CASSE LANCÉOLÉE. CASSIA LATSCEOLATA
Cassia lanceolata. Forsk. Fl. Ægypt. 85. n° 58. — Cassia
acutifolia. Delisle. Ægypt. — Cassia senna. Linn. Syst.
Veget. 327.
(Planche ia5.)
C’est un arbrisseau qui n’a que deux ou trois pieds d’élévation , et dont les rameaux portent des feuilles composées de folioles lancéolées, pointues, glabres, entières, d’un vert jaunâtre, à nervures saillantes. Les fleurs sont jaunes, pédonculées, disposées en grappes à l’extrémité des rameaux. Les fruits qui leur succèdent sont des gousses membraneuses , oblongues , plates , arquées , d’un vert roussâtre , renfermant cinq ou six graines brunes, comprimées et cunéiformes.
On trouve cet arbuste en Égypte et en Syrie , sur les collines et dans les ravins, où il croît par groupes. Ses feuilles sont connues dans le commerce sous les noms de séné d’ Alexandrie , séné du Levant , séné de la palte ou de la ferme. Une autre espèce de séné porte le nom de séné d’Italie ; ses feuilles sont ovales , obtuses, pins larges et moins estimées. C’est le cassia senna de Linné et de Delisle.
ANALYSE CHIMIQUE
M. Bouillon -Lagrange a obtenu du séné une substance particulière , soluble dans l’eau et l’alcohol , laquelle , en se combinant avec l’oxygène, acquiert les qualités des résines -, il y a trouvé aussi du sulfate de potasse , des carbonates de chaux et de magnésie. D’après l’analyse plus récente de MM. Lassaigne et Feneulle , le séné de la palte , choisi et purgé des feuilles du cjnanchum et autres apocynées , a fourni de la clorophylle , une huile grasse, une huile volatile plus abondante, de l’albumine, un principe colorant, jaune , de l’acide malique , différens sels à base de potasse et de chaux , et un principe particulier d’une saveur amère et nauséabonde , désigné sous le nom de caihartine . Cette dernière substance peut être considérée comme le principe purgatif du séné -, elle purge à petite dose, en donnant de légères coliques, et jouit de propriétés chimiques particulières.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Le séné est un médicament précieux dont les Arabes ont enrichi la matière médicale ; mais les médecins
humoristes en ont tellement abusé , qu’on ose à peine aujourd’hui parler en sa faveur. Cependant on ne saurait nier ses avantages , notamment dans certaines affections abdominales. Combien de fois une simple infusion de séné n’a -t- elle point suffi pour vaincre une constipation rebelle , pour dissiper les flatuosités , l’inappétence , les douleurs contusives des extrémités et des lombes, et une foule d’accidens qu’engendrent la plénitude et la langueur des intestins? On a également recours à l’usage du séné pour opérer une révulsion favorable dans quelques affections de la tète, de la poitrine et des organes locomoteurs , telles que la céphalalgie, le vertige, l’ophthalmie, le catarrhe pulmonaire , le rhumatisme , etc. Mais que de précautions à prendre lorsqu’il s’agit de prescrire des purgatifs dans les maladies aiguës, puisque les plus doux peuvent intervertir l’ordre des mouvemens naturels au momentd’une crise , et déterminer la mort! Nous en avons rapporté ailleurs un exemple remarquable. Une infusion de séné avec de la manne , administrée le huitième jour d’une péripneumonie, supprima subitement l’expectoration , qui était abondante et facile , et le malade succomba vingt-quatre heures après.
A une époque où l’existence des fièvres bilieuses et gastriques n’était point contestée, on employait assez généralement une légère infusion de séné, ou autres doux évacuans , vers la fin et meme pendant le cours de ces pyrexies , lorsque la pléthore intestinale réclamait l’emploi des purgatifs. Cette méthode, sagement restreinte , est essentiellement pratique , et les bons esprits ne l’ont pas abandonnée , quoiqu’ils n’ignorent
, point que les véritables affections bilieuses sont aujourd’hui moins fréquentes , et que la fièvre qui les accompagne est très-souvent l’effet d’une irritation phlogistique du canal digestif’ ou des organes circonvoisins.
Cependant on les observe encore lorsque l’état atmosphérique favorise leur développement. Elles ont été communes cette année (i835) dans les hôpitaux, après la température douce et humide de l’hiver , et elles ont pris un caractère typhoïde. Presque tous les malades avaient éprouvé un dérangement des fonctions digestives. La plupart se plaignaient pendant plusieurs jours de suite d’inappétence, de dégoût, de gonflemens de l’épigastre et du ventre après le repas , d’un dévoiement avec ou sans coliques ; quelques - uns avaient aussi des vomissemens. Le pouls était , dès l’invasion même de la maladie , plutôt mou que tendu. A ces premiers symptômes venaient bientôt se joindre les phénomènes propres aux fièvres putrides , tels que la faiblesse et la fréquence du pouls , la chaleur âcre et mordicante de la peau , le délire et la prostration des forces. M. le docteur Fuster, qui a observé attentivement cette maladie, et qui en a retracé les principaux caractères dans le Bulletin de thérapeutique , dit en parlant de son traitement : « Nous avons vu dans le service de M. Delarroque , à l’hôpital Necker , ce médecin habile aborder hardiment toutes les fièvres typhoïdes par un ou deux grains de tarlre stibié comme vomitif, et faire justice des plus graves en peu de jours , en soutenant l’action évacuante par l’usage continu d’une médication douce. » INous applaudissons de grand cœur à de tels succès , et nous voyons avec plai-
sir qu’on revient enfin aux évacuans , qu’on avait injustement délaissés. M. F uster s’était lui-méme fortement élevé contre cette ridicule proscription dans une foule d’excellens articles dont if a enrichi les journaux scientifiques. Mais qu’on y prenne garde. Stoll, grand partisan de la médecine évacuante, ne traitait pas toutes les fièvres bilieuses , putrides ou malignes , par les émétiques et les purgatifs.
Dans les Éphémérides de l’année 1779, ce grand observateur décrit une espèce de fièvre putride accompagnée de symptômes de saburre , et dans laquelle les évacuans furent nuisibles ou d’un faible avantage. Les malades avaient tous la tête affectée , embarrassée, comme stupide ; ils étaient dans un état de somnolence et de délire taciturne, pendant la nuit surtout. La langue, d’abord saburrale, devenait sèche quelques jours après, et une sorte de coma succédait à l’assoupissement. Les antiphlogistiques seuls furent efficaces, savoir, les saignées réitérées, et les décoctions de chiendent avec l’oxymel et le nitre. Les vomitifs et les purgatifs ne furent d’aucune utilité , si ce n’est , rarement, lorsque l’inflammation était abattue , et la maladie très-avancée , c’est-à-dire très-différente de ce qu’elle avait été d’abord , et changée en fièvre putride saburrale. Emeses non profuerunt , nec pur gationes , nisi subindè, abstersa phlogosi , rnorbo multiim pro recto , et jeun non tali , qualis hucusque J lierai , sed converso in febrim putridam saburrale m.
Au reste, le typhus, pas plus que les autres maladies, ne saurait être traité par une seule et même mé-
thode. Les antiphlogistiques, les évacuans, seront utiles ou nuisibles , suivant les causes et la nature de l’affection. Surtout ne soyons pas réactionnaires pour ne pas retomber dans les extravagances de l’humorisme, et ne donnons ni séné ni rhubarbe lorsque l’embarras des intestins est accompagné d’une irritation vive , que la langue est rouge , sèche , l’abdomen sensible , etc. Cet état morbide réclame une médication douce, des boissons délayantes, des fomentations , des lavemens , et l’application des sangsues sur les parties irritées.
Quoique la manie des purgations ait fait place à la manie des antiphlogistiques, on voit encore certains médecins purger leurs malades jusqu’à 1 épuisement. Ces deux méthodes , produites par l’esprit de système et par des théories exclusives, sont, en général , meurtrières pour les enfans, les vieillards , les femmes d’une constitution faible -, pour les indigens, qui se nourrissent d’alimens aqueux, peu substantiels; et pour les hommes qui se livrent à des travaux excessifs du corps et de l’esprit. On doit également être réservé sur les purgations dans les cas d’hypochondrie , d’hystérie , et surtout pendant la convalescence des maladies fébriles. Rien n’est plus propre à opérer une rechute que ces médecines de précaution qu’on administre quelquefois si inconsidérément vers la fin des maladies. Si la plus légère erreur de régime devient quelquefois funeste, à plus forte raison doit-on redouter les effets d’un purgatif dont l’indication n’est point urgente.
Parmi les médecins qui ont contribué à réhabiliter les évacuans , nous comptons M. Baudelocque , pro-
fesseur agrégé à Ja Faculté de médecine de Paris, et médecin de l’hôpital des Enfans. Ce praticien distingué les recommande clans l’affection scrophuleuse , lorsque les organes digestifs sont en bon état. Il est un symptôme de cette maladie contre lequel il les a souvent administrés avec beaucoup de succès, c’est l’ophtbalmie. Mais leur usage exige beaucoup de discernement 5 car, abstraction faite des cas nombreux dans lesquels ces médicamens sont inutiles , il en est d’autres encore où ils ont des effets évidemment nuisibles. Il ne faut pas, au reste, chercher à opérer la révulsion la plus forte possible , mais bien une révulsion qui ne mette pas les organes hors de leur état physiologique, et les purgatifs ne sont jamais plus utiles que quand leur action se borne à exciter une irritation sécrétoire. L’observation suivante est un exemple bien remarquable de leurs bons effets contre l’ophthalmie scrophuleuse.
Un garçon , âgé de quinze ans , était entré à l’hôpital pour y être guéri de la teigne faveuse et d’une double ophthalmie. Le traitement externe de la teigne fut confié aux frères Mahon. On opposa à l’ophthalmie plusieurs applications de sangsues, divers collyres, un vésicatoire à la nuque. Ces moyens furent inutiles $ on abandonna la maladie à elle-même. Il y avait deux ans que l’enfant séjournait à l’hôpital , lorsque M. Baudelocque le vit pour la première fois. Ses paupières étaient habituellement collées -, leurs bords étaient rouges et les cils se trouvaient pleins de chassie. Les yeux r parsemés d’une multitude de petits vaisseaux injectés , étaient très-sensibles à la lumière. On administra une
potion purgative composée d’une infusion de deux gros de follicules dans quatre onces d’eau, et d’une demi-once de sulfate de soude. Cette potion provoqua douze selles , à la suite desquelles l’état des yeux se trouva amélioré. La potion fut répétée le lendemain. Les évacuations furent aussi copieuses, et l’amélioration des yeux était beaucoup plus marquée. Une troisième potion fut administrée an bout de deux jours, et la guérison était très-avancée. Enfin, après un cinquième purgatif, il ne restait plus rien d’une maladie qui datait de plusieurs années. Le traitement avait duré quinze jours. Le pyrrhonisme le plus outré oserait à peine contester ici l’influence de la médication. Les progrès de la guérison étaient en raison directe du nombre des évacuations alvines. ( Etudes sur les causes, la nature et le traitement de la maladie s crophuleuse (i).)
On emploie communément le séné en infusion aqueuse , à la dose de deux ou trois gros pour six onces de colature , dans laquelle on peut faire fondre une ou deux onces do, manne. On y mêle quelquefois d’autres substances, telles que la rhubarbe, la casse, les pruneaux , le sulfate de magnésie , etc. On corrige la saveur nauséabonde du séné en y ajoutant de l’écorce
(1) Tel est le titre modeste que M. Baudelocque a donné à cet excellent livre. C’est Ja monographie la plus complète que nous possédions sur le scropliule. Elle est le résultat d’un grand nombre d’observations que l’auteur a recueillies sur cette maladie rebelle, à l’Hôpital des Enfans malades. Toutes les théories, toutes les méthodes curatives , y sont soumises à une critique aussi judicieuse qu’impartiale.
d’orange, des semences d’anis, de fenouil ou de coriandre. Les pétioles contiennent les memes principes que les feuilles, ainsi que l’a constaté M. Bouillon-Lagrange , et ils ne sont ni plus actifs ni plus irritans qu’elles , d’après les nombreuses expériences de Bergius. Ce médecin a indiqué , dans sa Matière médicale, un excellent mode d’administrer le séné. On en fait infuser une demi-once , à vaisseau clos , dans douze onces d’eau bouillante, et on ajoute à la colature trois onces de manne choisie , une cuillerée de jus de citron, et suffisante quantité de sirop de framboises, ou tout autre sirop agréable. Cette potion donne rarement des coliques, et purge avec efficacité. La dose est d’environ deux ou trois onces toutes les heures , jusqu’à ce qu’on ait obtenu les évacuations nécessaires.
On prescrit aussi , mais plus rarement , la poudre de séné , depuis vingt grains jusqu’à un demi-gros, sous la forme d’électuaire. Son extrait aqueux est faible , et sa teinture alcoholique trop irritante, parce qu’il faut administrer une trop grande quantité d’alcohol pour pro voquer la purgation. On croit assez généralement que les follicules, ou gousses, exercent une action moins intense sur le tube intestinal. Aussi les préfère- t-on au séné lorsqu’il s’agit de purger des personnes délicates. On les administre également sous la forme d’infusion , et à peu près à la meme dose.