EUPHORBE DES MARAIS. EUPHORBIA P ALU S T RI S
Euphorbia palustris. Linn. Spec. 662. DC. Fl. Fr. 2175.
Fl. Dan. t. 866.
(Planche i
L’euphorbe des marais a des tiges cylindriques , fermes, glabres, hautes d’environ trois pieds, garnies latéralement de beaucoup de rameaux stériles et rougeâtres. Ses feuilles sont éparses , nombreuses , sessiles , ovales , un peu allongées , et partagées par une nervure blanche et longitudinale. Les lobes du périgone sont entiers et d’un jaune roussit re , les folioles de la collerette ovales , les bractées obtuses , presque arrondies, et de couleur jaune. Les capsules s uit tuberculeuses. Cette plante croit abondamment dans les fossés aquatiques , sur les bords sablonneux des rivières et des étangs. On lui donne quelquefois le nom de grande ésule.
Cette espèce est également vésicante , purgative et vomitive. Lorsqu’elle est jeune , le bétail broute son feuillage , qui lui cause des inflammations , et le fait périr , excepté la chèvre , qui peut manger impunément tous les tithymales. Toutefois Pallas rapporte que les paysans russes font usage du suc exprimé de l’herbe fraîche et de l’infusion de la racine dans les fièvres intermittentes.
Le peuple de tous les pays a toujours cru , et croira encore long-temps , que les violens purgatifs ont seuls le pouvoir de guérir la fièvre. Les charlatans , qui
n’ont pas d’autres médicamens , ont grand soin d’entretenir et de propager ee préjugé parmi le peuple. Les médecins n’y peuvent rien 5 l’administration y pourrait quelque chose , mais presque partout elle est molle , insouciante envers les charlatans , tandis que les fautes dans la pratique médicale sont jugées et punies avec une sévérité sans exemple. L’empirique , qui distribue tous les jours des purgatifs qui empoisonnent , n’est-il pas plus coupable que le chirurgien pratiquant une opération qu’il croit nécessaire , mais qui peut avoir des suites funestes ? Les médecins français nous comprendront facilement.
EUPHORBE PIQUANT. EVPHORBIA SPTNOSA.
Euphorbia spinosa. Linn. Spec. 655. DC. Fl. Fr. 2169.
— Euphorbia pungens. Lam. Dict. 2. 431. — Euphorbia
montana. Bod. Bot. med. 2. 63.
C’est une espèce de sous-arbrisseau formant un petit buisson touffu. La tige est peu élevée, dichotome , ligneuse , grisâtre ; ses derniers rameaux deviennent , en vieillissant , durs , raides , blanchâtres , piquans à leur extrémité. Les feuilles sont petites, entières , éparses , lancéolées , glabres , d’un vert clair. L’ombelle est médiocre , à trois , quatre ou cinq rayons ; les bractées sont ovales et jaunâtres , les divisions de l’involucre entières et d’un jaune rougeâtre. Les capsules sont hérissées de tubercules pointus , les graines ovoïdes et lisses.
Cette plante croît parmi les rochers, sur les montagnes arides de la Provence et de la Corse -, elle est
commune sur les Apennins et sur les collines voisines de Castellone , de Gaëte, où elle forme pour ainsi dire la principale verdure avec la sarriette des montagnes. Les feuilles de ce sous-arbrisseau sont drastiques, irritent et enflamment les organes digestifs. Les semences ont la saveur piquante du poivre.
En général , tous les euphorbes indigènes ont une action plus ou moins irritante ; nous citerons seulement l’euphorbe monnoyer ( euphorbia chamæsjce ), l’euphorbe auriculé ( euphorbia peplis ), l’euphorbe en faulx ( euphorbia jalcata ) , l’euphorbe maritime ( euphorbia paralias ) , l’euphorbe des blés ( euphorbia segetalis ) , l’euphorbe denté ( euphorbia serrata ) , l’euphorbe sapinette ( euphorbia pitjusa ) , l’euphorbe des vallons ( euphorbia characias ) , l’euphorbe verruqueux ( euphorbia verrucosa ), l’euphorbe à larges feuilles ( euphorbia plataphjllos ).
Au genre euphorbe appartiennent plusieurs espèces très-vénéneuses qui croissent en Afrique et dans l’Inde, telles que Y euphorbia antiquorum , Y euphorbia ofjicinarum , Y euphorbia Canariensis. Il découle de leurs tiges épineuses un suc laiteux très-âcre , qui se condense sous la forme de larmes. Cette substance gommo-résineuse porte dans nos officines le nom d’ euphorbe ; elle est jaunâtre , en petits fragmens irréguliers, friable, inodore, d’une saveur caustique, brûlante, et d’une telle énergie, que quelques grains suffisent pour produire des évacuations considérables , et quelquefois tous les symptômes de l’empoisonnement. On a proscrit avec raison l’usage intérieur de
cette drogue dangereuse, qui n’est plus guère employée que dans des pommades irritantes.
L 'euphorbia heptago/ia est encore un violent poison-, les Africains empoisonnent leurs flèches avec son suc. L 'euphorbia ipecacuanha a quelquefois remplacé la racine du Brésil dans l’Amérique septentrionale; mais, d’après Clayton, c’est un vomitif trèsirritant et très-dangereux.
Ainsi que nous l’avons remarqué, toutes ces plantes sont plus ou moins empreintes d’un suc laiteux , âcre , caustique , gommo-résineux , dépositaire de leurs propriétés actives et virulentes. Appliqué extérieurement , il rougit , enflamme et ulcère la peau ; pris intérieurement, il fait naître tous les phénomènes propres aux poisons âcres : sensation brûlante et douloureuse dans toutes les parties de la bouche , dans la gorge et dans tout le trajet du canal alimentaire; vomissemens répétés, déjections séreuses plus ou moins abondantes, déchiremens d’entrailles, hémorrhagies, etc. Après la mort, on trouve des traces évidentes de phlogose, des taches gangréneuses, des érosions dans les tuniques de l’estomac et des intestins. Ces poisons réclament tous les secours dont se compose la méthode antiphlogistique : boissons adoucissantes et gommeuses, lait coupé avec l’eau d’orge, l’eau de guimauve; lavemens émolliens, bains tièdes, application de sangsues sur les parties irritées.
Si l’abus des évacuans, même les plus doux, a fait tant de victimes lorsque l’humorisme avait envahi toute la médecine , comment concilier les éloges pro-
digues aux euphorbes ou tithymales , avec leurs qualités meurtrières? Où sont les médecins qui voudraient remplacer aujourd’hui l’ipécacuanha , dont l’action vomitive est si modérée, avec ces plantes indigènes qui attaquent nos organes avec tant de violence? On a exagéré les avantages de toutes ces substitutions, créées dans un temps où les guerres maritimes nous privaient des substances étrangères les plus utiles; cependant je n’en rends pas moins hommage à quelques savans qui ont fait une étude particulière des végétaux qui croissent en Europe. Coste, Willemet , les docteurs Bodard, Loiseleur-Deslongcbamps , Burtin , Vauters, Joseph Frank, etc., ont des droits à notre reconnaissance. M. Deslongchamps nous a surtout fait connaître plusieurs tithymales dont la racine , desséchée avec soin et finement pulvérisée, peut être administrée utilement à la dose de quinze, vingt et trente grains, lorsqu’on a besoin d’exciter avec énergie tout le système , de réveiller la vitalité affaiblie de l’appareil digestif, et de le débarrasser de quelque congestion bilieuse ou muqueuse ; lorsqu’on se propose d’opérer une forte révulsion et de détourner des mouvemens fluxionnaires concentrés vicieusement sur d’autres organes. Mais notre art, moins confiant aujourd’hui dans tous ces remèdes énergiques, en est devenu beaucoup plus avare; on sait qu’ils agissent comme de véritables poisons dans toutes les affections gastriques ou abdominales accompagnées de quelque phlogose latente.