , que la malade , plus que sexagénaire , succomba. M. Royer, médecin vétérinaire à Montpellier, connaît depuis vingt-cinq ans les propriétés des joubarbes, notamment celle du sédum âcre , pour en avoir obtenu des effets marqués contre les ulcères cancéreux des chiens, chez lesquels ces sortes de maux sont très-difficiles à guérir. Cette plante lui a encore très-bien réussi dans le traitement des ulcères rebelles à la suite des gales humides et opiniâtres. D’après le docteur Buniva, de Turin , l’usage du même végétal est depuis longtemps populaire en Piémont contre les ulcères cancroïdes , et l’on n’y manque point d’observations qui constatent son efficacité.
Un fait que M. le docteur Tournon a bien voulu nous communiquer atteste que le sédum réfléchi ( se dwnreflexum , Linn. ) possède de semblables vertus. Une vieille femme souffrait horriblement, depuis trois ans et demi, d’un cancer au sein gauche. L’application de cette plante eut de si heureux résultats , qu’en trèspeu de temps la plaie fut entièrement cicatrisée. M. Tournon vit cette femme six mois après jouissant
d’une santé parfaite. La partie médiaire du sein avait été dévorée parle virus cancéreux. (Extrait des additions manuscrites à la seconde partie de la Flore de Toulouse.)
Nous avons rapporté des témoignages favorables à ces végétaux ; nous aurions pu sans doute les balancer par un assez grand nombre de faits contraires, et prouver leur nullité absolue lorsque la diathèse cancéreuse a infecté tout le système ; cependant leur application peut être fort utile pour réprimer les chairs baveuses et ranimer la vitalité des ulcères atoniques.
Nous donnons des conseils à un vieux colonel affecté depuis plusieurs années d’un ulcère cancroïde au visage. M. Demours , feu le professeur Boyer, et quelques autres praticiens célèbres, avaient regardé cet ulcère comme étant de nature carcinomateuse, et nous partagions aussi cette opinion. Cependant nous voulûmes essayer le suc du sedutn acre , Le malade fit des lotions sur l’ulcère avec le suc exprimé de la plante fraîche; la suppuration diminua, et, au bout de six semaines, les bords, qui étaient fongueux, prirent un meilleur aspect. On continua ce topique matin et soir pendant environ trois mois , et à cette époque l’ulcère avait diminué de plus de moitié. Mais il a fallu y renoncer ensuite parce qu’il causait des douleurs vives et profondes. On se borne maintenant à quelques lotions adoucissantes et à une pommade opiacée; et, quoique le mal ne soit point guéri, il n’est pas moins vrai qu’on a obtenu à l’aide de la petite joubarbe une amélioration qu’on n’espérait point.
ROSACÉES. ROSACEÆ.
Rosaceœ. Juss. DC.