PROMENADE DANS LES BOIS DE LA MALMAISON
J’avais parcouru la forêt de Marly, et je gagnais tout en herborisant les bois de la Malmaison. Quelques plantes se montraient çà et là sur mon passage au bord des champs : c’était la mélancolique scabieuse penchant sa tête violacée, la menthe sauvage dressant ses épis d’un rose pâle , le réveille-matin avec sa couronne flottante de feuilles glauques , l’euphorbe cyparisse, au feuillage menu , étalant avec grâce ses ombelles rayonnantes.
J’étudiais les caractères , le port, les nuances variées de ces divers végétaux ; j’observais surtout cette liqueur laiteuse que distille la famille des euphorbes, véritable poison qui porte le feu dans les entrailles.
Pourquoi donc ce mélange de poisons et de plantes salutaires? L’ivraie infecte les moissons qui doivent nourrir l’homme ; la ciguë croît dans les jardins à côté du persil , le brûlant tithymale près du cerfeuil , le noir solanum au milieu des mauves si douces ; enfin l’herbe d’Atropos, la belladone, se mêle dans les bois
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avec l’airelle si fraîche , si bienfaisante. On dirait que les biens et les maux ont été jetés pêle-mêle sur nos pas. Ali ! si du moins la somme en était égale ! Mais non ; le sort nous a condamnés à puiser la vie dans une coupe où quelques gouttes de nectar sont mêlées à des flots d’absinthe Dieu de bonté! pardonne un in-
stant d’erreur ; mon coeur est plein de toi ; il ne saurait être complice de l’égarement de mon esprit. Je respecte tes profonds mystères, et ma faible raison reste confondue devant ta haute sagesse.
Vivement ému de ces graves pensées, j’errais à l’aventure comme un pauvre voyageur qui s’est égaré dans sa route , lorsqu’un spectacle nouveau vint exciter d’autres sentimens,
Un château, d’un aspect modeste, apparaissait au loin dans le vallon avec ses jardins peuplés naguère par les végétaux les plus rares , les plus précieux. Cette habitation était alors l’asile des arts. Une femme ornée de grâces et d’esprit, d’une bonté admirable, vrai modèle de bienfaisance, y cultivait les fleurs, s’y livrait à l’étude des plantes, oubliant ainsi les grandeurs auxquelles le sort l’avait condamnée. Cette aimable étude avait donné à son âme, naturellement portée auxsentimens tendres et doux , je ne sais quel charme qui amollissait l’humeur impétueuse de l’homme qui devait bientôt remplir le monde de sa renommée. On la voyait dans ces belles matinées où l’air est si frais , la nature si riante , parcourir les allées de la Malmaison, y chercher de l’œil le premier consul, qui s’était dérobé au sommeil et avait devancé le jour pour aller méditer dans quelque lieu solitaire. Là , au milieu des parfums du
matin , sous des berceaux de verdure , ce puissant génie se livrait à ses inspirations prophétiques; l’avenir se déroulait dans sa vaste tête, l’espérance lui souriait, la victoire lui tressait des couronnes ; son sein palpitait, de joie , il croyait voir ses grands desseins accomplis , il rêvait le bonheur et la gloire de la France L’his-
toire a raconté ses travaux, ses combats, ses succès éclatans; mais elle a dit aussi ses revers, ses malheurs» Un rocher désert a vu sa cruelle agonie !
EUPHORBE. E ÜPHORBIJ.
Fleurs monoïques, renfermées dans un involucre (corolle, Tourn.) en forme de cloche , d’une seule pièce , à huit ou dix lobes , dont quatre à cinq extérieurs , un peu colorés , étalés et charnus (pétales, Linn.) , et quatre à cinq intérieurs alternes avec les précédens , droits , membraneux. Fleurs mâles , au nombre de huit ou quinze, avec un périgone caché dans l’involucre, composé de lanières fines et laciniées sur les côtés (filamens stériles, Linn.); chaque fleur munie d’une seule étamine ; filament articulé dans sa partie moyenne. Fleur femelle solitaire ou au centre de l’involucre , manquant quelquefois ; elle paraît dépourvue de périgone. Ovaire arrondi, trigone, surmonté de trois styles bifides.
EUPHORBE LATHYRIS. EUPHORBIA LATHYRIS.
Euphorbia lathyris. Linn. Spec. 655. DG. Fl. Fr. 2150. Bull. Herb. t. 103. Blackw. t. 123.
(Planche i35.)
C’est une fort belle espèce , remarquable par sa tige haute de deux ou trois pieds , ferme , cylindrique , lisse, d’un vert rougeâtre ou bleuâtre , et rameuse à son sommet ; par ses feuilles sessiles, allongées, lancéolées,
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d’un vert glauque, douces au toucher, relevées d’une nervure saillante, et opposées en croix, de manière qu’elles forment quatre rangs distincts sur la tige. Les fleurs sont d’un vert blanchâtre, disposées en ombelle quatrifide ou à quatre rayons ; les divisions externes de l’involucre, à deux cornes , terminées chacune par un petit appendice arrondi et lenticulaire. Les bractées sont ovales, pointues, opposées. Le fruit est une capsule glabre, d’une grosseur remarquable, à trois angles saillans et arrondis. Les graines sont grosses, ovoïdes, brunâtres, marquées de petites rides disposées en réseau irrégulier 5 elles contiennent une huile âcre, purgative, quia quelque analogie avec celle du ricin.
Cette plante, connue sous les noms d 'épurge, de catapuce se trouve sur le bord des champs et dans les lieux cultivés; elle est imprégnée d’un suc laiteux très-âcre, qu’on applique très-imprudemment sur les parties velues comme dépilatoire. Toutes ses parties sont également irritantes; elles enflamment et ulcèrent la peau. La simple dégustation des feuilles et des fruits est bientôt suivie d’un sentiment d’ardeur qui se répand dans toutes les parties de la bouche et dans la gorge. Le suc de la plante donné aux animaux excite violemment les tuniques du canal alimentaire , cause des tremblemens, des convulsions, etc.
Les anciens connaissaient les effets énergiques de cette plante. Hippocrate rapporte , au cinquième livre des Épidémies , qu’une femme d’ailleurs bien portante ayant voulu en faire usage pour devenir apte à la conception, éprouva une irritation violente des intestins avec
intumescence de l’abdomen. Elle était fortement oppressée et elle vomissait un peu de sang. Elle eut plusieurs évanouissemens , et on la crut morte. Onia soulagea en répandant sur son corps trente amphores d’eau froide, et l’accident se termina par d’abondantes évacuations alvines de nature bilieuse.
Antandre, après avoir pris un violent purgatif, eut des vomissemens suivis d’une grande agitation et de douleurs continuelles 5 il ne savait que devenir. La nuit fut cruelle, point de sommeil. Le lendemain il rendit une grande quantité de sang par le fondement, et il mourut.
Les habitans des campagnes emploient souvent les capsules pour se purger. En effet, ces fruits, pris à la dose de quinze ou vingt grains, produisent des évacuations copieuses, et quelques hommes robustes ont pu en faire usage sans inconvénient ^ mais les personnes irritables , et surtout la classe ouvrière et indigente , ne sauraient supporter un purgatif aussi énergique, et l’on a vu plusieurs individus tomber dans une faiblesse excessive , ou succomber à une inflammation violente des intestins après avoir avalé seulement cinq ou six capsules. Les charlatans ont quelquefois guéri des fièvres intermittentes , des maladies cutanées , des hydropisies rebelles, en administrant pendant plusieurs jours de suite un certain nombre de semences-, mais cette heureuse audace, qui leur a fait ensuite prodiguer le même remède , a été funeste à un grand nombre de malades.
Entraînés par un zèle bien louable sans doute, quelques praticiens ont proposé, d’après le docteur Burtin de Bruxelles , de substituer à l’ipécacuanha les graines
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pulvérisées de Y euphorbia lathjris ; mais il y a fort peu d’analogie entre ees deux substances , et dans leurs propriétés chimiques, et dans leurs effets. L’ipécacuanha possède un principe aromatique et une substance particulière connue sous le nom d 'émétine dont notre plante indigène est dépourvue-, celle-ci agit à la manière des drastiques , tandis que la racine exotique est un vomitif doux et constant.
Au reste, on peut extraire des semences une huile purgative analogue à celle du croton tiglium. M. Lepère , pharmacien à Paris , en a préparé une certaine quantité, qui jouit en effet d’une action purgative très-prononcée à la dose de cinq à six gouttes.
M. Chevallier est également parvenu à extraire cette huile par divers procédés : par expression, par l’intermède de l’alcohol , et par l’intermède de l’éther.
On prend les graines à' euphorbia lathjris parfaitement mûres -, on les monde , on les réduit ensuite dans un mortier et par contusion en une pâte : on place celle-ci dans une toile forte, à tissu serré -, on porte à la presse. L’huile qui découle par la pression doit être recueillie dans un vase que l’on ferme ensuite pour garantir l’huile du contact de l’air. Ainsi préparé , ce liquide laisse déposer, au bout de quelques jours , une matière blanche , floconneuse : on sépare celle-ci de l’huile, par la décantation ou la filtration. On doit mettre l’huile décantée dans de petits flacons que l’on a soin de bien fermer. Ce procédé est le plus simple.
On extrait encore l’huile d’euphorbe en traitant la pâte obtenue par contusion avec de l’alcohol , et portant ce liquide à une température de 5o à6o° ; on filtre,
puis on fait évaporer le liquide qui laisse Flmile pour résidu. Ce procédé donne une plus grande quantité d’huile que le précédent ; mais l’huile ainsi obtenue est plus disposée à rancir, à cause de la chaleur à laquelle elle a été soumise.
Le troisième procédé consiste à prendre la pâte des graines pilées qu’on introduit dans un matras , et à verser trois onces d’éther sur quatre onces de pâte. On laisse macérer pendant vingt-quatre heures à la température ordinaire de l’atmosphère, puis on décante, et on filtre. On place le liquide fdtré dans une capsule qu’on laisse découverte et exposée au contact de l’air d’une étuve *, on épuise de nouveau le marc par une nouvelle quantité d’éther; on réunitle second produitfiltré au premier, et on agit de même. L’éther se volatilise, laisse un résidu qui est l’huile d’euphorbe : celle-ci, ayant été obtenue sans le concours de la chaleur, doit jouir de toutes ses propriétés. Par ce moyen, n’eut-on qu’une once de graines à traiter, on peut en extraire l’huile avec la plus grande facilité.
Les docteurs Franck et Calderini ont employé l’huile exprimée des graines de l’euphorbe lathyris, et constaté son action purgative à la dose de six à huit gouttes. Bally , Grimaud et quelques autres médecins français lui ont reconnu la même propriété.
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