‹ Phytographie médicaleChapitre 48 sur 116 · P H Y T O G RA PH IE · texte numérisé non relu

P H Y T O G RA PH IE

EUPHORBE PÉPLUS. EUPHORBI A PEPLUS.

Euphorbia peplus. Linn. Spec. 653. DC. Fl. Fr. 2146.

Chev Fl. Par. 2. 410. Fl. Dan. Bull. Herb. t. 79.

Fl. Dan. 1100.

Sa tige est droite, rameuse, cylindrique, lisse, verdâtre, haute de huit à dix pouces. Ses feuilles sont ovales, entières, éparses, rétrécies en pétiole. L’ombelle se divise en trois rayons une ou plusieurs fois bifurqués -, les feuilles florales sont plus arrondies , plus sessiles que les autres et en nombre égal aux rayons de l’ombelle. Les quatre divisions extérieures de l’involucre sont d’un vert jaunâtre, et à deux cornes aiguës. Les capsules sont glabres , triangulaires , avec un sillon sur chaque angle.

Cette plante est commune dans les lieux cultivés ; on la rencontre particulièrement dans les vignes, dans les jardins et le long des haies. La racine et les semences purgent vivement. D’après Haller, on emploie dans le Holstein la partie corticale des tiges contre l’hydropisie ; la dose est d’un gros dans une boisson appropriée.

EUPHORBE RÉVEILLE-MATIN. EUPHORBI A HELIOS COPIA.

Euphorbia helioscopia. Linn Spec. 658. DC. FL Fr. 2155.

Fl. Dan. t. 725.

(Planche i36.)

Sa tige est lisse , droite , simple ou peu rameuse , haute de six à huit pouces. Ses feuilles sont alternes ,

glabres, spatulées ou cunéiformes, et terminées par un bord arrondi , finement denté. Les bractées sont plus grandes que les feuilles, et pareillement en forme de spatule. L’ombelle est composée de cinq rayons très-ouverts ; les divisions externes de l’involucre sont jaunâtres, entières et obtuses. Les capsules sont lisses, glabres-, les semences ovoïdes , brunes et réticulées. Cette espèce croît dans les champs, dans les lieux cultivés et un peu humides -, elle abonde dans les jardins, où elle est souvent mêlée avec les plantes potagères.

Ses fruits et son feuillage sont très-âcres , et purgent violemment. Le nom vulgaire de réveille-matin qu on lui a imposé annonce son action irritante sur les yeux, qualité qu’elle partage avec toutes les autres espèces. On a vu l’application imprudente de cette herbe sur les paupières ou sur le visage être suivie de douleur et d’inflammation érysipélateuse, quelquefois même d’accidens beaucoup plus graves. J’ai dégusté plusieurs euphorbes $ cette espèce m’a paru une des plus corrosives. Le lait qui coule de sa tige blessée a d’abord un goût fade et visqueux } mais, après quelques instans, une chaleur cuisante et douloureuse s’empare de toutes les parties de la bouche, et persiste, malgré tous les gargarismes , pendant dix ou douze heures.

EUPHORBE DE GÉRARD. EÜPHORB1A GERARDÏ AN A.

Euphorbia gerardiana. DC. Fl. Fr. 2160. Jacq. Fl. Austr. 5.

t. 436. — Euphorbia linciriœfolia. Lam. Dict. 2. 437.

Cette espèce ressemble en quelque sorte à la linaire par son feuillage. Ses tiges sont droites , simples , glabres, hautes d’environ un pied , garnies de feuilles linéaires, aiguës, glauques, semblables à celles de la linaire commune. L’ombelle est composée de douze à vingt rayons deux fois bifides ; les folioles qui environnent ses bifurcations sont presque en cœur , obtuses, avec une petite pointe fort remarquable. Les divisions extérieures de l’involucre sont entières , d’une couleur jaunâtre. Les capsules sont glabres et lisses.

On trouve cette plante dans les lieux stériles , sablonneux , où elle fleurit en mai et juin ; elle est commune à Saint-Maur, à Saint-Germain, à Fontainebleau , etc. Ses racines , desséchées avec soin , sont émétiques à la dose d’un scrupule ; mais le plus souvent elles produisent des selles abondantes avec des tranchées.

EUPHORBE CYPARISSE. EUPHORBIA CYPARISSIAS.

Euphorbia cjparissias. Linn. Spec. 660. DC. Fl. Fr. 2158.

Jacq. Fl. Austr. t. 435.

(Planche 1 3^

Cette plante se distingue par le grand nombre et la ténuité de ses feuilles. La tige est droite , haute de huit à dix pouces , simple à sa base , divisée vers sa partie supérieure en plusieurs rameaux étalés , garnis de feuilles lisses , lancéolées , très-étroites , très-rapprochées , à peu près semblables à celles du cyprès. Au milieu de ces rameaux est placée une ombelle de neuf à douze rayons, deux, trois fois bifides. Les folioles des bifurcations sont d’un vert jaunâtre , arrondies, un peu corcliformes. L’involucre des fleurs offre des disques glanduleux, jaunes, petits, écliancrés au sommet en forme de croissant. La capsule est glabre , presque lisse , légèrement chagrinée sur les angles. Les semences sont ovoïdes, lisses, grisâtres à leur maturité.

On trouve l’euphorbe cyparisse dans les pâturages, dans les lieux arides et sablonneux. Il est également empreint d’un suc laiteux très-irritant, qui contient, d’après l’analyse de John, delà résine, delà gomme, un principe extractif, du caoutchouc, de l’albumine, un peu d’acide tartarique et un peu d’huile grasse. Ce suc est un poison pour les animaux et pour l’homme. La plante fraîche purge avec violence , et fait périr les moutons. Des essais malheureux , des accidens

PHYTOCxRAPHIE

graves, doivent faire proscrire l’usage des racines et des feuilles dans le traitement de l’hydropisie et des fièvres intermittentes, malgré les éloges de Gilibert , de Coste et de Willemet. Bien cjue cette plante perde une partie de son activité par la dessiccation, Vicat assure qu’un malade a risqué de perdre la vie pour avoir voulu se purger avec la poudre des feuilles.

M. Chevallier a retiré des graines de cette plante une huile qui jouit à peu près des mêmes propriétés que celle des semences de l euphorbe lathyris.

EUPHORBE ÉSULE. EUPHORBIA ESULA.

Euphorbia esula. Lijnn. Spec. 660. Hall. Helv. 1046. Chev.

Fl. Par. 2. 409. Black., t. 163. — Euphorbia pinifolia.

Lam. Dicl. 2. 437. DC. Fl. Fr. 2157.

Cette espèce se rapproche beaucoup de l’euphorbe cyparisse; elle en diffère néanmoins par sa tige haute d’un pied et plus , simple , élancée , garnie vers sa partie supérieure de rameaux stériles. Les feuilles caulinaires sont beaucoup moins rapprochées et plus larges que dans l’espèce précédente; elles ressemblent à des écailles à la base de la tige, et augmentent progressivement de longueur vers son sommet. L’ombelle, qui forme à sa naissance une tête presque globuleuse , s’étale ensuite en quinze ou vingt rayons , une ou deux fois bifides, et dont les folioles supérieures sont un peu cordiformes. Les divisions extérieures de l’invoîucre sont jaunâtres, échancrées au sommet , à deux cornes peu allongées. Ses capsules sont glabres.

On confond assez souvent cette plante , soit avec

Veuphorbia cyparissias , soit avec Y euphorbia gerardia/ia. On la trouve dans les lieux secs et sablonneux aux environs de Paris, et dans plusieurs de nos départemens où elle fleurit en mai et juin.

Sa racine , employée comme émétique , irrite vivement les voies digestives , provoque des déjections sanguinolentes, et quelquefois des inflammations mortelles.

On lit cependant dans la Bibliothèque germanique du docteur Brewer , tome 1 , page 87, que le suc delà plante a été administré avec un plein succès à une femme de cinquante ans affectée, à la suite d’une grande frayeur, d’une jaunisse rebelle à tous les moyens connus. On lui en donna d’abord vingtquatre gouttes tous les matins, et ensuite une petite cuillerée. L’effet en fut surprenant : dès les premiers huit jours , la couleur jaune de la peau diminua 5 une sensation douloureuse que la malade éprouvait à l’estomac et à la région du foie disparut graduellement , et au bout de trois mois la guérison fut complète. Un autre malade en aurait pris tous les matins , pendant trois jours de suite, une cuillerée à bouche , et aurait été promptement débarrassé d’une affection semblable. Que ces heureux exemples n’inspirent point aux médecins tentés d’avoir recours à ce remède une sécurité qui pourrait être fatale à leurs malades ! Le suc d’ésule et autres euphorbes, donné à petites doses, est un médicament dangereux ; à grandes doses , il peut devenir un poison horrible.

Scopoli rapporte que l’application de l’ésule sur le bas-ventre a déterminé une inflammation violente suivie

de gangrène. Une femme est morte au bout d’une demi-heure pour avoir avalé trente grains delà racine.

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