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POLYGALA SENEKA. POLYGALA SENEGA.
Polygala S enega. Linn. Spec. 990. Amoen. Acad. 2. 139. t. 2.
Cette espèce croit dans les terrains sablonneux de la Pensylvanie , de la Caroline , etc. Elle porte le nom de polygala de Virginie. Sa racine tortueuse pousse quelques tiges simples , grêles , lisses, longues d’environ un pied , droites ou rampantes , velues , garnies de feuilles ovales , lancéolées , sessiles. Les rameaux sont terminés par un petit épi de fleurs purpurines , avec des bractées linéaires.
La racine du polygala seneka est tortueuse , ligneuse , de la grosseur du petit doigt , munie dans toute sa longueur d’un rebord saillant, cendrée à l’extérieur , jaunâtre dans sa substance intérieure. Son odeur est presque nulle ; mais sa saveur est piquante , un peu aromatique , et d’une grande amertume. Ses propriétés résident particulièrement dans l’écorce , qui fournit une matière résineuse très-âcre. Elle fut apportée en Europe par Tennent , médecin écossais , qui , le premier , la recommanda dans les maladies aiguës des organes de la respiration.
Parmi les médecins qui ont plus récemment préconisé ses vertus , on doit distinguer Bouvard , Linné , surtout Desbois de Rochefort , qui assure l’avoir administrée avec un grand succès dans la phthisie qu’on voit quelquefois succéder à l’inflammation du poumon.
« Dans ces cas , le polygala de Virginie , dit-il , favorise l’expectoration et cicatrise promptement le foyer purulent. Au bout de quatre ou cinq jours la fièvre lente
et l’oppression diminuent , les frissons irréguliers disparaissent , et le malade recouvre la santé. » {Mat. mécl.) Qui ne voit l’exagération de ces éloges? Loin d’étre un remède spécifique dans cette espèce de phtlrisie , le polygala peut , au contraire , reproduire par son action stimulante tous les symptômes d’une véritable phlegmasie , et favoriser l’ulcère du poumon. Cette disposition phthisique demande très-souvent à être combattue par des boissons tempérantes , du petit-lait nitré , la saignée meme ^ enfin par la méthode antiphlogistique.
Le polygala n’est guère plus convenable dans les maladies du poumon qui s’établissent d’une manière lente et chronique, et qu’on observe plus particulièrement chez les personnes d’une constitution délicate , mobile , irritable , qui ont le cou grêle, la poitrine étroite , les joues vivement colorées , qui éprouvent une douleur fixe , profonde , obtuse , dans quelques points du thorax avec un peu d’oppression. On oppose à cet état vraiment inflammatoire , queBaglivietStoll ont parfaitement décrit sous le nom de pleurésie latente , de petites saignées , des boissons émulsives, nitrées, et un régime végétal. Mais si l’on a recours au polygala dans les affections catarrhales du poumon qui attaquent les sujets d’un tempérament lymphatique , et qui sont caractérisées par une sorte de congestion lente et d’inertie , on obtiendra d’autant plus de succès , qu’on soutiendra l’emploi de ce remède par des exutoires placés sur différens points de la poitrine , par de petites doses d’ipécacuanha ou de tartre stibié, par un régime tonique , l’air de la campagne et l’équitation.
La médecine de nos jours a singulièrement modifié le
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traitement des affections phthisiques , lorsqu’elle a circonscrit les limites de la méthode relâchante dont on faisait autrefois un si étrange abus , en l’appliquant indistinctement à toutes les affections chroniques de la poitrine 5 car il est évident que les boissons et les pâtes pectorales , le lait d’ânesse , les sirops , les huileux et autres remèdes analogues , consacrés par la routine depuis des siècles , accélèrent dans beaucoup de circonstances les progrès du dépérissement , par la faiblesse qu’ils impriment à tous les organes.
Lorsque l’affection pulmonaire exige l’emploi du polygala de Virginie, on l’administre en substance , à la dose de vingt ou trente grains , sous la forme d’électuaire , ou en infusion aqueuse , à la dose de deux , trois ou quatre gros pour une livre de véhicule , en y ajoutant parfois une ou deux onces d’oxymel scillitique. Ce mélange se donne par cuillerées.
Mixture anti- catarrhale. Prenez, sirop de polygala de Virginie , oxymel scillitique , de chaque , une once -, infusion de feuilles de menthe , cinq onces. Mêlez. On prend cette mixture par cuillerées dans les vingt-quatre heures. Elle est utile dans certains cas de catarrhe pulmonaire chronique et d’hydrothorax, pour favoriser l’expectoration.
Cette racine peut être remplacée , d’après les observations recueillies par Stoll et Collin , par celle du polygala amer ou du polygala vulgaire , dont l’usage est très-approprié au catarrhe chronique du poumon , et à cette espèce de toux d’origine gastrique que les substances douces et émollientes exaspèrent. Au reste , l’emploi de ces diverses racines serait nuisible, s’il y
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avait tension , irritation vive , et engorgement des viscères.
Collin , qui a employé avec beaucoup de succès le polygala amer, a publié la formule suivante : prenez , racine de polygala amer, trois onces ; faites bouillir dans trois livres d’eau , jusqu’à réduction de moitié , et ajoutez àla colature , sirop d’hysope et sirop de pavot blanc, de chaque , une once. La dose de cette décoction est d’environ quatre onces , qu’on renouvelle trois fois par jour. On peut associer très-utilement le polygala au lichen d’Islande , et ce mélange , d’après le témoignage de Stoll , offre un moyen précieux , lorsque les forces digestives languissent , et que le poumon est comme accablé par une congestion d’humeur catarrhale.
Le polygala de Montpellier (polygala monspeliaca ) , espèce à fleurs roses qui se rapproche du polygala vulgaire; le polygala d’Autriche (polygala austriaca) , variété du polygala amer qu’on reconnaît à ses fleurs très-petites et blanchâtres , jouissent des memes vertus. Ces jolies plantes embellissent les pelouses pendant l’été ; on les trouve souvent sur la lisière des bois , au pied des grands arbres.