HOUX COMMUN. ILEX AQUIFOLILM
Ilex aquifolium. Linn. Spec. 181. DC. Fl. Fr. 4071.
Fl. Dan. t. 508. Duham. Ed. nov. 1. t. 1.
Le houx commun croît naturellement dans nos bois et dans nos forêts , où il s’élève quelquefois jusqu’à la hauteur de six à huit mètres. L’écorce du tronc est lisse , grisâtre ; celle des rameaux , d’un vert olive. Les feuilles sont pétiolées , ovales, ondulées, coriaces, lisses, d’un vert luisant et foncé , hérissées d’épines dures -, celles des individus très-vieux sont presque planes, perdent leurs épines, et n’ont souvent que leur pointe terminale. Les fleurs sont petites , blanches , axillaires , portées sur des pédoncules très-courts; elles s’épanouissent au printemps , produisent des fruits nombreux et arrondis qui prennent une couleur écarlate vers la fin de l’automne, et dont plusieurs oiseaux se nourrissent pendant l’hiver.
On rencontre cet arbrisseau dans les bois de Meudon , de Versailles , de Saint-Germain, de Montmorency, de Fontainebleau, etc. Je l’ai observé aux Pyrénées, sur la rive gauche du Gave , à la descente du Tourmalet.
Les racines , l’écorce et les baies sont âcres et purgatives. Les feuilles ont été employées avec quelque succès contre les fièvres intermittentes; elles fournissent une substance particulière qu’on a nommée ilicine et qui
paraît recéler la vertu fébrifuge. Cette propriété avait déjà été remarquée par quelques vieux botanistes • plus tard Durande et Gilibert en ont également fait mention. D’après ce dernier, la poudre des feuilles administrée à la dose d’un gros a souvent guéri des fièvres intermittentes; il faut la donner une heure avant l’accès ( Démonstrations de Botanique , tome 3 , page 4*9)*
M. le docteur Emmanuel Rousseau a examiné nouvellement l’action fébrifuge du houx, et d’après les faits nombreux qu’il a recueillis pendant l’espace de huit ans, les feuilles pulvérisées de cet arbuste peuvent remplacer utilement le quinquina dans beaucoup de circonstances. M. Grimaud a publié dans la Gazette de Santé, tome 2, page 45, le mode d’administration adopté par M. Rousseau et M. Magendie. Infusion vineuse. Prenez, poudre de feuilles de houx, un gros et demi; vin ordinaire, quatre onces. Faites infuser à froid pendant douze heures pour la prendre , sans être passée , deux heures avant l’accès. Décoction aqueuse. Prenez , feuilles de houx fraîches ou sèches , demi-once ; eau de fontaine ou de rivière , six onces. Faites bouillir jusqu’à réduction d’un sixième; passez, et prenez la décoction une heure avant l’accès.
Le docteur Bertini a publié en i833, dans les Annales de médecine de Turin , de nouvelles recherches sur les propriétés fébrifuges du meme arbuste. Il a employé tour à tour l’ilicine , principe immédiat du houx, et la poudre des feuilles. Sur douze observations de fièvres intermittentes , la guérison a été opérée neuf fois parl’ilicine, et trois fois par la poudre. Ces faits ont été recueillis dans le grand hôpital de Saint-Maurice et
Saint-Lazare. La poudre de houx fut administrée à Ja dose de quatre à six gros par jour, en deux ou trois prises ; l’ilicine , à la dose de vingt à vingt-quatre grains avec du sucre, également en deux ou trois prises. Le docteur Bertini préfère Liliane à la poudre , à cause de la difficulté que les malades éprouvent à digérer la quantité nécessaire de celle-ci pour combattre le retour des accès fébriles.
Ces heureux essais doivent engager les praticiens à éprouver ce nouveau fébrifuge , surtout à la campagne , où on peut se le procurer en tout temps.
On cultive le houx pour Lornement des bosquets d’hiver, et on en forme dans certains pays des haies vives , des palissades autour des jardins. L’œil contemple avec plaisir, au milieu des neiges qui couvrent alors la campagne , la verdure brillante et touffue de cet arbuste, et ses jolis fruits d’un rouge de corail.
IVec piget his decorare donios ; juval undique lœlas Texere acufoliœ ram os , rosisque pu s illis Coralii gemmis deformem ornare decembrem ;
Et gelidas vernis liilarare coloribus horas.
Cowley , Plant.
REDOUL. CORIARIA.
Fleurs tantôt monoïques ou dioïques par avortement, tantôt hermaphrodites. Périgone simple, à cinq parties. Dix étamines insérées sous l’ovaire; anthères presque sessiles , droites. Cinq ovaires soudés par la base, occupant le centre de la fleur, et portant chacun un style et un stigmate. Cinq glandes saillantes placées entre les ovaires , et regardées par Linné comme des pétales. Fruit composé de cinq capsules rapprochées , monospermes, recouvertes latéralement par les glandes agrandies et charnues. Cinq graines réniformes.
REDOUL A FEUILLES DE MYRTE. CORIARTA
MYRTÎFOLIA.
Coriaria mjrtifolia. Linn. Spec. 1467. DC. FL Fr. 4687.
Desf. FL Atlant. 2. 369. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2. 608.
Lam. Illustr. t. 822.
(Planche [340
Cette plante vénéneuse , qui a quelques rapports avec les rhamnoïdes, mais dont la famille n’est pas encore bien déterminée , s’élève sous la forme d’un arbrisseau à la hauteur de quatre à cinq pieds. Ses rameaux sont flexibles, lâches, épars, garnis de feuilles opposées, ovales , pointues, entières , d’un vert prononcé , portées sur de courts pétioles , et marquées de trois nervures principales dans leur longueur. Ses fleurs terminent les rameaux et forment de petites grappes garnies de bractées. On trouve cet arbuste le long des haies , dans nos départemens méridionaux et en Espagne. Il est commun à Alger le long des rivières.
Toutes ses parties sont astringentes; on les emploie
dans la teinture et la tannerie. Ses fruits et ses jeunes rejetons sont un poison pour l'homme et pour les animaux , d’après les faits rapportés par Sauvages et par quelques autres médecins. On voit quelquefois en Languedoc et en Provence des chevreaux et des agneaux qui , après avoir brouté cette plante , chancellent , tournent , et enfin tombent à la renverse avec des tremblemens et des convulsions dans tout le corps. Ces animaux se relèvent ensuite ; mais ils portent la tête basse , vont se heurter contre tout ce qui se présente à leur passage , et restent enfin des heures entières dans cet état d’épilepsie ou de vertige. Les vieilles chèvres, quelque pressées qu’elles soient par la faim, touchent rarement à cet arbrisseau. Au reste, les bergers ont coutume d’arroser d’eau fraîche les animaux atteints d’épilepsie par l’usage du redoul , et ce moyen apaise singulièrement les attaques. D’après les expériences de Sauvages, les feuilles tendres et nouvelles ne causent qu’une ivresse passagère \ mais les fruits et les feuilles anciennes sont un poison beaucoup plus violent.
On lit dans les Mémoires de l9 académie royale des Sciences de Paris, année 17^9, qu’un homme, se trouvant pressé par la soif, mangea des baies de redoul , et qu’au bout d’un quart d’heure il fut atteint de cardialgie, de vertiges , et tomba dans des convulsions générales , avec perte des sens. Quelques grains d’émétique firent rejeter environ dix baies sans soulagement. Le malade éprouva bientôt après une nouvelle attaque , devint livide, et mourut. A l’ouverture du cadavre , on trouva dans l’estomac cinq ou six baies de coriaria sans aucune altération remarquable dans le canal alimen-
taire ni dans le cerveau. Ce poison fit également périr un enfant, en vingt-quatre heures, dans des convulsions épileptiques.
Sur les bords de la Fluvia , petite rivière de la Cata- . logne, plusieurs militaires , séduits par la forme agréable des fruits du redoul à feuilles de myrte , en mangèrent avec avidité pour se désaltérer. Au bout d’une heure , ils commencèrent à éprouver un malaise général , des nausées fréquentes, et des vomissemens accompagnés de crampes dans les membres. A ces symptômes succédèrent la prostration des forces et un état comateux des plus profonds. C’est dans cet état que sept de ces malheureux furent confiés aux soins du docteur Pujade, médecin de l’armée de Catalogne -, ils avaient vu périr deux de leurs camarades dans les premières vingt-quatre heures avant d’avoir pu recevoir aucun secours. L’émétique en lavage leur fut administré , et leur fit rendre parle vomissement une quantité considérable de baies non digérées. Cependant ils n’en demeurèrent pas moins dans le meme état de coma et d’insensibilité. On eut alors recours aux rubéfians et aux boissons acidulées avec le vinaigre. Par ce mode de traitement, on parvint enfin à réveiller un peu ces malades ; mais bientôt après ils éprouvèrent de vives douleurs dans les intestins. Dès-lors on lit usage des déîayans et des mucilagineux, pris en boisson et en lavement, et on continua les excitans externes. Deux malades chez qui les phénomènes de l’efnpoisonnement s’étaient montrés plus tôt , et avaient suivi une marche plus violente, étaient dans un état combiné d’adynamie et
d’irritation inflammatoire du bas-ventre-, ils reçurent
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les mêmes soins. Le lendemain, ils furent tous dans un état satisfaisant , et on se contenta de leur prescrire un régime approprié aux circonstances. ( Annales cliniques , publiées par la Société de médecine de Montpellier, tome 26, page 583.)
Un exemple rapporté dans la Nosologie de Sauvages nous montre les feuilles du même arbrisseau causant le délire et une sorte d’hallucination comme les substances narcotiques. Une femme de Montpellier qui avait pris un bouillon préparé avec une certaine quantité de ces feuilles eut la vue obscurcie pendant deux jours; dans son délire , elle se croyait suspendue en l’air.
On voit par ces divers empoisonnemens combien cette plante est dangereuse ; elle l’est surtout pour les enfans, à cause de ses baies , qui , par leur forme , leur couleur et même leur saveur, ressemblent beaucoup aux mûres , ou fruits de la ronce sauvage. Ce poison donne lieu aux mêmes symptômes que les substances narcotiques âcres, et réclame un traitement analogue. On prescrit les vomitifs dans la première période, et ensuite les excitans, les boissons acidulées ou mucilagineuses , suivant l’état de stupeur ou d’irritation. (Voyez notre introduction , où ces méthodes ont été amplement développées.)